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Un journaliste camerounais condamné à 23 mois de prison après 2 ans en détention

Les défenseurs des droits de l’homme en conférence de presse sur l’affaire Paul Chouta, le 2 septembre 2020 à Yaoundé. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Il était accusé de diffamation par Calixthe Beyala, une écrivaine française d’origine camerounaise. Paul Tchouta aura déjà passé plus de 24 mois de détention préventive.

Après 27 renvois, le verdict est finalement tombé ce mardi: le lanceur d'alerte et blogueur camerounais Paul Tchouta, arrêté en mai 2019, écope de 23 mois de prison, 2 millions de francs CFA de dommages et intérêts et 160.000 FCFA d'amendes.

''On va tout simplement appliquer le principe de la non rétroactivité de la loi. Cette dernière n'a d'effets que pour l'avenir'', a déclaré Me. Emmanuel Simh, son avocat. Concrètement, il devrait être relâché pour avoir passé plus de temps derrière les barreaux que la durée imposée par sa sentence.

L'opinion publique divisée

Cette décision était très attendue par les associations de défense de droits humains, l'opinion publique, les acteurs de la société civile et la presse bien que divisés sur le sujet.

Dénonçant une "condamnation inique" et un "verdict de la honte", l'ONG Mandela Center International recommande à l'avocat de Paul Tchouta de faire appel. "Mandela Center International exprime son indignation totale", lit-on dans un communiqué.

Contacté par VOA Afrique, Calixthe Beyala reste droite dans ses bottes : "Le verdict est le même que celui de Baongla, fils du chef de l’Etat Paul Biya ; les deux hommes ont commis les mêmes actes et ont eu la même peine", assène-t-elle.

"Paul Tchouta sera libre le 19 mai, à l’heure où je fais ce post, je suis devant devant le tribunal et ses 160.000 Fcfa d’amende ont déjà été payés", jubile sur le réseau social Facebook Serge Aimé Bikoi, rédacteur en chef du journal en ligne Panorama Papers, et proche de Paul Tchouta.

Le dernier rapport de Reporters Sans Frontières avait vivement critiqué l'état de la liberté d'expression au Cameroun. Le pays était classé parmi les mauvais élèves.

A l'origine, Paul Chouta était accusé d’avoir diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo de Mme Beyala en train de s’en prendre verbalement à un homme à Douala.

"L’on est plus proche d’une affaire kafkaïenne que d’une procédure judiciaire dans un Etat de droit", avait déclaré l'an dernier Cyrille Rolande Bechon, directrice exécutive de Nouveaux droits de l’homme.

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Scandale Pegasus: Alger porte plainte contre Reporters sans Frontières

Le drapeau algérien à Alger, le 12 avril 2018.

Alger a porté plainte vendredi pour "diffamation" auprès de la justice française contre l'ONG Reporters sans frontières (RSF) qui a accusé l'Algérie d'avoir eu recours au logiciel israélien Pegasus à des fins d'espionnage, avant de revenir sur ces affirmations.

La plainte déposée par Alger vise des déclarations de RSF publiées le 19 juillet sur son site, a affirmé l'ambassade d'Algérie en France.

Dans ces déclarations, RSF affirmait que "l'Algérie figure parmi les pays en possession du logiciel Pegasus" et que le pays "l'utiliserait pour espionner d'autres parties".

L'ONG avait ensuite rétropédalé, publiant vendredi un erratum: "dans un premier temps, nous avons fait figurer l'Algérie dans la liste des pays clients de NSO. Cette erreur, que nous regrettons, a été corrigée."

"Outre leur caractère diffamatoire et mensonger, ces allégations inadmissibles relèvent de la manipulation de RSF connue pour son acharnement vis-à-vis de l'Algérie", a accusé l'ambassade, soulignant que l'Algérie "dément formellement ces accusations".

L'Algérie "ne dispose aucunement de ce logiciel et n'a jamais eu à l'utiliser, ni à traiter ou à collaborer, de quelque manière que ce soit, avec les parties détenant cette technologie à des fins d'espionnage", conclut-elle.

Pour le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, "l'Algérie monte en épingle une petite et regrettable erreur pour se faire passer pour une victime de machination, ce qui n'a pas de sens."

"C'est une surréaction de la part d'un régime habitué à la surenchère et aux excès", a-t-il jugé, sollicité par l'AFP. "Il n'y avait vraiment pas d'intention de malveillance et il n'y a certainement pas de manipulation vis-à-vis de l'Algérie, il n'y a pas d'acharnement".

La justice algérienne a par ailleurs annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête préliminaire après les révélations de presse selon lesquelles l'Algérie fait partie des victimes du logiciel espion israélien Pegasus.

Le ministère algérien des Affaires étrangères a fait part jeudi de "sa profonde préoccupation suite aux révélations (...) faisant état de l'utilisation à large échelle par les autorités de certains pays, et tout particulièrement par le Royaume du Maroc, d'un logiciel d'espionnage dénommé +Pegasus+ contre des responsables et citoyens algériens".

Les organisations Forbidden Stories et Amnesty International ont obtenu une liste de 50.000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO --la société israélienne ayant conçu Pegasus-- pour être potentiellement surveillés, et l'ont partagée avec un consortium de 17 médias qui ont révélé son existence dimanche.

La liste des cibles potentielles comprend les numéros d'au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d'entreprise, d'après l'analyse du consortium --qui en a localisé beaucoup au Maroc.

Cette affaire survient au moment où les relations entre l'Algérie et le Maroc sont au plus bas en raison du contentieux du Sahara occidental.

Se disant espionnés par le Maroc, des médias français portent plainte

Journaliste français, co-fondateur et président du journal en ligne Mediapart, Edwy Plenel assiste à une conférence de presse sur le lien du lanceur d'alerte portugais Rui Pinto avec les "Football Leaks" et les "Luanda Leaks", le 14 février 2020.

Deux médias français, le site d'information Mediapart et l'hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné, ont annoncé lundi qu'ils allaient déposer des plaintes à Paris, après des révélations sur l'espionnage des téléphones de certains de leurs journalistes par le Maroc, via le logiciel israélien Pegasus.

Mediapart a confirmé lundi que les numéros de téléphones portables du cofondateur du site, Edwy Plenel et de la journaliste Lénaïg Bredoux "figurent parmi les 10.000 que les services secrets du Maroc ont ciblés en utilisant le logiciel espion fourni par la société israélienne NSO".

Lénaïg Bredoux est responsable éditoriale aux questions de genre à Mediapart, en charge d'enquête sur les violences sexistes et sexuelles, et a co-signé en 2012 un livre "Tunis Connection, enquête sur les réseaux franco-tunisiens sous Ben Ali".

"Pendant plusieurs mois, l’appareil répressif du royaume chérifien a ainsi violé l’intimité privée de deux journalistes, porté atteinte au métier d’informer et à la liberté de la presse, volé et exploité des données personnelles et professionnelles", a dénoncé le journal en ligne, après la publication des révélations sur Pegasus par un consortium de médias (dont Le Monde, le Guardian et le Washington Post).

Le média d'investigation avance que le but était d'essayer de "faire taire les journalistes indépendants au Maroc, en cherchant à savoir comment nous enquêtions (...)".

C'est pourquoi il indique avoir décidé de déposer plainte dès ce lundi au nom de ses deux journalistes pour que la justice puisse "mener une enquête indépendante sur cet espionnage d'ampleur organisé en France par le Maroc".

"Évaluer le dommage"

Contacté par l'AFP, le Canard Enchaîné, qui fait partie, selon Le Monde, des médias français dont des journalistes ont été visés, a également assuré qu'il allait saisir la justice. "Nous allons porter plainte contre X avec constitution de partie civile", a précisé Michel Gaillard, qui préside la société d'édition du journal, ajoutant que le dossier de cette plainte était en cours de constitution.

L'ancienne journaliste de l'hebdomadaire Dominique Simonnot, qui fait partie des personnalités visées par cet espionnage, "va déposer plainte", a-t-elle également indiqué à l'AFP.

"Je suis absolument furieuse depuis que je l'ai appris. Même si j'ai toujours fait attention au téléphone, j'ai du mal à évaluer le dommage que ça a causé", a-t-elle déclaré, précisant que "l'intrusion a commencé en 2019 et n'a duré que quelques mois".

Le groupe public France Médias Monde, qui regroupe RFI, France 24 et la radio arabophone MCD, dont des collaborateurs ont aussi été ciblés, s'est quant à lui indigné "de tels agissements liberticides pratiqués par certains États peu respectueux des droits fondamentaux de la personne", et a appelé "les autorités compétentes, à l'échelle nationale et internationale, à se saisir de cette affaire".

Contacté par l'AFP, la direction de France Télévisions s'est dite "stupéfaite et indignée par le système mis au jour par le consortium". "S'il s'avère que des journalistes (de France Télévisions) sont présumés victimes, nous les accompagnerons dans leurs procédures judiciaires, mais à ce stade nous n'avons pas de confirmation officielle", a déclaré à l'AFP Laurent Guimier, directeur de l'information du groupe.

Des organisations ont également exprimé leur indignation, comme la Fédération internationale des journalistes (FIJ) qui a condamné fermement "toute tentative d'ingérence dans les communications privées des journalistes", ou l'association Reporters sans frontières qui envisage de déposer des plaintes dans plusieurs pays et assure qu'elle fera tout "pour que NSO soit condamnée pour les forfaits dont elle est coupable et les tragédies qu'elle rend possibles".

Controverse autour du logiciel Pegasus: ce que l'on sait

Controverse autour du logiciel Pegasus: ce que l'on sait
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Six pays africains ont espionné des journalistes via le logiciel Pegasus

Une femme passe en revue son compte WhatsApp sur son téléphone, à Kampala, le 5 juillet 2018.

CORRECTION: cet article a été rectifié pour indiquer le retrait de l'Algérie de la liste des pays cités, suite à une rectification d'Amnesty.

Au moins six gouvernements africains ont espionné des journalistes et des activistes à l'aide du logiciel Pegasus créé et vendu par une société israélienne, selon une enquête publiée dimanche par un consortium de 17 médias internationaux.

Il s'agit de la République démocratique du Congo, de l'Égypte, du Maroc, de l'Ouganda, du Rwanda et du Togo, selon une carte publiée par l'ONG Forbidden Stories, basée à Paris.

Loin d'être une exclusivité africaine, l'espionnage massif mis au jour par Forbidden Stories en partenariat avec Amnesty International révèle en fait que le logiciel espion israélien a été utilisé pour cibler 50.000 numéros de téléphone à travers le monde appartenant à des militants, des journalistes et des leaders politiques.

La liste, qui remonte à 2016, inclut les numéros d'au moins 180 journalistes (dont ceux de la VOA), 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d'entreprise, selon l'Agence France Presse.

Dans certains cas, les cibles ont été retrouvées mortes, d'autres contraintes à l'exil.

Android et iOS sans exception

Le logiciel espion Pegasus permet aux gouvernements d'accéder aux messages envoyés ou reçus d'un numéro de téléphone ciblé, mais aussi à la localisation de la personne qui porte le téléphone, ainsi qu'aux photos, aux courriels et aux messages en inbox, selon le quotidien Washington Post.

D'après le journal britannique The Guardian, Pegasus infiltre aussi bien les appareils Android que le iPhone, fabriqué par Apple. Dans certains cas, précise le journal, l'utilisateur du téléphone n'a même pas besoin de cliquer sur un lien ou d'activer une quelconque mise à jour. Il opère en sourdine, échappant même aux antivirus.

La société israélienne NSO Group, qui commercialise le logiciel espion, se défend de toute malveillance, selon le journal indien The Wire. Elle affirme que ses clients se limitent à des "gouvernements approuvés", qui seraient au nombre de 36, précise The Wire.

En 2019, WhatsApp, le logiciel de messagerie racheté par Facebook, avait déposé plainte en 2019 contre NSO.

Au-delà d'Israël

Dans son rapport 2020 sur les "prédateurs numériques", Reporters sans frontières faisait état de plusieurs entreprises basées dans divers pays qui fournissent des outils d'espionnage en Afrique. En plus du groupe NSO, RSF citait aussi Memento Labs (également connu sous le nom de Hacking Team), que l'ONG accusait d'avoir attaqué des journalistes en Éthiopie et au Maroc. Il y avait aussi le groupe Gamma, ou FinFisher, basé en Allemagne, fabricant du logiciel FinSpy.

John Scott Railton: "Tout ce qui est sur votre téléphone peut être mis sous écoute"
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Racisme: des experts de l'ONU pourront enquêter sur les violences policières

Une manifestation en l'honneur de Mamoudou Barry, près de Rouen, le 26 juillet 2019.

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté mardi une résolution créant un groupe d'experts chargé d'examiner les violences policières contre des "personnes d'ascendance africaine", notamment lors de manifestations.

Cette résolution visant à promouvoir "la justice et l'égalité raciales" à travers le monde, présentée par les pays africains, a été approuvée sans vote.

Elle fait suite à la publication fin juin d'un rapport du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme sur les violences policières contre les personnes noires. La Haute-Commissaire Michelle Bachelet avait alors demandé aux Etats de prendre des "mesures immédiates" contre le "racisme systémique".

Elle a défendu lundi l'idée d'une "justice réparatrice" pour faire face aux séquelles de l'esclavagisme et du colonialisme, et demandé la mise en place d'un mécanisme, assorti d'un calendrier.

Sa demande a été entendue par les pays africains, qui ont présenté lundi un projet de résolution, qui crée un "mécanisme international d'experts indépendants" dont le mandat est fixé à trois ans.

Ils sont notamment mandatés pour "enquêter sur les réponses des gouvernements aux manifestations pacifiques contre le racisme et sur toutes les autres violations du droit international des droits de l'Homme et faire en sorte que les victimes et leur famille obtiennent justice et réparation".

Ils feront aussi des recommandations "sur les décès et les blessures graves causés par des responsables de l'application des lois et sur les poursuites et les condamnations y relatives, ainsi que sur les éventuelles actions disciplinaires".

Les experts sont également chargés de mener des "activités de sensibilisation avec les Etats, les personnes et les communautés directement touchées" et d'examiner "les causes profondes du racisme systémique dans l'application des lois et dans le système de justice pénale, du recours excessif à la force, du profilage racial et d'autres violations des droits de l'Homme (...) à l'égard d'Africains et de personnes d'ascendance africaine".

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