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Une psychiatre retrace ses origines grâce à une émission de la VOA sur le coup d'État rwandais de 1973

La Dr Christine Uwimana a appris l’identité de son père biologique et a obtenu plus de détails sur sa mère biologique, avec l’aide d’une série radiophonique de VOA en Afrique centrale.

Pendant des décennies, Christine Uwimana n'a pu remplir aucun document exigeant le nom de son père. Soit elle laissait l'espace vide, reflétant son incertitude, soit elle écrivait simplement “inconnu”. Elle ne pouvait aussi qu’évoquer le nom de sa mère biologique sans plus de détails.

Christine Uwera avait été enlevée, séparée de sa mère alors qu'elle n'était qu'un enfant au Rwanda.

Désormais âgée de 48 ans, Mme Uwimana connait plus de détails sur sa mère, Agnes Kabarenzi. Elle peut enfin donner le nom de son père, Godefroid Nyilibakwe.

Son arbre généalogique nouvellement achevé est “le diplôme le plus distingué que j'ai jamais eu”, a déclaré Mme Uwimana, psychiatre à Lausanne, en Suisse.

Des parents décédés en prison

Ses deux parents biologiques sont morts en prison à la suite d’un coup d’État militaire au Rwanda en 1973. Des détails sur leur vie et leur mort sont apparus dans le cadre d'une série radiophonique du service kinyarwanda de la VOA. La série portait sur le coup d'État et le silence relatif qui entoure les victimes.

Le coup d'État rwandais de 1973, également connu sous le nom de coup d'État du 5 juillet, était un putsch organisé par Juvénal Habyarimana contre le président sortant Grégoire Kayibanda.

Au moins 56 personnes auraient péri à la suite de ce triste événement, selon un rapport d’Amnesty International et un fonctionnaire accusé d’avoir informé les familles des victimes, après qu’un tribunal rwandais a ordonné au gouvernement de les compenser financièrement de la mort des membres de leurs familles.

Cet avis n'a été émis qu'en 1985.

Pendant ce temps, des proches des disparus ont été bannis de la capitale, Kigali, et sont restés ignorés pendant des années. Les gens avaient peur de discuter publiquement de ces disparitions.

La VOA perce les secrets du coup d’État de 1973

“Rwanda 1973 - l'histoire cachée” a percé ce silence à la fin de l'année dernière, avec 22 épisodes d'une heure chacun.

Diffusée en langue kinyarwanda, la série racontait les événements ayant eu lieu depuis le 5 juillet 1973, lorsque le général d’armée Juvénal Habyarimana a ravi le pouvoir au premier président élu du Rwanda, Grégoire Kayibanda.

Les veuves et les enfants des victimes ont parlé de leurs propres souffrances à l’animateur et chercheur du programme, Venuste Nshimiyimana.

Le programme a interviewé le seul survivant connu, Antony Muganga, ainsi que des dizaines d’autres personnes ayant une connaissance directe des événements, y compris quelques anciens responsables de l’armée et de la justice rwandaise à l’époque.

Les auditeurs étaient aussi invités à contribuer, y compris en identifiant les endroits où les corps auraient été jetés.

Leurs contributions jettent la lumière sur un chapitre sombre de l'histoire du Rwanda, créant une ouverture pour plus de discussions et d'enquêtes, selon James Gasana, un ancien politicien rwandais qui a écouté la série sur la VOA.

“Beaucoup de gens étaient au courant” des meurtres, a déclaré M. Gasana, 70 ans, qui a écrit un livre sur les événements qui ont précédé son mandat en tant que responsable du cabinet rwandais au début des années 1990.

Parce que les crimes étaient en grande partie ignorés et que les auteurs n'étaient pas tenus de rendre des comptes, “c'était devenu une énorme fracture, une énorme fissure dans notre société”, a déclaré le septuagénaire à la VOA depuis son domicile en Suisse. “Une justice qui n’est pas rendue - c’est un énorme problème”, a-t-il ajouté.

Agnes Kabarenzi la prisonnière

Hutu de souche du nord, M. Habyarimana a dirigé le pays - d'abord sous régime militaire, puis, à partir de 1978, en tant que president, jusqu'à ce que son avion soit abattu en avril 1994.

C'est cet acte qui a déclenché le génocide rwandais, qui a causé la mort d’environ 800 000 Tutsis et des Hutus modérés.

Lors du coup d’Etat de 1973, M. Kayibanda a été arrêté, avec des dizaines d'autres, pour la plupart des politiciens et des officiers supérieurs de l'armée.

La série a exploré leur destin probable. Au moins 15 auraient été exécutés par balle en quelques mois. Au moins cinq autres auraient été tués lors de transferts de prison nocturnes suspects. Une vingtaine d'autres sont restés jusqu'à trois ans avant de mourir de faim.

Venuste Nshimiyimana a consacré un épisode à Agnes Kabarenzi, l'une des deux femmes faites prisonnières peu après le coup d'État. L’autre aurait survécu.

Naissance derrière les barreaux

Au moment de son arrestation au début de juillet 1973, Mme Kabarenzi était une assistante sociale de 24 ans au centre hospitalier de Kigali. La raison de son arrestation n’était pas claire, même si on la soupçonnait d'être peut-être en lien avec Godefroid Nyilibakwe, le mari de sa sœur et un fonctionnaire du ministère du Travail de l’administration de Kayibanda.

Mme Kabarenzi a été envoyée dans une prison de Kigali. Six mois plus tard, elle a donné naissance à une petite fille à l'hôpital où elle avait travaillé. Elle a refusé de nommer le père. Une semaine plus tard, le bébé lui a été enlevé et a été donné à une autre femme pour l'élever.

Le mois suivant, en février 1974, les détenus du coup d'État ont été transférés dans les prisons de Gisenyi et Ruhengeri. Agnes Kabarenzi faisait partie d'environ une vingtaine de prisonniers envoyés à Ruhengeri, également connu sous le nom de Musanze, capitale de la province du Nord du Rwanda.

À Ruhengeri, les détenus du coup d'État étaient battus et torturés à l'électricité, ont déclaré à VOA deux hommes emprisonnés au même moment. En septembre 1976, ils ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur traitement.

Après quelques jours, ils ont tenté d'abandonner leur grève de la faim, mais les autorités pénitentiaires leur ont refusé toute nourriture, ont déclaré des témoins à la VOA.

Ils ont dit que les détenus, incapables de se voir de leurs cellules respectives, ont prié à haute voix et ont chanté des hymnes ensemble pour le réconfort et la subsistance spirituelle. Mais alors que la famine faisait des ravages, le chœur a commencé à s'estomper. Le premier des grévistes de la faim est décédé le 34e jour. La dernière à succomber, le 52e jour, était Agnes Kabarenzi.

“Je ne savais pas comment elle avait été torturée ou maltraitée. … Je ne savais pas qu’elle avait vécu un enfer pendant encore trois ans après ma naissance”, a déclaré Christine Uwimana à la VOA lors d’un entretien téléphonique.

En fait, Mme Uwimana connaissait très peu sa mère. Ce sont les fouilles de la VOA, entreprises par Venuste Nshimiyimana, qui allaient changer la donne.

Une recherche d'histoire familiale

Lors de ses recherches sur Agnes Kabarenzi, Venuste Nshimiyimana a appris l'existence de sa fille et a décidé de découvrir ce qui lui était arrivé. Travaillant depuis son domicile à Londres, Venuste Nshimiyimana a suivi une piste qui a finalement conduit à une Uwimana adulte vivant en Suisse. À ce moment-là, c'était fin septembre et elle avait commencé à écouter la série.

Mme Uwimana a révélé à Nshimiyimana qu'elle avait grandi à Gitarama, une ville du centre du Rwanda maintenant connue sous le nom de Muhanga.

Anastasie Nyirahabimana et son mari lui avaient offert une famille aimante et une sœur cadette, qui vit maintenant en Belgique.

"C'est une héroïne - quelqu'un de merveilleux, avec beaucoup d'amour", a déclaré Mme Uwimana à propos de sa mère adoptive.

Les deux parents sont décédés et les sœurs restent proches.

“J'ai grandi en sachant que Christine est ma sœur aînée, et je le crois toujours”, a déclaré Bernadette Tuyishime à la VOA pendant l'émission.

La famille a encouragé l’éducation de Christine Uwimana, qui a suivi des études en psychiatrie au Rwanda. Elle a déménagé en Suisse en 2006 pour poursuivre ses études professionnelles à l'Université de Genève, avant de travailler ensuite dans des hôpitaux. Depuis plusieurs années elle exerce à Lausanne.

Soif de connaitre

Au fil des ans, Christine Uwimana avait soif d'informations sur ses parents biologiques. En 1985, l’adolescente n’avait pu obtenir que peu de détails sur Agnes Kabarenzi, y compris la nouvelle de sa mort.

“Je ne connaissais que son nom. J'avais vu sa photo. J'avais entendu dire qu'elle était intelligente, gentille. C’est tout”, a-t-elle déclaré.

Quant à son père, Christine Uwimana avait trois théories: un fiancé anonyme, un amant inconnu ou Godefroid Nyilibakwe, fonctionnaire du gouvernement. Une fois, elle a demandé à un parent dudit fonctionnaire d'envisager des tests génétiques, mais sa demande a été refusée.

Christine Uwimana a partagé ses soupçons avec Nshimiyimana, qui enquêtait déjà. Venuste Nshimiyimana a persuadé la parente du fonctionnaire, qui vit maintenant en France, de se soumettre à un prélèvement sur les joues pour des tests ADN, tout comme Mme Uwimana.

Fin octobre, les résultats de l’unité de génétique médico-légale d’un hôpital suisse indiquait une correspondance étroite. Les deux avaient certainement le même père, en l’occurence l'ancien fonctionnaire du ministère du Travail, Godefroid Nyilibakwe.

Comme la mère d’Uwimana, Godefroid Nyilibakwe serait décédé à la prison de Ruhengeri, bien que la date et la cause exactes du décès soient inconnues.

“Je connais son nom maintenant”, a déclaré Mme Uwimana, qui est devenu la pièce maîtresse de l’épisode du 6 décembre de la série. Dans ce document, les découvertes génétiques ont été divulguées.

Se libérer du tabou

Christine Uwimana a remercié la VOA pour avoir initié un forum permettant de “parler de choses qui étaient taboues. Vous avez permis à de nombreuses personnes de s'ouvrir et de parler. À partir de là, vous avez réussi à me rendre mes parents”, a-t-elle indiqué.

Albert Bizindori, qui dirige un groupe de soutien pour les personnes dont les parents ont été tués lors du coup d'État, a déclaré à la VOA dans l'épisode du 20 décembre que “la joie que vous avez apportée à Christine était pour nous tous”.

“Pendant 47 ans, tout a été fait pour garder nos parents dans l'obscurité, en espérant qu'ils seraient oubliés”, dit-il, avant de poursuivre: “Mais grâce à la VOA, tous les Rwandais savent maintenant qu'ils ont été tués illégalement. Ils font partie de l’histoire du Rwanda.”

M. Bizindori a recommandé de rassembler les proches des victimes et leurs présumés tortionnaires pour affronter le passé. Ce serait comme un exercice de guérison et non de vengeance. Selon lui, en explorant davantage les faits, l'histoire peut "conduire à une véritable réconciliation et à l’unité".

D'autres ont suggéré d'ériger un mémorial aux victimes.

“Je demanderais au gouvernement de construire un mémorial pour eux… un endroit pour mettre des fleurs”, a déclaré Clarisse Kayisire, une auditeure basée à Ottawa, au Canada. Elle a quitté le Rwanda à 24 ans, juste avant le génocide de 1994 qui a coûté la vie à certains de ses proches. Elle a dit qu'il était important d'aborder les vérités inconfortables. “Nous devons le dire, même si ce n’est pas bon”, affirme-t-elle.

Christine Uwimana est consciente que ses résultats de paternité peuvent décourager ses parents de sang.

“Je ne veux pas créer de jalousie”, a-t-elle souligné, mais a ajouté qu’elle accueillerait favorablement plus de détails sur Nyilibakwe, pour savoir où il est né, où il a grandi et étudié.

Ses trois enfants biologiques sont deux filles et un fils âgés de 12 à 17 ans. Ils “m'ont toujours demandé qui était mon père. Ils ont pu compléter maintenant notre arbre généalogique. C'était la partie manquante. …. Mon histoire est maintenant terminée”, se réjouit Mme Uwimana.

Article de Carol Guensburg. Traduit et adapté de l'anglais par Nanythe Talani. Lire l'original >>

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Les télévisions arrêtent de diffuser leurs estimations de résultats au Kenya

Le décompte se poursuit au Kenya, le 12 août 2022.

Les télévisions kényanes ont arrêté de diffuser leurs estimations de résultats des élections de mardi, soulevant des interrogations sur l'issue de ce scrutin à forts enjeux alors que le dépouillement se poursuivait vendredi.

La Commission électorale indépendante (IEBC) doit d'ici le 16 août annoncer les résultats définitifs de la présidentielle de mardi dernier, qui doit désigner le successeur de Uhuru Kenyatta, président depuis 2013, et de cinq autres scrutins concomitants, parlementaires et de représentants locaux.

Le dépouillement débuté mardi soir se poursuivait vendredi au niveau des circonscriptions, des comtés et au niveau national à Nairobi.

Dès le lendemain du scrutin, les télévisions kényanes ont commencé à diffuser en direct des résultats partiels, fluctuants et parfois contradictoires, basés sur leurs propres décomptes.

Ils semblaient conforter le scenario d'un duel serré entre deux des quatre candidats à la présidentielle: Raila Odinga qui a reçu le soutien du président pour l'élection, et William Ruto, vice-président sortant.

Or les chaînes de télévision ont cessé de diffuser leurs décomptes évolutifs de résultats, a-t-on constaté vendredi, sans fournir d'explications pour cet arrêt impromptu, survenu au moment même où l'IEBC exhortait les Kényans à la patience.

"Il ne faut pas paniquer devant les différences qu'on voit dans les médias", a déclaré le chef de cette dernière, Wafula Chebukati, répétant que les résultats définitifs seraient bien annoncés par l'IEBC.

Selon la Commission électorale, le taux de participation mardi s'élevait à un peu plus de 65%, en baisse par rapport aux 78% recensés lors des élections d'août 2017.

"Ce qui compte, c'est les élus (locaux), eux sont influents pour notre quotidien. Peu m'importe les dépouillements en cours pour la présidentielle, ça rend les gens anxieux", a déclaré à l'AFP Peter Kamau, chauffeur de 42 ans.

"Nous voulons un retour à la vie normale", ajoute-t-il.

Élection présidentielle kenyane: des femmes de choc sur le devant de la scène
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Tous les scrutins ont été contestés depuis 2002 au Kenya, donnant parfois lieu à des violences sanglantes.

En 2007-2008, la contestation des résultats par Raila Odinga avait conduit à des affrontements inter-communautaires faisant plus de 1.100 morts et des centaines de milliers de déplacés, les pires violences post-électorales depuis l'indépendance du pays en 1963.

L'IEBC est cette année particulièrement sous pression après l'annulation par la Cour suprême de la dernière présidentielle en 2017 pour "irrégularités".

Reparution du quotidien sénégalais Le Soleil après une grève des employés

Le quotidien pro-gouvernemental Le Soleil est le plus ancien au Sénégal, créé en 1970.

Le quotidien public Le Soleil, un des principaux au Sénégal, était de nouveau dans les kiosques mercredi après une reprise du travail des employés, qui étaient en grève pour protester contre "la mauvaise gestion" de leur directeur général, ont indiqué les délégués du personnel.

Le journal pro-gouvernemental était absent des kiosques depuis le 5 août à la suite d'une rare grève déclenchée pour protester contre le non paiement aux journalistes de primes liées à la publicité et des "licenciements abusifs", selon les délégués du personnel. Ces derniers ont aussi décrié la "mauvaise gestion" et "un pillage systématique des ressources (du journal) à travers des marchés nébuleux et des magouilles".

"Nous avons décidé de reprendre le travail. Les autorités ont dit qu'elles nous ont entendus. Nous attendons leur arbitrage", a déclaré mercredi à la presse Ndiol Maka Seck, coordonnateur du collège des délégués du personnel, formé de trois syndicats de l'entreprise. "Il nous faut un autre manager parce que le contrat de confiance est rompu avec le directeur général" Yakham Mbaye, un responsable du parti présidentiel, a ajouté M. Seck.

 À Votre Avis : Macky Sall perd la majorité absolue
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La direction du journal a rapporté dans l'édition post-grève de mercredi "les péripéties qui ont conduit à cette situation (de grève) née de désaccords avec le personnel". Elle a "regretté cet impair qui a causé du tort à l'Etat, à nos lecteurs et aux annonceurs" et "présenté" ses excuses.

Le quotidien pro-gouvernemental Le Soleil est le plus ancien au Sénégal, créé en 1970. Propriété de l’État à 51% et d'autres institutions publiques à 49%, il est chargé notamment de vulgariser la politique du gouvernement.

Onze journalistes du quotidien avaient été brièvement interpellés le 4 août par la gendarmerie parce qu'ils protestaient contre "la gestion gabegique" de M. Mbaye, selon un communiqué d'un des syndicats des employés du journal. Le Sénégal occupe la 73e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse établi en 2022 par l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

La guerre en Ethiopie a restreint la liberté de la presse

Selon le CPJ, 63 journalistes ont été arrêtés depuis le début de l'offensive contre les autorités rebelles du Tigré fin 2020.

Le conflit ayant éclaté en novembre 2020 dans le nord de l'Ethiopie a accéléré la détérioration de la liberté de la presse et effacé les progrès entrevus à l'arrivée au pouvoir en 2018 d'Abiy Ahmed, estime le Comité de protection des Journalistes (CPJ).

Au 1er décembre - date du recensement annuel de l'organisation -, 16 journalistes éthiopiens étaient emprisonnés, plaçant alors l'Ethiopie à égalité de l'ultra-répressive Erythrée voisine au rang des pires geôliers de journalistes d'Afrique subsaharienne, souligne le CPJ dans un communiqué reçu mardi par l'AFP, même si seuls huit reporters le sont encore.

"Le conflit entre gouvernement fédéral et forces rebelles du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF) a déclenché une répression des médias qui a éteint la lueur d'espoir allumée par les premières réformes du Premier ministre Abiy Ahmed" dans ce qui fut "l'un des pays les plus censurés au monde" lorsque le TPLF gouvernait l'Ethiopie entre 1991 et 2018, selon le CPJ.

"La lutte pour le contrôle de la narration de la guerre est l'une des principales raisons de l'hostilité croissante envers la presse" en Ethiopie où "journalistes et commentateurs exprimant une voix discordante ou produisant un journalisme indépendant sont susceptibles d'être arrêtés, menacés, expulsés ou de subir d'autres formes d'attaques".

Selon l'organisation, 63 journalistes ont été arrêtés depuis le début de l'offensive gouvernementale contre les autorités rebelles du Tigré le 4 novembre 2020, dont huit sont toujours détenus au 1er août, plusieurs ont été agressés ou intimidés et deux ont été assassinés.

Le CPJ dénonce aussi l'abus de longues détentions provisoires de journalistes souvent sans inculpation ultérieure.

Dans un deuxième communiqué, le CPJ réclame ainsi la libération de Temesgen Desalegn, rédacteur en chef du magazine en langue amharique Fitih, en détention depuis le 26 mai et une vague d'arrestations dans la région de l'Amhara, où grandit un mécontentement contre le gouvernement.

Fin juillet, selon le CPJ, la Cour suprême a annulé la décision judiciaire remettant en liberté sous caution M. Temesgen, accusé de divulgation de secrets militaires et de publication d'informations inexactes, haineuses ou subversives visant à démoraliser la population, deux infractions passibles respectivement de cinq et dix ans de prison.

"Un abus tellement flagrant du système judiciaire est honteux", dénonce Muthoki Mumo, représentante du CPJ pour l'Afrique subsaharienne, demandant aux autorités de "cesser de criminaliser le travail journalistique".

La répression de la presse "intervient dans un contexte de violations des droits humains de la part de tous les belligérants", note également le CPJ qui a en juillet réclamé la libération de cinq journalistes détenus au Tigré, sous contrôle du TPLF.

Le Nigeria menace la BBC de sanctions pour un reportage sur des bandes armées

Le nord-ouest et le centre du Nigeria sont la proie de violences de la part de bandes d'hommes armés qui attaquent les villages.

Le gouvernement du Nigeria a menacé jeudi de sanctions le média britannique BBC et un groupe local de médias pour "glorification du terrorisme" après la diffusion d'informations sur des bandes armées dans le nord-ouest du pays.

Le nord-ouest et le centre du pays le plus peuplé du continent africain sont la proie de violences de la part de bandes d'hommes armés qui attaquent les villages pour les piller et enlever des habitants pour demander des rançons.

Le reportage "The Bandit warlords of Zamfara" diffusé dans l'émission télévisée de la BBC "Africa Eye" donne la parole à des membres de ces bandes mais aussi aux victimes pour documenter la violence dans l'Etat de Zamfara. Trust TV, qui fait partie d’un groupe local de médias Daily Trust, a également diffusé une interview avec un chef de bande bien connu dans un documentaire sur la violence.

Le ministre de l’Information, Mohammed Lai, a déclaré aux journalistes que la commission nationale de radiodiffusion enquêtait pour savoir si les deux médias avaient enfreint la réglementation en matière de radiodiffusion. "Je peux vous assurer qu’il y aura des conséquences", a ajouté le ministre. "Ils ne s’en tireront pas avec cette glorification du terrorisme et du banditisme au Nigeria", a-t-il lancé.

Dans un communiqué jeudi soir, la BBC a défendu le travail de ses journalistes et déclaré qu'elle maintenait le reportage. "BBC Africa Eye traite souvent de sujets controversés et complexes", a-t-elle déclaré. "Ce reportage est dans une large mesure d'intérêt public et la BBC s'en tient à son journalisme", a-t-elle ajouté.

Le Nigeria considère les bandes criminelles comme des groupes terroristes, en partie pour donner aux militaires plus de souplesse pour les combattre. Des milliers de personnes ont été tuées et des centaines de milliers d’autres déplacées par la violence dans le nord-ouest et le centre du Nigeria ces dernières années.

L’année dernière, le gouvernement nigérian a fermé Twitter pendant sept mois après que la plateforme a supprimé un tweet du président Muhammadu Buhari et que des responsables l’ont critiqué pour avoir autorisé des messages de séparatistes dans le sud-est du pays. Abuja a levé la suspension après des pourparlers avec Twitter.

Cette suspension a suscité un tollé international au sujet de la liberté d’expression, choquant de nombreuses personnes au Nigeria, où Twitter joue un rôle majeur dans le discours politique, notamment le hashtag #BringBackOurGirls après l'enlèvement de plus de 300 écolières en 2014 par les islamistes de Boko Haram.

Les mésaventures d’un journaliste américain arrêté en RDC

Stavros Nicolas Niarchos a été détenu pendant 5 jours par l'Agence nationale de renseignements.

Stavros Nicolas Niarchos était sur le terrain, dans le sud-est de la RDC, lorsqu’il a été appréhendé par les services de renseignements en compagnie de son confrère, le Congolais Joseph Kazadi. Ce dernier est toujours en détention, tandis que le journaliste américain vient d'être libéré.

Son calvaire aura duré cinq jours et demi. Stavros Nicolas Niarchos, journaliste américain de 33 ans précédemment arrêté en RDC par l'Agence nationale de renseignements (ANR) avec son confrère congolais Joseph Kazadi alias Jeef, a recouvré la liberté dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 juillet 2022.

"Je suis rentré hier. Aucune charge n’a été retenue contre moi ou Jeff", a-t-il fait savoir dans une déclaration datée du 20 juillet 2022, appelant à la libération immédiate de son ami et confrère toujours maintenu dans les liens d’une détention qualifiée d’extrajudiciaire.

Les deux journalistes étaient en effet en règle au moment de leur arrestation, à en croire Stavros Nicolas Niarchos qui travaille pour deux journaux bien connus aux Etats-Unis, The Nation et The New Yorker. Il affirme avoir bénéficié d’une accréditation dûment validée par le ministère de la Communication dans le cadre d’un travail sur les liens entre le secteur minier congolais et les séparatistes du Katanga dans cette riche province minière.

Niarchos explique que son enquête l’a amené à s’intéresser aux produits liés à l’exploitation artisanale des mines de cobalt, de cuivre, decoltan, entre autres dans le sud de la RDC. Ces produits ont un impact important sur l’économie mondiale d’où, selon lui, "l’intérêt public de comprendre les sources de ces minerais".

Devoir de vigilance

"Nous avons été arrêtés en pleine préparation d’une interview", a-t-il écrit sans plus de détails à propos de leurs interlocuteurs. Selon un fonctionnaire du gouvernement anonymement cité par l’AFP le 17 juillet 2022, Stavros Nicolas Niarchos aurait "pris contact avec des milices locales" et "effectué des mouvements préalablement non signalés aux autorités".

Selon cet officiel, c’est cela qui aurait justifié son arrestation pour les besoins d’un interrogatoire sur "ses contacts étroits avec des groupes armés". Une décision motivée selon lui, par un devoir de vigilance de la part de l’État depuis l’assassinat de deux experts de l’ONU au Kasaï dans le centre du pays en 2017.

Plaidoyer

"Le journalisme n’est pas un crime", lance Stavros Nicolas Niarchos qui, au-delà d’être journaliste, est le petit-fils de Stavros Niarchos, un célèbre milliardaire armateur grec. Aussi, le journaliste regrette-t-il la saisie de son passeport au moment de son interpellation par les agents de renseignements, ainsi qu’une divulgation non autorisée de ses données personnelles sur les réseaux sociaux.

L’arrestation de ces deux journalistes a fait l’objet d’une condamnation de la part de l'Association congolaise pour l'accès à la justice (ACAJ), le 19 juillet 2022. L’organisation présidée par Georges Kapiamba a par ailleurs plaidé, dans une lettre adressée au patron de l’ANR et disponible sur Twitter, pour la libération de Joseph Kazadi, détenu dit-elle, sans droit de visite.

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basée à New York aux États-Unis, il y aurait au moins deux autres journalistes actuellement en détention en RDC, et ce depuis leur arrestation par les forces de l’ordre le 10 janvier 2022.

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