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Madagascar

Coronavirus: la capitale malgache subit un exode urbain sans précédent

Une vue d'Antananarivo, à Madagascar, le 24 octobre 2013. (Photo: REUTERS/Thomas Mukoya)

"La Ruée vers l'Or" ? Non, plutôt "La Grande Evasion"... Dans un tumulte très peu hygiénique, des centaines de Malgaches ont pris d'assaut mardi les taxibus de la capitale Antananarivo pour échapper à la prolongation du confinement anti-coronavirus.

Dès le petit matin, ils ont joué des coudes, poussé, crié, collés les uns aux autres, pour arracher une place dans un des minibus alignés dans la gare routière d'Andotapenaka. L'objectif est clair. Partir, le plus vite possible.

"Moi, je veux juste retourner chez moi", glapit la retraitée Delila Razanamandimby au milieu de la foule. "Même si je dois en mourir", ajoute-t-elle. "Je préfère mourir dans mon village natal que de mourir ici".

Le 22 mars, le président Andry Rajoelina a imposé deux semaines de confinement aux deux principales villes du pays, Antananarivo et Toamasina (est), dans l'espoir d'endiguer la pandémie de Covid-19.

A ce jour, seuls 88 cas de contamination - aucun mortel - ont été enregistrés dans la Grande île.

Même si de nombreux Malgaches démunis ont défié son ordre pour subvenir aux besoins quotidiens de leur famille, le chef de l'Etat a annoncé dimanche la prolongation du confinement pour quinze jours, et son extension à la ville de Fianarantsoa (centre).

Un retour à la normale "rendrait difficile l'arrêt de la propagation de l'épidémie dans toute l'île", a-t-il justifié.

M. Rajoelina a toutefois levé l'interdiction des transports en commun pendant trois jours, pour permettre aux habitants de la capitale de "partir au village". Au risque de susciter une vague de départs peu compatible avec les règles élémentaires de la distanciation sociale.

Et sans surprise, la cohue était au rendez-vous à la gare routière dès les premières heures du jour.

- 'désordre total' -

"Ce matin, c'était le désordre total car il n'y avait qu'un seul portail ouvert pour une horde qui voulait entrer", raconte, effrayé, Florent Tsimosara, un ingénieur de 29 ans venu "expédier" sa famille loin de la capitale.

"Ça nous a fait peur car tous les gens se collaient les uns aux autres, alors qu'on ne sait pas qui est malade ou non".

Les autorités ont bien essayer de réguler, un peu, cet exode. Initialement, elles avaient imposé aux candidats au départ de remplir une autorisation individuelle de sortie. Elles ont vite été débordées.

"Il y a avait tellement de monde ce matin qu'il a fallu changer de stratégie", reconnaît le ministre des Transports, Joël Randriamandranto, venu constater les dégâts.

"On a annulé les demandes de sortie individuelle et enregistré les passagers par groupe", poursuit-il, "l'objectif est d'assurer la traçabilité des passagers".

Une précaution dérisoire, puisqu'aucun des voyageurs n'a été soumis au moindre test...

En guise de dépistage, chacun a dû se satisfaire d'une prise de température. Et, au titre de la prévention, d'un "cache-bouche" et d'un peu de gel hydroalcoolique, offerts avec les compliments de l'association fondée par la Première dame Mialy Rajoelina.

Le risque d'infection n'a en tout cas pas pesé lourd pour les voyageurs, tout à leur obsession de s'échapper.

"On m’a dit que le virus ne supporte pas le chaleur, alors j'ai envoyé ma femme et mes enfants à Mahajanga (nord), il fait plus chaud qu'à Antananarivo", dit l'un d'eux, Florent Tsimosara, dans la cohue.

"Ici dans la capitale", déplore-t-il, "l'espacement minimum de un mètre n'est respecté par personne..."

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Le confinement des grandes villes malgaches prolongé de deux semaines

Le président malgache Andry Rajoelina à Antananarivo, Madagascar, le 19 décembre 2018. (Photo: REUTERS/Clarel Faniry Rasoanaivo)

Le président malgache Andry Rajoelina a annoncé dimanche la prolongation de deux semaines du confinement imposé dans la capitale Antananarivo et à Toamasina (est) pour cause d'épidémie de coronavirus, et son extension à la ville de Fianarantsoa (centre).

"Pour les trois villes: Antananarivo, Toamasina et Fianarantsoa, confinement pour tout le monde sauf ceux qui ont des motifs légitimes de sortie", a déclaré M. Rajoelina dans un discours radiotélévisé.

Sa décision étend ces mesures jusqu'au 19 avril.

Le chef de l'Etat a également prolongé pour quinze jours la fermeture sur toute la Grande île des écoles, université, églises et salle de spectacles.

"La propagation de l'épidémie est sous contrôle jusqu'à maintenant", a justifié M. Rajoelina, mais un retour à la vie normale "rendrait difficile l'arrêt de la propagation de l'épidémie dans toute l'île".

Considéré comme un des pays les plus pauvres de la planète, Madagascar a officiellement recensé sur son territoire 72 cas de contamination par le coronavirus, mais aucun décès, selon le dernier bilan des autorités.

M. Rajoelina a ordonné il y a deux semaines le confinement de la population d'Antananarivo et Toamasina. Mais son ordre est ignoré par de nombreux habitants, contraints de travailler pour assurer leur survie quotidienne.

Les masques et les remèdes traditionnels explosent sur les marchés de la Grande île

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Les Malgaches célèbrent l'insurrection contre la France à huis-clos, une première

Des masques sont placés sur des enfants à Antananarivo, Madagascar, le 3 octobre 2017. À l'époque, les autorités sanitaires tentaient de contenir une épidémie de peste. (AP Photo/Alexander JOE)

Du jamais vu dans l'histoire de Madagascar ! Pour la toute première fois, l'anniversaire de l'insurrection du 29 mars 1947 contre le colonisateur français a été célébré dimanche à huis-clos, pour cause de pandémie de coronavirus.

La cérémonie au mausolée national d'Avaratr'Ambohitsaina, dans la capitale Antananarivo, s'est déroulée en présence du seul président Andry Rajoelina et de son gouvernement.

Chaque année, des milliers de Malgaches assistent traditionnellement à ces festivités.

Le chef de l'Etat a posté sur son compte Twitter quelques photos de l'événement, dont le dépôt d'une gerbe portée par des militaires en grand uniforme mais masque sur le nez.

Depuis lundi dernier, les habitants des deux principales villes du pays, la capitale Antananarivo et Toamasina (est), sont contraints de rester chez eux pour endiguer la propagation du Covid-19 sur la Grande île.

Selon le dernier bilan publié dimanche, 43 cas de contaminations ont été jusque-là officiellement recensés sur la Grande île, pour aucun décès.

"Ceux tombés en 1947 nous ont laissé le patriotisme en héritage", a tweeté Andry Rajoelina, "rendons leur hommage en nous montrant solidaire et unis pour la nation".

Le 29 mars 1947, des milliers de paysans en colère contre le travail forcé et les réquisitions s'étaient soulevés contre le colonisateur français. Leur mouvement avait été réprimé dans le sang.

Les consignes de confinement du gouvernement ont du mal à être appliquées dans les deux grandes villes du pays, dont la population en majorité pauvre n'a pas d'autre choix que de les braver pour sortir travailler et assurer sa survie.

"Les sorties doivent être limitées au strict nécessaire", a exhorté à nouveau dimanche le chef de l'Etat.

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