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Tunis en liesse après la victoire de Kais Saied

De nombreux haitants de Tunis sont descendus dans la rue pour célébrer la victoire annoncée de Kais Saied à la présidentielle, le 13 octobre 2019.

Youyous, fumigènes, klaxons... une foule en liesse a envahi dimanche soir l'avenue Bourguiba, au coeur de Tunis, quelques instants à peine après la publication de sondages annonçant la victoire triomphale de l'outsider Kais Saied à la présidentielle tunisienne.

La rumeur circulait depuis un petit moment, mais quand le score supérieur à 70% s'est affiché sur les écrans des télévisions, le brouhaha de la fête s'est emparé de la ville. Des Tunisiens ont convergé par milliers sur la célèbre avenue Bourguiba, laissant éclater leur joie à coups de klaxons, hymne national et youyous.

"Vive la Tunisie", s'époumonait un badaud. "Le peuple veut Kais Saied", chantait un groupe de jeunes munis de fumigènes et de tambours, huant "le système".

Sur l'avenue bordée de ficus soigneusement taillés, illuminée de guirlandes et de lampadaires rétros, les Tunisiens de tous âges agitaient inlassablement les drapeaux, rivalisant de chants et de selfies.

"C'est la première fois qu'on sent que nous avons des élections transparentes", se félicite Warda, une quadragénaire vêtue d'une élégante robe noire. "C'est un président propre", se réjouit son ami, Bilal.

Sur les marches du Théâtre municipal, des jeunes assis en rangs serrés chantent et jouent des percussions sous la façade Art-déco de ce lieu symbolique des rassemblements populaires.

"La Tunisie a changé de trajectoire. C'est aujourd'hui une démocratie où le peuple choisit seul son président", s'enthousiasme Abdelkrim Natchaoui, un technicien de 27 ans.

- "Le peuple veut" -

Déjouant toutes les prédictions en s'imposant au premier tour, Kais Saied a finalement remporté entre 72 et 76% des voix, selon deux sondages. Si les résultats attendus lundi confirment ces estimations, il devrait être le deuxième président élu au suffrage universel en Tunisie.

En fin d'après midi, des proches du futur président s'étaient réunis dans le salon d'un hôtel du centre-ville de Tunis pour attendre les résultats, la chaîne nationale de télévision en fond d'écran. Parmi eux son frère Naoufel, qui a activement participé à sa campagne, ainsi que des soeurs et son épouse, assises discrètement au dernier rang.

Dès la publication du premier sondage vers 19H00 locales (18H00 GMT), ses partisans se félicitaient discrètement du grand écart séparant les candidats, mais évitaient toute effusion devant la presse, avant la déclaration officielle de l'universitaire.

Un second sondage sur la télévision nationale, annonçant un écart encore plus grand, a déclenché explosion de joie dans le salon de l'hôtel où des partisans ont fait irruption, drapés aux couleurs de la Tunisie. Ils ont entonné l'hymne national et le slogan de la révolution "le peuple veut", dont Kais Saied a fait sa devise.

Après avoir gravement remercié les jeunes, l'universitaire est sorti sur l'avenue pour faire une courte déclaration, l'air impassible en dépit de l'émotion ambiante.

Les partisans s'y pressaient jusqu'en fin de soirée avec une présence policière discrète. Pour l'avocate Lamia Abidi, "c'est la victoire des principes, de la compétence: je suis fière du peuple tunisien, je suis fière d'être Tunisienne!"

-"Fruits de la révolution"-

"Quelle leçon et quelle bonne gifle pour ceux qui ont sous-estimé la volonté de ce grand peuple", ajoute-t-elle au milieu de la foule en liesse.

"C'est un jour historique: la Tunisie récolte les fruits de la révolution", lance Boussairi Abidi, un mécanicien de 39 ans: "Kais Saied va en finir avec la corruption, il sera un président juste".

Perchée sur le toit d'un bureau de tabac, en short et claquettes, une bande de jeunes badauds fête la victoire en prenant de la hauteur.

Hamza Brahmi, 26 ans, est venu la banlieue pour célébrer la victoire du constitutionnaliste. "Si Nabil Karoui était resté en prison, il aurait eu plus de chance", croit-il savoir. Cet homme d'affaires rival de Kais Saied n'a mené campagne que deux jours, durant lesquels il n'a pas brillé, après avoir été emprisonné fin août dans une affaire de fraude fiscale et libéré in extremis mercredi.

Quant à Kais Saied, il a "osé ce que personne en Tunisie n'a osé jusqu'à présent. Le fait de parler de la Palestine ce soir et d'en faire une priorité en est un exemple".

Avec AFP

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En Tunisie, la double douleur des familles des victimes du Covid-19

Le Dr Mohamed Salah Siala joue du violon pour les patients des services COVID de l'hôpital Hedi Chaker à Sfax, dans l'est de la Tunisie, le samedi 20 février 2021.

Près de l'ambulance transportant la dépouille de son frère Salah, décédé du coronavirus à Tunis, Lotfi prononce la prière du mort en direction de La Mecque. Mais d'autres proches ne pourront participer à aucune cérémonie de deuil à cause des restrictions sanitaires.

"La douleur de la séparation est double. Mon frère Salah est mort sans que sa fille ni sa femme n'aient pu lui dire adieu", confie en pleurant Lotfi Jlassi dans le grand cimetière du Jellaz, à Tunis.

Les victimes du coronavirus sont transférées directement de la morgue au cimetière, sans passer par le domicile familial où se déroule habituellement la toilette funéraire à l'eau de rose, ni par la mosquée pour la "Janaza", la traditionnelle prière du mort.

Or c'est à la maison que les femmes de la famille disent adieu à leur proche, car la cérémonie au cimetière est le plus souvent réservée aux hommes.

M. Jlassi assiste à l'inhumation de son frère avec trois autres hommes de la famille. Les agents des pompes funèbres, en blouses et équipés de masques, gants et bottes, se joignent au dernier hommage.

Le défunt est enterré dans un nouveau carré de terre consacré aux morts de la pandémie, où environ 2.000 tombes ont fleuri en quelques mois.

"Pas assez d'expérience"

Les sépultures numérotées côtoient des trous préparés à l'avance sur le terrain arboré surplombant Tunis.

La Tunisie a officiellement recensé près de 8.000 décès liés au coronavirus, la plupart depuis septembre, pour une population de plus de 11 millions d'habitants.

Avec les mesures spéciales pour enterrer les morts du virus, la plupart des membres de la famille ne peuvent voir le visage des défunts une dernière fois, ni les embrasser sur le front comme cela se fait d'habitude.

"C'est difficile, insupportable", martèle M. Jlassi, la gorge nouée.

L'organisation des enterrements est "très délicate", reconnaît Mehdi Dellaï, responsable des pompes funèbres pour la mairie de Tunis.

Ses services tentent de minimiser les risques de contagion "tout en prenant en considération l'état psychologique" des familles.

Parfois, l'ambulance passe à proximité du domicile de la victime, pour permettre un dernier adieu sommaire à sa famille et ses amis.

"Nous leur expliquons que leurs morts sont des martyrs", dit-il, et qu'à ce titre ils peuvent être enterrés sans toilette rituelle et méritent le paradis.

Au début de la pandémie, seul un membre de la famille pouvait assister à l'inhumation, à bonne distance, contre quatre aujourd'hui.

Certains enterrements ont eu lieu sans aucun proche, les agents prenant de petites vidéos à la demande des familles.

"On avait peur d'être contaminés par ce nouveau virus et on n'avait pas assez d'expérience dans la gestion de telles situations", avoue M. Dellaï.

Au cimetière du Jellaz, Aya, 16 ans, se recueille devant la tombe de son père, décédé il y a quatre mois.

Vêtue de noir, une récitation du Coran sur son téléphone, elle pose des grains de blés sur la sépulture pour que les oiseaux rendent visite à son père.

"La douleur de la séparation va peut-être s'atténuer, mais jamais nous n'oublierons que nous ne lui avons pas dit adieu."

A la rencontre de l’unique fabricant de pipes en Tunisie

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Reprise des manifestations dans le Sud de la Tunisie

De jeunes Tunisiens brûlent des pneus et bloquent les routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021, pour protester contre le non-respect par le gouvernement de sa promesse de fournir des emplois.

Quelques dizaines de jeunes ont bloqué vendredi des routes à Tataouine dans le sud de la Tunisie pour dénoncer les promesses non tenues du gouvernement qui s'était engagé à fournir des emplois et des investissements.

En novembre 2020, le gouvernement de Hichem Mechichi a conclu un accord avec des responsables syndicaux et des membres d'une coordination qui avait bloqué des semaines durant la production pétrolière pour réclamer des fonds pour cette région marginalisée.

Trois mois après, rien ne s'est concrétisé selon la coordination, qui a donc relancé des protestations au moment où M. Mechichi est en plein bras de fer avec le président Kais Saied au sujet d'un remaniement ministériel.

Un Tunisien brandit le V comme signe de victoire alors que des jeunes brûlent des pneus et bloquent des routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021.
Un Tunisien brandit le V comme signe de victoire alors que des jeunes brûlent des pneus et bloquent des routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021.

Des protestataires ont incendié des pneus et d'autres ont obligé des commerçants à fermer leurs boutiques pour participer au mouvement de protestation, critiqué par certains habitants, a constaté un correspondant de l'AFP.

La veille, l'armée était intervenue pour empêcher une dizaine de membres de cette coordination d'accéder au site pétrolier d'El-Kamour où ils menaçaient de fermer un pipeline, a indiqué la coordination sur sa page Facebook.

Ce pipeline transportant la moitié de la production pétrolière de la Tunisie a été bloqué à plusieurs reprises, notamment en 2017 par des sit-ins qui ont dégénéré en heurts avec les forces de sécurité.

Le taux de chômage à Tataouine dépasse les 30%, l'un des plus élevés dans le pays, et le taux de pauvreté atteint 17,8%. La crise sanitaire qui a fait disparaître des milliers d'emplois a entravé les petits boulots transfrontaliers faisant vivre de nombreuses familles.

Plus de 10.000 enseignants francophones bientôt formés à Abidjan

Un professeur pose avec sa classe à Soweto, Afrique du sud, le 17 septembre 2015.

Les autorités ivoiriennes ont inauguré la semaine dernière, à Abidjan, le Centre de développement professionnel (CDP) créé par la France, former en cinq ans plus de 10.000 enseignants de 15 pays d'Afrique subsaharienne francophone.

En Afrique subsaharienne francophone, plus de la moitié des élèves débutent le secondaire sans savoir ni lire ni écrire.

"Compte tenu de la très grande proximité de nos systèmes scolaires, il nous a semblé important de créer ce CDP", explique Jean-Christophe Deberre, ancien directeur de la Mission laïque française, à l’initiative de ce projet. Il s'agit selon lui d'une "brique de plus dans la coopération entre la France et les pays d'Afrique francophone".

Le CDP doit former le personnel de l’enseignement public français en Côte d’Ivoire et dans la sous-région, ainsi que ceux de l’enseignement privé. Le lycée international Jean-Mermoz à Abidjan, le plus grand établissement français du pays, abrite ses locaux.

Pendant une semaine, conférences, ateliers, journées portes ouvertes et tables rondes ont rassemblé plusieurs centaines de personnes, venues "s'informer et se former" aux métiers de l’éducation.

Le but est de former "en cinq ans plus de 10.000 enseignants et étudiants pour relever le défi de la qualité de l'enseignement", affirme François Clauzel, directeur du CDP.

"Nous voulons mettre un terme à une vielle méthode qui consistait à réunir des enseignants, leur donner une formation théorique et les renvoyer dans leur classe", dit-il, promettant un suivi tout au long de leur carrière professionnelle.

La ministre ivoirienne de l’Education, Kandia Camara, s'est réjouie de l'installation de ce centre "dans un environnement de plus en plus concurrentiel".

"(...) Ce centre innovant vient à point nommé pour combler des besoins pressants en matière d’ingénierie pédagogique, de formation initiale et de renforcement continu des capacités", a-t-elle souligné lors de la cérémonie inaugurale.

Elèves analphabètes

Le CDP doit permettre de relever le système éducatif des pays africains, de plus en plus critiqué pour la piètre qualité de ses acteurs et sa mauvaise gouvernance.

"Plus de la moitié (55%) des élèves de 15 pays d'Afrique francophones débutent leur scolarité dans le secondaire sans savoir écrire, ni lire", souligne un récent rapport du Programme d'analyse des systèmes éducatifs (PASEC) des ministres de l'Education d'Afrique francophone.

"Ces élèves éprouvent des difficultés d'apprentissage (...) relativement importants dans le déchiffrage de l'écriture et la compréhension des mots", indique ce rapport financé notamment par l’Agence française de développement (AFD).

Une question récurrente en Côte d'Ivoire, essentielle à la fois pour les institutions et pour les parents d'élèves, est la qualité de l'enseignement et donc la qualité de la prestation des enseignants, selon un expert.

"Le facteur qui a le plus d’influence sur la réussite des élèves, c'est l'enseignant. Un bon enseignant, c'est celui qui va faire progresser très vite ses élèves", note Julie Higounet, responsable ingénierie formation à la Mission laïque française qui pilote le projet.

"Je souhaite vivement que ce Centre de développement professionnel nous aide à écrire ensemble de belles pages de l'histoire de notre école (...)", a poursuivi la ministre ivoirienne de l'Education.

Pour Théodore Gnagna Zadi, à la tête d'une plateforme qui regroupe une cinquantaine de syndicats du public et du privé, en majorité d'enseignants, "notre pays a commencé à régresser dans la qualité de l'enseignement: nos camarades ont besoin de cet instrument pour stopper l'hémorragie et relancer le système".

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