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Biden sanctionne Moscou et expulse 10 diplomates russes


Le vice-président américain de l'époque, Joe Biden, à gauche, serre la main du Premier ministre russe de l'époque Vladimir Poutine à Moscou, en Russie, le 10 mars 2011.

Après la main tendue, la contre-attaque: le gouvernement américain de Joe Biden a annoncé jeudi une série de sanctions financières sévères contre la Russie et l'expulsion de dix diplomates russes, qui risquent de compliquer sa proposition de sommet avec Vladimir Poutine.

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, le nouveau président des Etats-Unis avait fait savoir qu'il mettait au point sa riposte contre une série d'actes imputés à Moscou, dont une cyberattaque géante et de nouvelles ingérences dans les élections américaines de l'an dernier.

Allant jusqu'à qualifier Vladimir Poutine de "tueur", Joe Biden promettait d'être nettement plus ferme que son prédécesseur Donald Trump, accusé de toutes parts de complaisance à l'égard du maître du Kremlin.

Les représailles sont tombées jeudi, et elles sont sévères.

Le 46e président de l'histoire américaine a signé un décret suivi de sanctions immédiates, et qui permettra aussi de punir à nouveau la Russie, de manière à engendrer "des conséquences stratégiques et économiques", "si elle continue ou favorise une escalade de ses actions de déstabilisation internationale", a prévenu la Maison Blanche dans un communiqué.

Dans le cadre de ce décret, le Trésor américain a interdit aux institutions financières américaines d'acheter directement de la dette émise par la Russie après le 14 juin prochain.

Il sanctionne également six sociétés technologiques russes accusées de soutenir les activités de piratage informatique du renseignement de Moscou.

Il s'agit d'une riposte à la gigantesque cyberattaque de 2020 ayant utilisé comme vecteur SolarWinds, un éditeur américain de logiciels dont un produit a été piraté pour introduire une faille chez ses utilisateurs, y compris plusieurs agences fédérales américaines. L'administration Biden accuse formellement la Russie d'être responsable de cette attaque, comme elle l'avait laissé entendre.

"Soutien" occidental

Un haut responsable américain a prévenu qu'une partie des représailles demeurerait "secrète", laissant envisager la possibilité d'une contre-attaque informatique.

Par ailleurs, le Trésor sanctionne 32 entités et personnes accusées d'avoir tenté, au nom du gouvernement russe, "d'influencer l'élection présidentielle de 2020 aux Etats-Unis", selon la Maison Blanche.

Et le gouvernement américain impose aussi des sanctions à huit personnes et entités "associées à l'occupation et à la répression persistantes en Crimée", en "partenariat", avec l'Union européenne, le Canada, le Royaume-Uni et l'Australie.

L'Otan, l'UE et Londres ont apporté leur soutien aux sanctions américaines, sans toutefois annoncer de nouvelles mesures dans l'immédiat.

De son côté, le département d'Etat américain a expulsé dix responsables de l'ambassade russe à Washington, accusés pour certains d'être des membres des services de renseignement de Moscou.

L'ensemble de ces sanctions visent aussi à tenir les autorités russes "pour responsables" après des accusations de primes offertes par la Russie à des talibans pour attaquer des soldats américains en Afghanistan.

Mais un haut responsable américain a précisé que le renseignement des Etats-Unis ne pouvait confirmer la véracité de ces allégations qu'avec un degré de confiance "faible à modéré".

Ces sanctions s'ajoutent à une première série de mesures punitives annoncées en mars contre sept hauts responsables russes en réponse à l'empoisonnement et l'incarcération de l'opposant Alexeï Navalny.

L'ambassadeur américain convoqué

Il s'agit d'une des offensives les plus dures contre la Russie depuis l'expulsion de nombreux diplomates à la fin du mandat de Barack Obama.

Et la réponse ne s'est pas fait attendre.

Moscou a convoqué l'ambassadeur américain pour "une conversation difficile".

"Un tel comportement agressif recevra une forte rebuffade. La réponse aux sanctions sera inévitable", a prévenu la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova. "Les États-Unis ne sont pas prêts à accepter la réalité objective d'un monde multipolaire qui exclut une hégémonie américaine et s'appuient sur la pression des sanctions et l'ingérence dans nos affaires intérieures", a-t-elle déploré.

La Russie avait déjà averti que ces nouvelles sanctions n'allaient "pas favoriser" l'organisation d'un sommet Biden-Poutine censé amorcer une stabilisation dans les relations délétères entre les deux rivaux géopolitiques.

L'offre d'une première rencontre dans "un pays tiers" avait été faite par le nouveau président démocrate lors d'une conversation téléphonique cette semaine avec son homologue russe, marquée aussi par une mise en garde américaine après le déploiement massif de troupes russes aux frontières ukrainiennes.

"Nous pensons que dans les prochains mois, il sera crucial pour les deux dirigeants de se rencontrer" pour "trouver une manière stable et efficace d'avancer pour stopper toute escalade avant qu'elle ne dégénère", a réitéré jeudi le haut responsable américain après l'annonce des sanctions.

La mesure la plus spectaculaire annoncée jeudi, sur la dette, devrait avoir un effet limité, la Russie n'ayant qu'une dette limitée et des réserves qui dépassent les 180 milliards de dollars, forte de ses exportations d'hydrocarbures. Elle pourrait toutefois être douloureuse pour le rouble, en chute jeudi, et déjà en difficulté depuis de premières sanctions adoptées en 2014.

"C'est une tempête dans un verre d'eau. Depuis plus de dix ans, la politique des autorités monétaires russes a visé à maintenir le déficit budgétaire à un niveau bas", a relevé auprès de l'AFP l'économiste Sergueï Khestanov, qui souligne que Moscou y est préparé "depuis longtemps".

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