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Sénégal

Arrestations et saisie d'armes après des violences électorales mortelles

Un bus incendié à Dakar, le 29 janvier 2019. (VOA/Seydina Aba Gueye)

La gendarmerie sénégalaise a arrêté plus de 20 personnes et saisi des armes après la mort lundi dans l'est du pays de partisans du parti au pouvoir dans des heurts avec ceux de l'opposition, a-t-on appris mardi de sources concordantes

Les heurts à Tambacounda, à 420 km à l'est de Dakar, entre partisans du président Macky Sall et d'Issa Sall, candidat du Parti de l'unité et du rassemblement (PUR), proche de la mouvance religieuse, ont fait au moins deux morts, les premiers signalés dans des violences électorales depuis le début de la campagne le 3 février.

Il s'agit d'Ibrahima Diop, poignardé par un membre présumé du PUR, selon des sources officielles, ainsi que d'un des jeunes motards qui ont ensuite tenté d'empêcher le convoi d'Issa Sall de quitter la ville et a été renversé par un véhicule, ont rapporté les envoyés spéciaux des médias sénégalais.

Un troisième sympathisant de la coalition au pouvoir, Benno Bokk Yaakaar (BBY, "Ensemble pour le même espoir", en wolof) aurait succombé à ses blessures, selon les médias, mais ce décès n'a pas été confirmé de source officielle.

"24 personnes ont été arrêtées par la gendarmerie", a déclaré mardi à l'AFP une source de sécurité, jointe à Tambacounda.

Parmi les personnes arrêtées, une vingtaine sont des partisans d'Issa Sall, a indiqué à l'AFP Moustapha Sarr, un responsable du PUR.

Huit journalistes qui suivaient la campagne d'Issa Sall ont également été blessés, selon des organisations représentant la presse.

A la suite de ces "événements tragiques", a annoncé Issa Sall sur son compte Twitter, "j'ai suspendu ma campagne" pour rentrer à Dakar.

Des armes, dont des couteaux et des gourdins, ont été saisies par la gendarmerie sur des membres du PUR, a déclaré le procureur de Tambacounda, Demba Traoré, à la radio Futurs médias (RFM, privée).

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Le président sénégalais parle d'amnistie et ébranle la scène politique

Le président sénégalais Macky Sall à la huitième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD) à Tunis, Tunisie, le 28 août 2022.

Avec l'éventualité du retour de Karim Wade et Khalifa Sall, l'hégémonie d'Ousmane Sonko sera "nécessairement remise en cause".

Le président sénégalais Macky Sall a demandé au ministère de la Justice d'examiner un plan d'amnistie qui pourrait permettre à deux de ses plus grands opposants condamnés pour corruption, de recouvrer leur droit de vote, et de se présenter éventuellement à l'élection présidentielle en 2024.

Lors d'une réunion du cabinet mercredi 28 septembre, le président sénégalais Macky Sall a chargé le ministre de la Justice "d'examiner, dès que possible, les possibilités et le schéma approprié d'amnistie pour les personnes qui ont perdu leur droit de vote", indique le procès-verbal de la réunion.

Son objectif est d'apaiser les tensions politiques qui se sont réchauffées ces derniers mois et abouti à des élections législatives tendues et à des échauffourées au parlement. Mais les analystes estiment que cette décision pourrait être un stratagème pour diviser l'opposition avant le scrutin de 2024.

"Le président Macky Sall doit briser cette unité qui est dangereuse pour lui. Trois (partis) concurrents seraient plus faciles à affronter qu'un seul bloc", a déclaré l'analyste politique Mame Less Camara.

"Avec l'éventualité du retour de Karim et Khalifa, l'hégémonie de Sonko et Pastef (le parti de Sonko) sera nécessairement remise en cause", estime Mamadou Sy Albert, un autre analyste politique.

Deux des personnalités les plus connues de l'opposition sénégalaise, l'ancien maire de Dakar Khalifa Sall, et Karim Wade, le fils de l'ancien président Abdoulaye Wade, ont été emprisonnés pour corruption en 2018 et 2015 respectivement.

Tous deux ont été libérés mais il leur a été interdit de se présenter aux élections de 2019, que Macky Sall a remportées. Par ailleurs, beaucoup soutiennent que les accusations portées contre eux étaient politiquement motivées.

Depuis lors, un autre leader de l'opposition, Ousmane Sonko, a pris de l'importance et a mobilisé de grandes manifestations contre le parti au pouvoir, qui a perdu sa majorité absolue au parlement au profit d'une coalition d'opposition en août.

"Simple opposant"

Emprisonné en 2017, il a recouvré la liberté en 2019 à la faveur d'une grâce présidentielle. Mais la Cour constitutionnelle a auparavant rejeté sa candidature à la présidentielle en invoquant sa condamnation.

Khalifa Sall et Karim Wade crient à l'instrumentalisation de la justice pour les écarter, ce que nient les autorités.

Ils restent engagés en politique avec l'opposition. Mais les contraintes ou les incertitudes attachées à leurs condamnations brident leur action.

Karim Wade vit au Qatar et encourt une arrestation s'il rentre sans payer son amende.

Pendant ce temps, Ousmane Sonko, 48 ans, occupe largement le terrain avec un discours à la fois souverainiste, panafricaniste et social, hostile aux élites et à l'influence française.

Lui-même est depuis 2021 sous le coup d'une inculpation pour viols présumés. Lui aussi dénonce un complot.

Remettre en selle Khalifa Sall et Karim Wade permettrait à Macky Sall "d'en finir avec le face-à-face qu'Ousmane Sonko voudrait imposer", écrit le Quotidien. "Aux côtés de Karim Wade et Khalifa, chacun maître d'un appareil politique bien rôdé et disposant de bases politiques fidèles, Ousmane Sonko redevient un simple opposant parmi d'autres".

Macky Sall, 60 ans, entretient le flou sur ses intentions en 2024, alors que les avis divergent sur sa légitimité à se représenter et que l'opposition promet une résistance farouche s'il franchit le pas.

Dans un climat social déjà tendu, le non à un troisième mandat a été l'un des cris de ralliement des émeutes meurtrières qui ont secoué en 2021 un pays réputé comme un îlot de stabilité dans une région troublée.

Les tensions affleurent toujours, les conditions sociales demeurent difficiles.

L'autorité de Macky Sall, par ailleurs président de l'Union africaine et interlocuteur écouté de la communauté internationale, est sortie érodée des élections locales et parlementaires de janvier et juillet. Les dissensions parcourent son camp au point qu'il paraît ne plus avoir la majorité parlementaire.

Le quotidien l'Observateur évoque une possible volonté "d'apaisement" dans un acte de mansuétude envers les deux proscrits. Mais, dit-il aussi, "faire revenir toutes ces personnalités veut dire que Macky Sall est plus proche du oui que du non" à un troisième mandat.

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