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Sur les marchés malgaches, le fructueux bazar des potions anti-coronavirus

Pulvérisation de désinfectant lors du nettoyage du marché d'Anosibe, l'un des quartiers les plus insalubres d'Antananarivo, à Madagascar, le 10 octobre 2017. (Photo: RIJASOLO/AFP)

Nirina Ravololona vend gingembre et oignons depuis vingt ans sur le marché d'Ambodivona et se pique d'en connaître tous les bienfaits. Alors si elle assure que ses produits sont bons contre le coronavirus, tout le monde acquiesce sans broncher.

"Les Malgaches ont cette habitude de recourir aux remèdes de grand-mère à chaque épidémie, c'est une tradition chez nous", professe "Madame" Nirina, 55 ans.

"Il faut ingurgiter des produit piquants (...) pour se protéger du coronavirus", explique-t-elle de son ton volontiers péremptoire. "Le mélange de gingembre, de citron et d'oignon dans une infusion donnera du fil à retordre au virus".

Dimanche soir, le président Andry Rajoelina a ordonné le confinement des deux principales villes de la Grande île, la capitale Antananarivo et Toamasina (est), afin d'y ralentir la progression de l'épidémie de Covid-19.

A ce jour, 19 cas ont été officiellement confirmés par les autorités.

Mais à en juger par la fréquentation des rues de la capitale, ses consignes sont restées largement ignorées d'une population qui n'a guère d'autre choix que d'aller travailler pour survivre. Au contraire même, les étals du marché d'Ambodivona bruissent ces jours-ci d'une rare effervescence.

Le nouveau coronavirus y a semble-t-il dopé l'esprit d'entreprise d'une ribambelle de petits vendeurs, bien décidés à faire de ce péril sanitaire meurtrier une aubaine commerciale.

Prenez Olivier Toky Randrianandrianina, par exemple.

"Samedi, après la déclaration du président sur le premier cas de coranovirus, tout le monde s'est rué vers les citrons et le gingembre", se souvient ce commerçant de 30 ans. "Alors moi aussi, j'ai passé commande de citrons à mes fournisseurs pour approvisionner mon commerce".

- 'Maladie de Vazaha' -

Bingo ! En l'espace de quelques jours, le prix de l'agrume a triplé à 6.000 ariary (1,5 euro) le kilo. Le cours du gingembre a fait mieux encore, multiplié par dix...

"Si tout le monde se précipite pour acheter du citron, à mon avis ça veut dire que ça marche", veut croire Gervais Ramiarinjatovo, qui vient d'en faire le plein, "le citron (...) c'est comme un médicament".

Homme d'affaires avant tout, Toky Randrianandrianina avoue se moquer éperdument de l'efficacité de ses potions.

"Ca ne m'intéresse pas, je ne fais que vendre ces produits", dit-il sans détour. "De toute façon, je ne je ne crois pas trop à ce coronavirus, c'est une maladie de +Vazaha+ (les Occidentaux en malgache) et de Chinois...".

Non loin de son étal, Gino Andosoa Rasolofonianina, 28 ans, s'est lancé avec le même appétit sur un autre créneau prometteur, celui des plantes "désinfectantes".

Il vend donc des feuilles des arbres "ravitsara" (cinnamomum camphora) et "kininina fotsy" (eucalyptus grandis).

"Notre commerce de téléphones ne marche plus depuis le coronavirus, alors on s'est tourné vers les produits qui cartonnent", plaide le jeune homme, "on a vu sur Facebook des posts qui expliquent les vertus de ces plantes, on a pensé que c'était bien d'y investir".

Usant du même bagout avec lequel il détaillait auparavant les performances de ses smartphones dernier cri, le voilà prêt à vous livrer la recette de ses herbes magiques.

- Ordonnance présidentielle -

"On fait bouillir de l'eau, on y ajoute cinq feuilles de +ravitsara+ et autant de +kininina fotsy+, puis on diffuse dans la maison la vapeur qui s'en dégage ou on boit l'eau en tant que thé", détaille Gino Andosoa Rasolofonianina.

"Il ne s'agit pas d'un remède contre le coronavirus", nuance-t-il toutefois à l'intention de ses clients, "mais d'une protection en tant que produit antiseptique".

Dans son dernier discours, le président Rajoelina a lui-même encouragé tout ce petit commerce d'opportunité en s'autorisant une ordonnance toute personnelle.

"On va utiliser tous les moyens pour renforcer les anticorps des personnes porteuses de coranovirus", a-t-il lancé. "On va leur faire une inhalation de vapeurs d'huile essentielle de ravitsara. On va aussi leur donner des aliments à fort taux calorifique (...) tout ça avec des médicaments".

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) s'est montrée très réservée sur ces antidotes locaux.

"Le nouveau coronavirus n'est pas la grippe (...) les bonnes idées de grand-mère du passé doivent être remises en question", tempère sa représentante locale, Charlotte Faty Ndiaye. "Aucune étude scientifique n'a encore démontré l'efficacité d'une quelconque plante médicinale à Madagascar".

Forte de tout son savoir-faire, Madame Nirina n'en a cure.

"Vu qu'il n'y a pas de remède à cette épidémie, les Malgaches pensent qu'ils n'ont rien à perdre en essayant ces remèdes", estime-t-elle. "Au pire ils perdent de l'argent, au mieux ils s'immunisent contre le virus".

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Le confinement des grandes villes malgaches prolongé de deux semaines

Le président malgache Andry Rajoelina à Antananarivo, Madagascar, le 19 décembre 2018. (Photo: REUTERS/Clarel Faniry Rasoanaivo)

Le président malgache Andry Rajoelina a annoncé dimanche la prolongation de deux semaines du confinement imposé dans la capitale Antananarivo et à Toamasina (est) pour cause d'épidémie de coronavirus, et son extension à la ville de Fianarantsoa (centre).

"Pour les trois villes: Antananarivo, Toamasina et Fianarantsoa, confinement pour tout le monde sauf ceux qui ont des motifs légitimes de sortie", a déclaré M. Rajoelina dans un discours radiotélévisé.

Sa décision étend ces mesures jusqu'au 19 avril.

Le chef de l'Etat a également prolongé pour quinze jours la fermeture sur toute la Grande île des écoles, université, églises et salle de spectacles.

"La propagation de l'épidémie est sous contrôle jusqu'à maintenant", a justifié M. Rajoelina, mais un retour à la vie normale "rendrait difficile l'arrêt de la propagation de l'épidémie dans toute l'île".

Considéré comme un des pays les plus pauvres de la planète, Madagascar a officiellement recensé sur son territoire 72 cas de contamination par le coronavirus, mais aucun décès, selon le dernier bilan des autorités.

M. Rajoelina a ordonné il y a deux semaines le confinement de la population d'Antananarivo et Toamasina. Mais son ordre est ignoré par de nombreux habitants, contraints de travailler pour assurer leur survie quotidienne.

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Les Malgaches célèbrent l'insurrection contre la France à huis-clos, une première

Des masques sont placés sur des enfants à Antananarivo, Madagascar, le 3 octobre 2017. À l'époque, les autorités sanitaires tentaient de contenir une épidémie de peste. (AP Photo/Alexander JOE)

Du jamais vu dans l'histoire de Madagascar ! Pour la toute première fois, l'anniversaire de l'insurrection du 29 mars 1947 contre le colonisateur français a été célébré dimanche à huis-clos, pour cause de pandémie de coronavirus.

La cérémonie au mausolée national d'Avaratr'Ambohitsaina, dans la capitale Antananarivo, s'est déroulée en présence du seul président Andry Rajoelina et de son gouvernement.

Chaque année, des milliers de Malgaches assistent traditionnellement à ces festivités.

Le chef de l'Etat a posté sur son compte Twitter quelques photos de l'événement, dont le dépôt d'une gerbe portée par des militaires en grand uniforme mais masque sur le nez.

Depuis lundi dernier, les habitants des deux principales villes du pays, la capitale Antananarivo et Toamasina (est), sont contraints de rester chez eux pour endiguer la propagation du Covid-19 sur la Grande île.

Selon le dernier bilan publié dimanche, 43 cas de contaminations ont été jusque-là officiellement recensés sur la Grande île, pour aucun décès.

"Ceux tombés en 1947 nous ont laissé le patriotisme en héritage", a tweeté Andry Rajoelina, "rendons leur hommage en nous montrant solidaire et unis pour la nation".

Le 29 mars 1947, des milliers de paysans en colère contre le travail forcé et les réquisitions s'étaient soulevés contre le colonisateur français. Leur mouvement avait été réprimé dans le sang.

Les consignes de confinement du gouvernement ont du mal à être appliquées dans les deux grandes villes du pays, dont la population en majorité pauvre n'a pas d'autre choix que de les braver pour sortir travailler et assurer sa survie.

"Les sorties doivent être limitées au strict nécessaire", a exhorté à nouveau dimanche le chef de l'Etat.

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