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Raz de marée annoncé pour le juriste Kais Saied

Le candidat à la présidentielle tunisienne Kais Saied à Tunis, en Tunisie, le 13 octobre 2019. REUTERS / Zoubeir Souissi -

La Tunisie attend lundi le résultat officiel de la présidentielle qui devrait consacrer la victoire écrasante de l'universitaire Kais Saied, un théoricien de la Constitution aux convictions conservatrices.

Dimanche soir, des milliers de Tunisiens sont descendus dans la rue pour fêter la très large victoire de M. Saied, donné par des sondages deuxième président élu au suffrage universel en Tunisie avec plus de 40 points d'avance sur l'homme d'affaires controversé Nabil Karoui.

M. Saied, a remporté plus de 70% des voix selon les sondages - 72,5% selon l'institut Emrhod, 76,9% selon l'institut Sigma.

Immédiatement après la publication de ces sondages en fin de soirée, des milliers de personnes se sont rassemblées sur l'avenue Bourguiba, dans le centre de Tunis, klaxonnant, lançant des youyous et chantant l'hymne national.

"C'est un jour historique: la Tunisie récolte les fruits de la révolution", s'est réjoui Boussairi Abidi, un mécanicien de 39 ans. "Kais Saied va en finir avec la corruption, il sera un président juste."

Kais Saied a remercié "les jeunes qui ont ouvert une nouvelle page de l'histoire", lors d'une brève apparition devant ses partisans et la presse dans un hôtel.

Environ 90% des électeurs de 18 à 25 ans ont voté pour lui, selon les l'Institut de sondage Sigma, contre seulement 49,2% des plus de 60 ans.

"Je vais porter ce message" de la révolution de 2011, a-t-il lancé. "Chacun a choisi qui il voulait, en toute liberté. Notre projet est basé sur la liberté. L'époque de la soumission est finie. Nous venons d'entrer dans une nouvelle étape de l'histoire", a-t-il assuré.

Son rival Nabil Karoui, fondateur de la chaîne de télévision Nessma et poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment, a déploré un "déni de justice", estimant avoir été pénalisé par son incarcération durant 49 jours en pleine campagne électorale.

"C'est comme faire les jeux Olympiques et on se casse un genou avant de faire les 100 mètres", a-t-il déclaré, ajoutant: "On veut se défendre".

Pour ce troisième scrutin en un mois, la participation a été nettement plus élevée qu'au premier tour, atteignant 57,8% avec seulement 70% des bureaux pris en compte. Pour le premier tour le 15 septembre, moins d'un électeur sur deux s'était déplacé.

Kais Saied, qui n'a aucune expérience du pouvoir et s'est entouré d'une poignée de partisans néophytes en politique, était arrivé en tête du 1er tour, après une campagne de terrain "low cost", créant un séisme au sein de la classe politique.

Le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, arrivé en tête des législatives du 6 octobre avec 52 sièges au Parlement (sur 217), a appelé ses partisans à se rendre dans le centre de Tunis pour fêter la victoire de Kais Saied.

Ce dernier, farouchement indépendant, a exclu tout accord avec les partis. Ennahdha avait toutefois appelé à voter pour lui. En revanche, rares avaient été les appels explicites à voter pour M. Karoui.

- Saga politique -

La mort en juillet du premier président tunisien élu démocratiquement au suffrage universel, Béji Caïd Essebsi, a avancé la présidentielle de quelques mois, précipitant le pays dans une période politique mouvementée.

Il y a d'abord eu l'arrestation fin août de Nabil Karoui, qui caracolait dans les sondages. M. Karoui affirme que les motifs de son incarcération étaient politiques.

Le premier tour mi-septembre a balayé l'ensemble de la classe politique qui était en place au cours de la période post-révolution.

Candidat sans parti, M. Saied, 61 ans, avait obtenu 18,4% des voix, en exaltant les valeurs du soulèvement de 2011 et en prônant une décentralisation radicale.

M. Karoui, 56 ans, avait obtenu 15,6% des voix depuis sa cellule de prison.

Les deux hommes, en rupture avec l'élite politique, ont bénéficié du vote-sanction d'électeurs exaspérés par les chamailleries politiciennes et l'horizon économique bouché.

Si la sécurité s'est nettement améliorée ces dernières années, après une série d'attentats jihadistes dévastateurs en 2015, le chômage continue de ronger les rêves, notamment des jeunes, et l'inflation grignote un pouvoir d'achat déjà faible.

- "Consultations" -

Dernier coup de théâtre, M. Karoui a été libéré in extremis mercredi, permettant la tenue d'un duel télévisé sans précédent et très suivi: plus de 6 millions de téléspectateurs, selon un institut de sondage, soit plus d'un Tunisien sur deux.

Alors que la Constitution de 2014 fait la part belle au Parlement, les regards se tourneront après ce second tour vers Ennahdha, chargé de former le nouveau gouvernement, une tâche ardue.

"Nous avons commencé nos consultations", a indiqué le chef du parti, Rached Ghannouchi, qui devra rallier de nombreux autres blocs pour atteindre la majorité de 109 sièges au Parlement.

"En principe, c'est Ennahdha (qui dirige le gouvernement, ndlr) mais après les consultations plusieurs scénarios sont possibles", a-t-il souligné. L'hypothèse d'un gouvernement de technocrates a aussi été évoquée.

Avec AFP

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Des milliers de membres du principal parti tunisien dans la rue

Des partisans du parti Ennahdha brandissent des drapeaux nationaux et du parti lors d'une manifestation de soutien au gouvernement tunisien le 27 février 2021 dans la capitale Tunis.

Le principal parti au pouvoir en Tunisie a mobilisé des milliers de partisans samedi, une démonstration de force qui risque d'accentuer les tensions en plein bras de fer entre cette formation islamiste, Ennahdha, et le président de la République.

Cette manifestation, l'une de plus importantes de ces dernières années, intervient alors que la crise sociale accentuée par la pandémie se double de difficultés budgétaires grandissantes. Certaines entreprises publiques peinent à payer les salaires, et les bailleurs s'inquiètent de voir grimper la dette tunisienne.

Le Fonds monétaire international (FMI) a alerté dans un communiqué samedi sur l'urgence des réformes pour diminuer le déficit. Il a appelé à réduire la masse salariale publique et les subventions sur l'énergie, soulignant que "la dette publique deviendrait insoutenable à moins d'adopter un programme de réformes solide".

Le président Kais Saied, qui jouit d'une importante popularité, a rejeté fin janvier un remaniement voulu par Ennahdha pour assurer au gouvernement le soutien de sa coalition parlementaire.

En l'absence d'une cour constitutionnelle, le conflit s'éternise, paralysant le gouvernement depuis six semaines.

"Le peuple veut l'unité nationale" ont scandé des partisans d'Ennahdha, alors que le chef de file du parti, Rached Ghannouchi, a pris la parole pour appeler au dialogue.

"Nous demandons le respect de la Constitution et de la démocratie", souligne Mohamed Khlif venu de Sfax en dépit des restrictions de déplacements en vigueur en raison de la pandémie: "Nous sommes dans un système parlementaire, ce n'est pas au président de décider tout seul qui peut gouverner ou pas!"

Le Premier ministre Hichem Mechichi, qui avait limogé onze ministres parmi lesquels celui de la Santé ou de l'Intérieur, a fini par confier ces ministères à d'autres membres du gouvernement déjà en place.

L'instabilité politique qui a entravé les réformes de fond depuis la révolution de 2011 s'est accentuée depuis l'arrivée au pouvoir en 2019 d'un Parlement morcelé et profondément divisé.

Lancement d'une nouvelle raffinerie à Pointe-Noire

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En Tunisie, la double douleur des familles des victimes du Covid-19

Le Dr Mohamed Salah Siala joue du violon pour les patients des services COVID de l'hôpital Hedi Chaker à Sfax, dans l'est de la Tunisie, le samedi 20 février 2021.

Près de l'ambulance transportant la dépouille de son frère Salah, décédé du coronavirus à Tunis, Lotfi prononce la prière du mort en direction de La Mecque. Mais d'autres proches ne pourront participer à aucune cérémonie de deuil à cause des restrictions sanitaires.

"La douleur de la séparation est double. Mon frère Salah est mort sans que sa fille ni sa femme n'aient pu lui dire adieu", confie en pleurant Lotfi Jlassi dans le grand cimetière du Jellaz, à Tunis.

Les victimes du coronavirus sont transférées directement de la morgue au cimetière, sans passer par le domicile familial où se déroule habituellement la toilette funéraire à l'eau de rose, ni par la mosquée pour la "Janaza", la traditionnelle prière du mort.

Or c'est à la maison que les femmes de la famille disent adieu à leur proche, car la cérémonie au cimetière est le plus souvent réservée aux hommes.

M. Jlassi assiste à l'inhumation de son frère avec trois autres hommes de la famille. Les agents des pompes funèbres, en blouses et équipés de masques, gants et bottes, se joignent au dernier hommage.

Le défunt est enterré dans un nouveau carré de terre consacré aux morts de la pandémie, où environ 2.000 tombes ont fleuri en quelques mois.

"Pas assez d'expérience"

Les sépultures numérotées côtoient des trous préparés à l'avance sur le terrain arboré surplombant Tunis.

La Tunisie a officiellement recensé près de 8.000 décès liés au coronavirus, la plupart depuis septembre, pour une population de plus de 11 millions d'habitants.

Avec les mesures spéciales pour enterrer les morts du virus, la plupart des membres de la famille ne peuvent voir le visage des défunts une dernière fois, ni les embrasser sur le front comme cela se fait d'habitude.

"C'est difficile, insupportable", martèle M. Jlassi, la gorge nouée.

L'organisation des enterrements est "très délicate", reconnaît Mehdi Dellaï, responsable des pompes funèbres pour la mairie de Tunis.

Ses services tentent de minimiser les risques de contagion "tout en prenant en considération l'état psychologique" des familles.

Parfois, l'ambulance passe à proximité du domicile de la victime, pour permettre un dernier adieu sommaire à sa famille et ses amis.

"Nous leur expliquons que leurs morts sont des martyrs", dit-il, et qu'à ce titre ils peuvent être enterrés sans toilette rituelle et méritent le paradis.

Au début de la pandémie, seul un membre de la famille pouvait assister à l'inhumation, à bonne distance, contre quatre aujourd'hui.

Certains enterrements ont eu lieu sans aucun proche, les agents prenant de petites vidéos à la demande des familles.

"On avait peur d'être contaminés par ce nouveau virus et on n'avait pas assez d'expérience dans la gestion de telles situations", avoue M. Dellaï.

Au cimetière du Jellaz, Aya, 16 ans, se recueille devant la tombe de son père, décédé il y a quatre mois.

Vêtue de noir, une récitation du Coran sur son téléphone, elle pose des grains de blés sur la sépulture pour que les oiseaux rendent visite à son père.

"La douleur de la séparation va peut-être s'atténuer, mais jamais nous n'oublierons que nous ne lui avons pas dit adieu."

A la rencontre de l’unique fabricant de pipes en Tunisie

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Reprise des manifestations dans le Sud de la Tunisie

De jeunes Tunisiens brûlent des pneus et bloquent les routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021, pour protester contre le non-respect par le gouvernement de sa promesse de fournir des emplois.

Quelques dizaines de jeunes ont bloqué vendredi des routes à Tataouine dans le sud de la Tunisie pour dénoncer les promesses non tenues du gouvernement qui s'était engagé à fournir des emplois et des investissements.

En novembre 2020, le gouvernement de Hichem Mechichi a conclu un accord avec des responsables syndicaux et des membres d'une coordination qui avait bloqué des semaines durant la production pétrolière pour réclamer des fonds pour cette région marginalisée.

Trois mois après, rien ne s'est concrétisé selon la coordination, qui a donc relancé des protestations au moment où M. Mechichi est en plein bras de fer avec le président Kais Saied au sujet d'un remaniement ministériel.

Un Tunisien brandit le V comme signe de victoire alors que des jeunes brûlent des pneus et bloquent des routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021.
Un Tunisien brandit le V comme signe de victoire alors que des jeunes brûlent des pneus et bloquent des routes dans la ville de Tataouine, au sud du pays, le 12 février 2021.

Des protestataires ont incendié des pneus et d'autres ont obligé des commerçants à fermer leurs boutiques pour participer au mouvement de protestation, critiqué par certains habitants, a constaté un correspondant de l'AFP.

La veille, l'armée était intervenue pour empêcher une dizaine de membres de cette coordination d'accéder au site pétrolier d'El-Kamour où ils menaçaient de fermer un pipeline, a indiqué la coordination sur sa page Facebook.

Ce pipeline transportant la moitié de la production pétrolière de la Tunisie a été bloqué à plusieurs reprises, notamment en 2017 par des sit-ins qui ont dégénéré en heurts avec les forces de sécurité.

Le taux de chômage à Tataouine dépasse les 30%, l'un des plus élevés dans le pays, et le taux de pauvreté atteint 17,8%. La crise sanitaire qui a fait disparaître des milliers d'emplois a entravé les petits boulots transfrontaliers faisant vivre de nombreuses familles.

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