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Frappes contre un aéroport militaire en Syrie

Douma, la Ghouta orientale, après des frappes aériennes du régime syrien, le 7 avril 2018.

Des missiles ont frappé tôt lundi un aéroport militaire syrien, faisant des morts, peu après l'engagement des présidents américain et français d'apporter une "réponse forte et commune" à une "attaque chimique" ayant fait des dizaines de morts dans une zone rebelle près de Damas.

"Plusieurs missiles ont frappé l'aéroport de Tayfur", a rapporté l'agence officielle syrienne SANA, affirmant qu'"une attaque américaine est soupçonnée" avant de retirer toute référence aux Etats-Unis.

Le Pentagone a aussitôt réagi en assurant que ses forces armées "ne mènent pas de frappes aériennes en Syrie".

L'origine de l'attaque restait indéterminée lundi à 04H30 GMT.

Les Etats-Unis, mais aussi la France, avaient brandi ces dernières semaines la menace de frappes en Syrie en cas d'attaque chimique. Samedi, un groupe rebelle et des secouristes dans la ville insurgée de Douma ont dénoncé une attaque chimique présumée ayant fait des dizaines de morts, provoquant un raz-de-marée de condamnations internationales.

>> Lire aussi : Les derniers rebelles commencent à évacuer Douma en Syrie

"Des morts et des blessés dans la frappe de missiles sur l'aéroport de Tayfur" (centre), a ajouté lundi SANA, citant une source militaire.

-14 morts, dont des Iraniens, selon l'OSDH

Au moins 14 combattants, dont des Iraniens, ont été tués dans la frappe, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Des forces russes, iraniennes, et du mouvement libanais du Hezbollah", alliés du régime de Bachar Al-Assad, sont stationnées sur la base T-4, située entre les villes de Homs et Palmyre, selon l'Observatoire qui dispose d'un vaste réseau de sources dans la Syrie en guerre.

Alors qu'Israël a mené ces derniers mois plusieurs raids en Syrie contre les bases du régime et de ses alliés, l'armée israélienne contactée par l'AFP a "décliné tout commentaire" lundi.
Donald Trump et Emmanuel Macron s'étaient entretenus auparavant par téléphone, selon des communiqué de l'Elysée, puis la Maison Blanche.

Ils ont "fermement condamné les attaques chimiques le 7 avril contre la population de Douma" selon la présidence française, qui n'a pas cité explicitement le gouvernement syrien.

>> Lire aussi : Le pape François dénonce l'usage d'armes chimiques en Syrie

De son côté, la Maison Blanche a indiqué que les deux présidents entendent tenir le régime de Damas pour responsable "de ses violations continues des droits de l'homme".

Le pouvoir de Bachar al-Assad a nié toute responsabilité pour l'attaque présumée à Douma, ultime poche rebelle dans la Ghouta orientale aux portes de la capitale Damas.

Il y a un an, le président américain avait fait bombarder en avril 2017 une base du régime en représailles à une attaque au gaz sarin, qui avait tué trois jours plus tôt plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

- "Payer le prix fort" -

Emmanuel Macron et Donald Trump ont également "décidé de coordonner leurs actions et leurs initiatives au sein du Conseil de Sécurité des Nations unies" qui doit se réunir lundi à 15H30 GMT, selon l'Elysée.

Les deux présidents "ont échangé leurs informations et leurs analyses confirmant l'utilisation d'armes chimiques", d'après la même source.

>> Lire aussi : Réunion en urgence lundi du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie

"De nombreux morts, y compris des femmes et des enfants, dans une attaque CHIMIQUE insensée en Syrie", avait tweeté dimanche M. Trump, avertissant le régime et ses alliés qu'il faudra en "payer le prix fort".

Il a pointé du doigt la "responsabilité" de la Russie et de l'Iran, soutiens indéfectibles du président Bachar al-Assad, qu'il a qualifié "d'animal".

Paris a plusieurs fois menacé de frapper des objectifs militaires syriens en cas d'usage avéré d'armes chimiques contre des civils, "une ligne rouge" pour la France.

Moscou avait mis en garde Washington contre une intervention militaire "pour des prétextes fabriqués". La Russie a d'ailleurs demandé une autre réunion du Conseil de sécurité, qui se tiendra à 19H00 GMT.

Le pouvoir d'Assad avait été initialement accusé par les Casques Blancs --les secouristes en zones rebelles--, le groupe insurgé retranché à Douma, Jaich al-Islam, ainsi que l'opposition en exil.

Il n'était pas possible de confirmer leurs accusations de source indépendante. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui dispose d'un réseau de sources dans le pays, a indiqué ne pas être en mesure de confirmer une attaque chimique.

- Corps enchevêtrés -

Les Casques Blancs et l'ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS) ont affirmé dans un communiqué conjoint que 48 personnes avaient péri dans cette attaque aux "gaz toxiques".

Ils ont également fait état de "plus de 500 cas, la plupart des femmes et des enfants", qui souffrent notamment de "difficultés respiratoires et dégagent "une odeur semblable à celle du chlore".

Une vidéo postée par les Casques blancs sur Twitter et présentée comme tournée après l'attaque chimique présumée montre un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d'enfants, allongés à même le sol, de la mousse blanche s'échappant de leur bouche.

"Il y avait de nombreuses personnes en train de suffoquer, certaines sont mortes immédiatement", a indiqué à l'AFP Firas al-Doumi, un secouriste à Douma. "C'était un massacre. Il y avait une très forte odeur qui a entraîné des difficultés respiratoires chez les secouristes".

Ces accusations interviennent alors que le régime syrien avait repris vendredi ses bombardements meurtriers sur Douma, tuant près d'une centaine de civils en deux jours selon l'OSDH, alors que le pouvoir est déterminé à faire plier le groupe rebelle Jaich al-Islam, dernier encore présent dans la Ghouta orientale.

Le régime a obtenu ce qu'il voulait puisque l'évacuation vers le nord de la Syrie des rebelles et de leurs familles a commencé dimanche soir, en application d'un accord conclu dans la journée avec Jaich al-Islam, selon l'agence officielle SANA.

Le commandant du centre russe pour la réconciliation entre les parties, Iouri Evtouchenko, avait annoncé plus tôt que "100 autobus" étaient arrivés sur place et que "tout (était) prévu pour l'évacuation de 8.000 combattants et environ 40.000 membres de leurs familles".

Grâce à l'appui militaire de Moscou, le régime contrôle déjà plus de la moitié de la Syrie, au prix d'une guerre dévastatrice, qui ravage le pays depuis 2011 et qui a fait 350.000 morts.
Avec AFP

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Annexion du Golan: Trump rompt de nouveau avec le consensus international

Le président Donald Trump lors d'un point de presse au jardin Rose de la Maison Blanche, Washington, 25 janvier 2019.

En se disant favorable à la reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, Donald Trump rompt de nouveau avec le consensus international, au risque de justifier l'expansionnisme d'autres pays, selon les experts.

Israël a conquis une grande partie du Golan lors de la guerre des Six Jours en 1967 et l'a annexée en 1981, mais la communauté internationale n'a jamais reconnu cette annexion. Jeudi, le président américain a tweeté que "52 ans après", il était "temps" pour les Etats-Unis de la reconnaître.

Le droit international "interdit d'accroître son territoire par la guerre", a rappelé vendredi l'ancien diplomate Richard Haas, président du centre de réflexion Council on foreign relations (CFR).

"C'est un des principes les plus fondamentaux de l'ordre international et c'est ce qui a servi de base à l'opposition américaine à la conquête du Koweït par Saddam Hussein et de la Crimée par Poutine", a-t-il ajouté.

Il faisait référence à la guerre du Golfe qui a permis de bouter l'ex-dictateur irakien hors du Koweït en 1991 et le rattachement de la région ukrainienne de la Crimée par le président russe Vladimir Poutine en 2014.

Les Etats-Unis, qui ont imposé des sanctions à la Russie après son annexion de la Crimée, mènent-ils une politique internationale à deux vitesses? "Pas du tout", a répondu le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans un entretien à Sky News.

"Ce que le président Trump a fait avec le plateau du Golan est de reconnaître la réalité du terrain et la situation sécuritaire nécessaire à la protection de l'Etat israélien. C'est aussi que simple que cela", a-t-il expliqué.

- "Loi de la jungle" -

Ce n'est pas la première fois que M. Trump balaie de la main les conventions internationales pour apporter son soutien au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, aujourd'hui confronté à une réélection incertaine: en décembre 2017, il avait reconnu unilatéralement Jérusalem comme la capitale d'Israël.

Mais cette fois-ci, Washington va plus loin, a estimé l'ancien chef de la diplomatie suédoise Carl Bildt. "C'est de nouveau la loi de la jungle", a-t-il tweeté. "Le Kremlin va applaudir et appliquer le même principe à la Crimée, Pékin va applaudir et appliquer le même principe à la mer de Chine méridionale".

Les Européens et les pays arabes se sont de fait inquiétés de l'intention affichée par M. Trump, qui n'a pas encore été formalisée.

La France a immédiatement estimé que la reconnaissance de cette annexion serait "contraire au droit international", rappelant que "cette situation a été reconnue comme nulle et non avenue par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité" des Nations unies.

La Syrie l'a rejetée vendredi comme "une violation flagrante du droit international", jurant que "le Golan est et restera arabe et syrien".

A New York, l'ambassadeur de Syrie à l'ONU, Bashar Ja'afari, a affirmé que le régime de Damas n'hésiterait pas à faire usage de la force pour récupérer le plateau du Golan. "C'est notre territoire, et nous le récupèrerons tôt ou tard", a-t-il dit.

Le président turc a jugé que la région était au bord d'une "nouvelle crise". "Nous n'autoriserons jamais la légitimation de l'occupation du plateau du Golan", a ajouté Recep Tayyip Erdogan qui, bien qu'hostile au président syrien Bachar al-Assad, ne cesse de dire son attachement à l'intégrité territoriale de la Syrie, craignant l'émergence d'une entité kurde dans les zones frontalières de la Turquie.

Pour Ilan Goldenberg, du Center for a new american security, la décision de M. Trump sur le Golan "aura un goût amer: elle affaiblit la sécurité d'Israël et affecte les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient et au-delà, tout en donnant un coup de pied dans une fourmilière qui n'en avait vraiment pas besoin".

"Si Washington cesse de respecter les principes internationaux, il faut s'attendre à ce que d'autres Etats annexent des territoires de leurs voisins", a ajouté cet expert, évoquant la possibilité que l'Arabie saoudite envahisse le Qatar.

Pour Steven Cook, un expert du Proche-Orient au CFR, Donald Trump aurait mieux fait de s'abstenir: le statu quo satisfaisait tout le monde, y compris la Syrie, alors que reconnaître officiellement l'annexion du Golan "va créer de l'opposition, là où il y avait jusque là de l'acceptation".

"Israël est sur le Golan pour ses propres raisons, et rien de ce que l'administration Trump décidera n'y changera quoi que ce soit", conclut-il.

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