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L'ONU examine un volume "sans précédent" de preuves en Syrie

Des membres des Casques blancs syriens retirent une victime des décombres d'un bâtiment détruit suite à une attaque aérienne à Idleb, Syrie, le 15 mars 2017.

Une juge française chargée par l'ONU de recueillir des preuves sur les crimes les plus graves commis en Syrie a dit examiner un volume "sans précédent" d'informations.

Dans son premier rapport, présenté à l'ONU à Genève, Catherine Marchi-Uhel, à la tête de cette enquête, explique faire face à un "volume colossal de documents attestant de crimes commis" dans le pays.

"Nous faisons face à un volume sans précédent d'informations", a-t-elle insisté en conférence de presse.

Selon elle, il sera "impossible" d'enquêter sur l'ensemble des crimes.

Le rapport explique aussi que le "Mécanisme international, impartial et indépendant" que Marchi-Uhel dirige "élabore des stratégies de collecte de preuves pour remédier au fait qu'il n'a pas accès au territoire syrien".

L'Assemblée générale de l'ONU a mis sur pied en décembre 2016 ce Mécanisme, pour réunir des éléments susceptibles d'être utilisés en cas de poursuites pour crimes de guerre.

Les enquêteurs pourront également partager certaines informations et preuves, lorsqu'elles ne sont pas confidentielles, avec des juridictions nationales qui mènent déjà des activités de lutte contre les crimes commis en Syrie, note le rapport.

Ces informations ne pourront toutefois pas être communiquées aux pays qui ne respectent pas les droits de l'Homme, notamment le droit à un procès équitable, et qui appliquent la peine de mort, souligne-t-il.

>> Lire aussi: Le plus important convoi évacuant des rebelles a quitté la Ghouta en Syrie

Mme Marchi-Uhel, ancienne juge internationale au Kosovo, au Cambodge et au tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), a été nommée à la tête de ce Mécanisme onusien en juillet par le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

La magistrate française travaillait jusqu'alors comme médiatrice à la commission du Conseil de sécurité chargée des organisations Etat islamique et Al-Qaïda.

Son travail sur les crimes en Syrie s'apparente un peu à celui du juge d'instruction en France ou à celui du procureur dans les pays anglo-saxons, avait-elle précisé, lors d'une précédente rencontre avec les médias.

Il s'agit d'effectuer tout le travail préparatoire en amont d'un potentiel procès.

L'équipe de Mme Marchi-Uhel est composée d'une vingtaine de personnes actuellement et devrait en employer à terme une soixantaine, dont des experts en cybersécurité, selon le rapport.

Le Mécanisme dépend pour le moment uniquement des contributions volontaires des Etats. Pour 2018, le budget est estimé à environ 14 millions de dollars (11,3 millions d'euros). Pour le moment, 11,5 millions de dollars ont été promis, dont 7 ont été versés, selon la juge française.

Avec AFP

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Annexion du Golan: Trump rompt de nouveau avec le consensus international

Le président Donald Trump lors d'un point de presse au jardin Rose de la Maison Blanche, Washington, 25 janvier 2019.

En se disant favorable à la reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, Donald Trump rompt de nouveau avec le consensus international, au risque de justifier l'expansionnisme d'autres pays, selon les experts.

Israël a conquis une grande partie du Golan lors de la guerre des Six Jours en 1967 et l'a annexée en 1981, mais la communauté internationale n'a jamais reconnu cette annexion. Jeudi, le président américain a tweeté que "52 ans après", il était "temps" pour les Etats-Unis de la reconnaître.

Le droit international "interdit d'accroître son territoire par la guerre", a rappelé vendredi l'ancien diplomate Richard Haas, président du centre de réflexion Council on foreign relations (CFR).

"C'est un des principes les plus fondamentaux de l'ordre international et c'est ce qui a servi de base à l'opposition américaine à la conquête du Koweït par Saddam Hussein et de la Crimée par Poutine", a-t-il ajouté.

Il faisait référence à la guerre du Golfe qui a permis de bouter l'ex-dictateur irakien hors du Koweït en 1991 et le rattachement de la région ukrainienne de la Crimée par le président russe Vladimir Poutine en 2014.

Les Etats-Unis, qui ont imposé des sanctions à la Russie après son annexion de la Crimée, mènent-ils une politique internationale à deux vitesses? "Pas du tout", a répondu le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans un entretien à Sky News.

"Ce que le président Trump a fait avec le plateau du Golan est de reconnaître la réalité du terrain et la situation sécuritaire nécessaire à la protection de l'Etat israélien. C'est aussi que simple que cela", a-t-il expliqué.

- "Loi de la jungle" -

Ce n'est pas la première fois que M. Trump balaie de la main les conventions internationales pour apporter son soutien au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, aujourd'hui confronté à une réélection incertaine: en décembre 2017, il avait reconnu unilatéralement Jérusalem comme la capitale d'Israël.

Mais cette fois-ci, Washington va plus loin, a estimé l'ancien chef de la diplomatie suédoise Carl Bildt. "C'est de nouveau la loi de la jungle", a-t-il tweeté. "Le Kremlin va applaudir et appliquer le même principe à la Crimée, Pékin va applaudir et appliquer le même principe à la mer de Chine méridionale".

Les Européens et les pays arabes se sont de fait inquiétés de l'intention affichée par M. Trump, qui n'a pas encore été formalisée.

La France a immédiatement estimé que la reconnaissance de cette annexion serait "contraire au droit international", rappelant que "cette situation a été reconnue comme nulle et non avenue par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité" des Nations unies.

La Syrie l'a rejetée vendredi comme "une violation flagrante du droit international", jurant que "le Golan est et restera arabe et syrien".

A New York, l'ambassadeur de Syrie à l'ONU, Bashar Ja'afari, a affirmé que le régime de Damas n'hésiterait pas à faire usage de la force pour récupérer le plateau du Golan. "C'est notre territoire, et nous le récupèrerons tôt ou tard", a-t-il dit.

Le président turc a jugé que la région était au bord d'une "nouvelle crise". "Nous n'autoriserons jamais la légitimation de l'occupation du plateau du Golan", a ajouté Recep Tayyip Erdogan qui, bien qu'hostile au président syrien Bachar al-Assad, ne cesse de dire son attachement à l'intégrité territoriale de la Syrie, craignant l'émergence d'une entité kurde dans les zones frontalières de la Turquie.

Pour Ilan Goldenberg, du Center for a new american security, la décision de M. Trump sur le Golan "aura un goût amer: elle affaiblit la sécurité d'Israël et affecte les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient et au-delà, tout en donnant un coup de pied dans une fourmilière qui n'en avait vraiment pas besoin".

"Si Washington cesse de respecter les principes internationaux, il faut s'attendre à ce que d'autres Etats annexent des territoires de leurs voisins", a ajouté cet expert, évoquant la possibilité que l'Arabie saoudite envahisse le Qatar.

Pour Steven Cook, un expert du Proche-Orient au CFR, Donald Trump aurait mieux fait de s'abstenir: le statu quo satisfaisait tout le monde, y compris la Syrie, alors que reconnaître officiellement l'annexion du Golan "va créer de l'opposition, là où il y avait jusque là de l'acceptation".

"Israël est sur le Golan pour ses propres raisons, et rien de ce que l'administration Trump décidera n'y changera quoi que ce soit", conclut-il.

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