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Angoisse et rage à la frontière mexicains, face au mur de Trump


Des ouvriers travaillent sur les barrières entre les Etats-Unis et le Mexique près de la ville d'Anapra, au Nouveau Mexique, États-Unis, le 25 janvier 2017.

A la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique il est difficile de trouver une seule personne qui se réjouisse de la construction du mur promis par Donald Trump, qui veut ainsi freiner l'immigration illégale.

A San Ysidro, qui touche la ville mexicaine de Tijuana, les nerfs sont à vif, entre peur, frustration et rage.

Ici, il existe déjà une séparation physique: deux clôtures gigantesques avec des barbelés.

"L'idée du mur me parait idiote parce qu'ici il y a déjà quelque chose, qu'est-ce qu'il veut de plus?", s'interroge Esperanza Preciado, une jeune fille de 19 ans qui traverse la frontière avec son bébé dans les bras. Elle travaille dans un bureau de change à San Ysidro et elle vient ici légalement.

"Il y a beaucoup de familles qui n'ont pas de papiers et j'ai peur pour elles", ajoute-t-elle, interrogée par l'AFP.

"Ca me fait mal parce que de l'autre côté c'est mon peuple et ce n'est pas juste de leur faire ça, parce que nous venons travailler ici par nécessité", renchérit Hector (il ne donne pas son nom de famille), un nettoyeur de tapis de 52 ans qui est arrivé illégalement aux Etats-Unis il y a 12 ans et qui est à présent citoyen américain.

Moins d'une semaine après son investiture, le nouveau président américain a signé un décret autorisant la construction d'un mur à la frontière, promesse la plus emblématique de sa campagne.

Il a aussi signé une mesure pour permettre de couper les financements fédéraux aux villes "sanctuaires" qui se sont engagées à ne pas collaborer avec le gouvernement fédéral pour pourchasser les sans-papiers, et a annoncé un renforcement des contrôles migratoires.

Les responsables démocrates ont unanimement vilipendé ces annonces notamment dans les villes sanctuaires autoproclamées de Chicago, New York ou Los Angeles, qui ont promis de ne pas dévier de leurs engagements.

Plusieurs responsables républicains dont Michael McCaul, parlementaire du Texas, ou Jeff Landry, ministre de la Justice de Louisiane, ont à l'inverse salué les mesures "audacieuses" pour garder "les criminels hors de notre pays".

A San Ysidro, des centaines de personnes traversent la frontières à travers deux ponts piétonniers et forment une immense file d'attente pour passer les contrôles douaniers.

C'est le plus gros poste-frontière par voie terrestre du monde. Selon les statistiques officielles, 65,4 millions de personnes y transitent chaque année.

Du côté américain, on entend plus d'espagnol que d'anglais.

'C'est Trump qui doit payer'

Assise à la sortie du bâtiment moderne du pont le plus à l'ouest, Marci Ponce lit le quotidien Frontera acheté à Tijuana: "la construction du mur va commencer d'ici quelques mois", lit-on en couverture avec une photo du Républicain souriant.

"Il est fou", lâche cette femme de 42 ans qui rentre du Mexique où elle a rendu visite à sa mère.

Un point de vue partagé par Laurie et Scott Medows, résidents de San Diego, qui jouxte San Ysidro. Ils se rendent deux ou trois fois par an au Mexique.

"C'est inutile et n'a aucun sens, c'est tout simplement idiot, j'espère que les Mexicains savent que nous voulons de bonnes relations et que tout ça est vraiment dommage", assure Laurie.

Trump affirme que le Mexique va payer pour le mur, et face aux protestations dans ce pays, il a "conseillé" au président Pena Nieto d'annuler sa visite qui était prévue la semaine prochaine à Washington. Lequel a obtempéré.

Jeudi, le porte-parole de la Maison Blanche a laissé entendre que les Etats-Unis pourraient instaurer une taxe de 20% sur les importations depuis le Mexique pour financer le mur, au coût évalué entre 12 et 15 milliards de dollars par les Républicains - une étude universitaire l'estime à 40 milliards.

"Il a le droit de protéger son territoire, mais alors il doit payer lui. Il est en train de prouver qu'il va à l'encontre de tout ce qui n'est pas américain, c'est un raciste", s'insurge Sergio Moreno, commerçant de 54 ans qui vit à Tijuana et va aux Etats-Unis pour acheter des marchandises.

Près d'un tiers de la frontière de 3.200 kilomètres se présente déjà sous la forme d'une clôture qui empêche les véhicules ou les personnes de passer.

Pour Enrique Morones, fondateur de l'ONG Border Angels, l'étendre "ne va pas empêcher les gens de venir aux Etats-Unis, il va juste y avoir plus de morts" parce qu'ils vont traverser dans des endroits plus dangereux.

Plus de 11.000 personnes ont péri en tentant de traverser la frontière illégalement depuis 1994, selon les associations de défense des droits de l'homme.

Avec AFP

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