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Mali

Un an après le coup d'Etat, Bamako craint de partager le sort de Kaboul

Le président du gouvernement de transition du Mali, le colonel Assimi Goita, salue de son véhicule à son retour d'Accra où il a rencontré les représentants de la CEDEAO le 31 mai 2021.

Les évènements d'Afghanistan éveillent chez certains Maliens le spectre d'une chute de Bamako après un désengagement partiel français, tant l'horizon sécuritaire et politique demeure sombre un an après le coup d'Etat qui a porté les colonels au pouvoir.

"Retrait annoncé de la force française sur le sol malien: faut-il s'attendre au même scénario qu'à Kaboul", titrait mercredi le journal "Le Soir de Bamako", devant l'effondrement subit du régime afghan face aux insurgés talibans après le retrait militaire américain.

En 2013, les soldats français avaient enrayé la progression des jihadistes, qui contrôlaient le nord du Mali et progressaient vers le centre, faisant craindre la prise de Bamako. Après plus de huit ans d'engagement, Paris prévoit de fermer d'ici le début de 2022 les bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou, dans le nord.

La France devrait maintenir à terme entre 2.500 à 3.000 hommes dans la région, contre 5.100 engagés aujourd'hui au Sahel. Une diminution qui fait craindre que certaines zones ne passent complètement aux mains des jihadistes, tant les Etats locaux semblent dans l'incapacité de restaurer leur autorité dans ces vastes bandes désertiques et extrêmement pauvres.

"Chaque année la situation se dégrade et sans la présence de l'armée française, une ville comme Gao peut tomber en moins de 30 minutes... Ce n'est que grâce au dispositif sécuritaire des partenaires (principalement forces françaises et de l'ONU, ndlr) que les grandes villes du Nord sont toujours sous contrôle de l'État", souligne Mohamed Dicko, 24 ans, étudiant à la faculté de médecine de Bamako.

"Frustrations contre l'Etat"

Les violences au Mali, qui ont débuté par des rébellions indépendantiste puis jihadiste dans le Nord, se sont ensuite propagées au centre et au sud du pays, se mêlant à des conflits intercommunautaires et à des attaques crapuleuses dans des zones où l'influence de l'Etat est très faible.

Le phénomène s'est étendu au Burkina Faso et au Niger voisins, où opèrent également des groupes affiliés à Al-Qaïda ou à l'organisation Etat islamique.

"Une psychose générale s'installe dans la région, mais les contextes sahéliens et afghans sont très différents. Une leçon est commune toutefois: malgré la puissance de feu déployée, le tout militaire ne peut pas être la solution", estime Baba Dakono, analyste politique basé à Bamako.

"Il faut ouvrir des discussions, par le bas, avec toutes les communautés, y compris les parias des groupes armés. La question idéologique n'occupe qu'une portion congrue de leurs discours. Il y a surtout des revendications politiques, des frustrations contre l'Etat", dit-il.

Les Maliens et leurs partenaires conviennent de longue date que le pays ne sortira pas de la tourmente sans solution politique, qu'elle implique ou non des discussions avec les jihadistes, auxquels les militaires au pouvoir sont ouverts et la France opposée.

Les talibans actuels ne sont pas aussi "moyenâgeux" qu'il y a 20 ans, selon Dame Babou
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"Coup d'Etat dans le coup d'Etat"

Mais le pessimisme règne un an après le putsch qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020 à la suite de plusieurs mois de manifestations contre la corruption et l'impuissance de l'Etat face à la violence. L'insécurité continue de s'étendre, la crise sociale persiste et les avancées politiques sont lentes.

Le nouvel homme fort, le colonel Assimi Goïta, s'est engagé à céder la place à des civils, après des élections prévues en février 2022, une échéance qui paraît de plus en plus difficilement tenable et qu'il n'a même pas évoquée mercredi soir, lors d'une allocution télévisée célébrant l'anniversaire du coup d'Etat. Il s'est contenté de promettre "des élections transparentes aux résultats incontestables".

Le colonel Goïta a écarté en mai 2021 les autorités intérimaires que les militaires avaient eux-mêmes mises en place, et s'est imposé en juin comme président de la transition à l'issue d'un "coup d'Etat dans le coup d'Etat", selon la formule du président français Emmanuel Macron.

Pour Moussa Tchangari, une figure de la société civile au Niger, "au Sahel, la guerre en cours ne peut pas être gagnée avec les mêmes armées étrangères qui ne l'ont pas gagnée en Afghanistan, mais aussi, avec le même type de dirigeants corrompus".

"Cette guerre, si elle doit être gagnée, ne le sera qu'avec la construction d'un nouveau contrat politique et social restituant au peuple sa souveraineté et créant les conditions d'une vie digne pour les millions de personnes qui en sont aujourd'hui privées", a-t-il insisté.

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Les putschistes maliens s'auto-amnistient pour les deux coups d'Etat

Des membres du Conseil national de transition (CNT) votant l'adoption de deux projets de lois d'amnistie au profit la junte à Bamako au Mali le 16 septembre 2021.

Le Conseil national de transition (CNT) a adopté jeudi deux projets de lois d'amnistie, au profit de la junte, pour les coups d'Etat qui ont conduit au renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020 et à la mise à l'écart du président de transition Bah Ndaw en mai 2021.

"Aucune poursuite judiciaire ne peut être engagée contre les auteurs des infractions. On ne peut pas poursuivre des responsables pour des infractions comme complot militaire, insoumission, etc.", a précisé le président de la commission des Lois du CNT, Souleymane Dé.

Ces nouvelles lois mettent donc à l'abri Assimi Goïta, président de transition, et les membres l’ex-Comité national pour le salut du peuple (CNSP), la junte qui tient une partie du pouvoir à Bamako, contre toute action judiciaire future qui pourrait être engagée contre elle, pour toute une série de crimes et délits commis pendant les deux coups de force.

Le premier coup d'Etat a renversé le président Keïta le 18 août 2020; tandis que la deuxième a conduit à l'arrestation du président de transition et son Premier ministre Moctar Ouane, le 24 mai 2021, après leur décision de former un nouveau gouvernement dans lequel ne figuraient pas les putschistes.

Ces projets de lois ont été votés par le CNT, qui tient lieu de Parlement, par "99 voix pour, 2 voix contre et 2 abstentions", a annoncé le ministère de la Justice dans un communiqué.

Le Dr Bouréma Kansaye, maître de conférences à l’Université des sciences juridiques et politiques, cité par Jeune Afrique, estime que de telles amnisties sont "le fait de gouvernements faibles" et peuvent être vues, au sein de l’opinion publique, comme "une prime à l’impunité, car on pardonne a priori des faits qui sont jugés impardonnables".

Cette mesure d’amnistie était prévue par la Charte de la transition. "Les membres du Conseil national pour le salut du peuple et tous les acteurs ayant participé aux évènements allant du 18 août 2020 à l’investiture du président de transition bénéficient de l’immunité juridictionnelle [et] ne peuvent être poursuivis ou arrêtés pour des actes posés lors desdits évènements", affirmait la charte.

Cette amnistie au profit des militaires est adoptée alors que le commissaire Oumar Samaké, chef de la Force spéciale antiterroriste (Forsat), a été placé en détention, en début du mois de septembre, pour son rôle présumé dans la répression de manifestations, avant le putsch, le 10 juillet 2020.

Cette manifestation, organisée après des semaines de mobilisation contre l'ancien président IBK, avait dégénéré en plusieurs jours de troubles à Bamako, provoquant, selon l'opposition, 23 morts et, selon l'ONU, 14 manifestants, dont deux enfants, tués pendant la répression.

Il sied de rappeler que ce n'est pas la première fois que des auteurs d'un coup d'Etat au Mali bénéficient d'une amnistie.

Les auteurs du coup d’État du 22 mars 2012 contre Amadou Toumani Touré en avaient bénéficié, nonobstant les protestations des organisations de défense des droits humains contre le "projet de loi d’entente nationale" prévoyant l’amnistie pour des auteurs de crimes (dont enlèvement, assassinat et complicité d’enlèvement et d’assassinat) commis pendant le conflit armé de 2012 .

Cette amnistie concernait les faits commis "entre la période allant du 21 mars, date du début de la mutinerie" de militaires ayant débouché, le 22 mars, sur le renversement d'ATT, jusqu'"au 12 avril 2012, date de la prestation de serment du Président de la République" par intérim, ainsiq ue le notifie France 24.

Parmi ces faits figurent la mutinerie l'atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, l'atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat, les destructions d'édifices, l'opposition à l'autorité légitime, les violences et voies de fait, l'homicide volontaire et involontaire, le pillage et les atteintes aux biens publics.

Les ONG internationales et la société civile malienne avaient déploré l’arrêt des procédures à l’endroit du général Amadou Haya Sanogo, chef de la junte militaire à la tête du coup d’État en 2012.

Besoin de justice pour les victimes e

Craignant que de telles mesures ne soient un frein important à la lutte contre l’impunité et aux droits des victimes, elles estiment que la réconciliation nationale ne doit pas se faire au mépris de la justice, et sans une reconnaissance par l’État de ses responsabilités pour les crimes graves commis dans le cadre du conflit.

Comme l’a souligné le Secrétaire Général de l’ONU, M. António Guterres "[l]a réconciliation ne saurait se substituer à la justice ni même ouvrir la voie à l’amnistie pour les crimes les plus graves", a écrit la Fédération internationale pour les droits de l'homme (Fidh) sur son site.

Pour ces ONG, le droit des victimes à la vérité, à la justice, et à des mesures de réparation est une obligation de l’Etat du Mali.

"Nos organisations invitent l’État à déployer tous les efforts nécessaires, afin que toutes les allégations de violations graves des droits humains et du droit international humanitaire bénéficient d’un traitement judiciaire adéquat et fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites indépendantes, impartiales et efficaces", ajoute ReliefWeb, un portail d'informations humanitaires fondé en 1996.

La Cédéao hausse le ton contre les militaires au Mali et en Guinée

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L'ex-rébellion malienne rejette tout accord avec le groupe russe Wagner

Conférence de presse de la Coordination des mouvements de l'Azawad à Bamako le 29 mai 2017. (VOA/Kassim Traore)

L'ex-rébellion à dominante touareg au Mali a mis en garde jeudi la junte contre l'éventuelle conclusion d'un accord avec la société de sécurité privée russe Wagner, l'appelant à reconstituer l'armée plutôt qu'à s'en remettre à des "milices".

La Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), signataire en 2015 d'un accord de paix avec le gouvernement et les groupes armés pro-Bamako, dit dans un communiqué avoir appris par "les médias et les réseaux sociaux que le gouvernement du Mali serait sur le point de conclure un accord avec le groupe de mercenaires russes (Wagner)".

"La CMA estime que la priorité pour la stabilité du Mali est d'aller rapidement à la mise sur pied de l'armée reconstituée, conformément aux dispositions de l'Accord pour la paix et la réconciliation", selon le texte.

Cet accord, encore largement inappliqué, prévoit notamment la refondation d'une armée plus représentative de l'ensemble des populations, notamment par l'intégration d'ex-combattants des groupes armés signataires.

L'ex-rébellion du nord du pays "rappelle que ce sont les populations civiles déjà meurtries et fragilisées par une décennie de crise qui vont payer le prix de l'utilisation des mercenaires du groupe Wagner connus pour leurs graves violations de droits de l'homme dans les pays où ils sont déployés".

De source française proche du dossier, les militaires au pouvoir à Bamako étudient la possibilité de conclure avec Wagner un contrat sur le déploiement d'un millier de paramilitaires russes au Mali moyennant finances, pour former leurs forces armées et assurer la protection des dirigeants.

"La CMA condamne et s'oppose fermement à tout usage des milices quels que soient leur nature et le motif qui les sous-tend et tient entièrement l'Etat malien pour responsable de ce qu'il adviendra s'il s'exécutait malgré tout", ajoute-t-elle.

La France et l'Allemagne, toutes deux présentes militairement au Mali, ont prévenu que cet engagement serait incompatible avec un déploiement des paramilitaires du groupe russe.

Malgré la signature de l'accord de paix en 2015 et la présence de forces françaises, internationales et régionales, le Mali est en proie à des violences jihadistes et intercommunautaires entremêlées.

Ces violences se sont propagées du nord au centre du pays ainsi qu'au Burkina Faso et au Niger voisins.

Wagner au Mali: après la France, l'Allemagne s'offusque

La ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp Karrenbauer, à son arrivée pour une réunion des ministres de la Défense de l'UE au Conseil européen à Bruxelles, le 6 mai 2021.

La conclusion éventuelle d'un accord entre la junte au pouvoir à Bamako et la société russe privée Wagner "remettrait en cause" le mandat de l'armée allemande au Mali, a prévenu mercredi la ministre allemande de la Défense.

"Si le gouvernement du Mali passe de tels accords avec la Russie, cela contredit tout ce que l'Allemagne, la France, l'Union européenne et l'ONU ont fait au Mali depuis 8 ans", a mis en garde sur Twitter Annegret Kramp-Karrenbauer.

L'armée allemande est présente au Mali avec près de 1.500 soldats, déployés dans le cadre de la mission de formation de l'Union européenne ou de la mission Minusma, dirigée par l'ONU.

Les autorités françaises s'étaient déjà ouvertement inquiétées mardi des discussions entre Bamako et la société privée russe, avertissant qu'un déploiement de ces paramilitaires au Mali pourrait entraîner un retrait des troupes françaises, qui y combattent depuis huit ans les groupes jihadistes.

"Le ministre français des Affaires étrangères (Jean-Yves Le Drian) a fait référence à une éventuelle coopération entre le Mali et des mercenaires privés (...) et nous trouvons également la possibilité d'une telle coopération extrêmement préoccupante, cela ne fait aucun doute", avait commenté mercredi matin une porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères.

La junte au pouvoir à Bamako étudie la possibilité, selon une source française proche du dossier, de conclure avec Wagner un contrat sur le déploiement d'un millier de paramilitaires russes au Mali moyennant finances, pour former ses forces armées et assurer la protection des dirigeants.

De source sécuritaire ouest-africaine, des contreparties minières seraient discutées.

Le groupe Wagner, avec qui Moscou dément tout lien, fournit des services de maintenance d'équipements militaires et de formation mais est également accusé de mercenariat et suspecté d'appartenir à un homme d'affaires proche du Kremlin, Evguéni Prigojine.

Ses hommes interviennent déjà en Centrafrique et en Libye. Des médias occidentaux ont fait état d'une présence au Soudan et ils seraient passés au Mozambique.

La France boude la présence de paramilitaires russes au Mali

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