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Mutinerie en Côte d'Ivoire: les mutins ouvrent les entrées de Bouaké


Les soldats mutins de Bouaké rencontrent le colonel Cherif Ousmane en Côte d'Ivore, le 13 janvier 2017.

Les soldats ivoiriens mutinés depuis vendredi ont ouvert les accès de Bouaké, deuxième ville du pays, qu'ils bloquaient mais refusent toutefois de rendre les armes, exigeant toujours leurs primes.

Les négociations ont permis la réouverture des corridors de Bouaké, tout en faisant promettre aux mutins de regagner leurs casernes avec leurs armes bien que des tirs sporadiques se font encore entendre.

Les colonels Chérif Ousmane, Issiaka Ouattara et Koné Zacharia, médiateur du dialogue, ont quitté Bouaké avec le détachement des forces spéciales qui avaient pris position à l'entrée de la ville.

Selon le colonel Koné Zakaria, "tous les pouvoirs au monde ont deux moyens d'action: le dialogue et la force. Mais nous avons privilégié le dialogue avec l'espoir que nos jeunes frères comprendrons. Nous leur avons parlé et ils iront rendre compte à leur bases avant de revenir".

Quelques instants après leurs échange avec les mutins, les véhicules des forces spéciale stationnés à environ 40 km de Bouaké ont quitté la ville.

Les mutins, qui réclament le versement de reliquats de primes, ont tiré en l'air à Bouaké (centre), deuxième ville du pays, pour empêcher la population de sortir de chez elle. Ils patrouillaient dans les quartiers, passant parfois à tabac des habitants, selon des témoins. Selon une source policière contactée par VOA Afrique, les négociations devraient débuter cet après-midi.

Les forces loyalistes, éléments de la garde républicaine et de du groupement de la sécurité présidentielle, sont positionné à l'entrée de Bouaké, probablement prêts à donner l'assaut selon un témoin. Dans un même temps, la garde républicaine de Yamoussokro, vient de quitter la capitale pour Bouaké.

L'ex-combattant Yssouf Diawara, gravement blessée par balle samedi à Bouaké pendant la mutinerie de soldats ivoiriens, est décédé dimanche au Centre hospitalier universitaire de la deuxième ville du pays.

Une femme et cinq hommes ont été atteints par des tirs dimanche et étaient soignés au CHU de Bouaké. Selon un premier bilan, un témoin joint par téléphone avait indiqué qu'au moins cinq personnes avaient été blessées, dont deux par balles. Certains ont été violentés à coups de matraque et de cross fusil.

Une habitant a corrélé les événements, parlant de "tirs à balles réelles sur la populations". "J'ai moi-même dû aller faire un tour à l'hôpital", confie-t-elle.

"Ils nous ont dispersé avec les gaz lacrymogènes avant de tirer sur la foule. Nous nous sommes dispersés et certains ont été molestés", a expliqué le témoin.​

Les activités des sapeurs pompiers militaires suspendues à Abidjan, Bouaké, Korogho pour réclamer leurs primes de guerre. Selon un officier militaire interrogé par VOA Afrique à Abidjan, les pompiers-militaires font partie des 8400 soldats.

Sur leur page Facebook, les Ivoiriens expliquent que le numéro des pompiers, le 180, n'a pas accessible. La correspondante de VOA Afrique a essayé d'appeler les sapeurs-pompiers son leur numéro direct, le 20382109 : un agent a répondu et confirmé que les activités de secours sont suspendues.

La désobéissance se constate dans presque toutes les entités militaires. Dans la nuit de samedi à dimanche, des tirs ont été entendus dans la ville de Bouaké.

A Oungolodougou, dernière ville ivoirienne faisant frontière avec le Burkina Faso, les mutins ont dressé des barrages empêchant toute circulation. "Les mutins ont dressé des barrages empêchant toute circulation à la frontière entre les deux pays. Il tiennent toujours les corridors. Plusieurs cars sont en attentes, je ne peux pas vous dire combien exactement", a expliqué une source militaire.

Les mutins contrôlaient toujours les quatre entrées de la ville et notamment les "corridors" Nord et Sud situés sur le principal axe routier du pays qui relie la capitale économique Abidjan au nord du pays.

La circulation sur cet axe routier stratégique était difficile dimanche: après avoir bloqué la circulation samedi, les mutins rançonnaient dimanche tous les véhicules circulant à travers ces corridors.

La situation est toujours confuse et tendue à Bouaké. Un calme précaire s'est installé dans le reste du pays.

Reliquats de primes

La veille, des négociations avec le commandement militaire de Bouaké ont échoué. Vendredi, un important dispositif loyaliste (Garde Républicaine, police et gendarmerie) avait été déployé à Abidjan, obligeant les mutins d'Abidjan à se retrancher.

Mais aucun mouvement d'ampleur de militaires loyalistes n'a été détecté aux abords de Bouaké dimanche.

Une large partie de ces rebelles - qui ont soutenu le président Alassane Ouattara lors de la crise de 2010-2011 contre l'ex-président Laurent Gbagbo qui refusait de reconnaître sa défaite électorale -, a ensuite été intégrée à l'armée. C'est ce contingent de 8.400 hommes qui a lancé la mutinerie de janvier.

Les mutins réclament les reliquats des primes promises par le gouvernement après ces mutineries de janvier qui ont ébranlé le pays.

Les mutins avaient réclamé 12 millions de francs CFA de primes (18.000 euros) pour chacun d'eux (des sommes importantes pour le pays), et obtenu le versement dès janvier de 5 millions (7.500 euros). On leur avait promis les 7 millions restants par tranche à partir de ce mois de mai.

Jeudi, un représentant de soldats avait pourtant annoncé renoncer aux revendications financières, lors d'une cérémonie en présence du président Ouattara et d'autres soldats.

Cette cérémonie se voulait visiblement un point final à la protestation des forces de sécurité, mais a finalement déclenché un nouveau mouvement de grogne depuis vendredi, alors que ce pays d'Afrique de l'Ouest est durement touché par l'effondrement des cours du cacao, vital pour son économie et dont il est le premier producteur mondial.

Narita Namasté, correspondante à Abidjan et Sidiki Barro, correspondant à Bouaké

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