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Une psychiatre retrace ses origines grâce à une émission de la VOA sur le coup d'État rwandais de 1973

La Dr Christine Uwimana a appris l’identité de son père biologique et a obtenu plus de détails sur sa mère biologique, avec l’aide d’une série radiophonique de VOA en Afrique centrale.

Pendant des décennies, Christine Uwimana n'a pu remplir aucun document exigeant le nom de son père. Soit elle laissait l'espace vide, reflétant son incertitude, soit elle écrivait simplement “inconnu”. Elle ne pouvait aussi qu’évoquer le nom de sa mère biologique sans plus de détails.

Christine Uwera avait été enlevée, séparée de sa mère alors qu'elle n'était qu'un enfant au Rwanda.

Désormais âgée de 48 ans, Mme Uwimana connait plus de détails sur sa mère, Agnes Kabarenzi. Elle peut enfin donner le nom de son père, Godefroid Nyilibakwe.

Son arbre généalogique nouvellement achevé est “le diplôme le plus distingué que j'ai jamais eu”, a déclaré Mme Uwimana, psychiatre à Lausanne, en Suisse.

Des parents décédés en prison

Ses deux parents biologiques sont morts en prison à la suite d’un coup d’État militaire au Rwanda en 1973. Des détails sur leur vie et leur mort sont apparus dans le cadre d'une série radiophonique du service kinyarwanda de la VOA. La série portait sur le coup d'État et le silence relatif qui entoure les victimes.

Le coup d'État rwandais de 1973, également connu sous le nom de coup d'État du 5 juillet, était un putsch organisé par Juvénal Habyarimana contre le président sortant Grégoire Kayibanda.

Au moins 56 personnes auraient péri à la suite de ce triste événement, selon un rapport d’Amnesty International et un fonctionnaire accusé d’avoir informé les familles des victimes, après qu’un tribunal rwandais a ordonné au gouvernement de les compenser financièrement de la mort des membres de leurs familles.

Cet avis n'a été émis qu'en 1985.

Pendant ce temps, des proches des disparus ont été bannis de la capitale, Kigali, et sont restés ignorés pendant des années. Les gens avaient peur de discuter publiquement de ces disparitions.

La VOA perce les secrets du coup d’État de 1973

“Rwanda 1973 - l'histoire cachée” a percé ce silence à la fin de l'année dernière, avec 22 épisodes d'une heure chacun.

Diffusée en langue kinyarwanda, la série racontait les événements ayant eu lieu depuis le 5 juillet 1973, lorsque le général d’armée Juvénal Habyarimana a ravi le pouvoir au premier président élu du Rwanda, Grégoire Kayibanda.

Les veuves et les enfants des victimes ont parlé de leurs propres souffrances à l’animateur et chercheur du programme, Venuste Nshimiyimana.

Le programme a interviewé le seul survivant connu, Antony Muganga, ainsi que des dizaines d’autres personnes ayant une connaissance directe des événements, y compris quelques anciens responsables de l’armée et de la justice rwandaise à l’époque.

Les auditeurs étaient aussi invités à contribuer, y compris en identifiant les endroits où les corps auraient été jetés.

Leurs contributions jettent la lumière sur un chapitre sombre de l'histoire du Rwanda, créant une ouverture pour plus de discussions et d'enquêtes, selon James Gasana, un ancien politicien rwandais qui a écouté la série sur la VOA.

“Beaucoup de gens étaient au courant” des meurtres, a déclaré M. Gasana, 70 ans, qui a écrit un livre sur les événements qui ont précédé son mandat en tant que responsable du cabinet rwandais au début des années 1990.

Parce que les crimes étaient en grande partie ignorés et que les auteurs n'étaient pas tenus de rendre des comptes, “c'était devenu une énorme fracture, une énorme fissure dans notre société”, a déclaré le septuagénaire à la VOA depuis son domicile en Suisse. “Une justice qui n’est pas rendue - c’est un énorme problème”, a-t-il ajouté.

Agnes Kabarenzi la prisonnière

Hutu de souche du nord, M. Habyarimana a dirigé le pays - d'abord sous régime militaire, puis, à partir de 1978, en tant que president, jusqu'à ce que son avion soit abattu en avril 1994.

C'est cet acte qui a déclenché le génocide rwandais, qui a causé la mort d’environ 800 000 Tutsis et des Hutus modérés.

Lors du coup d’Etat de 1973, M. Kayibanda a été arrêté, avec des dizaines d'autres, pour la plupart des politiciens et des officiers supérieurs de l'armée.

La série a exploré leur destin probable. Au moins 15 auraient été exécutés par balle en quelques mois. Au moins cinq autres auraient été tués lors de transferts de prison nocturnes suspects. Une vingtaine d'autres sont restés jusqu'à trois ans avant de mourir de faim.

Venuste Nshimiyimana a consacré un épisode à Agnes Kabarenzi, l'une des deux femmes faites prisonnières peu après le coup d'État. L’autre aurait survécu.

Naissance derrière les barreaux

Au moment de son arrestation au début de juillet 1973, Mme Kabarenzi était une assistante sociale de 24 ans au centre hospitalier de Kigali. La raison de son arrestation n’était pas claire, même si on la soupçonnait d'être peut-être en lien avec Godefroid Nyilibakwe, le mari de sa sœur et un fonctionnaire du ministère du Travail de l’administration de Kayibanda.

Mme Kabarenzi a été envoyée dans une prison de Kigali. Six mois plus tard, elle a donné naissance à une petite fille à l'hôpital où elle avait travaillé. Elle a refusé de nommer le père. Une semaine plus tard, le bébé lui a été enlevé et a été donné à une autre femme pour l'élever.

Le mois suivant, en février 1974, les détenus du coup d'État ont été transférés dans les prisons de Gisenyi et Ruhengeri. Agnes Kabarenzi faisait partie d'environ une vingtaine de prisonniers envoyés à Ruhengeri, également connu sous le nom de Musanze, capitale de la province du Nord du Rwanda.

À Ruhengeri, les détenus du coup d'État étaient battus et torturés à l'électricité, ont déclaré à VOA deux hommes emprisonnés au même moment. En septembre 1976, ils ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur traitement.

Après quelques jours, ils ont tenté d'abandonner leur grève de la faim, mais les autorités pénitentiaires leur ont refusé toute nourriture, ont déclaré des témoins à la VOA.

Ils ont dit que les détenus, incapables de se voir de leurs cellules respectives, ont prié à haute voix et ont chanté des hymnes ensemble pour le réconfort et la subsistance spirituelle. Mais alors que la famine faisait des ravages, le chœur a commencé à s'estomper. Le premier des grévistes de la faim est décédé le 34e jour. La dernière à succomber, le 52e jour, était Agnes Kabarenzi.

“Je ne savais pas comment elle avait été torturée ou maltraitée. … Je ne savais pas qu’elle avait vécu un enfer pendant encore trois ans après ma naissance”, a déclaré Christine Uwimana à la VOA lors d’un entretien téléphonique.

En fait, Mme Uwimana connaissait très peu sa mère. Ce sont les fouilles de la VOA, entreprises par Venuste Nshimiyimana, qui allaient changer la donne.

Une recherche d'histoire familiale

Lors de ses recherches sur Agnes Kabarenzi, Venuste Nshimiyimana a appris l'existence de sa fille et a décidé de découvrir ce qui lui était arrivé. Travaillant depuis son domicile à Londres, Venuste Nshimiyimana a suivi une piste qui a finalement conduit à une Uwimana adulte vivant en Suisse. À ce moment-là, c'était fin septembre et elle avait commencé à écouter la série.

Mme Uwimana a révélé à Nshimiyimana qu'elle avait grandi à Gitarama, une ville du centre du Rwanda maintenant connue sous le nom de Muhanga.

Anastasie Nyirahabimana et son mari lui avaient offert une famille aimante et une sœur cadette, qui vit maintenant en Belgique.

"C'est une héroïne - quelqu'un de merveilleux, avec beaucoup d'amour", a déclaré Mme Uwimana à propos de sa mère adoptive.

Les deux parents sont décédés et les sœurs restent proches.

“J'ai grandi en sachant que Christine est ma sœur aînée, et je le crois toujours”, a déclaré Bernadette Tuyishime à la VOA pendant l'émission.

La famille a encouragé l’éducation de Christine Uwimana, qui a suivi des études en psychiatrie au Rwanda. Elle a déménagé en Suisse en 2006 pour poursuivre ses études professionnelles à l'Université de Genève, avant de travailler ensuite dans des hôpitaux. Depuis plusieurs années elle exerce à Lausanne.

Soif de connaitre

Au fil des ans, Christine Uwimana avait soif d'informations sur ses parents biologiques. En 1985, l’adolescente n’avait pu obtenir que peu de détails sur Agnes Kabarenzi, y compris la nouvelle de sa mort.

“Je ne connaissais que son nom. J'avais vu sa photo. J'avais entendu dire qu'elle était intelligente, gentille. C’est tout”, a-t-elle déclaré.

Quant à son père, Christine Uwimana avait trois théories: un fiancé anonyme, un amant inconnu ou Godefroid Nyilibakwe, fonctionnaire du gouvernement. Une fois, elle a demandé à un parent dudit fonctionnaire d'envisager des tests génétiques, mais sa demande a été refusée.

Christine Uwimana a partagé ses soupçons avec Nshimiyimana, qui enquêtait déjà. Venuste Nshimiyimana a persuadé la parente du fonctionnaire, qui vit maintenant en France, de se soumettre à un prélèvement sur les joues pour des tests ADN, tout comme Mme Uwimana.

Fin octobre, les résultats de l’unité de génétique médico-légale d’un hôpital suisse indiquait une correspondance étroite. Les deux avaient certainement le même père, en l’occurence l'ancien fonctionnaire du ministère du Travail, Godefroid Nyilibakwe.

Comme la mère d’Uwimana, Godefroid Nyilibakwe serait décédé à la prison de Ruhengeri, bien que la date et la cause exactes du décès soient inconnues.

“Je connais son nom maintenant”, a déclaré Mme Uwimana, qui est devenu la pièce maîtresse de l’épisode du 6 décembre de la série. Dans ce document, les découvertes génétiques ont été divulguées.

Se libérer du tabou

Christine Uwimana a remercié la VOA pour avoir initié un forum permettant de “parler de choses qui étaient taboues. Vous avez permis à de nombreuses personnes de s'ouvrir et de parler. À partir de là, vous avez réussi à me rendre mes parents”, a-t-elle indiqué.

Albert Bizindori, qui dirige un groupe de soutien pour les personnes dont les parents ont été tués lors du coup d'État, a déclaré à la VOA dans l'épisode du 20 décembre que “la joie que vous avez apportée à Christine était pour nous tous”.

“Pendant 47 ans, tout a été fait pour garder nos parents dans l'obscurité, en espérant qu'ils seraient oubliés”, dit-il, avant de poursuivre: “Mais grâce à la VOA, tous les Rwandais savent maintenant qu'ils ont été tués illégalement. Ils font partie de l’histoire du Rwanda.”

M. Bizindori a recommandé de rassembler les proches des victimes et leurs présumés tortionnaires pour affronter le passé. Ce serait comme un exercice de guérison et non de vengeance. Selon lui, en explorant davantage les faits, l'histoire peut "conduire à une véritable réconciliation et à l’unité".

D'autres ont suggéré d'ériger un mémorial aux victimes.

“Je demanderais au gouvernement de construire un mémorial pour eux… un endroit pour mettre des fleurs”, a déclaré Clarisse Kayisire, une auditeure basée à Ottawa, au Canada. Elle a quitté le Rwanda à 24 ans, juste avant le génocide de 1994 qui a coûté la vie à certains de ses proches. Elle a dit qu'il était important d'aborder les vérités inconfortables. “Nous devons le dire, même si ce n’est pas bon”, affirme-t-elle.

Christine Uwimana est consciente que ses résultats de paternité peuvent décourager ses parents de sang.

“Je ne veux pas créer de jalousie”, a-t-elle souligné, mais a ajouté qu’elle accueillerait favorablement plus de détails sur Nyilibakwe, pour savoir où il est né, où il a grandi et étudié.

Ses trois enfants biologiques sont deux filles et un fils âgés de 12 à 17 ans. Ils “m'ont toujours demandé qui était mon père. Ils ont pu compléter maintenant notre arbre généalogique. C'était la partie manquante. …. Mon histoire est maintenant terminée”, se réjouit Mme Uwimana.

Article de Carol Guensburg. Traduit et adapté de l'anglais par Nanythe Talani. Lire l'original >>

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Six mois de prison pour un patron de presse algérien

L'Algérie figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.

Le directeur de la station algérienne Radio M et du site d'information Maghreb Emergent, Ihsane El Kadi, poursuivi pour un article de presse, a été condamné mardi à six mois de prison ferme.

"Ihsane El Kadi a été condamné aujourd'hui par le tribunal Sidi M'hamed à Alger à six mois ferme et 50.000 dinars (322 euros) d'amende", a déclaré à l'AFP Said Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH). M. Salhi a précisé que le verdict n'a pas été assorti d'un mandat de dépôt et que M. El Kadi reste en liberté.

"Une condamnation de trop alors que nous avons déjà plusieurs journalistes en prison ou sous le coup de poursuites judiciaires. Pourtant, le délit de presse a été abrogé", s'est insurgé M. Salhi. "Le pouvoir doit changer de cap, le journalisme n'est ni un délit, ni encore un crime", a ajouté ce militant des droits de l'Homme.

M. El Kadi a confirmé cette peine sur Twitter, regrettant d'avoir été condamné "pour un article d'analyse sur plainte du ministre de la communication Amar Belhimer sur des chefs d'accusation pour lesquels il n a pas qualité de plaignant".​ "Sentiment de colère et de tristesse. Contraint d'aller en appel", a-t-il ajouté.

Le journaliste a en effet été jugé à la suite d'une plainte de l'ancien ministre de la Communication Amar Belhimer pour un article publié sur le site de Radio M sur le mouvement islamiste Rachad et les protestations pro-démocratie du Hirak. Basé à l'étranger, le mouvement Rachad est classé comme organisation terroriste depuis mai 2021 par les autorités algériennes.

Selon les médias locaux, M. El Kadi était accusé de "diffusion de fausses informations à même de porter atteinte à l'unité nationale", et "réouverture du dossier de la tragédie nationale" des années 1990. Ce dernier chef d'accusation est passible de jusqu'à cinq ans de prison en vertu de la "Charte pour la paix et la réconciliation", censée tourner la page de la guerre civile de la "décennie noire" (1992-2002).

L'Algérie figure à la 134e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2022 établi par RSF.

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