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Un opposant politique revient au Tchad après 25 ans d'exil


L'opposant politique Acheikh Ibn Oumar, le 23 octobre 2016.

Après 25 ans d’exil politique, Acheikh Ibn Oumar, ancien chef de la diplomatie tchadienne passé à l’opposition armée contre le régime au pouvoir, a regagné la légalité dimanche 4 novembre.

C’est une conséquence de l’ordonnance 19 du 31 mai 2018, portant amnistie générale des atteintes à l’intégrité de l’Etat signée par le président Idriss Deby Itno. Les associations de défense des droits de l’Homme et l’opposition démocratique parlent d'une application sélective de cette mesure.

Ancien cadre du FROLINAT (Front de libération nationale du Tchad), le désormais ex-rebelle Acheikh Ibn Oumar fut nommé conseiller spécial du président Déby de 1990 à 1991, après la chute de l’ancien président Hissène Habré.

Ambassadeur du Tchad aux États-Unis, puis Haut-représentant du Tchad auprès des Nations Unies, de 1992 à 1993, il bascule dans la rébellion où il se rapproche des mouvements politico-militaires tentant de renverser le régime au pouvoir à N'Djaména.

Acheikh Ibn Oumar se rend compte, après plus de 20 ans de lutte armée, que l’exil politique est une anomalie.

"La place normale de tout homme politique est au sein de sa société. Mais les circonstances parfois imposent ces genres de situation. Donc, pour moi, c’est juste un retour à la normale", a expliqué l'opposant.

Les autorités judiciaires tchadiennes lui ont délivré une réquisition aux fins de non poursuite. Le ministre tchadien de la Sécurité publique, Ahmat Mahamat Bachir, a saisi l'occasion pour appeler tous les groupes politico-militaires à déposer les armes, déclarant : "Que Tous les Tchadiens rentrent au bercail pour contribuer au développement de notre pays. Il ne sert à rien de rester arme en main, pour avoir quoi et devenir qui ?"

L’opposant historique au régime de N’Djamena, Yorongar Ngarlejy, dénonce une application sélective de l’amnistie générale accordée à tous ceux qui se sont rebellés contre les institutions de la République. Il ne croit pas en la bonne foi du président Déby.

"Actuellement, il y a des prisonniers qui sont amnistiés par cette ordonnance. Pourquoi ils sont restés en prison, des centaines? Où est la sincérité ?", a-t-il demandé.

"Peut-être que Déby a changé, et que les gens avec lesquels il négocie ne seront plus tués; parce que Déby n’est pas un enfant de cœur, et il n’oublie pas ce qu'Acheikh lui a fait subir, tant sur le front de guerre que sur le plan politique", a jouté M. Ngarlejy.

Pour le président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme, par ailleurs avocat au barreau du Tchad, Maître Midaye Guerimbaye, l’application sélective de cette amnistie prouve à suffisance que tous les Tchadiens ne sont pas égaux devant la loi.

"Acheikh est renté mais je pense à Baba Ladé (ex-chef rebelle), qui est en prison. Tous les deux, théoriquement, devraient bénéficier de l’amnistie. Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’au Tchad, la loi n’est pas valable pour tout le monde, et c’est cette injustice qui crée des rébellions et des révoltes. Donc moi je ne suis pas étonné que M. Acheikh puisse bénéficier de l’amnistie, et que d’autres qui ne sont de la bonne race ne puissent pas bénéficier de ces choses-là", a souligné Me Guerimbaye.

Le ministre de la Sécurité publique, Ahmat Mahamat Bachir, s'est refusé à tout commentaire à VOA Afrique au sujet d'autres détenus politiques n'ayant pas obtenu de ce pardon légal.

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