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Washington va quitter un traité nucléaire au risque d'une course aux armements avec Moscou

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov (3e à gauche), la première dame américaine Melania Trump (3e à droite) et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo lors du sommet des présidents américain et russe au palais présidentiel à Helsinki

Les Etats-Unis ont mis vendredi à exécution leur menace de se retirer d'un traité de désarmement nucléaire crucial avec la Russie, accusée de violer ce texte signé lors de la Guerre froide, au risque d'une nouvelle course aux armements.

"Demain les Etats-Unis vont suspendre leurs obligations dans le cadre du traité INF" sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, "et lancer le processus de retrait", a déclaré Donald Trump dans un communiqué.

Le retrait sera effectif "dans six mois, à moins que la Russie respecte ses obligations en détruisant tous ses missiles, lanceurs et équipements qui violent le texte", a ajouté le président américain.

Les premières accusations de violation contre Moscou avaient été lancées sous la présidence de Barack Obama, en 2014, et l'actuel locataire de la Maison Blanche avait dès octobre évoqué une sortie de ce traité signé en 1987 entre l'URSS et Washington pour abolir les missiles terrestres d'une portée de 500 à 5.500 km.

Début décembre, depuis Bruxelles et avec le soutien de l'Otan, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait donné à la Russie 60 jours, jusqu'à ce samedi 2 février, pour démanteler ses nouveaux missiles de longue portée violant le traité aux yeux des Américains et de l'Alliance atlantique. Faute de quoi, il avait menacé de lancer la procédure de retrait.

Les nombreuses discussions entre les deux puissances adversaires ces deux derniers mois n'ont permis aucun progrès. Et peu d'observateurs envisagent une percée d'ici le retrait définitif des Américains, début août.

- "Prêt" à discuter avec Moscou -

"La Russie a mis en danger la sécurité des Etats-Unis et nous ne pouvons plus être entravés par un traité pendant que la Russie le viole éhontément", a lancé vendredi Mike Pompeo, estimant que ces "violations" étaient une menace pour "des millions d'Européens et d'Américains" et plaçaient l'armée américaine en position défavorable.

Avant même la décision du gouvernement Trump, les autorités russes, qui rejettent des accusations "sans fondement" et dénoncent en retour des violations américaines, avaient mis en garde vendredi contre un retrait "extrêmement irresponsable", jugeant le traité "nécessaire" notamment à "la sécurité européenne".

Elles ont accusé les Etats-Unis de chercher "l'épuisement économique" de la Russie "via une nouvelle course aux armements", alors même que le président russe Vladimir Poutine a récemment promis de développer de nouveaux missiles balistiques de portée intermédiaire en cas de retrait américain.

"S'il y a une course aux armements, c'est la Russie qui l'a lancée", a répondu un haut responsable américain, soulignant aussi que le traité ne concernait même pas les missiles chinois ou iraniens. Il a assuré que l'armée américaine n'avait elle aucun plan pour déployer de nouveaux missiles dans l'immédiat.

L'Otan a appuyé "pleinement" la "démarche" américaine, appelant Moscou à revenir dans les six prochains mois à "un respect total et vérifiable" de ses obligations. "Il est clair que la Russie viole ce traité, et c'est pourquoi nous devons parler avec la Russie", a renchéri la chancelière allemande Angela Merkel.

Mike Pompeo a assuré que Washington était "prêt" à continuer de discuter avec la Russie "au sujet du désarmement pour des négociations qui renforcent la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés", à condition que les résultats puissent être "mis en oeuvre et vérifiés".

"Nous espérons qu'ils reviendront à un respect total du traité", a-t-il insisté. "C'est leur dernière chance", a tranché un haut responsable américain.

Selon Eugene Rumer, ancien du renseignement américain aujourd'hui expert au cercle de réflexion Carnegie, "ni l'administration Trump ni le gouvernement russe ne semblent être intéressés par la sauvegarde" de ce traité signé à la fin de la Guerre froide par le dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, et le président américain de l'époque, Ronald Reagan.

"Chacun a ses raisons", ajoutait-il dans un article cette semaine: Donald Trump "n'aime pas les traités qu'il n'a pas négociés" et s'est déjà retiré de plusieurs accords internationaux tandis que son conseiller à la sécurité nationale John Bolton plaide de longue date "pour débarrasser les Etats-Unis de ce corset de traités"; quant aux Russes, "l'effondrement de l'Union soviétique et l'élargissement de l'Otan ont fondamentalement changé la géographie de leur perception de la menace".

Les experts "feraient mieux de renoncer à leurs appels en faveur du traité INF et de regarder ce qui a changé", affirme Eugene Rumer, pour bâtir un nouveau cadre de désarmement moins "obsolète" et plus adapté au XXIe siècle.

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Malaise chez Facebook qui refuse de censurer les messages de Trump

Donald Trump et Mark Zuckerberg se rencontrent le 19 septembre 2019 (Photo: Twitter Trump)

Le clash entre Twitter et Donald Trump éclabousse Facebook, en position délicate depuis que son patron, Mark Zuckerberg, a refusé de sanctionner des propos polémiques du président et est désavoué publiquement par des employés - un phénomène rare dans la Silicon Valley.

"Mark a tort, et je vais m'efforcer de le faire changer d'avis en faisant beaucoup de bruit", a tweeté dimanche Ryan Freitas, directeur du design pour le News Feed (fil d'infos) de Facebook.

Lundi, le mouvement a pris de l'ampleur avec une grève en ligne par plusieurs salariés, dont Sara Zhang, qui déclare sur Twitter: "Nous devons faire face au danger, pas rester à couvert."

A l'origine, deux interventions sans précédent de Twitter la semaine dernière.

La plateforme a d'abord signalé deux tweets du président américain sur le vote par correspondance avec la mention "vérifiez les faits".

Mark Zuckerberg a alors rappelé sur Fox News que les plateformes, selon lui, ne devaient pas jouer le rôle "d'arbitres de la vérité en ligne" - une interview retweetée par Donald Trump.

Puis, vendredi, Twitter a masqué un autre message du locataire de la Maison Blanche, sur les affrontements à Minneapolis après la mort d'un homme noir, George Floyd, pour violation des directives du réseau sur l'apologie de la violence.

"Les pillages seront immédiatement accueillis par les balles", déclarait Donald Trump au sujet des manifestations qui dégénèrent en émeutes.

Ces propos apparaissent aussi sur Facebook, mais Mark Zuckerberg a décidé de les laisser visibles, "après avoir hésité toute la journée".

Dans une publication sur son profil, il dit condamner à titre "personnel" la "rhétorique clivante et incendiaire" du président, mais n'entend pas supprimer les messages, au nom de la liberté d'expression et de l'intérêt du public à s'informer.

- Les révoltés du réseau -

"Je sais que beaucoup de gens sont mécontents (...), mais notre position est de faciliter le plus d'expression possible, à moins d'un risque imminent d'atteinte aux autres ou de dangers tels que décrits dans notre règlement".

Twitter et Facebook ont mis en place des systèmes de lutte contre les contenus dangereux (appels à la haine, harcèlement...) et contre la désinformation.

Mais Facebook exempt les personnalités et candidats politiques de l'essentiel de ces mesures.

"Je ne sais pas quoi faire, mais je sais que ne rien faire n'est pas acceptable. Je suis un employé de Facebook en désaccord complet avec la décision de Mark de ne rien faire au sujet des publications récentes de Trump, qui incitent clairement à la violence", a tweeté samedi Jason Stirman, un responsable en recherche et développement de la société, passé par Twitter.

"Je ne suis pas seul chez Facebook. Il n'y a pas de position neutre sur le racisme", a-t-il ajouté.

De fait, plusieurs autres salariés ont pris la parole ce weekend.

"Je pense que le tweet de Trump (sur les pillages) encourage la violence extra-judiciaire et attise le racisme. Respect à l'équipe de Twitter", écrit David Gillis, un designer.

Sara Zhang et d'autres employés appellent à changer le règlement, qui n'offre que deux choix : laisser les contenus ou les retirer.

"La décision de Facebook ne pas agir sur des publications qui incitent à la violence ignore d'autres options possibles pour assurer la sécurité de notre communauté", remarque-t-elle.

Sur Twitter, le message en question du président est resté visible malgré l'avertissement, mais les utilisateurs ne peuvent pas le retweeter, le "liker" ou y répondre.

- Appel à un ami -

Pour ne rien arranger, la presse américaine a révélé dimanche que Mark Zuckerberg et Donald Trump se sont entretenu vendredi par téléphone.

La conversation a été "productive", selon des sources anonymes du site spécialisé Axios et de la chaîne CNBC. Elle n'a été ni confirmée ni démentie par les intéressés.

La question se pose désormais sur la capacité de la toute nouvelle "Cour suprême" de Facebook à intervenir.

"Nous avons conscience que les gens veulent que le Conseil se penche sur beaucoup de questions importantes liées aux contenus en ligne", a tweeté le "Conseil de supervision" du réseau, qui a pris forme au début du mois.

Il est censé avoir le dernier mot sur le maintien ou non des contenus controversés, en toute indépendance.

Le géant des réseaux est directement concerné par la contre-attaque de Donald Trump contre Twitter.

Le président américain a signé jeudi un décret s'attaquant à une loi fondamentale de l'internet américain, la Section 230, qui offre aux plateformes numériques une immunité contre toute poursuite judiciaire liée aux contenus publiés par des tiers. Et leur donne la liberté d'intervenir à leur guise pour policer les échanges.

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