Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Moyen-Orient

Syrie: Pence et Pompeo à Ankara pour arracher un cessez-le-feu à Erdogan

Rencontre entre le secrétaire d'État américain Mike Pompeo et le président turc Recep Tayyip Erdoğan, le 17 octobre 2018, à Ankara (Turquie).

Le vice-président américain Mike Pence, dépêché par Donald Trump en Turquie, va tenter jeudi d'arracher un cessez-le-feu au président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a sommé les forces kurdes de déposer les armes et de se retirer du nord de la Syrie

Une semaine jour pour jour après son déclenchement, l'offensive turque contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) a déjà rebattu les cartes dans le nord de la Syrie, nouvel épicentre du conflit qui déchire ce pays depuis 2011.

A la faveur d'un accord avec les forces kurdes, le régime de Damas est en effet revenu dans des régions qui lui échappaient depuis des années et Moscou a commencé à remplir le vide laissé par le retrait des forces américaines.

Selon le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, d'autres sanctions américaines sont en préparation en cas de non accord.

Vivement critiqué à Washington pour avoir semblé donner son feu vert à l'opération turque, le président américain a depuis exhorté Ankara à stopper son offensive et autorisé des sanctions contre la Turquie.

Dans ce contexte, il a décidé d'envoyer en Turquie son vice-président Mike Pence et son secrétaire d'Etat Mike Pompeo avec pour mission d'obtenir un cessez-le-feu. M. Erdogan doit les recevoir jeudi.

"Notre mission est de voir si nous pouvons obtenir un cessez-le-feu, voir si nous pouvons négocier", a affirmé M. Pompeo à la presse avant de monter à bord de son avion.

Le milliardaire américain a néanmoins brouillé les signaux en déclarant mercredi, avant le départ de MM. Pence et Pompeo, que "si la Turquie va en Syrie, c'est une affaire entre la Turquie et la Syrie, ce n'est pas notre problème". "Les Kurdes ne sont pas des anges", a-t-il ajouté.

En ce qui concerne une trêve, M. Erdogan a d'ores et déjà exclu de "s'asseoir à la table des terroristes", expression désignant les YPG, et soutenu que pour que l'offensive prenne fin, il faudrait que les forces kurdes désarment et reculent.

L'objectif affiché de l'opération turque est la création d'une "zone de sécurité" de 32 km de profondeur le long de sa frontière, qui permettrait de séparer celle-ci des zones YPG et de rapatrier une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens installés en Turquie.

- Bataille de Ras al-Aïn -

Ankara considère les YPG comme une "organisation terroriste" pour ses liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une sanglante guérilla en Turquie.

Mais les pays occidentaux soutiennent la milice YPG, qui domine une coalition arabo-kurde nommée Forces démocratiques syriennes (FDS), pour son rôle de premier plan dans la lutte contre l'organisation jihadiste Etat islamique (EI).

Sur le terrain, les combats continuent de faire rage, en particulier à Ras al-Aïn, ville située à la frontière turque où les combattants kurdes tentent de repousser l'assaut des forces d'Ankara.

Un reporter de l'AFP près de Ras al-Aïn a vu des colonnes de fumée s'élever de la ville pendant que l'écrasant tonnerre de l'artillerie turque emplissait l'air. Afin d'aveugler les avions d'Ankara, les combattants kurdes brûlaient des pneus.

Un responsable des FDS a déclaré que les combattants kurdes étaient "prêts à se battre jusqu'au bout" à Ras al-Aïn. "Nous ne sommes pas encore passés à l'attaque (...) La véritable bataille n'a pas encore débuté", a-t-il averti.

Accusant M. Trump, dont la décision de retirer des militaires américains a laissé le champ libre à l'assaut turc, de les avoir trahies, les forces kurdes ont appelé à la rescousse Damas, qui a déployé des troupes à Minbej et à Ras al-Aïn, entre autres.

Les combattants kurdes, appuyés par les forces syriennes, sont entrés mardi dans une base fraîchement vidée par les Américains, devançant les rebelles soutenus par Ankara qui voulaient s'en emparer, selon une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

- Rencontre Erdogan-Poutine -

Profitant du retrait des Américains, et afin d'éviter un affrontement d'envergure entre les forces de Damas et les militaires turcs appuyés par leurs supplétifs syriens, la police militaire russe mène des patrouilles dans le secteur de Minbej, selon Moscou.

M. Erdogan, qui avait dénoncé mardi le "sale marché" conclu entre les forces kurdes et le régime de Bachar al-Assad, a déclaré mercredi que peu lui importait "qui des Russes ou du régime" fasse "sortir les YPG de Minbej".

Invité par le Kremlin, le président turc rencontrera son homologue russe Vladimir Poutine le 22 octobre dans la station balnéaire de Sotchi, a précisé mercredi la présidence turque.

En sept jours, 71 civils, 158 combattants des FDS ainsi que 128 combattants proturcs ont été tués, d'après l'OSDH. Ankara a déploré la mort de six soldats en Syrie ainsi que de 20 civils par des tirs de roquettes des combattants kurdes sur des villes turques.

De plus, l'offensive a provoqué l'exode de 160.000 personnes dans le nord de la Syrie, d'après l'ONU.

Par ailleurs, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est inquiété mercredi "du risque de dispersion" des jihadistes retenus prisonniers dans le nord-est de la Syrie, sans toutefois réclamer la fin de l'offensive militaire turque contre les Kurdes.

S'exprimant séparément devant la presse, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Kelly Craft, a aussi insisté sur le danger jihadiste: "L'offensive militaire de la Turquie (...) compromet la campagne menée pour vaincre le groupe Etat islamique, met en danger des civils innocents et menace la paix, la sécurité et la stabilité dans la région".

A Bruxelles, deux députés belges ont affirmé à l'AFP que deux jihadistes belges qui étaient emprisonnés dans le nord-est de la Syrie s'étaient échappés "ces derniers jours".

Le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les combattants kurdes, Mazloum Abdi, a annoncé mercredi soir le "gel" des opérations contre le groupe Etat islamique (EI), muté en organisation clandestine depuis sa défaite en mars.

Avec AFP

Toutes les actualités

Cours du pétrole: l'Arabie Saoudite et la Russie indexées

Cours du pétrole: l'Arabie Saoudite et la Russie indexées
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:00:38 0:00

Afghanistan: attaque meurtrière de l'EI, talibans et Kaboul avancent sur les prisonniers

Une femme sikh afghane pleure ses proches près du site d'une attaque à Kaboul, en Afghanistan, le 25 mars 2020.

Une attaque du groupe jihadiste Etat islamique (EI) contre un temple hindou-sikh de Kaboul a tué au moins 25 civils en Afghanistan, où le gouvernement et les talibans ont parallèlement annoncé pour la première fois quelques progrès sur la question cruciale des libérations de prisonniers.

"Malheureusement, 25 civils ont été tués et huit blessés dans l'attaque", a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur Tariq Arian, qui a également fait état de "80 civils secourus" et d'un assaillant tué.

Une source sécuritaire haut placée a de son côté recensé 24 morts, treize blessés et trois combattants de l'EI neutralisés.

Des photos vues par l'AFP montrent des enfants en larmes évacués par des hommes armés. Des corps sans vie, des blessés et une mare de sang sont également visibles.

Les prières avaient commencé quand "un homme en uniforme de policier et portant une (kalachnikov) est entré dans la salle. Il a d'abord tiré sur le garde, puis sur un jeune enfant", a raconté à l'AFP Raju Singh Sonny, un fidèle.

"D'autres assaillants ont aussi pénétré dans le bâtiment et ils sont allés de pièce en pièce tirer sur les gens", a poursuivi cet homme ayant réussi à s'enfuir, mais dont de nombreux proches sont restés coincés dans le temple.

"L'attaque n'a rien à voir avec nous", a rapidement tweeté le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid.

L'EI, qui multiplie les attentats dans Kaboul, souvent contre les minorités religieuses, l'a revendiquée sur Amaq, son organe de propagande.

Environ mille sikhs et hindous vivent en Afghanistan, un pays presque entièrement musulman. L'EI les avait déjà visés au cours d'un attentat-suicide en juillet 2018 à Jalalabad, dans l'est du pays, tuant alors 19 personnes.

- Moment critique -

Cette attaque intervient à un moment critique pour l'Afghanistan, confronté à une crise politique interne, une offensive des talibans, ainsi qu'au nouveau coronavirus.

Les Etats-Unis ont signé le 29 février à Doha un accord historique avec les talibans, qui prévoit un retrait des troupes étrangères d'Afghanistan dans les quatorze mois en échange de garanties des insurgés.

L'accord mentionnait aussi l'ouverture de négociations de paix directes et inédites entre les talibans et Kaboul le 10 mars.

Mais ces discussions ont été retardées par une dispute au sujet de la libération d'un maximum de 5.000 talibans faits prisonniers en échange de celle d'un millier de membres des forces de sécurité afghanes détenus par les rebelles, une mesure figurant dans l'accord de Doha, non ratifié par Kaboul.

Ce point pourrait évoluer rapidement, a tweeté le Conseil national de sécurité afghan (NSC), un organe gouvernemental, qui a annoncé la libération de 100 insurgés d'ici au 31 mars un fois qu'on aura la garantie qu'"ils ne reprendront pas le combat".

"Pour mener à bien ces nouvelles discussions, une équipe représentant les talibans rencontrera face-à-face le gouvernement ces prochains jours en Afghanistan", a poursuivi le NSC.

C'est la première fois que les insurgés et le gouvernement du président Ashraf Ghani se rencontreront officiellement. Les deux parties se sont parlées par vidéoconférence la semaine dernière et mercredi.

"Il a été décidé pendant cette réunion que le processus de libération des prisonniers commencerait le 31 mars" et que les talibans "enverraient une équipe à la prison de Bagram" pour vérifier l'identité des prisonniers libérés, a tweeté l'un de leurs porte-parole, Suhail Shaheen.

L'émissaire américain Zalmay Khalilzad a confirmé que "les deux parties" étaient d'accord "pour commencer les libérations de prisonniers le 31 mars", saluant "un développement positif".

L'Afghanistan fait face à une forte instabilité politique, la victoire d'Ashraf Ghani à la présidentielle de septembre étant contestée par son ex-chef de l'exécutif, Abdullah Abdullah, arrivé deuxième mais qui s'est également déclaré vainqueur.

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, qui n'est pas parvenu à régler cette crise au cours d'une visite à Kaboul lundi, a annoncé une réduction d'un milliard de dollars de l'aide de Washington cette année.

"Le peuple afghan mérite un avenir sans l'EI", a-t-il déclaré mercredi devant des journalistes, qualifiant l'attentat de Kaboul d'"horrible".

À ces difficultés s'ajoute la menace du nouveau coronavirus, qui a officiellement fait deux morts en Afghanistan et 75 autres cas de contamination parmi les Afghans et quatre parmi les militaires étrangers.

L’Iran rejette toute aide de "forces étrangères" pour lutter contre le Covid-19

L’Iran rejette toute aide de "forces étrangères" pour lutter contre le Covid-19
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:17 0:00

Coronavirus: l'ONU appelle à un cessez-le-feu global en Syrie

Geir O. Pedersen, Envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU pour la Syrie. (Photo: ONU)

L'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a appelé mardi à un cessez-le-feu dans toute la Syrie en guerre, pour aider à mettre sur pied une meilleure réponse à la menace du nouveau coronavirus.

A ce jour, les autorités de Damas n'ont officiellement recensé qu'un seul cas de contamination au nouveau coronavirus dans la partie du territoire national sous contrôle gouvernemental.

Mais les craintes d'une propagation restent élevées, dans un pays morcelé, aux infrastructures médicales ravagées par le conflit et où les camps de déplacés abondent.

"La vulnérabilité des Syriens au Covid-19 est aiguë. Des centres médicaux ont été détruits ou leur capacité s'est dégradée. Il y a une pénurie d'équipements médicaux essentiels et de professionnels de la santé", s'est inquiété M. Pedersen dans un communiqué.

"Aujourd'hui, je lance un appel spécifique pour un cessez-le-feu immédiat s'étendant à tout le territoire syrien afin de rendre possible un effort généralisé pour combattre le Covid-19 en Syrie", a-t-il plaidé.

Il a réclamé "une période durable de calme à travers le pays", pour permettre aux Syriens de faire face au "danger" du nouveau coronavirus.

Plusieurs ONG humanitaires ont récemment mis en garde contre une catastrophe sanitaire en Syrie, où rien que dans le nord-ouest du pays près d'un million de personnes ont été déplacées par les combats et les bombardements entre décembre et mars à Idleb.

Cible d'une nouvelle offensive meurtrière de Damas depuis décembre, la région d'Idleb, dernier grand bastion jihadiste et rebelle de Syrie, bénéficie d'un calme précaire depuis début mars grâce à un accord de trêve.

M. Pedersen a également plaidé pour "une libération à grande échelle de personnes détenues et arrêtées arbitrairement".

Il a aussi réclamé un accès humanitaire "ininterrompu et sans entraves" dans tout le pays, mais aussi réitéré la nécessité d'un soutien des bailleurs de fonds internationaux.

Le Comité de secours international (IRC) a estimé cette semaine qu'une propagation du nouveau coronavirus dans le nord de la Syrie pourrait constituer une des pires crises à l'échelle mondiale, selon l'ONG.

Toujours aucun compromis en vue entre les deux rivaux pour la présidence en Afghanistan

Le président Ashraf Ghani le 24 mars 2020.

Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah, qui se disputent toujours le poste de président en Afghanistan, n'ont annoncé aucun compromis mardi, malgré l’annonce par Washington d'une réduction d’un milliard de dollars de son aide, qui risque de faire empirer encore la situation dans leur pays.

Le déplacement à Kaboul lundi du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, qui souhaitait aider à mettre fin à la crise politique afghane mais a fait chou blanc, "a créé une occasion de régler la crise en cours, mais elle n'a pas été utilisée correctement", a réagi M. Abdullah, l’ex-chef de l'exécutif, qui, bien qu'arrivé second de la présidentielle de septembre, s’est déclaré vainqueur.

M. Abdullah a demandé un "amendement de la Constitution (...) en une nuit", une requête à laquelle le gouvernement afghan ne pouvait donner suite, a quant à lui regretté le président Ashraf Ghani, officiellement réélu en février, dans un discours télévisé.


Après l'"échec" de son intervention à Kaboul, Mike Pompeo a annoncé que l'aide américaine à l'Afghanistan serait "immédiatement" réduite d'un milliard de dollars et d'un milliard supplémentaire en 2021 si l'impasse se poursuivait.

Ashraf Ghani a tenté de rassurer la population afghane, assurant que "la réduction de l’aide américaine n'aura aucun impact direct sur les secteurs clefs" car le gouvernement "a des plans pour les situations inattendues".

Les États-Unis n’ont en outre "pas complètement coupé ces aides, mais ils ont posé des conditions" que le gouvernement afghan tentera de respecter, a-t-il ajouté.

Cette baisse de l'aide financière de Washington intervient à un moment critique dans l’histoire de l'Afghanistan, confronté au nouveau coronavirus, à une offensive des talibans, au retrait des troupes américaines ainsi qu'à cette crise politique qui retarde l’ouverture de discussions entre Kaboul et les insurgés.

Après sa visite dans ce pays, M. Pompeo s'est rendu à Doha, où il a rencontré pour la première fois des chefs des insurgés, avec lesquels Washington a signé un accord historique il y a un mois pour un retrait des troupes étrangères d'Afghanistan en échange de garanties sécuritaires de de la part des rebelles.

Cet accord prévoit aussi l'ouverture d’un dialogue inédit entre le gouvernement afghan et les talibans, afin de décider de l’avenir du pays et potentiellement enclencher un processus de paix, après 40 ans de guerres.

L'ouverture de ces négociations, prévue pour le 10 mars, a été empêchée par l'incapacité de Kaboul à mettre en place une équipe de négociateurs, ainsi que par une dispute entre le gouvernement et les insurgés au sujet de la libération de milliers de prisonniers talibans.

Voir plus

XS
SM
MD
LG