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Vidéos et réseaux sociaux changent la perception du maintien de l'ordre aux États-Unis


Un homme à terre en criant "Ne me tuez pas" à la police lors d'une marche à Dallas, Texas, le 7 juillet 2016.
Un homme à terre en criant "Ne me tuez pas" à la police lors d'une marche à Dallas, Texas, le 7 juillet 2016.

C'est devenu presque courant: un homme ou une femme noirs meurent sous les balles de la police, leurs derniers instants sont captés dans des vidéos diffusées aussitôt sur les réseaux sociaux, alimentant les accusations de préjugés ou de brutalités par la police américaine.

"Ce que l'on qualifie de brutalités ou mauvais comportements par la police est matière à interprétation, et jusqu'à présent c'étaient les services de police et les gros bonnets" qui s'en chargeaient, explique Christopher Schneider, professeur de sociologie à la Brandon University au Canada et auteur du livre "Policing and Social Media" (le maintien de l'ordre et les réseaux sociaux), sorti cette année.

"Mais maintenant ces vidéos sont mises en ligne immédiatement après l'incident et les brutalités peuvent être jugées par nous tous", souligne-t-il.

En l'occurrence, deux vidéos ont montré cette semaine la mort de deux Noirs sous les balles de la police, mardi en Louisiane et mercredi dans le Minnesota, ce qui a beaucoup choqué l'Amérique.

"Les enregistrements (de vidéos) ont accru la prise de conscience des gens" de ces affaires, a souligné le président Barack Obama samedi depuis Varsovie.

Ces vidéos de supposés "journalistes citoyens" sont récentes, la plus ancienne datant de 1991 quand elle avait montré le chauffeur de taxi Rodney King se faire battre par la police, ce qui avait déclenché des émeutes à Los Angeles.

Mais aujourd'hui elles se répandent très rapidement grâce aux smartphones qui peuvent diffuser des vidéos en direct sur Facebook ou Twitter.

"Des journalistes citoyens avaient attiré l'attention des médias sur le Printemps arabe par exemple, et maintenant ils rendent le même service au débat racial et policier aux Etats-Unis", estime David Uberti, collaborateur à la revue Columbia Journalism.

M. Schneider, qui a étudié des services de police aux Etats-Unis et au Canada, estime que les dernières affaires devraient conduire à un "changement historique de la manière dont la police maintient l'ordre".

Des minorités d'habitude marginalisées ont droit à la parole sur les réseaux sociaux, forçant les services de police à revoir complètement leur stratégie, selon lui.

"Du côté des gens bien"

"Un des plus grands défis de la police est de reprendre le contrôle des perceptions de l'opinion", affirme le sociologue à l'AFP. "On a besoin de croire que les policiers sont du côté des gens bien".

L'utilisation de mini-caméras individuelles et d'enregistreurs par la police devrait être une priorité pour que les autorités "maîtrisent à nouveau le discours", selon Christopher Schneider.

D'après une étude du criminologue Michael White de l'université de l'Etat de l'Arizona, les plaintes de brutalités policières ont chuté depuis le déploiement de mini-caméras.

Les défenseurs des libertés individuelles mettent toutefois en garde contre les caméras et vidéos, qui ne sont pas des solutions et pourraient compromettre la vie privée.

David Klinger, criminologue à la University of Missouri-St. Louis, affirme que les vidéos donnent un nombre limité d'informations et ne peuvent pas parfaitement déterminer quand le policier se sent menacé.

"Une vidéo, c'est une représentation en deux dimensions d'une (réalité) à trois dimensions et d'un seul point de vue", explique M. Klinger.

Dans une recherche, le criminologue montre une déconnexion entre ce que la police voit et entend et ce que montrent les images. Cette "anomalie de perception" est décelée chez 95% des policiers. "La perception humaine est très différente de ce que la vidéo capte", selon lui.

Pour Wade Henderson, qui dirige la Leadership Conference on Civil and Human Rights, les mini-caméras ne sont pas la panacée.

"Les caméras sont loin des gens qui les manipulent. Car elles servent à filmer des membres de la communauté (noire), pas les policiers eux-mêmes", note Henderson.

Antonio Ginatta, qui travaille pour l'association de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, soutient cependant que ces vidéos peuvent aider à ce que les autorités rendent des comptes. "Le pouvoir des vidéos montrant les violences de la police est incontestable".

Les incidents entre policiers et Noirs ne sont "pas nouveaux (mais) le monde en est désormais témoin".

Avec AFP

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