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Près de 4 ans de prison pour l'ex-directeur de campagne de Trump

Paul Manafort, ancien directeur de campagne de Donald Trump, , le 15 juin 2018. REUTERS / Jonathan Ernst

L'ancien directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, a été condamné jeudi à près de quatre ans de prison pour des fraudes fiscale et bancaire débusquées dans le cadre de la tentaculaire enquête russe.

L'ancien lobbyiste de 69 ans écope d'une peine nettement inférieure aux recommandations du ministère de la Justice, qui avaient suggéré d'imposer entre 19 et 24 ans de prison.

Paul Manafort a "commis des délits graves", a déclaré le juge T.S. Ellis, qui a fixé la sentence de 47 mois dans un tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie), en banlieue de Washington.

Prenant en compte la jurisprudence "remarquablement légère" dans les affaires de fraude fiscale, le magistrat a justifié son apparente clémence par son désir "d'éviter des disparités" avec d'autres dossiers similaires.

"Ce que vous avez vu aujourd'hui confirme ce que nous disons depuis le premier jour: il n'y a absolument aucune preuve d'une collusion entre Paul Manafort et le gouvernement russe", a déclaré à la sortie du tribunal Kevin Downing, l'avocat du condamné.

L'équipe du procureur spécial Robert Mueller, en charge d'établir s'il y eu collusion entre Moscou et l'équipe de campagne de Donald Trump lors de la présidentielle de 2016, n'a pas commenté une décision qui va largement en deçà de ses préconisations.

Il avait demandé une peine significative en relevant que Paul Manafort avait "tenté de reporter sa faute sur les autres", n'avait pas exprimé de remords et continué à mentir.

Même s'il s'en sort relativement bien, Paul Manafort n'en a pas fini avec la justice: poursuivi devant un tribunal de Washington dans un dossier parallèle, il sera fixé mercredi sur sa seconde peine.

- "Peine et honte" -

Le procureur Mueller s'est naturellement intéressé à Paul Manafort, qui a dirigé pendant deux mois la campagne du candidat républicain, mais a aussi au cours de sa carrière entretenu des relations d'affaires avec des Ukrainiens proches de Moscou.

Dans le cadre de son enquête, l'ancien chef du FBI a découvert que Paul Manafort avait, avant 2016, dissimulé au fisc plus de 55 millions de dollars sur une trentaine de comptes à l'étranger. Il a également établi que le consultant avait trompé des banques sur ses finances pour obtenir des prêts.

Ce sont ces fraudes qui ont été jugées cet été à Alexandria devant un jury populaire qui l'avait reconnu coupable de huit chefs d'inculpation.

Les audiences, arides, avaient été pimentées par les révélations sur les goûts de luxe de l'ancien lobbyiste --il a un jour déboursé 15.000 dollars pour une veste en peau d'autruche et fait tailler un bosquet en forme de son initiale "M".

Jeudi, l'élégant homme de réseau n'était plus que l'ombre de lui-même. Affaibli par la goutte et la détention, il est apparu en fauteuil roulant et tenue verte de prisonnier, incapable de se lever devant le juge.

"Ma vie professionnelle et financière est en ruines. Je ressens de la peine et de la honte", a-t-il déclaré, en expliquant avoir eu "le temps de réfléchir" depuis son arrestation. "Je sais que c'est ma conduite qui m'a mené ici", a-t-il ajouté, sans aller jusqu'à s'excuser.

- Grâce ? -

Dans le cadre de ses investigations, le procureur Mueller a aussi démontré que Paul Manafort avait dissimulé ses activités de conseil pour l'ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou, en infraction des règles encadrant les activités de lobbying.

C'est ce volet qui fait l'objet d'une procédure distincte devant un tribunal fédéral de Washington. Dans ce dossier, M. Manafort a accepté en septembre de plaider coupable et de coopérer avec Robert Mueller dans l'espoir d'une peine amoindrie.

Mais, selon la justice, il n'a pas tenu ses engagements et a continué à mentir aux enquêteurs, notamment sur ses liens avec un ancien associé, Konstantin Kilimnik, soupçonné par les Etats-Unis d'être lié aux services de renseignement russes. Il lui aurait notamment transmis des sondages électoraux pendant la campagne présidentielle.

La juge Amy Berman Jackson dira mercredi si ses mensonges méritent une peine plus lourde.

S'il écopait d'une sentence sévère, il lui resterait un espoir: Donald Trump a fait savoir qu'il n'excluait pas de lui accorder une grâce présidentielle.

En novembre, le milliardaire républicain avait loué le "courage" de son ancien directeur de campagne, l'un des rares selon lui à résister aux pressions de Robert Mueller, qu'il accuse de mener une injuste "chasse aux sorcières".

Avec AFP

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Le rapport Mueller n'a pas trouvé de preuve de collusion

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Le président américain se dit "totalement disculpé"

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Rapport Mueller : les médias américains priés de faire leur examen de conscience

Le dôme du Capitole des États-Unis à Washington, le 26 août 2018.

Les grands médias américains, accusés par Donald Trump et ses proches de partialité dans leur couverture de l'enquête russe, étaient appelés à faire leur introspection après la publication d'extraits du rapport Mueller disculpant le président des accusations de collusion avec la Russie en 2016.

Pour certains observateurs, il est temps que les médias "admettent" avoir fait depuis deux ans une couverture inéquitable de l'affaire. Pour d'autres au contraire, les journalistes doivent continuer à creuser car le rapport n'exonère pas complètement M. Trump sur une possible "entrave à la justice".

"Désormais, une grande partie de la population ne croira plus aucune des accusations portées contre M. Trump par la presse", a estimé le rédacteur en chef du magazine Rolling Stone, Matt Taibbi.

Pour Glenn Greenwald, journaliste d'investigation au site d'information The Intercept, ce sont surtout les chaînes d'information câblées qui doivent admettre leurs erreurs de jugement.

"Faites des recherches sur chaque personnalité de MSNBC, chaque +expert+ en droit de CNN, les médias libéraux-centristes (...) et voyez si vous trouvez même un iota d'introspection, d'humilité ou d'admission d'une énorme erreur", a-t-il dit sur Twitter.

"Si les médias ne rendent pas de comptes pour ce qu'ils ont fait, ne vous plaignez plus jamais du fait que les gens les qualifient de +Fake News+" a-t-il ajouté, en utilisant l'insulte préférée du président Trump quand il parle des grands médias.

- "Des excuses" -

Depuis que les premières informations ont circulé samedi sur le contenu du rapport, le camp Trump, qui hurle depuis le début de l'affaire à la "chasse aux sorcières", crie victoire et réclame des excuses.

"Les démocrates et les médias libéraux doivent des excuses au président et au peuple américain", a lancé la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders.

Le fils aîné du président, Donald Jr, avait auparavant dénoncé les "théories du complot (propagées) sans arrêt" par "CNN, MSNBC, BuzzFeed et le reste des médias grand public".

Son frère, Eric, a également invité sur Twitter les grands médias à s'excuser "pour l'enfer que tout le monde a vécu depuis deux ans et plus".

Mais pour certains experts des médias, il est bien trop tôt pour juger le travail du procureur spécial Robert Mueller sur la base des quatre pages de résumé publiées par le ministre de la Justice Bill Barr.

"Je ne pense pas qu'on puisse accuser les médias d'avoir été injustes avec Donald Trump," dit Stephen Ward, ancien directeur du Centre pour l'éthique journalistique à l'Université du Wisconsin.

"Les médias se devaient de couvrir ce président agressif et défiant la Constitution", souligne-t-il, estimant que les journalistes devaient désormais tout faire pour mettre la main sur l'intégralité du rapport Mueller.

"C'est une question d'intérêt public et tous les citoyens devraient le lire", ajoute-t-il.

- "Vendre du temps d'antenne" -

Dan Kennedy, professeur de journalisme à l'Université Northeastern, estime qu'il est prématuré pour le président de se dire "exonéré" par "une enquête énorme, qui a entraîné de nombreuses mises en accusation et plaider-coupable".

Il est toutefois légitime, selon lui, qu'on s'interroge sur les nombreuses spéculations véhiculées sur les antennes de CNN ou MSNBC, deux médias régulièrement accusés de partialité par le camp Trump.

Il cite notamment l'abondante couverture d'éventuelles poursuites visant Donald Trump Jr et le gendre du président, Jared Kushner, qui n'ont pas eu lieu.

Le gros problème, selon lui, ce sont "les chaînes d'info qui doivent vendre du temps d'antenne avec des discussions et des spéculations", explique-t-il.

Mais pour Deborah Potter, ancienne journaliste de CBS, les spéculations sont normales "car il n'y a eu aucune fuite" de la part des enquêteurs. Malgré cela, "beaucoup d'organes de presse responsables ont donné la bonne impression (sur les résultats de l'enquête) ces dernières semaines", juge-t-elle.

Plus largement, c'est la confiance dans l'indépendance des médias qui doit être rétablie dans l'opinion américaine, dit Mme Potter.

"On a vu une remontée de la confiance générale dans les médias mais les divisions partisanes n'ont jamais été aussi fortes", explique-t-elle.

Le fait qu'une large majorité des électeurs républicains n'aient pas confiance dans les médias "est un problème pour la démocratie", conclut-elle.

Trump dit n’avoir «aucun problème» avec la publication complète du rapport Mueller

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