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Vaste opération de Barkhane dans les forêts du Gourma à la frontière du Burkina

Opération conjointe des forces armées maliennes et de Barkhane menée fin juin dans le Gourma au Mali, photo publiée le 6 juillet 2018. (Twitter/Etat-Major armées)

Une trentaine de jihadistes ont été capturés ou tués la semaine dernière au Mali près de la frontière burkinabè lors d'une vaste opération menée par les soldats français et maliens, la première depuis l'implantation de la force Barkhane sous la boucle du fleuve Niger.

Cette offensive, au cours de laquelle un médecin militaire français a été tué, a été lancée aux confins du Gourma malien (centre-est), sanctuaire pour plusieurs groupes armés, mobilisant quelque 700 militaires français et 150 maliens.

Après un an et demi de lutte antijihadiste dans le Liptako voisin (nord-est), Barkhane amorce l'extension de ses efforts dans cette nouvelle zone, à cheval sur trois régions maliennes (Gao, Tombouctou et Mopti) et frontalière du Burkina. Les Français y ont récemment fait sortir de terre une base avancée, en périphérie de la ville de Gossi, à 150 km à l'ouest de Gao (nord).

A partir de cette nouvelle emprise, des dizaines de blindés français ont convergé fin mars vers le camp de l'armée malienne à Hombori (80 km au nord de la frontière burkinabè). Ce camp, cerné d'imposants massifs rocheux, a servi de point de départ pour attaquer les sanctuaires jihadistes plus au sud, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Côté Burkina, "des forces armées burkinabè étaient déployées pour interdire toute tentative d'exfiltration de l'ennemi vers le sud de la zone", d'après le porte-parole de l'état-major français, le colonel Patrik Steiger.

L'opération, étalée sur une dizaine de jours, a débuté dans la forêt de Foulsaré, à la frontière, réputée servir de refuge au groupe jihadiste Ansaroul Islam. Il est accusé de semer la terreur dans le nord du Burkina, théâtre d'attaques régulières depuis 2015 que les forces de sécurité semblent incapables d'enrayer.

Après des frappes aériennes et l'envoi de commandos au sol, Français et Maliens ont mis au jour "une véritable plateforme logistique" et saisi des équipements complets avec armes et munitions, roquettes, et du matériel de confection d'engins explosifs artisanaux (IED).

Les jihadistes sont en revanche parvenus à s'évanouir dans la nature. "L'ennemi a déserté la zone à l'arrivée de Barkhane et n'a pas cherché le combat", d'après le colonel Steiger.

Plan de sécurisation du centre

Cette offensive coïncide avec la relance par le gouvernement malien de son Plan de sécurisation intégrée des régions du Centre (PSIRC), lancé en 2017 pour tenter d'enrayer l'explosion des violences dans cette zone, souvent à dimension intercommunautaire.

Le chef de l'Etat, Ibrahim Boubacar Keïta, a ainsi présidé mardi une réunion extraordinaire du Conseil supérieur de la Défense nationale portant sur le centre du pays, où les violences depuis le début de l'année ont fait 15.000 déplacés dans la seule région de Mopti, selon des organisations humanitaires.

Bien qu'ils soient restés invisibles pendant l'opération, les jihadistes ont revendiqué l'explosion d'une mine qui a coûté la vie le 2 avril au médecin militaire Marc Laycuras, 30 ans, touché au passage de son véhicule blindé.

L'opération s'est ensuite déplacée dans la forêt de Serma, sanctuaire de la katiba éponyme, soupçonnée d'implication dans des attaques dans la région et les pays voisins, particulièrement au Burkina Faso.

Le 7 avril, "une opération aéroterrestre" a visé notamment "un camp d'entraînement de la katiba Serma au sud de la ville de Boni", selon l'état-major.

Plus d'une trentaine de jihadistes ont été "mis hors de combat" (tués ou capturés) par les forces armées, qui ont également saisi des véhicules, dont "une dizaine de motos" et de l'armement.

L'armée française a déjà lancé des opérations ponctuelles dans ces forêts proches de la frontière burkinabè, très denses et difficiles d'accès.

En janvier, Barkhane a mené une série d'opérations avec les forces maliennes dans la forêt de Serma, aboutissant à la neutralisation d'une vingtaine de jihadistes.

En avril 2017, l'armée française s'était par ailleurs déployée en forêt de Foulsaré avec les forces maliennes et burkinabè. Un soldat français y avait été tué.

Désormais, Barkhane compte s'installer durablement dans cette zone. "Avant, on a mis les pieds dans la région et on est ressortis. Là, on plante le drapeau et on y reste", résume un haut gradé français.

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Une trentaine de civils tués lors d’une attaque simultanée sur 4 villages maliens

Les habitants de Zibane-Koira Zéno, un village de la région de Tillabéri (ouest du Niger, près du Mali), se réunissent le 12 mai 2020, après une attaque d'hommes armés le 8 mai 2020. (Photo by BOUREIMA HAMA / AFP)

Mercredi des assaillants armés non identifiés ont attaqué quatre villages Dogon dans la commune de Bankass, dans la région de Mopti, au centre du Mali.

Selon des témoins, au moins 32 personnes ont été tuées, dont des femmes et des enfants. L’on déplore également d'importants dégâts matériels.

"Les assaillants sont arrivés de Baye, à la frontière entre le Mali et le Burkina Fasso, à 16 heures. Ils étaient à bord de pick-ups, de tricycles et plusieurs motos”, selon Allaye Guindo, maire de la commune de Bankass.

Selon le maire, les attaques ont eu lieu simultanément dans 4 villages : Gouari, Djimdo, Panga Dougpou, Dialakanda. Les Dozos (chasseurs) de dogons qui ont tenté de défendre les villageois ont subi de lourdes pertes.

L'armée malienne, qui a un campement à 20 km du village de Gouari, y est arrivée vers 22 heures, après l'arrêt des combats.

Des vidéos du fils du président malien IBK créent la controverse

Karim Keïta, fils du président malien Ibrahim Boubacar Keïta.

Le fils du président malien s'est défendu jeudi de s'amuser aux frais de ses compatriotes après la diffusion de vidéos privées publiées dans un climat de vive contestation contre le pouvoir et le montrant prenant du bon temps en dehors du pays à une date non précisée.

"Des esprits mal intentionnés veulent me mêler à une cérémonie privée organisée à l’étranger par des amis où je n’ai fait qu’une très brève apparition et dont je n’étais chargé ni du menu ni de la liste des invités", écrit Karim Keïta, fils d'Ibrahim Boubacar Keïta, et lui-même réputé comme un puissant personnage au Mali.

"Ce déplacement à titre privé n’a évidemment pas coûté le moindre centime au contribuable", dit-il. "Mon engagement pour le Mali et le peuple malien demeure entier", assure M. Keïta, président de la commission de la Défense du parlement.

Des vidéos circulant largement sur les réseaux sociaux le montrent visiblement de très bonne humeur au milieu d'une fête joyeuse ou sur un yacht de luxe en compagnie d'amis consommant des boissons. Les vidéos ne permettent guère de dire quand et où elles ont été filmées. On ignore qui les a diffusées.

Un proche de M. Keïta a indiqué sous le couvert de l'anonymat que celui-ci se réservait de porter plainte parce que d'autres images également diffusées jeudi étaient fausses.

Ces vidéos se sont retrouvées sur les réseaux sociaux alors que le pouvoir malien fait face à une contestation qui préoccupe les alliés du Mali, inquiets de son potentiel déstabilisateur dans un pays combattant le jihadisme et confronté à une série de graves défis.

Karim Keïta a été l'une des cibles de la protestation lors de deux manifestations au cours desquelles des dizaines de milliers de Maliens ont réclamé la démission de son père en juin.

La contestation malienne lève le préalable d'une démission du président IBK

Rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes à Bamako réclamant le départ du président Ibrahim Boubacar Keïta, le 19 juin 2020.

Le mouvement de contestation contre le président malien a indiqué mercredi ne plus faire de la démission de ce dernier un préalable à un dialogue avec le pouvoir pour sortir d'une crise politique qui alarme la communauté internationale.

Le mouvement dit du 5 juin a persisté à dire que le président Ibrahim Boubacar Keïta devrait quitter le pouvoir. Mais il a affirmé son "esprit d'ouverture au dialogue", et la démission du chef de l'Etat ne figure pas dans une liste d'exigences communiquée lors d'une conférence de presse.

En tête de ces exigences figurent la dissolution du Parlement et la formation d'un gouvernement de transition dont le mouvement désignerait le Premier ministre.

A défaut, le mouvement "se réserve le droit légitime à la désobéissance civile", mais pacifique, et appellera à une nouvelle manifestation le 10 juillet, a dit aux journalistes l'un de ses leaders, Choguel Maïga.

La contestation à laquelle fait face Ibrahim Boubacar Keïta, président depuis 2013, préoccupe les alliés du Mali, inquiets de son potentiel déstabilisateur dans un pays confronté au jihadisme et à une série de défis majeurs, dans une région elle-même tourmentée.

Cinq pays du Sahel et la France réunis mardi en sommet en Mauritanie ont exprimé cette préoccupation dans leur communiqué final, et appelé au dialogue. Le président français Emmanuel Macron, dont le pays engage plus de 5.000 soldats au Mali et dans la région contre le jihadisme, avait affirmé "l'urgence de mettre en oeuvre rapidement les mesures visant à apaiser le climat politique".

Une coalition hétéroclite composée de responsables religieux et des personnalités de la société civile comme du monde politique a fait descendre dans les rues de la capitale Bamako des dizaines de milliers de personnes à deux reprises en juin, avec la démission du président parmi les revendications.

Une démission autre que forcée paraît inenvisageable à ce stade. Cette exigence passait pour un obstacle majeur à un dialogue.

Des chefs d’Etat du G5 Sahel se réunissent avec Macron

Des chefs d’Etat du G5 Sahel se réunissent avec Macron
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La France et ses alliés sahéliens tiennent sommet contre les jihadistes

Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani à son arrivée à l'aéroport de Ouagadougou, le 13 septembre 2019, à la veille du début du sommet du G5 en Afrique de l'Ouest. (Photo par ISSOUF SANOGO / AFP)

Les présidents de cinq pays du Sahel et de la France sont arrivés mardi à Nouakchott pour faire le point sur leur combat contre les jihadistes six mois après avoir décidé d'intensifier l'effort commun pour reconquérir le terrain perdu dans la région.

L'hôte mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et ses homologues burkinabè, malien, nigérien, tchadien et français tiennent sommet six mois après s'être réunis à Pau (sud-ouest de la France) sous la pression d'une série de revers des armées de la région face aux jihadistes, de la mort de 13 soldats français et de remises en question de l'intervention française.

Ils se retrouvent dans le contexte inédit de la pandémie qui a longtemps fait douter de leur présence physique à cette réunion d'un jour. Malgré les masques et la profusion de précautions sanitaires, le climat est annoncé moins tendu que six mois plus tôt.

Emmanuel Macron, à son atterrissage pour son premier déplacement hors d'Europe depuis le début de l'épidémie, a déclaré que la France et ses alliés avaient "durant ces six derniers mois connu de vrais succès dans la lutte contre le terrorisme avec la neutralisation de chefs redoutés". Il a salué une "montée en gamme de l'intervention des armées sahéliennes".

Le sommet visera à "consolider (les) acquis", a-t-il dit, tout en affirmant la nécessité de "faire davantage en matière de retour de l'Etat", en particulier "au Mali, au Burkina, dans un contexte - on le sait - très compliqué".

Sahéliens et Français revendiquent les lourdes pertes infligées aux jihadistes en 2020 et la forte baisse des leurs.

Les experts, toutefois, continuent à dresser un sombre tableau. Chacun conserve à l'esprit la précarité de la situation et des gains réalisés, qui peuvent être annihilés en l'absence de progrès sur des fronts autres que militaire, comme la reconstruction civile ou la réconciliation.

De telles avancées sont jugées indispensables pour sortir la sous-région de la spirale des violences commencée en 2012 dans le nord du Mali.

Nouakchott est présenté, côté français, comme l'occasion de préparer l'avenir sur la lancée de Pau et de poursuivre l'effort consistant à associer à la lutte le plus grand nombre de partenaires, en particulier européens, par exemple au sein de Takuba, un groupement de forces spéciales censées accompagner les Maliens au combat.

Les chefs d'Etat du G5 Sahel, M. Macron, et des représentants d'organisations internationales (Union africaine, Francophonie, ONU, Union européenne) s'entretiendront d'abord à huis clos.

- "Gouvernement complaisant" -

Motif de satisfaction pour la France, la réunion sera ensuite élargie aux chefs de gouvernement allemand, espagnol et italien, par visioconférence pour la plupart.

A Pau, les présidents s'étaient entendus pour resserrer les rangs et de concentrer leur action contre l'organisation Etat islamique dans la "zone des trois frontières" (Mali, Burkina, Niger) sous un commandement conjoint de la force française Barkhane et de la Force antijihadiste du G5 Sahel.

Depuis, la France a augmenté les effectifs de Barkhane de 500 militaires pour les porter à 5.100. Elle et ses partenaires ont multiplié les offensives dans la zone des trois frontières, revendiquant la "neutralisation" de centaines de jihadistes.

Autre succès enregistré: dans le nord du Mali, où les forces spéciales françaises, aiguillées par un drone américain, ont tué le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l'Algérien Abdelmalek Droukdal.

Ces succès n'empêchent pas les groupes jihadistes d'étendre leur emprise au Burkina, qui s'enfonce dangereusement. Au Burkina, au Mali, au Niger, les accusations d'exactions contre les civils se multiplient contre les armées nationales.

La communauté internationale suit aussi avec préoccupation les évolutions politiques.

Au Burkina, des zones entières menacent d'être privées à la fin de l'année du scrutin présidentiel, qui risque donc d'être contesté. On élira aussi un nouveau président au Niger en 2020. Quant au Mali, son président est confronté à une contestation intérieure dont l'issue inquiète ses voisins ouest-africains et ses alliés.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a renouvelé lundi pour un an la mission de plus de 13.000 Casques bleus au Mali.

Le vote a été l'occasion pour les Etats-Unis de dire que "la sécurité continue à se détériorer au Mali où les groupes terroristes étendent leur territoire, alimentent les conflits intercommunautaires et tuent qui bon leur semble". Ils s'en sont aussi pris à un "gouvernement complaisant".

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