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Togo: où est passé Tikpi Atchadam, homme fort des manifestations?

L’opposant togolais Atchadam Tikpi à Lomé, Togo, 8 septembre 2017. (VOA/Kayi Lawson)

Alors que la campagne pour les législatives a débuté mardi au Togo, Tikpi Atchadam, homme fort du soulèvement populaire qui secoue le pays depuis plus d'un an, n'est toujours pas réapparu mais reste présent "dans les coeurs" de ses partisans... et sur Whatsapp.

"Tikpi n'est pas parmi nous aujourd'hui, mais la lutte continue", affirme Ouro Longa, un représentant des jeunes de son parti, le Parti National Panafricain (PNP), au siège de cette formation à Lomé.

Tikpi Salifou Atchadam, 51 ans, a émergé comme un homme politique important sur la scène togolaise en août 2017, lors des premières manifestations massives contre le régime du président Faure Gnassingbé.

La verve et le charisme de cet homme que certains qualifient de populiste sont parvenus à rassembler le nord du pays, notamment au sein de la communauté Tem et des musulmans, autrefois soutien tacite du pouvoir.

Devant le succès des premières manifestations d'août 2017, Tikpi, comme l'appellent affectueusement ses partisans, s'est allié à 13 autres formations politiques - dont l'Alliance nationale pour le changement (ANC) du chef de file traditionnel de l'opposition Jean-Pierre Fabre.

Depuis, cette coalition, la C-14, demande inlassablement la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels et le départ de "Faure", au pouvoir depuis 2005 après avoir succédé à son père.

Plus récemment, ces partis ont décidé de boycotter les législatives prévues le 20 décembre, craignant des irrégularités dans leur organisation.

- Exil -

Très présent lors des premières marches, s'exprimant volontiers devant la presse, Tikpi Atchadam a complètement disparu de l'espace public dès octobre 2017 et communique rarement sur la politique togolaise ou sur la stratégie de l'opposition.

"Il se cache", soufflent ses proches, "il craint pour sa sécurité". L'opposant serait en exil au Ghana voisin, d'où il envoie des messages vocaux à ses partisans dans les coins les plus reculés du pays via l'application Whatsapp.

"La vie de Jean-Pierre Fabre a été de nombreuses fois menacée, mais quelque part son statut de chef de file de l'opposition le protège", confie à l'AFP une source au sein du PNP.

"Atchadam, lui, est considéré comme la bête noire du pouvoir, il ne lui laissera pas une minute de survie", assure-t-elle. "Il n'est pas sur place, mais il est dans les coeurs".

Un discours que relaient les membres du PNP.

"Des opposants politiques ont été assassinés dans ce pays. Sa sécurité est plus importante, car Tikpi est notre idole", affirme Nouroudine Idrissou, un jeune militant vêtu d'un tee-shirt rouge frappé d'un cheval blanc (le logo du parti) sur lequel on peut lire: "Moi, je t'aime PNP".

"Physiquement, Tikpi n'est pas là. Mais spirituellement et moralement, il est au milieu de nous", assure-t-il.

- Galvaniser les foules -

Lors des grands rassemblements de septembre 2017, qui avaient fait une douzaine de morts et des dizaines de blessés, la maison d'Atchadam était surveillée par les forces de sécurité togolaises, parfois encerclée.

Ses proches affirment qu'il a reçu des menaces, mais il n'a jamais été passé à tabac, ou poursuivi en justice comme l'a été son allié et rival Jean-Pierre Fabre.

L'opposition continue d'afficher officiellement son unité, mais des brèches sont déjà visibles. Atchadam a taclé Fabre, à qui il reproche à mi-mot de multiplier les "marches modestes" et "d'essouffler" le mouvement.

Dans son dernier Whatsapp, diffusé le 11 novembre, il affirmait: "une marche gigantesque est possible, et elle seule suffirait à libérer le Togo" de la présidence Gnassingbé.

Après des mois de crise et de négociations avortées avec le pouvoir, certains de ses alliés craignent le retour d'Atchadam, estimant que son absence est une "stratégie politique" pour apparaître comme le sauveur.

"Nous avons autant besoin du PNP pour attirer le Nord dans la lutte que le PNP avait besoin du reste de l'opposition et de son assise politique", assure toutefois à l'AFP un membre de la C-14.

Les législatives du 20 décembre, auxquelles la C-14 a annoncé qu'elle ne participera pas, seront l'occasion de tester la stabilité de cette alliance.

Ce scrutin pourrait être l'occasion pour le jeune PNP de tester sa popularité, d'avoir ses premiers députés et de se placer comme une force crédible au sein de l'opposition par rapport à l'ANC.

Mais le mot d'ordre de la C-14 est clair: "Nous ne faisons pas cette lutte pour être député", martèle son porte-parole Eric Dupuy. "Nous luttons pour le changement".

Avec AFP

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Au Togo, les détenus privés de droit de visite depuis le début de la pandémie

Des Togolais devant la cour de Justice à Lomé, le 1er septembre 2011.

Cela fait 18 mois que David Adjé n'a pas vu ses trois frères cadets détenus à la prison civile de Lomé, le Togo ayant interdit au début de la pandémie de Covid-19 les visites dans les centres pénitentiaires.

"Je suis atterré et sous le choc, car je ne sais pas dans quelles conditions se trouvent mes frères", s’inquiète ce sexagénaire, agent commercial dans une société privée.

Depuis le 13 avril 2020, les autorités togolaises ont interdit les visites dans les prisons afin de "protéger" les détenus "contre le risque de contamination venant de l’extérieur".

"Toutes les visites aux détenus dans les prisons civiles du Togo et à la Brigade pour mineurs de Lomé sont suspendues jusqu’à nouvel ordre", avait déclaré le ministre de la justice Pius Agbétomey, précisant que des dérogations exceptionnelles peuvent être accordées après examen.

Pour de nombreux Togolais, l'interdiction de visite est disproportionnée au regard de la situation sanitaire.

Le Togo a recensé 26.167 cas de Covid-19, dont 243 décès, selon les derniers chiffres officiels.

Pour une levée de l'interdiction

Au début de la pandémie, un grand nombre de pays dans le monde avaient pris la décision d'interdire les visites pour protéger les détenus, mais la plupart ont depuis levé cette interdiction.

"Les détenus sont une catégorie particulière de personnes dont l’isolement mérite solidarité et soutien psychologique des parents", juge Aimé Adi, directeur d'Amnesty International au Togo.

"Il est vraiment temps de rouvrir les prisons pour soulager les détenus et leurs parents", renchérit Kao Atcholi, président de l’Association des victimes de la torture au Togo (Asvitto).

Au Togo, comme dans de nombreux pays africains, les visites sont quasiment vitales pour les détenus car elles permettent aux proches de leur apporter des vivres, des habits et des médicaments, le système pénitentiaire étant généralement sous-financé. Certains proches s'y rendent tous les jours pour apporter des repas à leurs proches.

"Je ne sais pas si mes proches sont malades. Je les ai vus début avril 2020. Les visites me permettaient de leur remonter le moral en leur apportant régulièrement de la nourriture et des médicaments", se lamente Aboubacar Amidou dont six proches parents sont enfermés à la prison civile de Lomé, arrêtés dans la foulée des grandes manifestations de l’opposition en octobre 2017.

Le Togo est dirigé depuis 2005 par Faure Gnassingbé, arrivé au pouvoir après le décès de son père, le général Gnassingbé Eyadéma, qui avait lui-même dirigé le Togo pendant 38 ans. Il a été réélu lors de scrutins qui ont tous été contestés par l'opposition.

Un repas supplémentaire

Outre les familles, ce sont les ONG et associations apportant une assistance aux détenus qui sont désormais interdites de visite.

"Les parents de certains détenus nous confient des colis que nous remettons aux responsables de l’administration pénitentiaire. Mais, nous n’avons pas accès aux détenus", déplore Ali Essoham, chargé du programme "observateurs des prisons" de l’ONG Solidarité mondiale pour les personnes démunies et les détenus.

Pour le directeur de l’administration pénitentiaire, "il serait trop tôt de rouvrir les prisons, face à la flambée de la pandémie de Covid-19 dans le pays" ces derniers mois.

"La prison est un milieu clos et il était important pour le gouvernement d’anticiper pour protéger les pensionnaires et éviter une rapide propagation du virus dans nos prisons", justifie Akibou Idrissou.

"La plupart des détenus sont vaccinés, ainsi que le personnel. Même les nouveaux détenus enregistrés ces derniers temps sont vaccinés depuis quelques jours. Par ailleurs, pour soulager les détenus, le gouvernement leur offre un autre repas", rassure-t-il.

Seuls les avocats ont désormais accès aux détenus, mais ils doivent au préalable obtenir une autorisation.

"Le moral des prisonniers était déjà très bas. Avec cette décision, ils sont davantage isolés", regrette Me Claude Kokou Amegan, qui a pu rendre visite à plusieurs de ses clients.

Selon lui, l'interdiction des visites a été prise "à une période de la pandémie où tous les Etats se cherchaient", mais aujourd'hui on pourrait "imposer avec rigueur les mesures barrières et permettre aux parents et avocats de voir les détenus", d'autant "qu'une bonne partie de la population carcérale est désormais vaccinée".

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