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Moyen-Orient

En Syrie, Trump piétine les objectifs traditionnels de Washington

Des combattants rebelles syriens soutenus par la Turquie dans la ville frontalière de Tel Abyad, en Syrie, le 14 octobre 2019.

Des alliés lâchés, des djihadistes dans la nature, un régime de Damas qui regagne du terrain et des adversaires, Iran et Russie, prêts à renforcer leur influence: les décisions de Donald Trump en Syrie piétinent tous les objectifs traditionnels des Etats-Unis.

"Nous sommes face à une situation qui était prévisible depuis près d'un an, mais qui est gérée de telle manière que toutes les pires conséquences qui étaient à craindre deviennent réalité", constate Robert Malley, président de l'organisation International Crisis Group.

Après une semaine d'annonces contradictoires, tous les militaires américains déployés dans le nord de la Syrie, soit un millier de soldats, sont finalement en train de quitter le pays.

Le tournant remonte en fait à décembre 2018.

Le président des Etats-Unis, qui a promis de se désengager des conflits au Moyen-Orient, bat alors le rappel de toutes ses troupes stationnées en Syrie.

Mais Donald Trump se retrouve rapidement dans une situation étonnante: "Alors que le président pense prendre une décision, son équipe résiste, ignore son choix voire va à son encontre", explique à l'AFP Rob Malley.

Les diplomates et militaires américains se relayent alors auprès des alliés de Washington, et notamment des forces kurdes qui ont mené le combat antijihadistes, pour leur assurer que l'impétueux milliardaire ne pensait pas vraiment ce qu'il disait.

Sur le moment, ses conseillers parviennent à le convaincre de faire marche arrière, au nom de ce qu'ils considèrent être les intérêts américains: la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), dont le "califat" a été rayé de la carte mais qui conserve une capacité de nuisance; la protection des miliciens kurdes que la Turquie accuse de "terrorisme"; et la nécessité de contrer l'expansionnisme de l'Iran.

- "Résurgence de l'EI" -

Dix mois plus tard, le locataire de la Maison Blanche renoue toutefois avec son instinct initial et laisse le champ libre à l'offensive de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan contre les Kurdes en Syrie.

Seulement, faute d'avoir préparé le terrain à ce retrait, c'est un sentiment de sauve-qui-peut général qui prévaut face à l'avancée des forces turques.

Avec des répercussions néfastes pour ces mêmes intérêts que Washington voulait défendre.

"Il y a bien entendu un gros risque de résurgence de l'EI et de voir de dangereux terroristes prendre la fuite", alors que leurs geôliers kurdes sont désormais accaparés par la résistance à l'attaque turque, explique Elizabeth Dent, du cercle de réflexion Middle East Institute.

Selon elle, l'administration Trump aurait "pu se montrer plus déterminée pour éviter une incursion de la Turquie". Et même sans y parvenir, "si les Etats-Unis avaient préparé un retrait plus ordonné, on aurait pu faire en sorte que ces prisonniers soient mis en sécurité".

Autre conséquence, les Kurdes n'ont pas tardé à se tourner vers Damas.

Voilà donc le président syrien Bachar al-Assad, dénoncé comme un "dictateur brutal" par les Etats-Unis qui souhaitent son départ, regagner encore un peu plus du terrain perdu depuis le début du conflit en 2011.

"Une forme d'entente entre le régime de Damas et les forces kurdes était inévitable, dès lors que Trump clamait publiquement vouloir partir", mais la débandade américaine "renforce politiquement Assad et la possibilité de revenir contrôler des zones de Syrie perdues depuis plusieurs années lui donne de quoi peser", affirme Elizabeth Dent.

- Perte de confiance -

La volonté de désengagement de Donald Trump rencontre les intérêts de toute une série d'acteurs disparates qui espéraient un départ des Américains, de la Turquie au pouvoir syrien. En passant par la Russie et l'Iran, parrains de Damas, qui voient leur assise confortée.

L'US Army conserve certes, dans l'immédiat, 150 hommes sur la base d'Al-Tanf, dans le sud de la Syrie, souvent perçue comme stratégique pour empêcher l'Iran de boucler une sorte d'"arc chiite" vers la Méditerranée.

"Ce n'est pas la présence de 100, 1.000 ni même 2.000 soldats américains qui peut faire une quelconque différence", relativise Rob Malley, pour qui "rester en Syrie" pour contrer l'Iran était "une mauvaise raison et un objectif illusoire".

Pour autant, le départ précipité peut renforcer le malaise de certains alliés des Etats-Unis, à commencer par l'Arabie saoudite dont l'Iran est le principal ennemi. Ironie du calendrier, c'est le président russe Vladimir Poutine qui reçoit lundi un accueil royal à Ryad.

"La cote du président Trump s'effondre au Moyen-Orient tandis que celle du président Poutine s'envole", résume, un peu provocateur, Joshua Landis, spécialiste de la Syrie à l'université de l'Oklahoma. "Plus personne ne fait confiance au président Trump, tout le monde sent qu'il va finir par retirer l'Amérique du Moyen-Orient."

Au moins 160.000 personnes déplacées, selon l'ONU

L'offensive militaire turque en Syrie a provoqué en une semaine le déplacement d'au moins 160.000 personnes dont près de 70.000 enfants, selon l'ONU.

Dans un communiqué, le secrétaire général de l'Organisation, Antonio Guterres, affirme qu'il est "gravement préoccupé" par l'évolution de la situation dans le nord de la Syrie.

Il "appelle à une désescalade immédiate et exhorte toutes les parties à résoudre leurs problèmes de manière pacifique". Il leur demande aussi d'observer "le maximum de retenue", que toute opération militaire préserve les civils, et de laisser un accès sans entrave pour l'acheminement de l'aide humanitaire.

Le secrétaire général fait également part de ses craintes face à la possible remise en liberté de combattants du groupe djihadiste Etat islamique (EI).

Dans un communiqué séparé, l'agence de l'ONU pour l'enfance Unicef, basée à New York, estime à près de 70.000 le nombre d'enfants faisant partie des populations déplacées dans le nord-est de la Syrie.

Trois sites médicaux, des véhicules de secours et une école ont été attaqués, tandis qu'une station d'épuration fournissant de l'eau à 400.000 personnes a été mise hors d'usage, précise l'Unicef.

"Alors que la violence s'intensifie, l'Unicef appelle toutes les parties au conflit et les pays ayant une influence sur elles à protéger les enfants", selon le communiqué de l'agence onusienne.

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Incidents et manifestations dans le sud, la mobilisation reste forte en Irak

Manifestations à Bagdad en Irak le 3 décembre 2019.

Des incidents et des manifestations ont eu lieu mardi dans le sud de l'Irak, où la mobilisation contre le pouvoir et son parrain iranien entamée le 1er octobre reste toujours aussi forte, selon des sources de sécurité.

La ville d'Amara a été secouée dans la nuit par quatre explosions quasi-simultanées qui ont visé des locaux de deux factions armées pro-Iran, selon la police.

"Trois grenades assourdissantes ont visé deux locaux et la maison d'un dirigeant d'Assaïb Ahl al-Haq", l'un des groupes les plus puissants au sein du Hachd al-Chaabi, coalition désormais intégrée aux forces de sécurité, tandis qu'"une bombe artisanale a visé la maison d'un commandant d'Ansar Allah", une autre composante du Hachd.

Des sources hospitalières ont fait état de trois blessés.

Selon des sources sécuritaires, ces attentats ont été commis contre des mouvements que les protestataires considèrent comme loyaux à l'Iran voisin, dont l'influence ne cesse de grandir en Irak, notamment via les groupes armés qu'il entraîne et finance de longue date.

Ces attaques interviennent également peu après des tueries qui ont récemment ensanglanté plusieurs villes irakiennes, la dernière en date ayant fait 24 morts dont quatre policiers, vendredi soir dans le centre de Bagdad. L'Etat comme les manifestants accusent des hommes armés d'avoir perpétré ces violences, le premier assurant ne pas pouvoir les identifier, tandis que les seconds pointent du doigt les pro-Iran.

Depuis le 1er octobre, plus de 450 personnes ont été tuées et plus de 20.000 blessées au cours d'un mouvement inédit qui réclame le renouvellement du système et de la classe politique.

Dans la ville sainte chiite de Kerbala, des protestataires encerclaient le commissariat de police pour exiger d'ici 24 heures des informations sur la mort de Fahem al-Taï, un militant de 53 ans actif au sein des manifestations, assassiné dimanche soir alors qu'il rentrait chez lui.

D'autres bloquaient les accès au palais de justice pour exiger que soient lancés des procès pour corruption contre les dirigeants locaux, alors que l'une des priorités des manifestants est d'en finir avec un mal qui a déjà coûté à l'Irak plus de deux fois son PIB.

A Diwaniya, également dans le sud, les manifestants bloquaient la route menant à la raffinerie de Chanafiya, selon la police. Ils ont exigé d'y obtenir des emplois, une pratique assez courante en Irak touché par un très fort taux de chômage en dépit de ses importantes richesses pétrolières.

Des protestataires venus de plusieurs villes du sud ont par ailleurs rejoint mardi les milliers de manifestants rassemblés depuis plus de deux mois sur la place Tahrir, épicentre de la contestation à Bagdad.

"Nous sommes venus pour soutenir nos frères à Bagdad", a déclaré un militant actif du mouvement à Nassiriya, Haydar Kazem.

Bagdad convoque des ambassadeurs après la publication d'un communiqué

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Fin des entrées séparées pour les femmes dans les restaurants en Arabie Saoudite

Une femme quittant une aire de service réservée aux femmes dans un restaurant à Djeddah, en Arabie Saoudite, le 8 décembre 2019.

Les restaurants et cafés en Arabie Saoudite n'ont plus l'obligation de disposer d'entrées séparées pour les femmes, ont indiqué les autorités du royaume ultraconservateur, qui s'est lancé dans un programme de réformes économiques et sociales.

Ces établissements devaient jusqu'alors prévoir deux entrées, une pour les hommes seuls et une autre pour les femmes et les familles.

Le ministère des Municipalités et des Affaires rurales a annoncé dimanche la suppression de plusieurs obligations pour les restaurants, dont celle d'avoir "une entrée pour les célibataires et une entrée séparée pour les familles".

Il n'est pas clair dans l'immédiat si la levée de l'obligation concerne aussi l'intérieur des établissements, où il est fréquent d'avoir une salle pour les hommes seuls et une autre pour les familles, même si ces dernières années certains restaurateurs ont profité d'une relative libéralisation pour créer des salles mixtes.

Sous l'impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, l'Arabie Saoudite est entrée dans un vaste programme de réformes qui comprend un assouplissement des interdictions pesant sur les femmes, avec en particulier l'accès au permis de conduire et la possibilité d'obtenir un passeport sans l'aval d'un tuteur masculin.

Il y a encore trois ans, la police religieuse contrôlait sévèrement les hommes et femmes, les chassant hors des centres commerciaux pour aller prier et réprimandant quiconque se mélangeait au sexe opposé.

En parallèle des réformes, le gouvernement a toutefois accentué la répression contre les dissidents et militantes féministes, dont une douzaine sont encore emprisonnées.

Des soldats américains en Irak visés par de nouvelles roquettes

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Afghanistan: Trump annonce de nouvelles négociations

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