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Burkina-Faso

L’armée accusée d’avoir "abattu" des civils, le gouvernement nie

Des soldats burkinabè lors d'une parade militaire, à Ouagadougou, le 4 janvier 2017.

L’armée du Burkina Faso est accusée d'avoir tué, au milieu de la nuit du 3 au 4 février, 57 civils dans quatre villages du nord du pays, selon des témoignages. Les autorités du pays nient énergiquement ces accusations.

"Dans la nuit du 3 au 4 février (…) l’armée régulière est arrivée autour de 23 heures et au même moment les téléphones ont été coupés", allègue Abdourahmane Barry, un habitant du village de Banh joint par VOA Afrique.

Il a expliqué que c’est entre 2hr et 4hr du matin que des membres de l’armée régulière sont arrivés à Banh. Ils sont "passés de porte à porte et tous ceux qui étaient sortis étaient systématiquement abattus sans contrôle d’identité ni demande d’identification", a-t-il ajouté. Selon lui, la même opération a eu lieu dans plusieurs autres villages.

"Quand vous prenez Banh, où il y a eu 14 tués, Tadawal, un autre village, 15 morts, Soummana, 12. Et vous avez Tana où il y a eu 13 tués. Missi, deux. Donc, nous avons au total 57 morts".

Abdourahmane Barry accuse l'armée d'exécuter les civils
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Lundi, dans un communiqué, l’état-major de l’armée burkinabè avait indiqué avoir "neutralisé" 146 djihadistes dans une opération terrestre et aérienne.

"Aucun avion n’a survolé ce territoire", a affirmé Abdourahmane Barry. "Ils ont été bel et bien abattus chez eux, à l’intérieur de leur maison. Ils tapent à la porte, le monsieur sort et une balle dans la tête et c’est terminé. Et je pense que les enquêteurs viendront confirmer ce que je suis en train de vous dire", poursuit-il.

Le gouvernement a rejeté catégoriquement ces allégations. "Notre armée a fait son job. Si jamais il s’avère que dans ce job il y a eu des manquements, il y aura nécessairement un rattrapage", a réagi sur VOA Afrique Remis Dandjinou, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

Remis Dandjinou défend le "professionnalisme" de l'armée burkinabé
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"Je pense qu’on ne peut pas se contenter de témoignages dans une situation où vous avez des populations qui s’opposent les unes aux autres. On ne peut pas se contenter de témoignages et tirer sur la probité et l’intégrité d’une armée".

Le porte-parole du gouvernement a insisté sur le professionnalisme de l’armée burkinabè. "Je rappelle que notre armée est une armée qui respecte les règles d’engagement, qui mesure la force qu’elle utilise. Et c’est une armée aussi qui a une inspection générale qui vérifie les opérations qui sont en cours.

Pour lui, ceux qui se plaignent devraient plutôt saisir la justice.

"Les personnes qui se sentent atteintes, si elles ont des preuves, qu’elles les portent devant la justice burkinabè. Vous savez, c'est l’une des justices en Afrique de l’Ouest qui fonctionne le mieux ", a dit le ministre. Pour le moment il n’y a eu aucune arrestation depuis que des milices armées de l’ethnie Mossi ont tué 49 personnes à Yirgou selon le gouvernement et 210, selon une ONG locale. Les victimes sont toutes des membres de la communauté peul (Fulani).

"Actuellement les gens sont en train de se cacher dans la nature parce qu’ils ne savent pas si les soldats vont revenir", confie Abdourahmane Barry. Selon lui, la communauté peul a déjà réuni les preuves et compte saisir lundi le procureur de Ouahigouya (Nord).

"Nous avons soutenu l’armée, nous avons soutenu les autorités. Voilà pourquoi la zone de Banh a été sécurisée. Cela, depuis plus de 12 mois et la présence du détachement peut confirmer ce que je vous dis".

Les dernières nouvelles fournies par Abdourahmane Barry quelques heures après cet entretien, portent le bilan à au moins 70 morts.

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Aucune avancée judiciaire quatre mois après la tuerie de Yirgou

Des membres du Collectif contre l’impunité, au Burkina Faso, le 11 avril 2019. (VOA/Lamine Traoré)

Quatre mois après la tuerie de Yirgou, dans le centre-nord du Burkina Faso, rien n’est fait sur le plan judiciaire.

Le 1er janvier, après une attaque armée à Yirgou, une bourgade située dans le centre-nord du Burkina, la communauté peule locale a été prise pour cible par des villageois Mossi, aidés par des membres de leur groupe d’autodéfense, les Koglweogo.

Plus de trois mois après la tuerie de Yirgou, justice n’est pas encore faite
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La tuerie a fait 49 morts selon le gouvernement burkinabè. Le Collectif contre l’impunité, une organisation de la société civile créée au lendemain de ces massacres, évoque un bilan plus lourd de 210 morts.

Pendant ce temps, des milliers de déplacés de Yirgou sont sans assistance humanitaire. Il s'agit de la plus grave violence intercommunautaire jamais enregistrée au Burkina, selon des spécialistes.

Les services judiciaires avaient pu identifier 130 suspects sérieux. Mais depuis, rien n’est fait pour rendre justice aux victimes. Les Kogleweogo sont les présumés auteurs de la tuerie.

Daouda Diallo, secrétaire-général du Collectif, au Burkina Faso, le 11 avril 2019. (VOA/Lamine Traoré)
Daouda Diallo, secrétaire-général du Collectif, au Burkina Faso, le 11 avril 2019. (VOA/Lamine Traoré)

"Nous avons pu dénombrer 210 morts depuis fin janvier. Jusqu’à présent, c’est le statu quo", explique Dr Daouda Diallo, secrétaire-général du Collectif.

"Avec ces 130 suspects qui sont toujours armés, qui continuent toujours avec d’autres camarades (de la) milice Kogleweogo, qui patrouillent toujours sur le site des déplacés, qui harcèlent et enlèvent les déplacés, nous nous considérons qu’il y a un statu quo où le dossier avance timidement volet judiciaire. Si rien n’est fait et qu’on n’intimide pas ces groupes d’autodéfense qui sont devenus des milices, ils vont exterminer les déplacés qui sont dans des camps".

Ambroise Farama, avocat du Collectif, estime qu’il y a manque de volonté politique à rendre justice aux victimes.

"Dans ce drame qui est celui de Yirgou, qui est le plus horrible que nous avons connu,dans lequel des personnes sont identifiées, malheureusement, il n’y a aucune inquiétude plus de 100 jours après. Nous pensons qu’il faut le dénoncer. Pourquoi dans le cas de Yirgou il n’y a rien? Est-ce parce que les Kogleweogo sont puissants, armés, ou alors est-ce il y a un calcul politique derrière ? Ou bien c’est l’échéance de 2020 qui préoccupe?", se demande-t-il.

Les victimes de Yirgou réclament justice
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Des milliers de déplacés ayant survécu à la tuerie de Yirgou vivent dans un dénuement total dans les camps de déplacés.

Boureima Dicko, secrétaire-chargé des affaires humanitaires du Collectif, au Burkina Faso, le 11 avril 2019. (VOA/Lamine Traoré)
Boureima Dicko, secrétaire-chargé des affaires humanitaires du Collectif, au Burkina Faso, le 11 avril 2019. (VOA/Lamine Traoré)

​"Malheureusement dans la zone de Kelbo, où il y a plus de déplacés, environ 5000, il n’y a aucune assistance depuis lors", explique Boureima Dicko, secrétaire chargé des affaires humanitaires du Collectif.

"A Kelbo, Belegagnaguel et à Noradjigal, les déplacés sont laissés à eux-mêmes. Nous lançons un vibrant appel au gouvernement pour qu’il fasse la même chose qu’il a fait à Barsalogho et Foubé, aux populations de Kelbo également, qui ne déméritent pas et qui sont des victimes directes des massacres de Yirgou".

Le Collectif pense que c’est parce qu’il n’y a pas eu de justice pour les victimes de Yirgou qu’une autre tuerie a eu lieu début avril à Arbinda dans le Sahel, faisant plus de 60 morts selon le gouvernement, et au moins 100 selon le Collectif.

La guerre contre les terroristes se poursuit

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Combattre les jihadiste dans le sahel

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