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Burkina-Faso

Le secteur de la santé gangrené par la corruption, selon une étude

L’hôpital Yalgado Ouédraogo, plus grand centre hospitalier du Burkina, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)

Le secteur de la santé au Burkina Faso est ravagé par la corruption, conclut la dernière enquête du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC).

Karim Ouédraogo, commerçant, à Ouagadougou, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)
Karim Ouédraogo, commerçant, à Ouagadougou, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)

"Tu es malade, tu arrives à l’hôpital et on te dit voilà... donne-moi ci, donne-moi ça, pour qu’on te soigne d’abord. C’est l’un des pires péchés et si on ne règle pas cela rapidement, on risque de tuer tout le monde", témoigne Ouédraogo Karim, un commerçant de Ouagadougou.

"La corruption… ? Si, si, on entend souvent parler. Des voisins, des amis victimes et même souvent dans des médias", déclare, de son côté, Ouédraogo Raïssa, une étudiante également interrogée dans la capitale burkinabè.

Raïssa Ouédraogo, étudiante, à Ouagadougou, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)
Raïssa Ouédraogo, étudiante, à Ouagadougou, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)

Comme ces habitants de Ouagadougou, ils sont nombreux à dénoncer des faits de corruption dans le système de santé burkinabè.

Selon le REN-LAC, la corruption est très prononcée dans le secteur.

"Depuis les demandes d’argent, les soustractions d’argent, les paiements qui ne vont pas à la caisse jusqu’aux vols des médicaments, à la vente des poches de sang, des médicaments interdits au Burkina Faso… toutes les formes existent. Un dixième des sondés qui ont accepté les entretiens de suivi disent ouvertement qu’on leur a demandé de l’argent. Près de 50% des paiements qui se font, se font hors caisse. Les services de chirurgie font les chirurgies pratiquement sans paiements à la caisse et sans même l'enregistrement des interventions qui se font", appuie Sagado Nakanabo, secrétaire exécutif adjoint du REN-LAC.

Sagado Nakanabo, Secrétaire exécutif adjoint du REN-LAC, à Ouagadougou, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)
Sagado Nakanabo, Secrétaire exécutif adjoint du REN-LAC, à Ouagadougou, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)

Les responsables du Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA), principal syndicat de la santé, affirment qu’ils ont toujours interpellé le gouvernement mais celui-ci est chaque fois resté laxiste.

"L’expérience nous montre sur le terrain que ceux-là qui sont corrompus, ce sont eux qui sont promus. Et ça fait que la chaîne va et ça continue. Pour ce qui concerne le SYNTSHA, il fait ce qu’il peut faire pour éviter de telles pratiques et nous n’avons jamais défendu un militant qui s’est donné à la corruption", confie Souleymane Ouattara du bureau national du SYNTSHA.

Un autre son de cloche au ministère de la Santé qui rassure qu’à son niveau, des efforts sont faits afin de minimiser de pareilles pratiques.

Harouna Kadio, conseiller technique du ministre de la Santé, Ougadougou, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)
Harouna Kadio, conseiller technique du ministre de la Santé, Ougadougou, 7 décembre 2018. (VOA/Lamine Traoré)

"Il y a lieu d’investiguer et également faire en sorte que ce soit des situations qui soient combattues et que les risques de survenance soient minimisés", se défend Harouna Kadio, Conseiller technique du ministre de la Santé.

Une chose est sûre, la corruption existe dans le secteur de la santé, malgré les efforts du gouvernement qui devrait mettre un plan sérieux de lutte contre ce fléau, au grand bonheur des malades, selon des acteurs du secteur.

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Washington Forum | 16 mai 2019 | Burkina Faso: Quelle riposte face à la menace terroriste?

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Inquiétude sur la cohabitation entre chrétiens et musulmans

Des hommes et femmes d'Arbinda rencontrent une délégation du gouvernement, Burkina Faso, le 4 avril 2019. (VOA/Lamine Traoré)

Les attaques récentes des djihadistes contre des chrétiens du Burkina Faso ébranlent la cohabitation harmonieuse entre religions dans ce pays pauvre du Sahel où des violences intercommunautaires ont déjà commencé à émerger.

"Le Burkina a toujours été réputé comme un pays de tolérance. Nous devons travailler à maintenir cette richesse que nos ancêtres nous ont léguée", a déclaré le président Roch Marc Christian Kaboré.

Le "pays des Hommes intègres" compte 65% de musulmans pour 35% de chrétiens, selon des chiffres de 2018, et était jusque là souvent cité en exemple pour la coexistence pacifique entre les deux communautés.

Depuis quatre ans, le Burkina est confronté à des attaques fréquentes et meurtrières, attribuées à des groupes djihadistes, dont Ansarul Islam, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'organisation État islamique au grand Sahara (EIGS).

D'abord concentrées dans le Nord, elles ont ensuite visé la capitale Ouagadougou et d'autres régions, notamment l'Est, et fait depuis 2015 près de 400 morts, selon un comptage de l'AFP.

- Moins de couples mixtes ? -

Depuis deux semaines, les chrétiens sont particulièrement ciblés. Trois attaques récentes semblent prouver qu'il s'agit d'une nouvelle stratégie. Quatre catholiques ont été tués lundi dans le Nord lors d'une procession, alors que deux églises, une protestante et une catholique, ont été attaquées dans les jours qui précédaient (12 morts).

"Les attaques prennent de plus en plus pour cibles édifices et responsables religieux, visant ainsi à opposer les différentes confessions", estime Aboubacar Hugo, de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB).

Les appels au calme et à l'union contre le terrorisme de toutes les ethnies et confessions se multiplient.

"La nouvelle tactique de notre ennemi commun consiste à nous diviser, à nous opposer. Il nous appartient d'éviter ce piège, en travaillant à renforcer la tolérance légendaire qui a toujours caractérisé les relations entre toutes les confessions religieuses dans notre pays", a réagi le chef de file de l'opposition Zéphyrin Diabré.

"Nous devons, les confessions religieuses et l'ensemble du peuple, dire +non on ne nous embourbera pas dans cette dynamique, ce dérapage ethniciste, religieux+", dit Mgr Philippe Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou. "Nous sommes un peuple, nous resterons un peuple, les grains d'un seul panier."

Mais les fissures sont apparues. Les différences ethniques se confondent parfois avec la religion.

Les peuls (qui sont musulmans) sont de plus en plus stigmatisés. De nombreux djihadistes appartiennent à cette ethnie, provoquant un amalgame entre peuls et djihadistes et même entre musulmans et djihadistes. Les litiges historiques (nomades-éleveurs peuls traversant les champs de populations sédentaires) favorisent d'autant plus le phénomène.

Début janvier, 48 personnes selon le gouvernement et plus de 200 selon la société civile, ont été tuées lors de représailles contre des Peuls après l'attaque du village de Yirgou (centre) attribuée aux djihadistes. Début avril, 62 personnes ont été tuées lors d'attaques djihadistes suivies d'affrontements intercommunautaires à Arbinda (nord).

"Avec ce qui arrive, la peur gagne tout le monde. On ne sait pas vers quoi ceux qui attaquent et les mosquées et les églises veulent pousser les fidèles de ces religions si ce n'est à se détester. Cela peut conduire à un conflit inter religieux comme dans d'autres pays", souligne Cheick Abdoulaye Ouédraogo, maitre coranique à Ouagadougou.

Une tension et une méfiance qui se répercutent dans la vie de tous les jours.

"Moi, j'ai dû me séparer de mon copain après quatre ans, car il était catholique", raconte Adissa Kaboré, commerçante de 27 ans, musulmane. "Mes parents se sont opposés à notre mariage. Il y a beaucoup de couples mixtes mais des cas de refus d'union sont plus nombreux. C'est une forme d'intolérance courante. Ce n'est pas seulement quand il y a des assassinats ou des attaques d'église ou de mosquée qu'il faut s'indigner."

Issouf Tiemtoré, vendeur ambulant et musulman de 38 ans à Ouagadougou, se souvient d'échanges entre communautés qui ont disparu.

"Il y a longtemps, lors des fêtes chrétiennes, les voisins musulmans égorgeaient les poulets. Aujourd'hui, cela tend à disparaitre. Chacun est plus ou moins replié sur ses croyances à tel point que dans certains quartiers périphériques de Ouagadougou, il y a des zones où n'habitent que des gens d'une même confrérie. On laisse faire. Ça commence ainsi. Ensuite on se radicalise au fur et à mesure."

Avec AFP

"Le terrorisme se répand dans tout le pays", Premier ministre

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Le Premier ministre Christophe Dabiré devant les députés

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