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Sommet européen à Malte à l'ombre de Donald Trump


Le président du Conseil européen Donald Tusk parle pendant la conférence 'UE à 60: unité ou polarisation' à Bruxelles, le 13 octobre 2016.

Les 28 dirigeants européens, réunis vendredi à Malte, veulent afficher leur unité face aux crises qui secouent l'UE, mais aussi face à la nouvelle donne politique à Washington pour ce premier sommet depuis l'investiture de Donald Trump.

A La Valette, capitale de la présidence tournante de l'Union, les Européens, ébranlés par la crise migratoire et le Brexit, ont prévu de se pencher en priorité sur l'afflux record de migrants en Méditerranée centrale et sur la préparation du 60e anniversaire du Traité de Rome, fondateur de l'Union.

Mais les positions critiques de la nouvelle administration Trump, qui a multiplié des déclarations qualifiées d'"inquiétantes" par le président du Conseil européen Donald Tusk, vont peser sur ce sommet informel.

Dans un message mardi au ton solennel et incisif, M. Tusk a reconnu que le changement à Washington "met l'Union européenne dans une situation difficile".

Outre l'incertitude sur les futures relations transatlantiques, une Chine en pleine confiance, une politique "agressive" de la Russie en Ukraine, "les guerres, la terreur et l'anarchie" au Moyen-Orient et en Afrique et le rôle de l'islam radical, sont autant de défis qui rendent l'avenir de l'UE "hautement imprévisible", s'est alarmé le Polonais.

Réponse 'spectaculaire'

La réponse de l'UE aux nouveaux équilibres mondiaux qui se dessinent doit, selon M. Tusk, être "affirmée et spectaculaire".

Parmi les pommes de discorde au menu de La Valette, figure la question des migrants après le décret controversé américain qui interdit temporairement l'entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane et de tous les réfugiés.

"Je me suis entretenu avec plusieurs de mes homologues européens et nous avons partagé la même position: nous n'approuvons pas ce décret qui concerne aussi des citoyens européens à travers la double nationalité", a déclaré le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel.

Selon une source européenne, l'occasion se présente pour l'UE de répondre à Malte au moins implicitement à Donald Trump sur le traitement infligé aux migrants.

"Pour dire que notre politique, aussi ferme soit elle, s'inscrit dans le respect de principes et du droit international", a observé cette source.

Le sujet reste délicat pour l'UE: l'afflux, presque tari vers la Grèce depuis l'accord avec la Turquie, ne faiblit pas entre l'Afrique du Nord et l'Italie.

Un nombre record de traversées a été enregistré en 2016, plus de 181.000 personnes. Un nombre record de morts aussi, plus de 4.500 selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

De fait, la Méditerranée centrale est redevenue la principale route migratoire vers l'Europe.

Priorité libyenne

En quête de nouvelles solutions, la présidence maltaise voudrait pouvoir trouver un accord "inspiré" de celui signé avec les Turcs en mars 2016. "Nous allons discuter avec les pays d'Afrique du Nord sur comment cela marcherait", a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel, lors d'une conférence de presse en Suède mardi.

"Nous devons avoir des discussions avec l'Egypte, la Tunisie, le Maroc, et arriver ensemble à une solution. Nous voulons un partenariat sur la migration", a-t-elle plaidé.

Mais le principal casse-tête réside en Libye même, qui reste très instable politiquement: 90% de ceux qui tentent la traversée partent de ce pays, une situation qui requiert "une action urgente et immédiate", selon Donald Tusk.

A court terme, l'UE se concentre sur la formation de garde-côtes libyens et sur un soutien financier, ainsi que sur la lutte contre les réseaux criminels organisés de passeurs.

L'UE doit à la fois protéger sa frontière extérieure tout en aidant les autorités libyennes "à offrir des installations d'accueil décentes sur son territoire", a prôné M. Tusk dans sa lettre d'invitation aux 28 chefs d'Etat et de gouvernement européens, un dilemme qui devra être résolu par une réponse "innovante", dit-il.

La Britannique Theresa May quittera ses homologues dans la journée pour les laisser avoir une discussion à 27 sur l'avenir de l'UE et la préparation des 60 ans du Traité de Rome. Cette réunion, le 25 mars à Rome, sera l'occasion appropriée pour l'UE, presque un besoin impérieux, de vanter son "unité".

Avec AFP

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