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Portrait de candidat: Idrissa Seck, le challenger le plus expérimenté

L'affiche électorale d'Idrissa Seck.

Dans une série spéciale, le correspondant de VOA Afrique à Dakar présente les portraits des cinq candidats à la présidentielle du 24 février 2019. Ministre, ministre d'Etat, Premier ministre et aujourd'hui aspirant à la magistrature suprême, Idrissa Seck est le candidat de l'opposition le plus expérimenté.

Idrissa Seck est aussi le challenger le plus dangereux pour le Président Macky Sall. Fort de son expérience, il brigue la présidence sénégalaise pour la 3e fois après ses échecs de 2007 et 2012.

Idrissa Seck a eu une riche carrière politique. Né en 1959, il est directeur de campagne du candidat Abdoulaye Wade à la Présidentielle de 1988 puis ministre du commerce dans le gouvernement d'union nationale en 1995. Cinq ans après il est de nouveau directeur de campagne du candidat Abdoulaye Wade qui est élu pour un mandat de 7 ans en 2000.

Idrissa Seck est alors au cœur du régime libéral. Ministre d'État, Directeur de Cabinet du président puis Premier ministre en novembre 2002. Il se fait l’avocat de la bonne gouvernance. Les résultats sont au rendez-vous avec des taux de croissance record de 6,68% en 2003 et 5,87% en 2004.


Toutefois, ses relations avec le président Wade se gâtent de manière spectaculaire. Il est accusé de vouloir succéder à son père virtuel. Certains parlent de coup d'État rampant. Abdoulaye Wade l’accuse même d’avoir fouillé son bulletin de santé. Malgré toutes ses dénégations, il est limogé le 21 avril 2004.

"Ils m’ont sali, ils ont raconté n’importe quoi sur moi. Ils ont fait une propagande mensongère contre moi", avait-il déclaré.

C’est alors la disgrâce, qui ne s’arrête pas là. Idrissa Seck est accusé d’avoir détourné des sommes importantes dans l'affaire dite "des chantiers de Thiès". Il est arrêté le 23 juillet 2005. La majorité parlementaire vote sa mise en accusation devant la haute cour de justice pour détournement de fonds, corruption, faux et usage de faux, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l'Etat. Après plus de 6 mois à la prison de Rebeuss, il bénéficie d'un non-lieu. Il est libéré. Selon lui, ce sont les moments les plus douloureux de sa carrière politique.

"J’ai encore le souvenir frais de ma fille qui n’avait pas encore 5-6 ans, qui est venue s’enlacer contre moi en me disant: qu’est-ce qui se passe Papa? J’en ai encore le souvenir", a-t-il confié.


Rester en prison et en sortir avec un non-lieu lui a valu la sympathie de beaucoup de Sénégalais qui ont perçu sa détention comme injuste et arbitraire. Il essaie alors de rebondir et va se présenter à la présidentielle de 2007 face à son mentor Abdoulaye Wade qui rempile pour un second mandat.

Peu avant ces élections, le président reçoit son fils spirituel au Palais et annoncera devant les caméras que son "fils Idrissa Seck va revenir à la maison”. Les conséquences sont retentissantes. Abdoulaye Wade passe au premier tour et Idrissa Seck termine 2e avec un peu plus de 14% des voix.

Ce sera son meilleur score. En 2012 il n'a eu que 7% des suffrages, loin derrière le président élu Macky Sall. La relations entre les deux hommes restera plus que tendue.

Macky Sall, le président sortant est un ancien membre du PDS de l’ancien président Wade. Ils sont issus du même parti. M. Sall a été Premier Ministre et président de l’Assemblée nationale. C’est donc un choc d'ambition, une dualité non-avouée. Pour l'observateur politique Ibrahima Bakhoum, Idrissa Seck est l'adversaire le plus dangereux du président sortant.

"D’abord, il a pris le temps de construire son réseau et depuis lors, qu’est-ce qu’il fait ?", interroge le politologue, avant d'ajouter "Non seulement il pose des actes solides mais en plus il a eu beaucoup de gens qui se sont alliés avec lui parmi les candidats recalés par le parrainage. Jusqu’ici, on pense qu’Idrissa Seck est très fort et bien positionné dans l’opinion. Avec tout ce qu’il a comme coalition, s’il fait une bonne campagne, il peut faire très mal."

Avant l’an 2000, Idrissa Seck avait écrit sur son site “Idrissa.com” qu’il serait le troisième président du Sénégal après Léopold Sedar Senghor et Abdou Diouf.

Il a déjà fait deux tentatives et joue probablement la carte de la dernière chance. Mais en politique, comme le dit l’adage, on ne sait j’aimais de quoi demain sera fait. On le saura au soir du 24 février avec la proclamation des résultats de l’élection présidentielle.

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10 ans de travaux forcés pour le chef religieux Cheikh Bethio Thioune

10 ans de travaux forcés pour le chef religieux Cheikh Bethio Thioune
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Le chef religieux Cheikh Bethio Thioune condamné par contumace à 10 ans de travaux forcés

Manifestation de "thiantacounes", fidèles de Cheikh Bethio Thioune, qui demandent sa libération aux abords de la prison de Dakar le 19 octobre 2012.

Un chef religieux musulman sénégalais, Cheikh Bethio Thioune, a été condamné lundi par contumace à dix ans de travaux forcés pour le meurtre par ses disciples en 2012 de deux d'entre eux, au terme d'un procès très médiatisé.

La chambre criminelle du tribunal de grande instance de Mbour, à 80 km au sud-est de Dakar, a reconnu ce responsable mouride, une des plus influentes confréries de l'islam au Sénégal - pays à plus de 90% musulman - coupable de "non-dénonciation de crime et complicité de meurtre".

En traitement médical en France, il était jugé depuis le 23 avril en son absence, le président du tribunal ayant refusé une demande de sursis de ses avocats, qui n'ont pas été autorisés à plaider pendant le procès.

Son chambellan, Cheikh Faye, a été reconnu coupable des mêmes faits et condamné à la même peine. Dix autres prévenus ont été condamnés à 15 ans de travaux forcés et deux autres à huit ans de travaux forcés.

Le procureur Youssou Diallo avait requis la semaine dernière les travaux forcés à perpétuité contre Cheikh Bethio et 16 des prévenus, poursuivis pour meurtre avec actes de barbarie, association de malfaiteurs, recel de cadavres, inhumation sans autorisation administrative, détention d'armes sans autorisation et non-dénonciation de crime.

Il avait également demandé un mandat d'arrêt international contre le guide religieux.

Mais le tribunal a décidé de ne pas prononcer de "contrainte par corps pour Bethio Thioune en raison de son âge" - plus de 80 ans. Il a en revanche placé ses biens sous séquestre et alloué aux héritiers de chacune des deux victimes 100 millions de francs CFA (environ 152.000 euros).

Deux prévenus ont écopé de cinq ans d'emprisonnement ferme et un autre de six mois. Les trois autres prévenus, dont un chauffeur, ont été acquittés.

"Le droit a été dit et bien dit. La chambre criminelle a fait un travail remarquable en situant les responsabilités. Ceux qui ont été pris la main dans le sac ont été lourdement sanctionnés", a déclaré à l'AFP Me Khassimou Touré, avocat des parties civiles.

Le verdict a été accueilli dans le calme, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Des fidèles de Cheikh Bethio Thioune présents dans la salle et à l'extérieur du tribunal, où des barrières métalliques avaient été installées à l'entrée ont quitté sans incident les lieux, gardés par des gendarmes et des policiers.

Ses fidèles, appelés "thiantacounes", avaient violemment protesté contre sa détention en 2012. A Dakar, ils avaient notamment brisé les vitres de plusieurs dizaines de véhicules le 22 octobre 2012.

En liberté provisoire depuis février 2013, Cheikh Bethio Thioune avait été arrêté le 23 avril 2012 à la suite de la mort de deux de ses disciples lors d'une rixe dans le village de Keur Samba Laobé (ouest), où il possède une résidence.

Selon le récit des avocats pendant le procès, il avait interdit à l'une des victimes l'accès à son domicile, lui reprochant une dévotion excessive à son égard - elle le comparait même à Dieu. L'homme avait bravé l'interdiction et des fidèles s'en étaient pris à lui, le tuant avec un de ses compagnons.

Selon l'ordonnance de renvoi, les corps des deux victimes, enterrés à 800 mètres de son domicile, présentaient "des violences" causées par des "armes tranchantes, contondantes et à feu".

Les organisations de défense des droits humains et les familles des accusés réclamaient depuis des années la tenue de ce procès, dénonçant la durée excessive de la détention préventive de la plupart des prévenus.

Le poste de Premier Ministre va disparaître

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Le Parlement examine la suppression du poste de Premier ministre

Le président Macky Sall et le Premier ministre Dionne, à Dakar, le 8 avril 2019. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Les députés sénégalais ont débuté samedi l'examen d'un projet de révision de la Constitution devant mener à la suppression du poste de Premier ministre, une initiative du pouvoir dénoncée par l'opposition et la société civile, deux mois après la réélection du président Macky Sall.

Dans un hémicycle complet, les députés ont entamé à 10H00 (locales et GMT) les débats sur ce projet, déjà entériné par la commission des lois de l'Assemblée, qui porte sur au moins 22 articles de la Constitution, et qui établit un nouvel équilibre entre les pouvoirs, en renforçant le caractère présidentiel du régime sénégalais, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Outre la suppression du poste de Premier ministre, l'autre grand changement serait que le président de la République ne pourra plus dissoudre l'Assemblée nationale, laquelle ne pourra plus déposer une motion de censure pour renverser le gouvernement.

Une centaine de députés devaient prendre la parole, promettant un long débat, mais dont l'issue ne fait guère de doute, le pouvoir disposant d'une confortable majorité pour l'adoption de cette réforme.

Quatre militants de la société civile, qui avaient appelé à manifester contre la révision, ont été arrêtés de façon musclée par la police devant l'Assemblée, a constaté l'AFP. Parmi eux figurait le leader du mouvement Frapp France Dégage, Guy Marius Sagna, qui scandait "Macky Sall dictateur !", avant de se faire embarquer.

Plusieurs organisations de la société civile avaient appelé à des manifestations devant l'Assemblée, mais les forces de l'ordre ont bouclé les accès au quartier du Plateau, le centre de Dakar, où toute manifestation est interdite en vertu d'un arrêté ministériel de 2011.

- absence de concertation -

Les principaux partis d'opposition s'opposent à la révision constitutionnelle.

Le Parti démocratique sénégalais (PDS) de l'ex-président Abdoulaye Wade l'a qualifié de "sans intérêt", notant dans un communiqué que cette réforme a été "volontairement dissimulée pendant la campagne électorale".

De fait, Macky Sall n'avait pas évoqué cette révision constitutionnelle pendant sa campagne, et il a surpris les Sénégalais en l'annonçant le 6 avril, quatre jours après avoir prêté serment pour un second mandat.

Ses quatre rivaux malheureux à la présidentielle du 24 février, l'ex-Premier ministre Idrissa Seck, le député Ousmane Sonko - figure montante de l'opposition-, l'ancien ministre Madické Niang et l'universitaire Ibrahima Sall, ont aussi dénoncé cette réforme.

Ils "réprouvent le fait que des modifications aussi substantielles de la Constitution aient été initiées en l’absence de toute forme de concertation", selon un communiqué commun.

Selon eux, "des réformes d’une si grande ampleur ne seraient légitimes que si elles sont effectuées par voie référendaire (...) d'autant plus que ce projet n’a été mentionné dans aucun des programmes proposés aux sénégalais lors de l’élection présidentielle".

Le Sénégal, l'une des figures de modèle démocratique en Afrique, s'était déjà passé de Premier ministre dans les années 1960 sous la présidence de Léopold Sédar Senghor et au début des années 1980 sous celle d'Abdou Diouf.

Le président Macky Sall, qui a promis d'accélérer les transformations de l'économie sénégalaise, veut par la suppression du poste de Premier ministre mettre fin aux "goulets d'étranglement" en étant "directement au contact avec les niveaux administratifs", selon ses services.

Au pouvoir depuis 2012, Macky Sall a été réélu dès le premier tour du scrutin le 24 février avec 58,26% des voix.

Le 6 avril, il a reconduit à la tête du gouvernement Mahammed Boun Abdallah Dionne, le chargeant de préparer lui-même la disparition à brève échéance de sa fonction.

Polémique autour de la proposition de supprimer le poste de Premier Ministre

Polémique autour de la proposition de supprimer le poste de Premier Ministre
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