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1er sommet sur les MGF à Washington

  • Nathalie Barge

Sommet sur l'éradication des FGM, Institut de la Paix, Washington, 2 Décembre 2016 (VOA Afrique/Nathalie Barge)

«Arrêtez la violence contre les filles», tel était le thème du Sommet sur les mutilations génitales féminines (FGM), qui s’est déroulé le 2 décembre 2016 à l’Institut de la Paix à Washington.

Plus de 200 participants de 23 pays ont assisté à cet évènement, dont des militants des droits humains, victimes, leaders religieux, artistes, représentants des Département d’Etat et de la Justice américains, onusiens, médecins, juristes, éducateurs, entre autres experts.

Selon l’Unicef, plus de 200 millions de filles et de femmes ont subi des MGF et environ 30 millions pourraient être excisées dans la prochaine décennie.

"Il faut que tout le monde s'y mette" a déclaré à VOA Afrique Morrissanda Kouyaté, Directeur du Comité Interafricain sur les Pratiques Traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants.

Le sommet a été co-organisé par Equality Now, Safe Hands for Girls, Human Dignity Foundation, Wallace Global Fund et le US Institute of Peace.

Il a été ouvert par la directrice de l’Institut de la Paix, Nancy Lindborg, affirmant que, hormis la guerre et la violence armée à travers le monde, il est «ici une autre forme de violence», notamment celle infligée à des millions de filles et de femmes qui subissent encore l’excision dans plusieurs régions du monde. Les participants ont d’ailleurs rappelé que les Africaines sont les plus exposées aux MGF.

Pour Aissata Camara, co-fondatrice de There Is No Limit Foundation, Ong newyorkaise centrée sur l’autonomisation des femmes, toute la communauté internationale est concernée: «Tous les pays développés doivent parler, doivent être ici et doivent aider à mettre fin à cette pratique parce que tu ne peux pas dire que c’est seulement le problème des africains», a-t-elle dit à VOA Afrique, affirmant qu’il y a également des cas d’excision en Occident.

Pour l’occasion, les organisateurs avaient publié une carte des Etats-Unis afin de montrer que 26 Etats n’ont pas de loi criminalisant la pratique des MGF, interdite au niveau fédéral.

Mariam Conté, enseignante à Washington, et les enfants de sa troupe de lutte contre les MGF (VOA Afrique/ Nathalie Barge)
Mariam Conté, enseignante à Washington, et les enfants de sa troupe de lutte contre les MGF (VOA Afrique/ Nathalie Barge)

Eradiquer les MGF d’ici 2030 est l'un des objectifs de développement durable des Nations Unies. «Les femmes font partie de cette conspiration», a déclaré Lakshimi Puri, Sous-Secrétaire générale de l’ONU, Directrice adjointe d’ONU Femmes, tout en dénonçant la complicité «des familles, des communautés, des pays». La responsable onusienne a insisté sur la prévention. «On doit le faire en une génération», a-t-elle rappelé.

Un défi de taille, mais plusieurs militants ont pris les devants en éduquant et informant les plus jeunes, voir les tout petits, comme le fait Mariam Conté, enseignante à Washington, qui a dirigé un spectacle lors de l’évènement avec les enfants de sa troupe.

Victime elle-même d’excision à l’âge de neuf ans, elle nous a confié avoir été traumatisée par cette expérience: «Depuis, ça m’a beaucoup changée. Cela m’a mis dans un état où je ne me reconnais pas. Et je continuerai à me battre pour cette cause jusqu’à ce que ça s’arrête.»

-Coup de gueule du Sénateur Harry Reid sur les MGF-

L’un des moments marquants de ce sommet aura été l’intervention du sénateur du Nevada à la retraite Harry Reid, l’une des premières personnalités politiques à avoir alerté sur les MGF aux Etats-Unis.

Le Sénateur Harry Reid
Le Sénateur Harry Reid

Très ému, il a évoqué sa réaction, lorsqu’il a vu pour la première fois, il y a longtemps, une petite fille de 9 ans retenue de force par plusieurs hommes pour être excisées. «Je vois encore ces images», a-t-il déclaré, affligé. Et de continuer par un coup de gueule: «Après 34 années au Congrès, je ressens un échec total à ce sujet! Rien, pas une aide de la part du congrès! Le gouvernement entier a totalement échoué! Nous n’avons rien fait!» a-t-il martelé, affirmant que «si l’on retirait les testicules de millions de petits garçons de la même façon, sans anesthésie», le monde réagirait instantanément, mais, a-t-il poursuivi, «il ne s’agit que de petites filles.»

La Gynécologue newyorkaise Deborah Ottenheimer, militant contre les MGF depuis qu’elle a ausculté ses premières patientes victimes d’infibulation, la forme d’excision la plus extrême, nous a confié que ses patientes ouest africaines entre 25 et 40 ans dans le sud du Bronx ont quasiment toutes été excisées.

Le Secrétaire général de l’Onu, qui était représenté par la Secrétaire générale adjointe Lakshimi Puri, a déclaré dans un message vidéo que la pratique des MGF est «choquante et doit être stoppée.»

Kathy Russell, Ambassadrice américaine pour les droits des femmes dans le monde, a rappelé combien la lutte est longue, illustrant le soutien du Département d’Etat en Guinée, où 200 villages ont abandonné la pratique des MGF. «Il est difficile à croire que ce soit le premier sommet de la société civile sur ça… Nous sommes en 2016, c’est fou!», s’est-elle interrogée, insistant sur le rôle et l’action des Ong: «Il faut continuer d’en parler et de dénoncer.»

Le sommet n’a pas manqué d’aborder la question essentielle de l’impunité, lors d’un panel composé de juristes et magistrats qui ont appelé à la création, au renforcement et à l’application des lois contre les MGF dans le monde. En effet, les poursuites en justices sont extrêmement rares, malgré la pénalisation de l’excision dans certains pays africains, à part quelques jugements médiatisés.

Angela Peabody, fondatrice de Global Woman PEACE Foundation, a dit le mot de la fin, annonçant pour la première fois que le Département américain de l’Education venait tout juste de terminer la mise en place d’un projet pour distribuer bientôt dans les écoles, des kits d’information sur les MGF, et ce, afin que la nouvelle génération soit informée sur «l’une des pires violences infligées à des millions de filles et de femmes dans le monde, à éradiquer le plus tôt possible.»

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