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Migration croissante de jeunes tchadiens vers le Nord et la Libye


Des Tchadiens traversent le désert à bord d’une camionnette bondée, pour se rendre à Bol, dans le sud du Tchad, le e 9 novembre 2018.

De plus en plus de jeunes des régions sahéliennes de l'ouest du Tchad partent vers le nord de ce pays ou la Libye pour des raisons économiques et politiques, selon un rapport publié mercredi par le centre d'analyse International Crisis Group (ICG).

Les jeunes du Kanem (ouest) et du Bahr El Gazel (BEG), régions de l'ouest "traditionnellement tournées vers la Libye", partent vers le nord pour "trouver du travail" et faire du "commerce" en Libye ou dans les mines d'or du Tibesti tchadien, selon le rapport.

Contrairement à d'autres migrants de pays voisins ou d'autres régions du Tchad, les jeunes du Kanem et du BEG affirment ne pas vouloir aller en Europe. Mais ils peuvent parfois rejoindre des rébellions armées tchadiennes basées dans le sud libyen, ajoute ICG.

Beaucoup de Kreda, ethnie de l'ouest tchadien, ont ainsi intégré le groupe rebelle du Commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR).

N'Djamena voit dans les migrations depuis l'ouest "un mouvement massif d'adhésion aux rébellions", et les autorités ont renforcé les contrôles dans le nord du Tchad, affirme le centre d'analyse.

Mais les autorités tchadiennes devraient "éviter l'amalgame entre émigration et rébellion et substituer aux politiques actuelles qui restreignent la liberté une politique d'encadrement", estime-t-il.

Les "crispations politiques" et un sentiment d'"injustice" envers N'Djamena se sont accrus dans le Kanem et le BEG, surtout depuis la présidentielle de 2016, note ICG.

Le centre estime que "depuis 2016, des actes de violence commis sur des ressortissants du Kanem et du BEG par des proches du pouvoir, qui bénéficient d'une forme d'immunité, suscitent un profond sentiment d'humiliation au sein des populations locales".

La pauvreté croissante est un autre facteur de mécontentement et d'émigration depuis l'ouest, analyse ICG.

Le Kanem et le BEG ont été particulièrement touchés par la dépression économique qui frappe le Tchad depuis quatre ans, alors que ces zones enregistraient déjà "les indicateurs de développement parmi les plus bas du continent", selon le rapport.

Les acteurs internationaux sont "peu présents" dans le BEG et le Kanem, et il existe un risque que "l'attention se focalise sur la région du Lac Tchad en raison des conséquences humanitaires de l'activité de Boko Haram (...) au détriment d'autres régions", souligne-t-il en évoquant le groupe islamiste armé nigérian.

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