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Avec l'affaire Hajar Raissouni, un vent d'indignation au Maroc

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Manifestation après les condamnations pour "avortement illégal" d'Hajar Raissouni

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Sahara occidental : le chef de l'ONU espère le maintien d'une "dynamique" politique

Le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, le 13 janvier 2018 à Bogotá. (AP Photo / Fernando Vergara, Archives)

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, espère dans un rapport mercredi voir maintenir la "dynamique" politique engagée l'an dernier pour une solution au conflit du Sahara occidental, en dépit de l'absence d'un envoyé spécial sur ce dossier depuis quatre mois.

L'ex-émissaire de l'ONU Horst Köhler, démissionnaire en mai pour raison de santé, "a pu rétablir une dynamique et un élan pour le processus politique, via des tables rondes ayant réuni le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie", souligne Antonio Guterres dans ce document remis au Conseil de sécurité.

Après une longue interruption du dialogue, deux tables rondes ont réuni en Suisse en décembre et mars les parties sans cependant aboutir à une percée significative.

"Il est essentiel que cet élan ne soit pas perdu", ajoute le chef de l'ONU, toujours en quête d'un successeur à Horst Köhler quatre mois après son départ.

Pour plusieurs diplomates, trouver le bon profil n'est pas évident. "Il faut quelqu'un d'un bon niveau qui accepte de se mettre dans ce truc là", soupire l'un d'eux en allusion à un conflit qui semble sans fin.

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental a été le théâtre d'un conflit jusqu'en 1991 entre le Maroc, qui a annexé le territoire en 1975, et le Front Polisario, qui réclame l'indépendance de cette étendue désertique de 266.000 km2 dans une région riche en phosphates et bordée d'eaux poissonneuses.

Un cessez-le-feu signé en septembre 1991 sous l'égide de l'ONU prévoyait un référendum d'autodétermination dans les six mois, sans cesse repoussé depuis en raison d'un différend entre Rabat et le Polisario sur la composition du corps électoral et le statut du territoire.

L'ONU maintient sur place une force de quelque 240 Casques bleus (Minurso) chargés de contrôler, notamment par des patrouilles aériennes et terrestres, le respect du cessez-le-feu.

Sur la période considérée, entre avril et septembre, "la situation sur le terrain au Sahara occidental est restée relativement calme en dépit de certaines incertitudes (...) et le cessez-le-feu entre les parties a été respecté", note le secrétaire général.

La Minurso a modifié son mode opérationnel, précise-t-il. Sa zone d'intervention a été divisée en trois secteurs dotés chacuns d'un hélicoptère. Grâce à l'Union européenne, elle a accès à de l'imagerie géospatiale et à de l'analyse pour être "plus vite alertée en cas de violations ou de menaces à l'égard du cessez-le-feu".

Un mécanisme pour des réunions militaires mensuelles à différents échelons a aussi été créé mais sa mise en oeuvre bute sur des divergences sur le lieu où doivent se tenir ces rencontres. "Un manque de confiance continue de dominer entre les parties", regrette Antonio Guterres.

Le Conseil de sécurité de l'ONU est appelé à renouveler en octobre le mandat de la Minurso.

Une journaliste condamnée un an de prison ferme pour "avortement illégal"

Photo de la journaliste Hajar Raissouni lors d'une manifestation de solidarité devant un tribunal à Rabat, au Maroc, le 9 septembre 2019.

La journaliste marocaine Hajar Raissouni, 28 ans, a été condamnée lundi à un an de prison ferme pour "avortement illégal" et "relations sexuelles hors mariage" par le tribunal de Rabat, une affaire qui a suscité l'indignation dans le royaume et à l'étranger.

Arrêtés et jugés en première instance en même temps qu'elle, son gynécologue a écopé de deux ans de prison ferme et son fiancé d'un an ferme. Un anesthésiste a été condamné à un an de prison avec sursis et une secrétaire à huit mois avec sursis,.

Les proches de la journaliste ont confié qu'elle allait faire appel, tout comme l'avocate de son gynécologue Meriem Moulay Rachid.

"Ce procès n'avait pas lieu d'être, les accusations étaient infondées : il n'y a ni débauche (relations sexuelles hors mariage, NDLR) ni avortement", a regretté l'avocat de la journaliste, Me Abdelmoula El Marouri, à l'issue du verdict.

Interpellée fin août à l'entrée d'un cabinet médical de Rabat, la reporter avait été "contrainte à faire un examen médical sans son accord", selon elle. Ses avocats avaient assimilé cet examen à de "la torture", pointant des "manquements de la police judiciaire" et des "preuves fabriquées", et plaidé pour sa libération.

Mme Raissouni, qui dénonce un procès "politique", est arrivée à la salle d'audience l'air serein, vêtue d'une djellaba noire, un voile couvrant sa tête. Elle a fait un signe de la main à ses proches avant de prendre place sur le banc des accusés. Le jugement a été accueilli par des cris de colère et de déception par les familles des accusés.

Journaliste au quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum, elle risquait jusqu'à deux ans de prison en vertu du code pénal marocain, qui sanctionne les relations sexuelles hors mariage et l'avortement quand la vie de la mère n'est pas en danger.

Lors d'une précédente audience, Mme Raissouni avait nié tout avortement, assurant avoir été traitée pour une hémorragie interne, ce que son gynécologue a confirmé devant le tribunal.

"C'est une affaire de répression politique, de répression d'une opinion indépendante, et une vengeance (contre) sa famille", a dit l'historien engagé Maati Monjib, présent à l'audience lundi.

"On est bien conscient que c'est une affaire politique. Mais en tant que mouvement féministe, ce sont les motifs qui nous inquiètent. Ce sont souvent les femmes qui sont victimes de lois liberticides", a affirmé peu avant le verdict Ibtissam Lachgar, co-fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI).

Des dizaines de journalistes et représentants d'ONG étaient présents dans la salle d'audience, bondée dans la journée.

- Législation "obsolète" -

La journaliste avait été interrogée par la police sur ses proches, son journal et ses écrits, selon son récit. Un de ses oncles est un éditorialiste engagé du quotidien Akhbar Al-Yaoum, un autre est un idéologue islamiste opposé au statut de "commandeur des croyants" du roi Mohammed VI.

Le parquet de Rabat, lui, avait assuré que son arrestation n'avait "rien à voir avec sa profession de journaliste" mais était intervenue dans le cadre d'une enquête judiciaire plus globale visant le cabinet médical.

L'affaire fait grand bruit, au Maroc comme à l'étranger, soulevant des débats sur les libertés individuelles dans le royaume et sur les poursuites judiciaires visant les voix critiques.

Pour Reporters sans frontières (RSF), elle est "victime de l'acharnement judiciaire contre les journalistes". L'ONG Amnesty International a dénoncé des "accusations forgées de toute pièce" et Human Rights Watch (HRW) une "violation flagrante de son droit à la vie privée et à la liberté".

Au Maroc, les arrestations dans les affaires d'avortement concernent en général les praticiens et très rarement les patientes, selon HRW, qui cite Chafik Chraibi, le président de l'Association marocaine contre les avortements clandestins (Amlac).

Dans un manifeste publié le 23 septembre dans plusieurs médias marocains au nom des libertés individuelles, des centaines de femmes se sont déclarées "hors-la-loi" en proclamant avoir déjà violé la législation "obsolète" de leur pays sur les moeurs et l'avortement.

Quelques centaines de personnes s'étaient rassemblées devant le tribunal avant l'ouverture d'une audience début septembre pour apporter leur soutien à la journaliste au nom du respect des libertés individuelles.

En 2018, la justice marocaine a poursuivi 14.503 personnes pour débauche, 3.048 pour adultère, 170 pour homosexualité et 73 pour avortements, selon les chiffres officiels. Entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc, selon des estimations.

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