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Condamnation de l'ex-directeur de campagne de Trump: acte II

Paul Manafort encourt jusqu'à dix ans de prison supplémentaires pour avoir dissimulé ses activités de conseil auprès d'Ukrainiens pro-russes de 2004 à 2014.

Doublement poursuivi en justice, l'ancien directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, sera fixé mercredi sur sa peine pour des délits découverts dans le cadre de l'enquête russe, moins d'une semaine après une première condamnation à près de quatre ans de prison.

L'ex-consultant républicain de 69 ans, qui fut très influent dans les cercles du pouvoir à Washington, continue sa descente aux enfers.

Détenu depuis juin, il a écopé jeudi de 47 mois de prison pour fraudes fiscales et bancaires devant un tribunal fédéral de Virginie, où il a comparu en fauteuil roulant. Incapable de se lever en raison d'une santé chancelante, il s'y est dit "humilié" et "honteux".

Mercredi, il se retrouve à nouveau devant un magistrat, cette fois à Washington. Il encourt jusqu'à dix ans de prison supplémentaires pour avoir dissimulé ses activités de conseil auprès d'Ukrainiens pro-russes de 2004 à 2014, et pour avoir tenté de corrompre des témoins.

A la surprise générale, il avait accepté en septembre de plaider coupable dans cette affaire.

Dans l'espoir d'une peine plus légère, il avait aussi accepté de coopérer avec l'équipe du procureur spécial Robert Mueller. Celui-ci cherche à établir si Moscou s'est entendu avec l'entourage de Donald Trump pour influencer la présidentielle de 2016 et s'est naturellement intéressé à Paul Manafort qui a dirigé pendant deux mois sa campagne.

La justice a toutefois établi que le lobbyiste avait violé cet accord de coopération et "délibérément" menti aux enquêteurs lors d'une dizaine d'interrogatoires.

Il a notamment essayé de les tromper sur ses contacts en 2016 et 2017 avec Konstantin Kilimnik, un ancien associé soupçonné d'être lié aux services de renseignement de Moscou. Il lui aurait transmis des sondages d'opinion pendant la campagne de 2016.

Le procureur Mueller a appelé le tribunal fédéral de Washington à "prendre en compte la gravité de ce comportement" et à lui infliger une peine "dissuasive".

- "Courage"-

La juge Amy Berman Jackson doit rendre sa décision à partir de 09H30 (13H30 GMT).

Son jugement est très attendu, après la peine relativement clémente retenue par le juge T.S. Ellis en Virginie, alors que le ministère de la Justice avait préconisé une sentence comprise entre 19 et 24 ans de prison.

"Le juge et l'avocat dans le dossier Paul Manafort ont dit clairement au monde entier qu'il n'y avait PAS EU DE COLLUSION avec la Russie", en avait conclu Donald Trump qui ne cesse de dénoncer une "chasse aux sorcières" orchestrée par l'opposition.

En fait, le juge T.S. Ellis a simplement souligné que les faits reprochés à Paul Manafort devant son tribunal (la dissimulation de 55 millions de dollars sur des comptes offshore et des mensonges pour obtenir des prêts bancaires) "n'avaient rien à voir avec une quelconque collusion avec la Russie".

La procédure en cours à Washington ne porte pas non plus sur une entente avec Moscou, même si les délits de Paul Manafort ont été débusqués par l'équipe du procureur Mueller.

La juge Jackson pourrait toutefois se montrer plus sévère que son confrère. C'est elle qui avait ordonné d'incarcérer Paul Manafort, après qu'il eut essayé de contacter des témoins. Lors des audiences intermédiaires, elle a souvent sèchement recadré ses avocats.

Si elle retenait une peine lourde, il resterait un espoir à l'ancien lobbyiste: le président Trump n'a pas exclu de le gracier.

Le milliardaire républicain a loué le "courage" de celui qui a dirigé sa campagne pendant deux mois, l'opposant au "traître" Michael Cohen, son ancien avocat qui a retourné sa veste quand il a eu le procureur Mueller aux trousses.

Avec AFP

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Le rapport Mueller n'a pas trouvé de preuve de collusion

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Le président américain se dit "totalement disculpé"

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Rapport Mueller : les médias américains priés de faire leur examen de conscience

Le dôme du Capitole des États-Unis à Washington, le 26 août 2018.

Les grands médias américains, accusés par Donald Trump et ses proches de partialité dans leur couverture de l'enquête russe, étaient appelés à faire leur introspection après la publication d'extraits du rapport Mueller disculpant le président des accusations de collusion avec la Russie en 2016.

Pour certains observateurs, il est temps que les médias "admettent" avoir fait depuis deux ans une couverture inéquitable de l'affaire. Pour d'autres au contraire, les journalistes doivent continuer à creuser car le rapport n'exonère pas complètement M. Trump sur une possible "entrave à la justice".

"Désormais, une grande partie de la population ne croira plus aucune des accusations portées contre M. Trump par la presse", a estimé le rédacteur en chef du magazine Rolling Stone, Matt Taibbi.

Pour Glenn Greenwald, journaliste d'investigation au site d'information The Intercept, ce sont surtout les chaînes d'information câblées qui doivent admettre leurs erreurs de jugement.

"Faites des recherches sur chaque personnalité de MSNBC, chaque +expert+ en droit de CNN, les médias libéraux-centristes (...) et voyez si vous trouvez même un iota d'introspection, d'humilité ou d'admission d'une énorme erreur", a-t-il dit sur Twitter.

"Si les médias ne rendent pas de comptes pour ce qu'ils ont fait, ne vous plaignez plus jamais du fait que les gens les qualifient de +Fake News+" a-t-il ajouté, en utilisant l'insulte préférée du président Trump quand il parle des grands médias.

- "Des excuses" -

Depuis que les premières informations ont circulé samedi sur le contenu du rapport, le camp Trump, qui hurle depuis le début de l'affaire à la "chasse aux sorcières", crie victoire et réclame des excuses.

"Les démocrates et les médias libéraux doivent des excuses au président et au peuple américain", a lancé la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders.

Le fils aîné du président, Donald Jr, avait auparavant dénoncé les "théories du complot (propagées) sans arrêt" par "CNN, MSNBC, BuzzFeed et le reste des médias grand public".

Son frère, Eric, a également invité sur Twitter les grands médias à s'excuser "pour l'enfer que tout le monde a vécu depuis deux ans et plus".

Mais pour certains experts des médias, il est bien trop tôt pour juger le travail du procureur spécial Robert Mueller sur la base des quatre pages de résumé publiées par le ministre de la Justice Bill Barr.

"Je ne pense pas qu'on puisse accuser les médias d'avoir été injustes avec Donald Trump," dit Stephen Ward, ancien directeur du Centre pour l'éthique journalistique à l'Université du Wisconsin.

"Les médias se devaient de couvrir ce président agressif et défiant la Constitution", souligne-t-il, estimant que les journalistes devaient désormais tout faire pour mettre la main sur l'intégralité du rapport Mueller.

"C'est une question d'intérêt public et tous les citoyens devraient le lire", ajoute-t-il.

- "Vendre du temps d'antenne" -

Dan Kennedy, professeur de journalisme à l'Université Northeastern, estime qu'il est prématuré pour le président de se dire "exonéré" par "une enquête énorme, qui a entraîné de nombreuses mises en accusation et plaider-coupable".

Il est toutefois légitime, selon lui, qu'on s'interroge sur les nombreuses spéculations véhiculées sur les antennes de CNN ou MSNBC, deux médias régulièrement accusés de partialité par le camp Trump.

Il cite notamment l'abondante couverture d'éventuelles poursuites visant Donald Trump Jr et le gendre du président, Jared Kushner, qui n'ont pas eu lieu.

Le gros problème, selon lui, ce sont "les chaînes d'info qui doivent vendre du temps d'antenne avec des discussions et des spéculations", explique-t-il.

Mais pour Deborah Potter, ancienne journaliste de CBS, les spéculations sont normales "car il n'y a eu aucune fuite" de la part des enquêteurs. Malgré cela, "beaucoup d'organes de presse responsables ont donné la bonne impression (sur les résultats de l'enquête) ces dernières semaines", juge-t-elle.

Plus largement, c'est la confiance dans l'indépendance des médias qui doit être rétablie dans l'opinion américaine, dit Mme Potter.

"On a vu une remontée de la confiance générale dans les médias mais les divisions partisanes n'ont jamais été aussi fortes", explique-t-elle.

Le fait qu'une large majorité des électeurs républicains n'aient pas confiance dans les médias "est un problème pour la démocratie", conclut-elle.

Trump dit n’avoir «aucun problème» avec la publication complète du rapport Mueller

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