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Maroc

Une journaliste condamnée un an de prison ferme pour "avortement illégal"

Photo de la journaliste Hajar Raissouni lors d'une manifestation de solidarité devant un tribunal à Rabat, au Maroc, le 9 septembre 2019.

La journaliste marocaine Hajar Raissouni, 28 ans, a été condamnée lundi à un an de prison ferme pour "avortement illégal" et "relations sexuelles hors mariage" par le tribunal de Rabat, une affaire qui a suscité l'indignation dans le royaume et à l'étranger.

Arrêtés et jugés en première instance en même temps qu'elle, son gynécologue a écopé de deux ans de prison ferme et son fiancé d'un an ferme. Un anesthésiste a été condamné à un an de prison avec sursis et une secrétaire à huit mois avec sursis,.

Les proches de la journaliste ont confié qu'elle allait faire appel, tout comme l'avocate de son gynécologue Meriem Moulay Rachid.

"Ce procès n'avait pas lieu d'être, les accusations étaient infondées : il n'y a ni débauche (relations sexuelles hors mariage, NDLR) ni avortement", a regretté l'avocat de la journaliste, Me Abdelmoula El Marouri, à l'issue du verdict.

Interpellée fin août à l'entrée d'un cabinet médical de Rabat, la reporter avait été "contrainte à faire un examen médical sans son accord", selon elle. Ses avocats avaient assimilé cet examen à de "la torture", pointant des "manquements de la police judiciaire" et des "preuves fabriquées", et plaidé pour sa libération.

Mme Raissouni, qui dénonce un procès "politique", est arrivée à la salle d'audience l'air serein, vêtue d'une djellaba noire, un voile couvrant sa tête. Elle a fait un signe de la main à ses proches avant de prendre place sur le banc des accusés. Le jugement a été accueilli par des cris de colère et de déception par les familles des accusés.

Journaliste au quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum, elle risquait jusqu'à deux ans de prison en vertu du code pénal marocain, qui sanctionne les relations sexuelles hors mariage et l'avortement quand la vie de la mère n'est pas en danger.

Lors d'une précédente audience, Mme Raissouni avait nié tout avortement, assurant avoir été traitée pour une hémorragie interne, ce que son gynécologue a confirmé devant le tribunal.

"C'est une affaire de répression politique, de répression d'une opinion indépendante, et une vengeance (contre) sa famille", a dit l'historien engagé Maati Monjib, présent à l'audience lundi.

"On est bien conscient que c'est une affaire politique. Mais en tant que mouvement féministe, ce sont les motifs qui nous inquiètent. Ce sont souvent les femmes qui sont victimes de lois liberticides", a affirmé peu avant le verdict Ibtissam Lachgar, co-fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI).

Des dizaines de journalistes et représentants d'ONG étaient présents dans la salle d'audience, bondée dans la journée.

- Législation "obsolète" -

La journaliste avait été interrogée par la police sur ses proches, son journal et ses écrits, selon son récit. Un de ses oncles est un éditorialiste engagé du quotidien Akhbar Al-Yaoum, un autre est un idéologue islamiste opposé au statut de "commandeur des croyants" du roi Mohammed VI.

Le parquet de Rabat, lui, avait assuré que son arrestation n'avait "rien à voir avec sa profession de journaliste" mais était intervenue dans le cadre d'une enquête judiciaire plus globale visant le cabinet médical.

L'affaire fait grand bruit, au Maroc comme à l'étranger, soulevant des débats sur les libertés individuelles dans le royaume et sur les poursuites judiciaires visant les voix critiques.

Pour Reporters sans frontières (RSF), elle est "victime de l'acharnement judiciaire contre les journalistes". L'ONG Amnesty International a dénoncé des "accusations forgées de toute pièce" et Human Rights Watch (HRW) une "violation flagrante de son droit à la vie privée et à la liberté".

Au Maroc, les arrestations dans les affaires d'avortement concernent en général les praticiens et très rarement les patientes, selon HRW, qui cite Chafik Chraibi, le président de l'Association marocaine contre les avortements clandestins (Amlac).

Dans un manifeste publié le 23 septembre dans plusieurs médias marocains au nom des libertés individuelles, des centaines de femmes se sont déclarées "hors-la-loi" en proclamant avoir déjà violé la législation "obsolète" de leur pays sur les moeurs et l'avortement.

Quelques centaines de personnes s'étaient rassemblées devant le tribunal avant l'ouverture d'une audience début septembre pour apporter leur soutien à la journaliste au nom du respect des libertés individuelles.

En 2018, la justice marocaine a poursuivi 14.503 personnes pour débauche, 3.048 pour adultère, 170 pour homosexualité et 73 pour avortements, selon les chiffres officiels. Entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc, selon des estimations.

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Le Maroc suspend ses contacts avec l'ambassade d'Allemagne

Gerd Muller, ministre allemand du développement

Revoici avec correction du titre du ministre allemand Gerd Müller à l'avant-dernier paragraphe. Bien lire: ministre de la Coopération Economique et du Développement, et non ministre des Affaires étrangères comme écrit par erreur

Rabat a décidé de "suspendre tout contact" avec l'ambassade d'Allemagne au Maroc, en raison de "malentendus profonds" avec Berlin sur différents dossiers, dont la question du Sahara occidental, a-t-on appris lundi de sources diplomatiques marocaines.

Des médias marocains ont publié une lettre adressée lundi par le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita au chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani détaillant cette décision.

Tous les "départements ministériels (...) sont priés de suspendre tout contact, interaction ou action (...) aussi bien avec l'ambassade d'Allemagne au Maroc qu'avec les organismes de coopération et les fondations politiques allemandes qui lui sont liés", indique ce courrier officiel.

"Le ministère des Affaires étrangères a également pris la décision de suspendre tout contact ou démarche avec l'ambassade", poursuit la lettre évoquant de "profonds malentendus" avec l'Allemagne au "sujet de questions fondamentales pour le Maroc.

"Le Maroc souhaite préserver sa relation avec l'Allemagne, mais c'est une forme d'alerte exprimant un malaise sur de nombreuses questions", a confirmé à l'AFP un haut responsable du ministère des Affaires étrangères joint par l'AFP lundi soir.

"Il n'y aura pas de contact tant que des réponses ne seront pas apportées sur différentes questions qui ont été posées", a-t-il dit.

Parmi les points de friction figure la position de l'Allemagne sur le Sahara occidental, critiquant la décision américaine de reconnaitre la souveraineté du Maroc sur le territoire disputé, mais aussi la mise à l'écart de Rabat dans des négociations sur l'avenir de la Libye lors d'une conférence organisée à Berlin en janvier 2020, a-t-il détaillé.

Début décembre, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita avait salué dans un communiqué "l'excellence de la coopération bilatérale entre les deux pays" après un entretien téléphonique avec le ministre allemand de la Coopération Economique et du Développement, Gerd Müller.

Berlin venait alors de débloquer une enveloppe de 1,387 milliards d'euros d'appui financier, dont 202,6 millions d'euros sous forme de dons, le reste sous forme de prêts bonifiés, en soutien aux réformes du système financier marocain et en aide d'urgence pour la lutte contre le Covid-19.

Les autorités marocaines visent la légalisation du cannabis

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Blanchiment d'argent: 3 pays africains placés sous surveillance

La Banque centrale du Maroc à Rabat, Maroc, 20 février 2020.

Le Maroc, le Sénégal, le Burkina Faso et les îles Caïmans ont été placés jeudi sous surveillance par le Groupe d'action financière (Gafi) pour leurs manquements dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

A l'issue d'une réunion plénière, cet organisme intergouvernemental a ajouté ces quatre pays à la "liste grise" des pays présentant des "déficiences stratégiques", mais qui ont pris l'engagement de mettre en oeuvre des plans d'action dans des délais impartis pour améliorer leur situation.

Depuis sa précédente réunion plénière en octobre, le Gafi a identifié des progrès réalisés par la plupart des autres pays sur cette liste grise, à savoir l'Albanie, la Birmanie, le Botswana, le Cambodge, le Ghana, l'Ile Maurice, le Nicaragua, le Pakistan, le Panama, l'Ouganda et le Zimbabwe.

Deux autres pays sur la liste grise, la Barbade et la Jamaïque, n'ont pas fourni de nouvelles informations au Gafi depuis octobre en raison de la pandémie de Covid-19.

Enfin, l'Iran et la Corée du Nord restent sur la liste noire des pays non coopératifs en matière de blanchiment d'argent, de financement du terrorisme et de prolifération d'armes de destruction massive.

Infantino: Le Maroc a "un rôle très important à jouer" pour le football africain

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Plus de 10.000 enseignants francophones bientôt formés à Abidjan

Un professeur pose avec sa classe à Soweto, Afrique du sud, le 17 septembre 2015.

Les autorités ivoiriennes ont inauguré la semaine dernière, à Abidjan, le Centre de développement professionnel (CDP) créé par la France, former en cinq ans plus de 10.000 enseignants de 15 pays d'Afrique subsaharienne francophone.

En Afrique subsaharienne francophone, plus de la moitié des élèves débutent le secondaire sans savoir ni lire ni écrire.

"Compte tenu de la très grande proximité de nos systèmes scolaires, il nous a semblé important de créer ce CDP", explique Jean-Christophe Deberre, ancien directeur de la Mission laïque française, à l’initiative de ce projet. Il s'agit selon lui d'une "brique de plus dans la coopération entre la France et les pays d'Afrique francophone".

Le CDP doit former le personnel de l’enseignement public français en Côte d’Ivoire et dans la sous-région, ainsi que ceux de l’enseignement privé. Le lycée international Jean-Mermoz à Abidjan, le plus grand établissement français du pays, abrite ses locaux.

Pendant une semaine, conférences, ateliers, journées portes ouvertes et tables rondes ont rassemblé plusieurs centaines de personnes, venues "s'informer et se former" aux métiers de l’éducation.

Le but est de former "en cinq ans plus de 10.000 enseignants et étudiants pour relever le défi de la qualité de l'enseignement", affirme François Clauzel, directeur du CDP.

"Nous voulons mettre un terme à une vielle méthode qui consistait à réunir des enseignants, leur donner une formation théorique et les renvoyer dans leur classe", dit-il, promettant un suivi tout au long de leur carrière professionnelle.

La ministre ivoirienne de l’Education, Kandia Camara, s'est réjouie de l'installation de ce centre "dans un environnement de plus en plus concurrentiel".

"(...) Ce centre innovant vient à point nommé pour combler des besoins pressants en matière d’ingénierie pédagogique, de formation initiale et de renforcement continu des capacités", a-t-elle souligné lors de la cérémonie inaugurale.

Elèves analphabètes

Le CDP doit permettre de relever le système éducatif des pays africains, de plus en plus critiqué pour la piètre qualité de ses acteurs et sa mauvaise gouvernance.

"Plus de la moitié (55%) des élèves de 15 pays d'Afrique francophones débutent leur scolarité dans le secondaire sans savoir écrire, ni lire", souligne un récent rapport du Programme d'analyse des systèmes éducatifs (PASEC) des ministres de l'Education d'Afrique francophone.

"Ces élèves éprouvent des difficultés d'apprentissage (...) relativement importants dans le déchiffrage de l'écriture et la compréhension des mots", indique ce rapport financé notamment par l’Agence française de développement (AFD).

Une question récurrente en Côte d'Ivoire, essentielle à la fois pour les institutions et pour les parents d'élèves, est la qualité de l'enseignement et donc la qualité de la prestation des enseignants, selon un expert.

"Le facteur qui a le plus d’influence sur la réussite des élèves, c'est l'enseignant. Un bon enseignant, c'est celui qui va faire progresser très vite ses élèves", note Julie Higounet, responsable ingénierie formation à la Mission laïque française qui pilote le projet.

"Je souhaite vivement que ce Centre de développement professionnel nous aide à écrire ensemble de belles pages de l'histoire de notre école (...)", a poursuivi la ministre ivoirienne de l'Education.

Pour Théodore Gnagna Zadi, à la tête d'une plateforme qui regroupe une cinquantaine de syndicats du public et du privé, en majorité d'enseignants, "notre pays a commencé à régresser dans la qualité de l'enseignement: nos camarades ont besoin de cet instrument pour stopper l'hémorragie et relancer le système".

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