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Aide humanitaire au Mali : l'ONU dénonce le manque criant de fonds

David Beasley, directeur exécutif du PAM, à Koundougou, au Mali, le 20 mai 2018. (VOA/Kassim Traoré)

Les Nations unies manquent cruellement de fonds pour l'aide humanitaire au Mali alors que la communauté internationale dépense chaque année des milliards pour y déployer des forces de sécurité, a déploré jeudi une responsable de l'ONU.

Depuis janvier, l'ONU n'a reçu que 9% des 296 millions de dollars (264 millions d'euros) demandés pour le Mali pour 2019, un montant très peu élevé, a indiqué la responsable du bureau des Affaires humanitaires au Mali, Ute Kollies, lors d'une conférence de presse à Genève.

Elle a appelé à un rééquilibrage entre les dépenses humanitaires et de sécurité au Mali, où 3,8 millions de personnes vont être en situation d'insécurité alimentaire pendant la période de soudure (avant les récoltes). 1,4 million de personnes ont besoin aussi d'une aide sanitaire.

Face à la détérioration de la situation humanitaire dans le pays, en proie à des conflits intercommunautaires, à des attaques meurtrières de jihadistes, mais aussi aux effets du changement climatique, "il faut introduire une approche qui considère l'investissement dans l'humanitaire comme un investissement dans la sécurité", a relevé Mme Kollies.

"Un homme affamé est un homme en colère" et "il est important que les hommes aient quelque chose à manger, ainsi que leurs familles" afin de pouvoir "stabiliser la population" et revenir à une situation plus favorable à la "médiation", a-t-elle dit.

La communauté internationale "regarde le Mali sous le prisme du terrorisme et de l'immigration illégale" et apporte donc "une réponse basée sur le renforcement de la sécurité", a expliqué Mme Kollies.

D'après ses calculs, les dépenses internationales pour financer les déploiements de force de sécurité au Mali, via notamment la Mission de l'ONU (Minusma) et la force conjointe du G5 Sahel, sont d'"environ 3 milliards de dollars par an".

Le nord du Mali est tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, malgré la signature en 2015 d'un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes. Depuis 2015, les violences se sont propagées du nord au centre du pays, beaucoup plus densément peuplé, se mêlant très souvent à des conflits intercommunautaires.

Une tuerie imputée à des chasseurs dogons se présentant comme un "groupe d'autodéfense" antijihadiste a ainsi fait quelque 160 morts le 23 mars dans le village peul d'Ogossagou, près de la frontière burkinabè. Ce massacre s'inscrit dans une série d'attaques dans la région de Mopti où il y a désormais plus de 60.000 déplacés, contre environ 2.000 il y a un an, a détaillé Mme Kollies.

Au total, 123.000 personnes étaient déplacées à l'intérieur du Mali en début d'année, contre 38.000 en janvier 2018.

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"J'ai été kidnappé", dit un leader de la contestation malienne

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La contestation malienne convoque un nouveau rassemblement vendredi

Issa Kaou Djim, un des leaders du M5 RFP. (Kassim Traoré/ VOA)

Le mouvement de contestation qui réclame le départ du pouvoir en place au Mali a donné mardi un nouveau rendez-vous à hauts risques en appelant à un rassemblement "de recueillement" vendredi une semaine après une manifestation ayant dégénéré en trois jours de troubles qui ont fait au moins 11 morts.

Malgré les tensions, les responsables du mouvement dit du 5-Juin (M5) n'ont délivré aucun signe de vouloir transiger et ont maintenu leur exigence d'une démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, surnommé IBK, ainsi que le mot d'ordre de la "désobéissance civile".

"Celui qui a demandé qu'on vienne nous tuer n’est plus notre président", a dit en conférence de presse l'un des chefs de file du M5, Mountaga Tall, qui avait été arrêté avant d'être relâché, comme d'autres leaders, dont Issa Kaou Djim.

"Je n'ai pas peur d'IBK et notre détermination sera encore plus grande qu'avant. C'est pour la libération du Mali", a dit Issa Kaou Djim.

Bamako, préservée en temps normal des violences jihadistes et intercommunautaires qui endeuillent le nord et le centre du pays, a été la proie entre vendredi et dimanche de ses troubles civils les plus graves depuis 2012, point culminant de plusieurs semaines d'une crise qui alarme les alliés et les voisins du Mali.

Les violences ont commencé vendredi à l'issue d'un rassemblement, le troisième à l'appel du M5 depuis juin, mais le premier sous le signe de la "désobéissance civile". Un climat quasiment insurrectionnel s'est propagé à plusieurs quartiers, dont Badalabougou, fief de la principale figure du mouvement, l'imam Mahmoud Dicko, et théâtre samedi soir de scènes de guerre.

Le gouvernement parle de 11 morts. La contestation évoque un bilan plus lourd.

- "Recueillement et prière" -

Un calme précaire est progressivement revenu.

Pour la première fois depuis vendredi, deux des trois ponts qui relient les deux parties de Bamako sur le fleuve Niger et qui avaient été coupés se sont rouverts à une circulation plus habituelle, sans slalom imposé entre les obstacles et les blocs de béton.

Les banques, fermées lundi, ont rouvert, elles aussi.

Après l'effusion de sang, la confrontation laisse chaque camp face à des décisions lourdes de conséquences, dans un contexte volatil.

Le M5 a décidé d'appeler à prier à la mémoire des morts vendredi à 14H00 (locales et GMT) au monument de l'Indépendance.

"C'est un rassemblement de recueillement et de prière", a dit Mountaga Tall.

Le M5, coalition hétéroclite de personnalités religieuses, du monde politique et de la société civile, s'est agglomérée autour de l'imam Dicko, éminente figure publique et farouche adversaire du pouvoir, après les législatives contestées de mars-avril.

Le mouvement canalise les mécontentements multiples, contre la dégradation sécuritaire et l'incapacité à y faire face, le marasme économique et social, la défaillance de l'Etat, ou le discrédit répandu d'institutions suspectes de corruption.

Le président a tenté différentes ouvertures: offre de gouvernement d'union nationale, dissolution de la Cour constitutionnelle, législatives partielles là où la Cour constitutionnelle avait invalidé les résultats initialement proclamés en avril. Cette invalidation est considérée comme un déclic.

Dans ce qui est vu comme un geste d'apaisement, les autorités, après avoir réprimé la révolte, ont relâché dimanche soir et lundi les opposants arrêtés.

Mais aucune des ouvertures du président n'a dissipé la fièvre. La communauté internationale s'alarme de cette escalade à l'issue imprévisible dans un pays déjà confronté au jihadisme, aux violences de toutes sortes et à la pauvreté, et dans une région elle-même tourmentée.

Elle s'emploie discrètement à désamorcer la crise. Dimanche soir, les représentants de l'Union africaine, de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), de l'ONU et de l'UE au Mali avaient appelé tout le monde à la retenue et réclamé la libération des opposants arrêtés.

Ils avaient réitéré les préconisations récentes d'une mission de bons offices de la Cédéao: formation d'un gouvernement d'union, organisation de législatives partielles.

Ils ont demandé des pistes de sortie de crise au M5, selon le mouvement lui-même. Celui-ci, devant la presse, n'en a évoqué aucune qui diffère des exigences formulées jusqu'alors.

CPI: un jihadiste présumé accusé de "crimes inimaginables" à Tombouctou

Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale, à La Haye le 8 juillet 2019.

Un jihadiste malien, commissaire de la police islamique à Tombouctou, y a commis des "crimes inimaginables" et participé à l'instauration d'un "règne de terreur", a déclaré mardi la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) Fatou Bensouda.

Elle s'exprimait lors de l'ouverture du procès d'Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud, poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, viols et esclavage sexuel commis dans le contexte de mariages forcés, et de destruction de mausolées à Tombouctou.

Le prévenu, âgé de 42 ans, a comparu portant un turban traditionnel et un masque de protection contre le coronavirus.

Il est notamment accusé d'avoir contribué en 2012 et 2013 à la démolition du patrimoine culturel dans cette ville du nord-ouest du Mali, mais aussi de torture.

Membre selon l'accusation d'Ansar Dine, un des groupes armés jihadistes qui ont pris en mars-avril 2012 le contrôle de la vaste région du nord du Mali, il a été remis en avril 2018 par les autorités maliennes à la CPI, basée à La Haye.

"Aujourd'hui commence le procès tant attendu de crimes inimaginables qui ont été commis au Mali", a déclaré la procureure devant la Cour.

L'accusé "a été impliqué dans les violences et les tortures imposées à la population", a poursuivi Mme Bensouda.

Il s'agit d'une figure clé de la police islamique et du système judiciaire que les jihadistes avaient instauré dans le nord du Mali en 2012, a-t-elle ajouté.

Tombouctou, "la perle du désert, où la population vivait en paix depuis des années, a été soumise à leur diktat" et a "subi leur tyrannie", a affirmé l'accusation.

- "Répression cruelle" -

Al Hassan a lui-même procédé à des arrestations, mené des enquêtes au cours desquelles des suspects ont été torturés, et "participait personnellement à la mise en oeuvre de châtiments corporels", a déclaré Mme Bensouda.

L'accusation a informé la Cour qu'elle montrerait au cours du procès une vidéo dans laquelle la main d'un homme est amputée sur une place sous les yeux de la population de Tombouctou.

"Al Hassan était bien conscient et impliqué dans cette répression cruelle et brutale", a souligné la procureure.

Les membres de la police islamique sont également accusés d'avoir forcé des femmes et des filles à épouser certains d'entre eux.

"Ce sont les femmes et les filles de Tombouctou qui ont été le plus ciblées et qui ont le plus souffert", a affirmé Mme Bensouda, expliquant que certaines victimes avaient été violées à plusieurs reprises, parfois de manière collective.

Al Hassan apparaît également dans une vidéo comme étant "personnellement impliqué" dans la flagellation de femmes accusées d'adultère, selon procureure.

La défense et les représentants légaux des victimes prononceront leurs déclarations à une date ultérieure, une fois que les preuves de l'accusation auront été présentées aux juges.

Sous le joug jihadiste, une vague de destructions s'est abattue sur Tombouctou, fondée entre le Ve et le XIIe siècles par les tribus touareg et surnommée "la ville des 333 saints" pour le nombre de sages musulmans qui y sont enterrés.

D'après la CPI, Al Hassan avait sous ses ordres environ 40 policiers islamiques. Toutes les infractions à leur lecture rigoriste des lois islamiques étaient punies de flagellations et de tortures, selon la Cour.

Lors d'un verdict historique, la CPI avait condamné en 2016 un premier jihadiste malien, Ahmad Al Faqi Al Mahdi, à neuf ans de prison pour avoir pris part en 2012 à la démolition de mausolées protégés à Tombouctou, un site inscrit par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité.

Ouverture du procès d'un djihadiste présumé malien devant la CPI

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Entre religion et politique, l'imam Mahmoud Dicko au centre de l'échiquier malien

Imam Mahamoud Dicko, avant une conférence de presse.

L'imam Mahmoud Dicko, principale figure de la contestation qui secoue le pouvoir malien, a fait dans la crise en cours la démonstration spectaculaire de sa stature d'incontournable à la croisée de la religion et de la politique.

Voilà un homme auquel le Premier ministre Boubou Cissé, dans la tourmente des derniers jours, vient rendre visite pour parlementer à 1H00 du matin dans son fief de Badalabougou, quartier de Bamako au bord du fleuve Niger.

Voilà un homme aussi dont les fidèles avaient, la nuit précédente, transformé la mosquée et ses alentours en camp retranché, inquiets qu'il ne soit arrêté à son tour et prêts à en découdre.

L'imam Dicko était déjà un des hommes les plus influents, sinon puissants du Mali. La crise a renforcé l'ascendant de ce leader musulman radical et patriote.

Dimanche, il a lancé un appel au calme. "Nous pouvons vraiment trouver et obtenir tout ce que nous cherchons (par) la patience (et par) les bonnes manières", a-t-il assuré à l'AFP. Le calme est effectivement revenu à Badalabougou, foyer de violences.

"C'est ici que tout se joue, plus à Koulouba", le palais présidentiel, veut croire, un large sourire aux lèvres, Moussa Doumbia devant la mosquée où l'imam prêche depuis les années 80.

Moussa Doumbia, un jeune partisan d'une trentaine d'années, est convaincu que l'imam Dicko est en train de venir à bout du président Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK, cet homme dont le mouvement de contestation réclame la démission, cet homme aussi que l'imam a beaucoup soutenu par le passé et avec lequel il a, à sa manière, participé à l'exercice du pouvoir.

- Imam "malin" -

L'imam Dicko, 66 ans, figure ronde en boubou à petite barbichette, "c'est un malin, peut-être le plus malin", sourit Moussa Doumbia.

Il n'avait jamais cessé de tirer des ficelles, au nom des valeurs traditionnelles et de la Nation qu'il dit défendre contre la corruption, la trahison ou l'indécence. Il est devenu une sorte d'autorité politico-spirituelle du plus large mouvement de contestation anti-pouvoir que le Mali ait connu depuis le coup d'Etat de 2012.

Ce chantre d'une "refondation" sur les bases sociétales et religieuses qui sont celles du Mali n'a pas forcément grand-chose en commun avec les leaders du Mouvement dit du 5-Juin qui s'est agrégé autour de son nom et son aura quand la parole politique est largement discréditée, conviennent les analystes.

Que cherche-t-il, le Tombouctien de naissance qui s'est éduqué à l'islam tendance wahhabite notamment en Arabie saoudite ? Veut-il la démission du président, comme le M5 dont il ne fait pas partie officiellement ?

Il a œuvré pour que le mouvement renonce à une telle revendication, selon son entourage. Lui-même, bien qu'ardent contempteur du pouvoir, ne demande pas publiquement le départ du président.

"L'imam cherche ce qu'il a toujours cherché: influer sur la politique et la gouvernance", répond Ibrahim Maïga, chercheur à l'Institut d'études de sécurité à Bamako.

Quitte à assumer des responsabilités politiques ? "Faire de la politique politicienne ne m'intéresse pas", disait-il en 2019 à l'AFP.

- Imam "constant" -

"Il a toujours flirté avec les questions politiques sans mettre officiellement le pied dedans", explique le chercheur. Il se fait représenter au sein du M5 par un proche, Issa Kaou Djim.

Il a par le passé pesé de tout son poids de président du Haut conseil islamique (HCIM, de 2008 à 2019), principale organisation islamique dans un pays à 90% musulman, pour mener des batailles idéologiques: en 2009 en faisant réviser un nouveau Code de la famille qui accordait davantage de droits aux femmes, en 2018 en obtenant l'abandon d'un projet de manuel scolaire d'éducation sexuelle.

En 2015, après l'attentat à l'hôtel Radisson Blu de Bamako (20 morts), il évoquait une "punition divine".

En avril 2019, il participait au rassemblement de dizaines de milliers de Maliens contre les violences dans le centre du pays. Le Premier ministre avait alors été poussé à la démission.

C'est aussi un homme de l'ombre, qui avait été chargé par Bamako d'une mission de médiation avec les jihadistes. Il veut "la paix", dit-il, et prône le dialogue, y compris avec ces jihadistes avec certains desquels lui est prêtée une relation privilégiée. Les divergences sur ce sujet passent pour une des causes de la rupture avec IBK.

L'imam est "constant dans son discours", souligne Brema Ely Dicko, sociologue à l'Université de Bamako. Le sociologue ne voit personne "d'autre que Dicko qui puisse créer un cadre de dialogue" entre le pouvoir et la contestation.

"Peu importe l'issue de ce bras de fer avec IBK, l'imam Dicko jouera un rôle clé dans le Mali de demain", tranche l'expert Maïga.

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