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Course de vitesse contre la rougeole, plus meurtrière qu'Ebola

Un enfant est vacciné au Kasaï en RDC, le 23 décembre 2017. (Twitter/Unicef RDC)

Elle tue plus qu'Ebola: une course de vitesse contre la rougeole est enclenchée au fond de la brousse à Seke Banza, dans l'extrême ouest de la République démocratique du Congo, où cette épidémie oubliée a tué plus de 6.000 personnes en un an.

A plusieurs heures de moto du chef-lieu Matadi, la rougeole a tué six personnes depuis le début de l'année à Seke Banza, pour 1.254 cas, dont la moitié ont moins de cinq ans et 10% plus de 15 ans.

La dernière victime est un petit garçon décédé dans la semaine à l'hôpital général du secteur.

Avant d'être hospitalisé, l'enfant est passé chez des médecins traditionnels qui lui ont donné des traitements pouvant abîmer le foie.

Dans la salle voisine, une demi-douzaine de cas moins graves, certains sous perfusion, présentent des boutons sur le visage ou des pustules rouges sur le corps.

"Il y a deux catégories de patients: ceux qui sont dans la phase aiguë de la rougeole, avec des signes respiratoires, conjonctivites, fièvres. Quelques mois après, comme leur système immunitaire est défaillant, ils peuvent déclencher d'autres maladies comme le paludisme. On les prend aussi en charge", explique Méderic Monier, de Médecins sans frontières (MSF).

Adolphe Kiakupuati, chasseur comme la plupart des hommes de la région, est venu avec ses trois enfants. L'information est un enjeu majeur dans cette zone enclavée en pleine forêt, aux confins des deux Congos, souligne-t-il.

"Pendant la période de vaccination des enfants (ndlr: en novembre), j'étais occupé dans la forêt et je n'étais pas au courant. Mais maintenant ils sont sous traitement", explique le père de famille.

Une deuxième étape de vaccination vient de commencer cette semaine sous l'égide de MSF dans la région, entre champs, forêts et rivière.

Les vaccins sont embarqués à moto dans les villages autour de Temba, à six heures de route de Seke Banza centre, à travers des sentiers en terre battue.

Les vaccinations ont lieu dans la paroisse d'une église.

"Tu vois, je ne suis même pas allée travailler aux champs. Je suis venue faire vacciner mes enfants", dit en souriant Elodine Nsasi, mère de trois enfants.

La logistique est l'autre grand défi dans cette zone enclavée, sans infrastructure. "Le grand challenge, c'est d'arriver à fournir tous ces vaccins sur tous ces villages, en respectant la qualité et la chaîne de froid. Tous les vaccins doivent être entre deux et sept degrés", indique le logisticien de MSF Jean Pletinckx.

"La RDC a enregistré l'épidémie la plus meurtrière de rougeole de son histoire, avec plus de 335.413 cas suspects et 6.362 décès du 1er janvier 2019 au 20 février 2020", selon les dernières données de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

"On note une tendance à la diminution du nombre de cas de rougeole notifiés", ajoute l'OMS. Entre le 1er janvier et mi-février, "la RDC a enregistré un total de 20.475 cas suspects de rougeole incluant 252 décès (létalité: 1,2%)".

La rougeole a tué davantage que l'épidémie d'Ebola déclarée le 1er août 2018 dans l'est du pays (2.264 décès). "Si tout se passe bien, nous pourrons déclarer la fin de l'épidémie le 12 avril", a déclaré le professeur en charge de la riposte, Jean-Jacques Muyembe.

Il n'y a plus de cas confirmé d'Ebola en RDC depuis la sortie mardi de la dernière patiente d'un centre de traitement à Beni.

Aucun nouveau cas confirmé n'a été enregistré depuis 14 jours et l'épidémie sera officiellement terminée "dès qu'on aura atteint 42 jours sans aucun nouveau cas enregistré", a précisé un porte-parole de l'OMS à Kinshasa.

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Plusieurs civils congolais massacrés dans la région de Béni

Une patrouille de la Monusco pour traquer les rebelles ougandais des Forces Démocratiques Alliés (ADF), le 13 novembre 2018. (Photo by John WESSELS / AFP)

Au moins cinq civils ont été tués dans une attaque attribuée au groupe Forces démocratiques alliées (ADF) d'une localité de la région de Beni dans l'est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris jeudi de sources locales.

"Le matin, cinq cadavres étaient retrouvés à Mutuanga après une attaque des ADF la nuit. Cet après-midi le nombre de morts est passé de cinq à onze", a déclaré Donat Kibwana, administrateur du territoire de Beni.

"Parmi les personnes tuées hier (mercredi) par balles et armes blanches, il y des femmes, des hommes et des enfants. Je suis sur place pour superviser toutes les opérations jusqu'à l'enterrement", a précisé M. Kibwana.

Les chercheurs du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST en anglais) ont confirmé un "bilan provisoire" de cinq morts. Mais la radio onusienne, Okapi, avait averti que "le bilan pourrait être revu à la hausse".

L'attaque de la cité de Kibuana, située à 60 kilomètres de la frontière de la RDC et de l'Ouganda a eu lieu vers 20h00 (18h00 GMT), a indiqué Paluku Batoleni, responsable de la société civile de cette localité.

Dans la nuit de dimanche à lundi, douze civils et un soldat congolais avaient été tués dans une précédente attaque attribuée aux ADF, tenus pour responsables de la mort de 570 civils depuis novembre 2019.

Ce qu'on sait des ADF

A l'origine des rebelles musulmans ougandais, les ADF se sont installés dans cette partie de la RDC depuis les années 90. Ils n'ont pas attaqué l'Ouganda voisin depuis des années, vivant de trafics, comme les autres groupes armés.

Depuis avril 2019, certaines de leurs attaques sont revendiquées par les jihadistes de l’État islamique.

Fin octobre, l'armée a lancé des opérations contre les fiefs des ADF, sans parvenir à faire cesser les massacres.

Depuis près de 30 ans, des dizaines de groupes armés congolais et des pays voisins (ougandais, rwandais, burundais) entretiennent la violence dans l'Est de la RDC.

Entretien avec un ancien milicien qui prêche désormais la paix

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Des enlèvements récurrents mettent Kinshasa en état d'alerte

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Félix Tshisekedi demande l'"annulation totale" de la dette africaine

Le président de la RDC Félix Tshisekedi (D) discute avec l'Envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands lacs Peter Pham (C) et l'ambassadeur américain en RDC Mike Hammer à Kinshasa, 13 février 2020. (Facebook/Présidence RDC)

Le président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi a réclamé mardi devant l'Assemblée générale annuelle de l'ONU une "annulation totale" de la dette pour les pays en développement afin de les aider à surmonter la pandémie.

"Afin d'aider les pays en développement à sortir effectivement de la crise, et à mieux assurer l'après-Covid-19, les efforts de la communauté internationale devraient inclure l'annulation et autres allègements du fardeau de la dette afin de leur permettre de mieux se reconstruire", a-t-il dit.

Reconnaissant les efforts du G-20 et des institutions financières internationales, qui ont allongé les délais de paiement de la dette, la RDCongo les invite "à prendre d'autres décisions en vue de son annulation totale", a ajouté le président dans son discours vidéo pré-enregistré.

"Toutes ces mesures de soutien ou de financement supplémentaire de pays en développement ne devraient être liées à aucune condition", a-t-il souligné, en lançant un appel "à renforcer la solidarité internationale".

Félix Tshisekedi a aussi demandé un renforcement "de l'assistance technique pour combattre et arrêter une maladie qui est un ennemi commun".

La pandémie a fait plus de 966.707 morts dans le monde depuis fin décembre, et plus de 31,4 millions de cas ont été comptabilisés, selon un bilan établi mercredi par l'AFP.

D'ex-chefs de guerre en émissaires de paix auprès des miliciens en Ituri

Un commandant local de l'Union des Révolutionnaires pour la Défense du Peuple Congolais / Coopérative pour le Développement du Congo armé est rassuré par d'anciens chefs de guerre sur le processus de démobilisation dans le village de Wadda, en Ituri, le 19 septembre 2020.

"Je vous appelle à privilégier la paix. Moi, j'ai passé 15 ans en prison", lance l'ex-chef de guerre Floribert Ndjabu à des miliciens regroupés près de Masumbuko, un village reculé de la province de l'Ituri, dans le Nord-Est de la République démocratique du Congo.

A ses côtés, le général Germain Katanga, condamné en 2014 par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, reste sur ses gardes face à ces membres d'un groupe accusé du massacre de centaines de civils.

"Ce ne sont pas des enfants de chœur", apprécie - en fin connaisseur - le général Katanga, sorti de prison en début d'année, comme Floribert Ndjabu.

Avec une demi-douzaine d'autres, des condamnés ayant purgé leur peine pour la plupart, les deux hommes ont été envoyés par le président de RDC Félix Tshisekedi en émissaires de paix dans l'Ituri, un des nombreux foyers de violence dans le pays et une région où ils ont eux-mêmes semé la terreur dans les années 2000.

Leur mission: désarmer les miliciens de la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco), secte politico-militaire qui prétend défendre les Lendu, une communauté locale, majoritairement des agriculteurs.

Les Codeco sont surtout accusés d'avoir tué des centaines de civils depuis décembre 2017. "La grande majorité des victimes semble avoir été visée en raison de leur appartenance à la communauté Hema" - des éleveurs et commerçants -, d'après les Nations unies qui redoutent de possible "crimes contre l'humanité".

Le colonel Germain Katanga dans la province de l'Ituri, le 18 septembre 2020.
Le colonel Germain Katanga dans la province de l'Ituri, le 18 septembre 2020.

"Nos respects, président"

Pour arriver sous la tente des discussions, les émissaires de paix ont fait la route entre le chef-lieu de l'Ituri, Bunia, et le territoire de Djugu, épicentre des violences.

Au passage de leur convoi escorté par l'armée congolaise, des dizaines de combattants sont sortis des bois. Certains portent des armes de tous calibres, des stocks de munitions, des lances, des couteaux et des fétiches.

Chef de délégation, Floribert Ndjabu s'avance vers eux, se présente, leur ordonne: "Montez dans le gros véhicule derrière". "Nos respects président", répondent les combattants, qui s'exécutent.

Ils ont reconnu en lui le président du Front des nationalistes et intégrationnistes (FNI), groupe politique armé à l'œuvre pendant la "première guerre de l'Ituri", entre 1999 et 2003.

Ndjabu a été poursuivi mais jamais condamné pour avoir commandité le meurtre de neuf Casques bleus bangladais en 2005.

En fin d'après-midi, le convoi arrive à destination, au village de Masumbuko.

En civil ou en tenue militaire "empruntée" à l'armée congolaise, les miliciens paradent avec leurs armes: lance-roquettes, mitrailleuses, fusils d'assaut. Assez indifférents, les habitants les observent de loin.

Visiblement enrôlés dans cette secte politico-militaire, une vingtaine d'enfants marchent en procession, vêtus de blanc. Des fillettes chantent des cantiques à la gloire du "général Ngudjolo", un chef milicien Codeco tué en début d'année par l'armée congolaise.

Le groupe armé URDPC/CODECO dans la province d'Ituri, le 19 septembre 2020.
Le groupe armé URDPC/CODECO dans la province d'Ituri, le 19 septembre 2020.

"Nous sommes frères"

Les discussions commencent le lendemain, après la lecture de versets bibliques sous un soleil de plomb. "Assaillants, écoutez la voix de Jésus", chantent les miliciens.

Floribert Ndjabu peut entrer dans le vif du sujet: "Le chef de l'Etat nous a envoyés pour vous sensibiliser afin de cesser avec les hostilités".

"Je comprends vos frustrations mais vous n'allez pas mettre le territoire sens dessus dessous. Il faut laisser l'Etat et les autorités faire leur travail", ajoute Germain Katanga.

Un chef religieux de la milice Codeco n'est pas convaincu: "Nous nous battons contre l'armée et la police congolaises [pour dénoncer] les arrestations et emprisonnements arbitraires des nôtres", lance le pasteur Ngadjole Ngabu.

Il accuse par ailleurs des Hema d'être de mèche "avec les militaires" dans la traque des combattants Lendu.

"Enlevez de vos têtes que les Hema sont vos ennemis ou qu'ils sont mauvais. Je suis Lendu comme vous, mais j'ai passé la nuit chez les Hema. Nous sommes des frères", réagit Floribert Ndjabu.

La discussion se termine. "On s'est mis d'accord: dès que le chef de l'Etat va répondre à leur (demande) d'intégration dans l'armée ou la police, tout ira bien", espère Germain Katanga, vêtu de son uniforme de général de l'armée congolaise.

"Si vous me voyez en tenue, à ce grade, c'est parce que j'ai accepté le processus (de paix)", insiste-t-il.

Un milicien du groupe armé URDPC/CODECO dans la province d'Ituri, le 18 septembre 2020.
Un milicien du groupe armé URDPC/CODECO dans la province d'Ituri, le 18 septembre 2020.

Baisse des violences

Au départ de la délégation, des miliciens surexcités tentent de bloquer le convoi, obligeant les émissaires à de nouvelles discussions.

Le convoi quitte enfin les lieux à la nuit tombante. A l'approche de Bunia, une déflagration d'armes automatiques d'origine inconnue se fait entendre au loin. Par réflexe, Katanga, ses hommes et l'escorte de l'armée congolaise mettent la main sur leurs armes.

L'alerte passée, le cortège poursuit sa route à vive allure vers Bunia.

Depuis l'arrivée des émissaires mandatés par le président Tshisekedi, les violences ont sensiblement baissé, d'après les témoignages recueillis par l'AFP dans plusieurs localités d'Ituri.

Selon l'ONU, plus d'un millier de civils ont été massacrés depuis décembre 2017. Des civils Lendu affirment également avoir été victimes des représailles de l'armée.

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