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Robert Mugabe, héros de l'indépendance devenu despote

En 1987, Robert Mugabe devient président du Zimbabwe lors de la cérémonie d'inauguration, à Harare.
En 1987, Robert Mugabe devient président du Zimbabwe lors de la cérémonie d'inauguration, à Harare.

Par défi, il avait un jour promis de fêter ses 100 ans au pouvoir. Le président du Zimbabwe Robert Mugabe devrait être poussé vers la sortie à seulement 93 ans, incarnation jusqu'à la caricature du despote africain prêt à tout pour perpétuer son règne.

Accueilli en 1980 en héros de l'indépendance loué par l'Occident, le plus vieux chef d'Etat en exercice de la planète a été placé mercredi en détention par l'armée, après plus de trente-sept ans d'un pouvoir sans partage qui a ruiné son pays.

"Il fut un formidable dirigeant dont le pouvoir a dégénéré au point de mettre le Zimbabwe à genoux", résume Shadrack Gutto, professeur à l'Université sud-africaine Unisa.

Et pourtant. Lorsqu'il a pris les rênes de l'ex-Rhodésie dirigée par la minorité blanche, Robert Mugabe a séduit.

Sa politique de réconciliation, au nom de l'unité du pays, lui vaut des louanges générales, particulièrement dans les capitales étrangères. "Vous étiez mes ennemis hier, vous êtes maintenant mes amis", lance l'ex-chef de la guérilla.

Il offre des postes ministériels clés à des Blancs et autorise même leur chef, Ian Smith, à rester au pays.

Bardé de diplômes, le révolutionnaire Mugabe apparaît comme un dirigeant modèle. En dix ans, le pays progresse à pas de géant: construction d'écoles, de centres de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire.

Très tôt pourtant, le héros a la main lourde contre ses opposants.

En images : Robert Mugabe et ses 30 ans au pouvoir

Robert Mugabe, co-leader des forces de la guérilla du Front patriotique, lors d'une conférence de presse à Londres. Joshua Nkomo et lui avaient conclu un accord à Lancaster House et un cessez-le-fe, le 19 décembre 1979.
1/16 Robert Mugabe, co-leader des forces de la guérilla du Front patriotique, lors d'une conférence de presse à Londres. Joshua Nkomo et lui avaient conclu un accord à Lancaster House et un cessez-le-fe, le 19 décembre 1979.
Robert Mugabe, porte-parole de l'Union nationale africaine du Zimbabwe basée au Mozambique, en mars 1975.
2/16 Robert Mugabe, porte-parole de l'Union nationale africaine du Zimbabwe basée au Mozambique, en mars 1975.
Le président Jimmy Carter rencontre le Premier ministre du Zimbabwe, Robert Mugabe, dans le bureau Ovale de Washington, le 27 août 1980.
3/16 Le président Jimmy Carter rencontre le Premier ministre du Zimbabwe, Robert Mugabe, dans le bureau Ovale de Washington, le 27 août 1980.
Le Premier ministre zimbabwéen Robert Mugabe, à droite, et Yasser Arafat, à gauche, posent pour des photos à l'arrivée d'Arafat à l'aéroport de Harare, Zimbabwe, le 14 avril 1987.
4/16 Le Premier ministre zimbabwéen Robert Mugabe, à droite, et Yasser Arafat, à gauche, posent pour des photos à l'arrivée d'Arafat à l'aéroport de Harare, Zimbabwe, le 14 avril 1987.
Le Premier ministre du Zimbabwe, Robert Mugabe, est debout dans les décombres à l'extérieur du bâtiment qui abritait le siège du Conseil national africain dans le centre de Harare, après avoir été gravement endommagé par un raid perpétré par des commandos sud-africains, le 19 mai 1986.
5/16 Le Premier ministre du Zimbabwe, Robert Mugabe, est debout dans les décombres à l'extérieur du bâtiment qui abritait le siège du Conseil national africain dans le centre de Harare, après avoir été gravement endommagé par un raid perpétré par des commandos sud-africains, le 19 mai 1986.
En 1987, Robert Mugabe devient le président du Zimbabwe lors d'une cérémonie d'inauguration à Harare.
6/16 En 1987, Robert Mugabe devient le président du Zimbabwe lors d'une cérémonie d'inauguration à Harare.
Robert Mugabe vote lors de l'élection présidentielle de 1990 à Harare, Zimbabwe.
7/16 Robert Mugabe vote lors de l'élection présidentielle de 1990 à Harare, Zimbabwe.
Le président Bill Clinton fait des gestes en parlant à Robert Mugabe, dans les Colonnades de la Maison Blanche, à Washington, le18 mai 1995.
8/16 Le président Bill Clinton fait des gestes en parlant à Robert Mugabe, dans les Colonnades de la Maison Blanche, à Washington, le18 mai 1995.
Grace Marufu, la nouvelle épouse du président zimbabwéen Robert Mugabe, à droite, salue les invités, après leur cérémonie de mariage à la mission catholique de Kutama, à 80 km à l'ouest de Harare, le 17 août 1996
9/16 Grace Marufu, la nouvelle épouse du président zimbabwéen Robert Mugabe, à droite, salue les invités, après leur cérémonie de mariage à la mission catholique de Kutama, à 80 km à l'ouest de Harare, le 17 août 1996
Le président congolais Laurent Kabila, à gauche, est accueilli par le président zimbabwéen Robert Mugabe à l'aéroport international d'Harare, le 1er juin 1997.
10/16 Le président congolais Laurent Kabila, à gauche, est accueilli par le président zimbabwéen Robert Mugabe à l'aéroport international d'Harare, le 1er juin 1997.
Le vice-président de l'ANC Nelson Mandela, au centre, et le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, à droite, saluent la foule au Zimbabwe, pour Mandela Day, le 5 mars 1990, à Harare, Zimbabwe.
11/16 Le vice-président de l'ANC Nelson Mandela, au centre, et le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, à droite, saluent la foule au Zimbabwe, pour Mandela Day, le 5 mars 1990, à Harare, Zimbabwe.
Le président Robert Mugabe, à gauche, salue la foule lors d'un rassemblement à Gutu, à 220 kilomètres au sud de Harare, le 17 mars 2005.
12/16 Le président Robert Mugabe, à gauche, salue la foule lors d'un rassemblement à Gutu, à 220 kilomètres au sud de Harare, le 17 mars 2005.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe prend la parole lors d'un enterrement à Harare, au Zimbabwe, le 28 août 2005.
13/16 Le président zimbabwéen Robert Mugabe prend la parole lors d'un enterrement à Harare, au Zimbabwe, le 28 août 2005.
Le président Robert Mugabe parle à son épouse Grace, lors du lancement du manifeste et de la campagne de son parti à Harare, le 29 février 2008.
14/16 Le président Robert Mugabe parle à son épouse Grace, lors du lancement du manifeste et de la campagne de son parti à Harare, le 29 février 2008.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe, centre gauche, son épouse Grace, au centre, et des membres de leur famille coupent le gâteau d'anniversaire à Matopos, dans la banlieue de Bulawayo, 25 février 2017.
15/16 Le président zimbabwéen Robert Mugabe, centre gauche, son épouse Grace, au centre, et des membres de leur famille coupent le gâteau d'anniversaire à Matopos, dans la banlieue de Bulawayo, 25 février 2017.
La police à cheval accompagne la voiture Rolls Royce du président zimbabwéen Robert Mugabe lors de l'ouverture de la 5ème session de la dernière législature à Harare, le 12 septembre 2017.
16/16 La police à cheval accompagne la voiture Rolls Royce du président zimbabwéen Robert Mugabe lors de l'ouverture de la 5ème session de la dernière législature à Harare, le 12 septembre 2017.
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'Dictateur'

Dès 1982, il envoie l'armée dans la province "dissidente" du Matabeleland (sud-ouest), terre des Ndebele et de son ancien allié pendant la guerre, Joshua Nkomo. La répression, brutale, fait environ 20.000 morts.

Mais le monde ferme les yeux. Il faudra attendre les années 2000, ses abus contre l'opposition, des fraudes électorales et surtout sa violente réforme agraire pour que l'idylle s'achève.

Affaibli politiquement, déstabilisé par ses compagnons d'armes de la guerre d'indépendance, Robert Mugabe décide de leur donner du grain à moudre en les lâchant contre les fermiers blancs, qui détiennent toujours l'essentiel des terres du pays.

Des centaines de milliers de Noirs deviennent propriétaires, mais au prix de violences qui contraignent la plupart des 4.500 fermiers blancs à quitter le pays et font la "une" des médias occidentaux.

Le petit homme aux épaisses lunettes incarnait la réussite d'une Afrique indépendante. Il rejoint alors définitivement le rang des parias, ce dont il s'accommodera bien volontiers.

Dans des diatribes anti-impérialistes au vitriol, Robert Mugabe rend l'Occident responsable de tous les maux de son pays, notamment sa ruine financière, et rejette toutes les accusations de dérive autoritaire.

"Si des gens disent que vous êtes un dictateur (...) vous savez qu'ils le font surtout pour vous nuire et vous ternir, alors vous n'y prêtez pas attention", confie-t-il en 2013.

Santé fragile

Dans les dernières années de sa vie, il balaie de la même façon les spéculations sur son état de santé. La rumeur le dit malade d'un cancer, son entourage explique ses fréquents séjours à Singapour par le traitement d'une cataracte.

"Mes 89 ans ne signifient rien", plastronne-t-il en 2013 juste avant sa énième réélection. "Est-ce qu'ils m'ont changé ? Ils ne m'ont pas flétri, ni rendu sénile, non. J'ai encore des idées, des idées qui doivent être acceptées par mon peuple".

Malgré ces assurances, sa santé décline. En 2015, il est surpris à prononcer le même discours d'ouverture de la session parlementaire que l'année précédente.

Les photos de ses siestes pendant les réunions internationales n'en finissent plus de faire rire la planète.

Ses adversaires le soupçonnent d'être tombé sous la coupe de sa deuxième épouse Grace. L'ancienne secrétaire est devenue de plus en plus ambitieuse et s'invite dans la course à sa succession.

Elle obtient de son mari la tête de la vice-présidente Joyce Mujuru en 2014, puis celle du vice-président Emmerson Mnangagawa il y a quelques jours. Le limogeage de trop, puisque c'est celui qui convainc l'armée de se débarrasser du vieux président...

Né le 21 février 1924 dans la mission catholique de Kutama (centre), Robert Gabriel Mugabe est décrit comme un enfant solitaire et studieux, qui surveille son bétail un livre à la main.

Il caresse un temps l'idée de devenir prêtre. Il sera enseignant.

Soif de pouvoir

Séduit par le marxisme, il découvre la politique à l'université de Fort Hare, la seule ouverte aux Noirs dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. En 1960, il s'engage dans la lutte contre le pouvoir rhodésien, blanc et ségrégationniste.

Arrêté quatre ans plus tard, il passe dix années en détention, qui lui laissent un goût amer: les autorités lui refusent d'assister aux obsèques du fils de 4 ans que lui a donné sa première femme, Sally Hayfron, morte en 1992.

Peu après sa libération, il trouve refuge au Mozambique voisin, d'où il prend la tête de la lutte armée, jusqu'à l'indépendance de son pays et son arrivée au pouvoir.

Tout au long de son parcours, il fait preuve d'une détermination et d'une intelligence sans faille.

"Mugabe n'était pas humain", se souvient l'ancien secrétaire britannique aux Affaires étrangères Peter Carrington, qui a négocié avec lui l'indépendance. "Vous pouviez admirer ses qualités et son intellect (...) mais il était terriblement fuyant".

Jusqu'au bout, ses adversaires lui reprochent sa soif inextinguible de pouvoir.

"Mugabe s'est maintenu au pouvoir en (...) écrasant ses opposants, violant la justice, piétinant le droit à la propriété, réprimant la presse indépendante et truquant les élections", estime Martin Meredith, un de ses biographes.

Malgré ces critiques, il a toutefois gardé jusqu'au bout son aura de libérateur chez ses voisins africains. Dans la capitale namibienne Windhoek, la longue avenue Robert Mugabe coupe l'avenue Nelson Mandela, prix Nobel de la paix et icône, lui, mondiale.

Avec AFP

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