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Tchad

Paris aide N'Djamena à payer ses fonctionnaires

La grève des fonctionnaires à N'Djamena, au Tchad, le 30 mai 2018. (VOA/André Kodmadjingar)

Un prêt de 40 millions d'euros servira à payer les salaires et les retraites des fonctionnaires tchadiens.

La France a décidé d'octroyer au Tchad un prêt de 40 millions d'euros pour payer les salaires et les retraites des fonctionnaires. L'information provient de l'Agence française de développement (AFD).

Trente millions serviront à payer les salaires de décembre des quelques 90.000 fonctionnaires civils tchadiens et 10 millions iront au paiement de plus de trois mois de retraites.

Le prêt est d'"une durée de 20 ans" avec un taux d'intérêt préférentiel, selon un communiqué de l'AFD.

Les conditions du prêt "entrent dans les critères de soutenabilité de la dette du pays, définis par le Fonds monétaire international", a expliqué à l'AFP le directeur de l'AFD au Tchad, Olivier Cador.

Au prêt de l'AFD s'ajoute un don d'un montant de 10 millions d'euros pour le secteur de la santé.

Cet appui budgétaire 2018 succède à l'aide budgétaire 2017, dont les objectifs et le montant étaient similaires, indique M. Cador.

Les 50 millions d'euros s'inscrivent dans les "promesses faites par la France à l'occasion de la table ronde de financement du Programme national de développement (PND) tenue à Paris en septembre 2017", selon le communiqué.

Lors de cette table ronde, les annonces des bailleurs publics, dont la France, s'étaient élevées à 7 milliards de dollars pour le PND, tandis que les annonces d'investissement du secteur privé avaient atteint 13 milliards de dollars.

Depuis juin 2017, le FMI prête sur trois ans 312,1 millions de dollars au Tchad, pays pétrolier en proie à une crise économique aggravée depuis le chute du prix du baril en 2014.

Le FMI recommande notamment à N'Djamena de baisser la masse salariale à la charge de l'Etat et de régler ou rééchelonner ses dettes.

N'Djamena a lancé plusieurs mesures d'austérité depuis 2016, dont une coupe d'un tiers du revenu global des fonctionnaires, provoquant des grèves sèches à travers le pays.

Pays allié de la France, ex-puissance coloniale, mais aussi des Etats-unis, le Tchad abrite l'opération française Barkhane de lutte anti-terroriste dans la bande saharo-sahélienne.

L'AFD est présente au Tchad avec une vingtaine de projets "en cours de mise en œuvre".

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L'opposition tchadienne dénonce le soutien français à un "régime dictatorial"

Le président français Emmanuel Macron accueille le président tchadien Idriss Deby Itno à son arrivée à la conférence internationale sur la Libye à l'Elysée, le 29 mai 2018.

La France affiche un soutien politique et militaire sans faille au président Idriss Déby Itno, allié clé dans la lutte antiterroriste au Sahel, au mépris de la situation des droits de l'Homme, accuse l'opposition tchadienne qui dénonce la "complicité" de Paris avec un "régime dictatorial".

La dernière visite au Tchad du chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, qui connaît de longue date Idriss Déby et lui parle très régulièrement, n'a fait qu'attiser un sentiment antifrançais désormais palpable dans ce pays, selon plusieurs observateurs.

M. Le Drian a rencontré mardi le président Déby dans son fief d'Amdjarass (Est), avant de s'entretenir à N'Djamena avec le commandant de la force antiterroriste française au Sahel Barkhane.

Le ministre français devait aussi rencontrer à N'Djamena les responsables de tous les groupes politiques représentés à l'Assemblée, y compris l'opposition, pour réaffirmer son soutien pour la tenue d'élections législatives cette année, mais cette réunion a été annulée, sans explication.

"Nous déplorons l'absence de cette rencontre. Nous avons des choses à nous dire. Nous espérons que Le Drian a parlé avec Déby des élections, pour qu'elles soient libres, démocratiques et transparentes. Il faut autoriser la liberté associative et les marches pacifiques, créer un véritable climat d'apaisement", demande le chef de file de l'opposition à l'Assemblée, Romadoumngar Félix Nialbé, de l'Union pour le renouveau et la démocratie (URD).

L'opposition, divisée et faiblement représentée, dénonce le soutien de Paris à un régime autoritaire. Idriss Déby est arrivé au pouvoir par les armes en 1990 et le pays attend depuis 2011 de nouvelles élections législatives. Les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Whatsapp) sont fermés depuis plus d'un an, officiellement pour des raisons de sécurité.

- Pilier de la lutte antiterroriste -

"Les relations entre le Tchad et la France ne sont plus aujourd'hui une relation d'Etat à Etat. Cette relation est réduite à une question d'amitié personnelle entre Idriss Déby et le pouvoir français actuel", regrette le président de l'Union des démocrates pour le développement et le Progrès (UDP, opposition), Max Kemkoye.

"Le président Emmanuel Macron lors de son passage à N'Djamena avait refusé de rencontrer l'opposition. Aujourd'hui c'est Jean-Yves Le Drian qui refuse obstinément de rencontrer l'opposition démocratique", souligne-t-il.

Jean-Yves Le Drian entretient une relation de confiance avec Idriss Déby depuis son passage au ministère de la Défense de 2012 à 2017, sous la présidence de François Hollande. L'armée tchadienne est un pilier de la lutte antijihadiste au Sahel, un rôle qui permet à N'Djamena de redorer son image et d'obtenir des financements, directs ou indirects.

"Le Tchad, qui était considéré comme un pays en crise, est devenu au cours de ces dix dernières années une puissance militaire régionale reconnue. Cela repose pour beaucoup sur son engagement dans la guerre contre le terrorisme dans la région", rappelle Marielle Debos, chercheuse à l'université de Paris Nanterre.

"C'est la force de Déby d'avoir fait de cette situation sécuritaire un atout pour obtenir un soutien de ses alliés et pour que ceux-ci ferment les yeux sur les fraudes électorales, les pratiques peu démocratiques, une situation économique et sociale absolument terrible pour les populations", énumère-t-elle.

- Fort sentiment antifrançais -

La France n'hésite pas à renvoyer l'ascenseur, quand le régime est en difficulté sur le plan militaire. Fin janvier, des rebelles tchadiens étaient entrés depuis la Libye dans le nord-est du Tchad et des frappes aériennes françaises avaient stoppé leur avancée, Paris affirmant vouloir empêcher un "coup d'Etat".

"Déby a convaincu la France de le suivre dans une aventure militaire qui normalement ne la concernait pas. L'armée française est intervenue pour pallier un refus d'obéissance à Déby de l'armée tchadienne, qui n'était pas prête à combattre réellement ce groupe rebelle, du fait de très forts liens, y compris familiaux de ce groupe au sein de l'armée", estime Jérôme Tubiana, spécialiste du Tchad.

Cette intervention a été durement critiquée par l'opposition et la société civile tchadiennes.

"Les Français sont venus bombarder des Tchadiens pour maintenir un régime dictatorial qui s'illustre par de nombreuses violations des droits humains", s'est ainsi insurgé le président de l'Union nationale pour le développement et le Renouveau (UNDR, opposition), Saleh Kebzabo.

Les ONG dénoncent régulièrement la répression (arrestations, détentions au secret, tortures), contre les militants de la société civile.

"Il y a un sentiment antifrançais de plus en plus important, parce que le soutien militaire de la France est aussi un soutien politique direct à Idriss Déby, réélu en 2016 dans des élections contestées et alors qu'il y a un fort mécontentement contre lui", analyse Marielle Debos.

"La vie quotidienne est très dure pour les Tchadiens avec l'effondrement des prix du pétrole et la crise économique. Il y a plein de délestages d'électricité en plein ramadan, en pleine période sèche et chaude", ajoute-t-elle.

Dans l'est du Tchad, regain de tensions mortelles entre agriculteurs et éleveurs

A gauche, Djekourninga Kaoutar Lazare directeur de la radio FM Liberté et son équipe, au Tchad, le 13 février 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Le conflit qui oppose agriculteurs et éleveurs s'est intensifié ces derniers jours dans l'est du Tchad, où au moins 35 personnes sont mortes depuis jeudi au cours de plusieurs affrontements distincts.

Depuis plusieurs dizaines d'années, l'Est tchadien, zone de transhumance et région stratégique à la frontière avec le Soudan, est en proie à des conflits entre différentes communautés: d'un côté, les autochtones ouaddaïens, agriculteurs, et de l'autre, des tribus arabes, éleveurs.

A chaque éruption de violences, le même scénario ou presque se répète: un troupeau de dromadaires d'éleveurs nomades entre dans le champ d'un agriculteur local ou un jardin cultivé par une famille, provoquant une confrontation entre les deux communautés.

Dans la province de Sila, 23 personnes ont été tuées et trois villages ont été incendiés, entre dimanche et lundi matin, a indiqué à l'AFP le gouverneur par intérim de la province, Oumar Sanda Makache III.

"La situation est à présent sous contrôle", a-t-il affirmé, précisant que des forces de sécurité avaient été déployées dans la zone.

Selon une source locale, ces violences se sont déclenchées à la suite d'une attaque perpétrée jeudi dans la province voisine du Ouaddaï.

Douze personnes sont mortes après l'intrusion dans un village de plusieurs hommes lourdement armés, selon le procureur de la province, Hassan Djamouss Hachimi.

A la suite de cette attaque, "nous avons procédé à l'arrestation de trente personnes", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Des éleveurs arabes ont attaqué le village et les agriculteurs ont riposté", a indiqué lundi à l'AFP une autorité locale, précisant que "neuf Ouaddaïens et trois Arabes" avaient perdu la vie.

- "Vendetta terminée" -

Le ministre de la Sécurité publique, Mahamat Abali Salah, s'est rendu sur place samedi, et plusieurs armes de guerre ont été saisies, a indiqué dimanche la radio nationale tchadienne.

Il doit se rendre dans la journée dans la province de Sila, où ont eu lieu les affrontements dimanche et lundi matin, selon son ministère.

Des affrontements meurtriers s'étaient déjà produits en novembre 2018, quand une dizaine de personnes avaient été tuées à une soixantaine de km d'Abéché, la capitale du Ouaddaï.

Mi-février, le président tchadien Idriss Déby Itno, en déplacement dans la province, avait dénoncé "un grave problème" intercommunautaire dans cette zone sahélienne où beaucoup d'habitants sont armés, héritage du passé troublé d'une région aux premières loges du conflit du Darfour et de la violente histoire nationale.

Pour la seule année 2018, plus de 100 blessés par balle ont été admis dans l'un des deux hôpitaux de la province du Ouaddaï.

"L'heure de la vendetta est terminée", avait lancé le chef de l'Etat. "Se rendre justice (représente une) défaillance de la justice. Une justice qui doit s'assumer. Je prends désormais les choses en main".

Selon l'historien Mahamat Saleh Yacoub, la persistance de conflits dans l'est du Tchad provient d'un "règlement superficiel du différend" entre les deux communautés.

Interrogé par l'AFP en avril, le chercheur expliquait que l'augmentation de la sécheresse dans la région et la pression démographique avaient eu pour effet d'intensifier les tensions liées à la transhumance. Et qu'à ces changements structurels, sont venus se greffer des problèmes ethniques.

Les troupeaux appartiennent en grande majorité aux Zaghawa, l'ethnie du président Déby Itno, selon les agriculteurs, qui dénoncent l'impunité dont les éleveurs bénéficient lorsqu'un différend éclate.

Une situation conflictuelle entre éleveurs et agriculteurs qui se retrouve dans plusieurs autres pays africains, notamment le Nigeria.

Treize villageois tués dans une attaque de Boko Haram

Village de Ngouboua, sur le lac Tchad, attaqué par Boko Haram, fév. 2015. (REUTERS/Madjiasra Nako)

Treize habitants d'un village de l'est du Tchad ont été tués jeudi dans une attaque menée par des combattants du groupe djihadiste Boko Haram, de plus en plus présent dans la région, a-t-on appris vendredi auprès des autorités locales.

Les islamistes armés ont attaqué le village de Ceilia, situé à quarantaine de kilomètres de la ville de Bol, chef-lieu de la région du Lac.

"L'attaque s'est produite à six heures du matin. Les éléments de Boko Haram ont tué quatre personnes, dont le chef de village et sa famille, et incendié une partie du village avant de tuer neuf autres personnes lors de leur départ", a déclaré à l'AFP Dimouya Soiapebé, secrétaire général de la province du Lac Tchad.

L'armée n'a pas eu l'occasion d'intervenir, a-t-il ajouté, précisant que deux des victimes avaient été égorgées.

"Les éléments de Boko Haram armés opèrent généralement pendant la nuit pour perpétrer des attaques. Dans ce cas de figure, ils sont venus surprendre très tôt le matin les villageois en plein sommeil pendant le mois de Ramadan", a-t-il dénoncé.

"Nos forces de défense et de sécurité continuent le ratissage dans la zone. Nous renforçons la présence de nos forces dans la zone", a assuré le haut fonctionnaire.

L'insurrection de Boko Haram, qui a débuté en 2009 dans le nord-est du Nigeria, a fait plus de 27.000 morts et 1,8 million de déplacés dans ce pays.

Elle a aujourd'hui gagné le Niger, le Tchad et le Cameroun voisins. Depuis juin 2018, au moins sept attaques de Boko Haram ont été recensées en territoire tchadien.

L'Etat doit renoncer à l'option militaire à Miski (ICG)

Des soldats tchadiens patrouillent dans la région du Tibesti, près de Bardai, au Tchad, le le 28 mars 1999.

N'Djamena doit renoncer à l'option militaire à Miski, dans la région frondeuse du Tibesti (Nord), qui risque de "pousser les jeunes dans les bras des groupes rebelles basés en Libye" et de déstabiliser la région, a jugé vendredi le centre d'analyses géopolitiques International Crisis Group (ICG).

La région de Miski, dans les montagnes du Tibesti, est le théâtre d'affrontements récurrents entre l'armée tchadienne et des orpailleurs.

Les habitants de Miski, qui dénoncent la récupération présumée de l'exploitation aurifère par des proches du régime, ont constitué en novembre 2018 un "comité d'autodéfense".

Ils sont depuis victimes d'une "forme de blocus" pour "rendre invivable" la zone, mis en place par l'armée tchadienne, selon le rapport d'ICG, qui rappelle que le Tibesti est une région frondeuse, berceau de plusieurs importantes rébellions, et qui est davantage liée au sud libyen, d'où vient la majorité des ravitaillements en nourriture, qu'au reste du Tchad.

"Les autorités tchadiennes craignent que les mines d'or deviennent des réservoirs pour les rébellions tchadiennes basées au Sud de la Libye, et que des militaires, dont certains hauts gradés qui tirent profit de l'orpaillage, ne tissent des liens avec des ennemis du pouvoir. Cette inquiétude est compréhensible", reconnaît le centre d'analyses géopolitiques.

"Mais les autorités vont plus loin et entretiennent volontairement la confusion entre migrants et futurs rebelles, orpailleurs et opposants armés, rebelles tchadiens ou membres du comité d'autodéfense et terroristes. Elles se mettent à dos les populations locales, majoritairement teda, en les accusant de complicité avec des bandits ou des ennemis du pouvoir", regrette-t-il.

Pour ICG, déjà confronté à un climat social tendu et à la menace grandissante des djihadistes de Boko Haram, "l'Etat tchadien ne peut se permettre d'ouvrir un nouveau front militaire au Nord".

"Au-delà de son coût humanitaire, une nouvelle intervention aurait pour conséquence directe de pousser les jeunes dans les bras des groupes rebelles basés en Libye et déstabiliserait la région", met-il en garde.

"Pour restaurer leur crédibilité et leur légitimité, les autorités devraient changer d'approche. Plutôt que de chercher la confrontation avec la population et le comité d'autodéfense, elles pourraient montrer leur capacité à apporter des solutions aux problèmes locaux, y compris en matière de sécurité", propose le centre d'analyses géopolitiques.

Treize habitants d'un village ont été tués

Treize habitants d'un village ont été tués
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