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Centrafrique : "j'étais parmi les cadavres"

Les éléments de la Croix rouge transportent un cadavre après de Bangui, Centrafrique, 17 février 2014.

"J'étais parmi les cadavres et les blessés": Jonas Ngobo, de la Croix-Rouge centrafricaine, a survécu à un massacre dans le sud-est de la Centrafrique, région isolée qui subit une flambée de violences depuis début mai, avec pour conséquence des milliers de réfugiés en RD Congo voisine.

Jonas Ngobo, 54 ans, a vu mourir plusieurs de ses collègues humanitaires dans la tuerie du 5 août à Gambo à environ 450 km à l'est de la capitale Bangui. Six au total, selon le bilan du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) publié le 9 août.

A un correspondant de l'AFP, il raconte cet épisode de violences envers les civils, emblématique du conflit entre groupes armés de ex-Séléka, prétendant défendre les musulmans, et anti-balaka, majoritairement chrétiens. La guerre porte aussi sur le contrôle des ressources naturelles, explique un récent rapport du think tank américain Enough Project.

A Gambo, la tuerie a commencé vers midi quand des ex-Séléka ont voulu reprendre la ville à des anti-balaka, après l'arrivée d'un contingent marocain de la Mission des Nations unies (Minusca), se souvient M. Ngobo qui travaillait au dispensaire.

"Tout le monde pensait que l'hôpital était le refuge. Les gens se sont agglutinés en pensant qu'ils étaient sous protection de la Croix-Rouge", raconte cet homme aux traits tirés rencontré lundi dans le village de Loungougba où il s'est réfugié après les combats, à 50 km vers l'est en direction de Bangassou.

"En arrivant, un des Séléka a pris son couteau pour déchirer le drapeau de la Croix-Rouge. Avec des armes, avec des machettes, ils ont égorgé des gens. Ils ont attaqué à l'intérieur, à l'extérieur, dans tous les bureaux. Ils ont cassé toutes les portes", poursuit l'ancien "major" (responsable d'un pavillon du dispensaire).

"Ils ont continué jusqu'à 16h00 avant se replier. On a retrouvé des morts et des blessés en ville. Le soir, la ville était déserte. Tout le monde a fui en brousse", selon M. Ngobo.

Il ajoute avoir été "pris en otage (par les assaillants) dans leur base pour soigner leurs blessés cinq heures de temps". "Après, ils m'ont ramené à l'hôpital et m'ont dit de ne pas bouger. J'étais parmi les cadavres et les blessés".

"Vers 23h00, le samedi 5, je me suis enfui en brousse. J'aidais des blessés pour partir vers Bangassou (à 75 km vers l'est). Certains ont mis une semaine pour arriver jusqu'ici, d'autres sont arrivés aujourd'hui même" (lundi dernier), confie M. Ngobo.

"Le bilan provisoire que j'avais fait samedi soir, c'était 32 morts dans les pavillons et dans la cour", dit-il.

- 'Pourquoi nous haïssent-ils?' -

En mai, ce sont des anti-balaka -d'après la Minusca- qui avaient attaqué Bangassou et sa région, tuant six Casque bleus. Ils contrôlent toujours la ville depuis, a constaté le correspondant de l'AFP, même si des contingents marocains, gabonais et bangladeshi de la Minusca y sont visibles.

A Bangassou, plusieurs centaines de musulmans sont toujours réfugiés à l'intérieur du petit séminaire Saint Louis à côté de la cathédrale. Ils craignent pour leur vie s'ils en sortent.

"Pourquoi ils nous haïssent, pourquoi ils nous font ça? Les femmes ont été attaquées, les enfants égorgés", se lamente l'un d'eux, Djamal Mahamat Salet, fils du grand imam de Bangassou. Il affirme que son père est mort le dimanche 14 mai lors de l'attaque des anti-balaka.

Contrôlé par les groupes d'auto-défense en civil, Bangassou est quasiment déserte, surtout le quartier administratif. L'activité au marché reprend peu à peu, selon l'évêque espagnol de Bangassou, Juan José Aguirre.

Dimanche dernier, ce dernier a traversé en pirogue la Mbomou pour aller dire la messe aux milliers de réfugiés centrafricains qui ont fui les violences de l'autre côté de la frontière, en République démocratique du Congo, dans le village reculé de Ndu.

Une fois passé le poste de douane, il a délivré son homélie en sango, la langue nationale de la Centrafrique, et donné aux réfugiés des nouvelles, en français cette fois, des derniers événements qui ravagent leur pays, de l'autre côté de la rivière, à Bangassou et Gambo.

Ils sont des "milliers dans des zones reculées de la RDC où très peu d'acteurs humanitaires sont présents", s'est inquiété mercredi le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés dans un communiqué.

"Le dernier grand mouvement a été signalé par les autorités dans la ville (congolaise) de Yakoma, où plus de 10.000 individus sont arrivés depuis la semaine dernière. Ils ont fui l'insécurité à Bema, situé en face de la ville congolaise de Yakoma", détaille le HCR.

Avec AFP

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Le corps de la paix s'affirme au Togo

Le corps de la paix s'affirme au Togo
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Sit-in de la presse guinéenne lundi 26 août pour dénoncer la situation des journalistes interpellés

Souleymane Diallo (G), PDG du groupe de presse Le Lynx/La Lance, Mamadou Diallo (C), Administrateur adjoint, et Aboubakar Diallo (D), directeur de Lynx FM.

Le milieu des médias en Guinée est secoué par les poursuites judiciaires engagées contre le doyen de la presse, Souleymane Diallo, fondateur du groupe Le Lynx/La Lance, et Aboubakar Diallo, directeur de Lynx FM. Les avocats des journalistes vont demander la levée des restrictions qui leur sont imposées, selon Me Mohamed Traoré, joint par VOA Afrique.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo ont été inculpés après une intervention, dans l’émission Œil de Lynx, de la dissidente Sano Doussou Condé, ancienne militante du parti au pouvoir RPG. Cette dernière est connue pour ses critiques contre le président Alpha condé.

Les deux journalistes ont été placé sous contrôle judiciaire pour «complicité de production, de diffusion et de mise à la disposition d’autrui des données de nature à troubler l’ordre ou la sécurité publics (…)». Il s’agit d’une disposition qui figure dans la loi guinéenne sur la cyber-sécurité de 2016.

Souleymane Diallo, 74 ans, supporte “d’une manière sereine” cette situation, a dit son avocat, Maître Traoré, rappelant qu’il “a l’habitude des tracasseries sur les questions de liberté de la presse”, et disant qu’il lui avait confié “s’attendre à tout”.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo interdits de quitter Conakry
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Entretien:

Maître Mohamed Traoré: Nous avons été au niveau de la Direction centrale de la police judiciaire, où Monsieur Souleymane Diallo, pour protester contre le fait que la base de la poursuite n'est pas légale, n'a pas voulu s'exprimer devant les enquêteurs de la police; et c’est ainsi que le dossier été transmis au procureur du tribunal de Kaloum, spécialisé dans le domaine des infractions qui entrent dans le cadre de la cyber-criminalité.

On nous a parlé d'un enregistrement de cette émission au cours de laquelle, Madame Doussou Condé aurait tenu des propos, qui avaient été au départ qualifiés de délits contre l’autorité publique. Ça concerne en particulier l’offense au chef de l'Etat.

C'est au niveau du parquet que cette qualification a été abandonnée pour celle de production de diffusion et de mise à disposition d’autrui de données de nature à porter atteinte au public et à la dignité humaine par le biais d'un système informatique.

VOA Afrique: Pourquoi des accusations aussi graves sur la base de cette loi?

Me Traoré: Ce qui nous inquiète, c'est moins les poursuites que la base légale de la poursuite. En Guinée, depuis 2010, il y a une loi sur la liberté de la presse qui dépénalise partiellement les délits de presse.

Autrement dit, aujourd'hui, en Guinée, un journaliste ne peut pas faire l'objet d'une mesure privative de liberté en cas de commission d'une infraction. La seule sanction qui peut lui être infligée au plan pénal est une amende.

Mais cette loi sur la cyber-sécurité comporte des peines d'emprisonnement; elle est beaucoup plus répressive. Je pense que c’est pour cette raison qu’on y fait recours afin d'intimider les journalistes.

VOA Afrique: Quelles restrictions ont été imposées à Souleymane Diallo et Abou Bakr?

Me Traoré: En ce qui concerne Monsieur Souleymane Diallo, il est mis en liberté sous contrôle judiciaire; ce qui l'oblige à être présent deux fois par semaine au niveau du greffe du tribunal. Il lui est également interdit de sortir des limites de Conakry.

Pour Aboubacar Diallo, les mesures sont encore plus énergiques parce qu'il doit se présenter au tribunal trois fois par semaine. Il lui est interdit de sortir de Conakry sans l'autorisation du juge, et il lui est interdit de prendre part à l’émission Oeil de Lynx.

VOA Afrique: Comment expliquez-vous cette situation? Sachant que même sous Lansana Conté, il ne semble pas qu'il y ait eu des méthodes aussi dures à l'encontre de ce média satirique.

Me Traoré: Malheureusement, c’est ce que nous ne comprenons pas et ce que beaucoup de guinéens ne comprennent pas. Je dois rappeler d’ailleurs que même lorsque l'actuel président de la République a eu des ennuis avec la justice guinéenne, le groupe de presse fondé par Souleymane Diallo était au-devant de la scène pour la défense de sa cause. C’est même des journaux les plus courageux. Nous ne pensions donc pas que ce qui n'a pas pu se faire au temps du général Lansana Conté se fasse aujourd'hui, alors qu’il y a des méthodes que l'on condamnait.

Il y a des raisons de s’inquiéter parce qu’il y a quelques mois, c'était la restriction ou la limitation totale de la liberté de manifester. Aujourd'hui on est en train de passer à une autre phase, la restriction de la liberté de la presse, donc il y a vraiment des raisons de se poser la question de savoir de quoi sera fait demain en ce qui concerne les libertés individuelles.

VOA Afrique: Qu'est-ce que vous envisagez?

Me Traoré: Nous avons décidé de relever appel de ces mesures-là et nous allons demander à ce que le dossier soit transmis au niveau de la chambre de contrôle de l'instruction à la Cour d'Appel de Conakry pour que ces mesures soient levées, parce que nous estimons qu'elles ne sont pas du tout justifiées et n'ont pas lieu d'être…

Un groupe de presse guinéen placé sous contrôle judiciaire
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La mise sous contrôle judiciaire de Souleymane Diallo et Aboubacar Diallo a suscité des réactions au plan national et international et sur les réseaux sociaux. Des organisations de la société civile, comme la Maison des Associations et ONG de Guinée, et des personnalités politiques, notamment Cellou Dalein Diallo, ont apporté leur soutien aux journalistes interpellés.

«Nous sommes vivement préoccupés par cette nouvelle forme de censure, qui viole la loi de façon flagrante dans un pays où les délits de presse sont dépénalisés depuis 2010» a déclaré Assane Diagne, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, estimant que «la loi sur la cybercriminalité, invoquée pour inculper les journalistes, n’est qu’un subterfuge pour pouvoir continuer de harceler les médias libres».

Dans une déclaration relayée par la presse guinéenne, Sanou Kerfala Cissé, président de l’Union des Radiodiffusions et Télévisions Libres de Guinée (Urtelgui), a appelé la Haute Autorité de la Communication (HAC), à faire rétablir le droit en matière de procédures judiciaires à l’encontre des journalistes.

Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.
Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.

«Il convient de mentionner que l’on n’a plus besoin de trimbaler un journaliste entre les postes de gendarmerie, la Direction de la police judiciaire et les tribunaux, car, la loi est très claire en la matière. En cas de commission de délit par le journaliste et par voie de presse, la citation directe à comparaître devant un juge reste et demeure l’unique voie empruntable”, a-t-il précisé.

Avant le cas de Souleymane Diallo et Abou Bakr, d’autres journalistes étaient déjà sous contrôle judiciaire et/ou en procès, comme Mohamed Bangoura du site d’information mosaiqueguinee.com et Lansana Camara de conakrylive.info. Les organisations de la presse guinéenne ont ainsi prévu un sit-in lundi 26 août devant le siège de la Haute Autorité de la Communication, afin d’attirer l’attention des commissaires de la HAC sur la gestion des procédures de délits de presse en Guinée.

Goma: une marche citoyenne contre l'Ebola

Goma: une marche citoyenne contre l'Ebola
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Entretien exclusif: Dennis B. Hankins, ambassadeur des Etats-Unis au Mali

Entretien exclusif: Dennis B. Hankins, ambassadeur des Etats-Unis au Mali
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"La lutte contre le terrorisme et l'extrémisme", principal objectif des Etats-Unis au Mali selon l'ambassadeur Hankins

Dennis B Hankins au bureau de VOA Afrique à Bamako, le 23 août 2019. (VOA/Kassim Traoré)

A l'issue, vendredi, d'une visite au bureau de VOA Afrique à Bamako, l'ambassadeur des Etats-Unis au Mali, Dennis B. Hankins a parlé de la situation dans le centre du pays, l'apport des USA et de la mission des Nations Unies au Mali, la MINUSMA.

VOA Afrique : Les Etats-Unis sont l’un des principaux partenaires techniques et financiers du Mali. Pouvez-vous nous parler de vos efforts dans la résolution de la crise dans le centre du pays ?

Dennis B. Hankins : J'ai tendance à dire que presque toutes les activités des Etats-Unis se situent entre la lutte contre le terrorisme et la lutte contre l'extrémisme. Et dans ce sens, nous voyons que les extrémistes dans le centre ont profité des faiblesses.

Nous savons que la nécessité de sécuriser la région, ce n'est pas seulement une question militaire et de police, mais ausi une question des services de bases. C'est dans ce sens que, mieux nous pouvons aider les Maliens à fournir les services d'éducation et de santé, moins les extrémistes peuvent provoquer les populations.

Estimez-vous que vous faites assez pour résoudre la crise ?

D.B.H: Je pense que nous faisons notre maximum, mais le fait qu'il y a toujours une crise veut dire que, soit nous, soit les Maliens, soit les autres partenaires, nous n'en avons pas encore suffisamment fait, parce qu'il y a toujours la crise. Cela dit, pendant ces derniers mois, nous devrons saluer les activités du gouvernement au centre du pays. Il y a eu renforcement de la présence sécuritaire, les deux visites du Premier ministre ont été bien notées, avec tous nos contacts dans le centre.

Ils ont bien apprécié les visites du gouvernemente parce que cela a montré vraiment les actions du gouvernement pour le centre. Il y a aussi le fait que le Premier ministre n'a seulement parlé avec la police et les militaires, mais avec toutes les communautés pour voir quels sont les problèmes à la base.

Nous allons aider le gouvernement dans ce sens.

Est ce que le gouvernement fait assez pour mettre fin à la crise au centre ?

D.B.H: Je dirai que, pendant les deux derniers mois, j'ai vu de vrais efforts, même si je vois que les ressources - sur le plan sécurité, l'équipement et la formation, la capacité de maintenir les troupes dans la région - sont limitées. On voit que c'est la moitié des forces combattantes qui sont au centre.

Le gouvernement a vraiment tenu son engagement. Ce n'est pas suffisant. Nous voyons une fenêtre d'opportunités dans la région. Mais je suis sûr que maintenant, c'est la saison des pluies, et quand la pluie va s'arrêter, je suis presque que sûr que la Katiba du Macina va lancer des attaques. Il va essayer de détruire le progrès accompli.

Nous espérons que les actions du gouvernement, avec notre appui, vont renforcer la capacité des communautés à faire face. Je sais que c'est calme dans la région, mais je suis au courant qu'il y a des personnes qui meurent chaque jour à cause de la violence.

Il y a des gens qui veulent manipuler leur communauté. Je vois que ce ne sont pas seulement les terroristes. Il y a les trafiquants de drogue, il y a des trafiquants de cigarettes, ils ne veulent pas la stabilité dans la région. Ils sont au Nord et au centre. Ils veulent l'instabilité pour faire leurs affaires.

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