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Ouverture de la campagne d'une présidentielle tunisienne très indécise

Affiches de campagne à Tunis, le 2 septembre 2019.

La campagne présidentielle a officiellement démarré lundi en Tunisie, plus d'un mois après le décès du chef de l'Etat Béji Caïd Essebsi, un scrutin aussi indécis que vital pour l'unique pays rescapé des Printemps arabes de 2011, qui doit consolider les acquis démocratiques.

Prévue en novembre, cette élection a été anticipée du fait de la mort le 25 juillet d'Essebsi à l'âge de 92 ans, premier président élu au suffrage universel direct, et aura finalement lieu le 15 septembre.

Huit ans et demi après la chute de la dictature, "c'est la première fois que les Tunisiens n'ont aucune idée de qui va être président", souligne le groupe de réflexion Joussour.

En 2014, lors de la première présidentielle de l'après-révolution, "il y avait deux grands 'champions'", le sortant Moncef Marzouki -élu fin 2011 par l'Assemblée nationale constituante-, et Essebsi. "Là, tout est possible".

Le nombre de candidats, 26, est un premier signe de l'incertitude entourant le scrutin.

L'un d'entre eux, le Premier ministre Youssef Chahed, a débuté sa campagne lundi à Tunis en appelant à réduire l'intervention de l'Etat dans l'économie.

"Je suis contre le libéralisme sauvage", a-t-il assuré dans un hôtel devant ses partisans. "L'école et la santé font partie du rôle de l'Etat, mais il y a beaucoup de domaines dans lesquels l'Etat ne va plus intervenir", a-t-il ajouté.

M. Chahed, qui a délégué fin août ses pouvoirs, a dit vouloir créer "une zone de libre-échange avec l'Algérie" voisine et augmenter de 15% le budget de la sécurité, quelques heures après la mort d'un membre de la Garde nationale et de trois extrémistes armés lors d'échanges de tirs à la frontière algérienne.

Le 15 septembre, quelque 7 millions de Tunisiens seront appelés aux urnes, après une vigoureuse opération d'inscriptions sur les listes électorales ayant permis d'atteindre de nombreux jeunes.

Si l'instance chargée d'organiser les élections, l'Isie, a interdit la publication de sondages, ce qui complique l'évaluation du poids politique des candidats retenus, certaines enquêtes d'opinion circulent.

L'un des candidats le plus souvent mis en avant, l'homme d'affaires Nabil Karoui, est incarcéré depuis le 23 août après avoir été inculpé pour "blanchiment d'argent".

L'Isie a validé sa candidature, et son premier meeting devait être assuré par son épouse lundi soir à Gafsa, ville minière du centre du pays.

Les soutiens de M. Karoui ont accusé M. Chahed, 43 ans, d'en être l'instigateur.

Le gouvernement de M. Chahed avait présenté une loi éliminant M. Karoui de la course, mais cet amendement, voté au Parlement, n'a pas été promulgué par Essebsi.

Le Premier ministre a nié tout lien avec l'arrestation de M. Karoui, affirmant que celle-ci avait renforcé la popularité de cette personnalité médiatique, en campagne depuis des mois à coups d'opérations de bienfaisance dont sa chaîne Nessma TV s'est largement fait l'écho.

"Election ouverte"

MM. Chahed et Karoui, ainsi qu'au moins quatre autres candidats, sont issus ou proches du parti séculariste Nidaa Tounes, qui avait servi de rampe de lancement à Essebsi en 2014.

Ce rassemblement de mouvements hétéroclites autour d'une plateforme commune anti-islamiste est aujourd'hui en miettes, décimé par des luttes de clans.

De son côté, le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, principale formation au Parlement, présente pour la première fois son propre candidat, le président par intérim de l'Assemblée (ARP), Abdelfattah Mourou, qui a débuté sa campagne lundi à Sfax (est).

Cet avocat septuagénaire à la verve appréciée porte l'habit traditionnel tout en prônant l'ouverture du parti.

Pour le politologue Hamza Meddeb, il y a une possibilité sérieuse que M. Mourou "soit au second tour". "La grande inconnue sera son rival vu la fragmentation du paysage 'séculariste', ça pourrait être Nabil Karoui, Youssef Chahed, ou Abdelkrim Zbidi", ancien ministre de la Défense.

M. Zbidi, technocrate sexagénaire, est sorti de l'ombre après avoir été appelé au chevet d'Essebsi, qui l'a placé sur la liste de ses successeurs potentiels.

Un universitaire indépendant néophyte en politique, Kais Saïed, s'est fait une place en haut des enquêtes d'opinion mais, à défaut de soutien partisan, difficile d'évaluer son poids.

Plusieurs anciens ministres et Premiers ministres -comme Mehdi Jomaa, ex-chef d'un gouvernement de technocrates, ou Hamadi Jebali, un dissident d'Ennahdha- sont également dans la course, ainsi qu'une pasionaria anti-islamiste, Abir Moussi.

"C'est une élection ouverte et elle restera probablement ouverte au second tour", avance M. Meddeb.

Les législatives ont été maintenues au 6 octobre. Le second tour de la présidentielle doit avoir lieu avant le 13 octobre, selon l'Isie.

Ces élections doivent permettre à la Tunisie de poursuivre son processus démocratique, qui a tenu bon malgré un malaise économique et social persistant et une situation sécuritaire difficile --avec des dizaines de morts lors d'attentats en 2015-2016.

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Nouvelle demande de libération du candidat à la présidentielle Nabil Karoui

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Présidentielle en Tunisie : chambardement politique en vue

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Deux candidats anti-système se disent qualifiés pour le second tour de la présidentielle en Tunisie

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Chambardement politique en vue à la présidentielle

Des électeurs, faisant la queue pour accomplir leur devoir de citoyen, le dimanche 15 septembre 2015.

Un publicitaire en prison contre un universitaire sans parti politique: les deux premières places de l'élection présidentielle en Tunisie ont été revendiquées par des candidats "anti-système", mais les résultats n'ont pas été confirmés officiellement.

Si le scenario se confirme, il s'agit d'un coup de tonnerre qui sanctionne la classe politique tunisienne au pouvoir depuis la révolution de 2011 et ouvre une période d'immense incertitude dans le pays pionnier du printemps arabe.

Le scrutin, pour lequel s'affrontaient 26 candidats, s'est déroulé sur fond de grave crise sociale et économique, et dans une atmosphère de rejet des élites politiques.

Nabil Karoui, homme d'affaires en prison sous le coup d'une enquête pour blanchiment et fraude fiscale, et Kais Saied, commentateur politique et constitutionnaliste, deux outsiders se présentant comme des candidats "anti-système", ont revendiqué leur qualification dimanche soir, sur la foi de deux sondages d'instituts privés tunisiens.

Mais l'Isie, l'instance des élections, n'a pas donné de chiffres officiels, prévus au plus tard mardi. Elle n'a fourni que la participation, 45,02%, un faible taux au regard des 64% du premier tour de la présidentielle en 2014.

Selon les instituts privés Sigma Conseil et Emrhod, Kais Saied est arrivé en tête avec environ 19% des voix devant Nabil Karoui, crédité de quelque 15% des suffrages. Le candidat du parti d'inspiration islamiste Ennahda, Abdelfattah Mourou, est donné troisième avec 11 à 12,5% des voix.

Ennahda a souligné que seule l'Isie était habilitée à donner des résultats. "Nos propres résultats diffèrent, mais nous allons attendre d'en être sûrs", a déclaré dimanche soir le député d'Ennahdha Samir Dilou.

Le Premier ministre Youssef Chahed, qui s'annonce comme un des grands perdants du scrutin, s'est inquiété pour sa part de la faible participation, "mauvaise pour la transition démocratique", et a mis en cause la fragmentation de son camp libéral et centriste.

- Scènes de liesse -

Des scènes de liesse se sont déroulées peu après la fermeture des bureaux de vote devant le quartier général de M. Karoui. Sa femme, Salwa Smaoui, a lu une lettre du candidat incarcéré, saluant "un jour exceptionnel pour la démocratie et pour l'histoire du pays".

"Nous espérons qu'il sera libéré demain et qu'il pourra mener campagne de façon équitable", a ajouté Mme Smaoui.

M. Karoui, 56 ans, est derrière les barreaux depuis le 23 août, et la justice a refusé par trois fois ses demandes de libération. Si sa qualification au 2e tour se confirme, il s'agira d'une situation sans précédent dans le monde pour une présidentielle.

Fondateur de la chaîne privée Nessma, taxé de "populiste" par ses détracteurs, il a bâti sa popularité en organisant des opérations caritatives dans les régions défavorisées du pays, abondamment relayées par Nessma.

Autre ambiance du côté du QG de Kais Saied, 61 ans, surnommé "Robocop" en raison de sa diction rigide et de son visage impassible. Réuni avec son équipe de campagne dans un petit appartement du centre de Tunis, M. Saied s'est dit conscient d'avoir "une grande responsabilité". "Je suis le premier du premier tour, et si je suis élu président j'appliquerai mon programme", a-t-il déclaré à l'AFP.

Ce constitutionnaliste très conservateur, connu des Tunisiens pour avoir commenté la scène politique sur les plateaux de télévision depuis la révolution de 2011, n'a aucune structure pour le soutenir et n'avait jamais participé à une campagne électorale. Il a multiplié les déplacements dans le pays au cours des dernières semaines.

- "Où sont les jeunes ?" -

Le scrutin semble notamment avoir été marqué par une désaffection des jeunes, un électorat crucial que le président de l'Isie, Nabil Baffoun, avait exhorté à se rendre aux urnes, dans une déclaration véhémente une heure avant la fin des opérations.

"Mais où sont les jeunes ? Il s'agit de leur patrie, de leur avenir", s'était ainsi énervé un électeur sexagénaire, Adil Toumi, dans un bureau de Tunis.

"C'est le signe d'une désaffection très profonde vis à vis d'une classe politique qui n'a pas répondu aux attentes économiques et sociales", a déclaré à l'AFP le politologue Hamza Meddeb. "Le dégoût de la classe politique semble se traduire par un vote pour des outsiders", a-t-il ajouté.

Les Tunisiens sont avant tout préoccupés par la crise sociale dans un pays sous perfusion du Fonds monétaire international (FMI), où le chômage est de 15% et l'inflation frôle les 7%.

Le scrutin s'est déroulé dans le calme. Des milliers d'observateurs ont été déployés par les partis et des institutions internationales dans les bureaux de vote. Ils n'ont pas fait état d'infractions majeures dimanche soir.

Avec AFP

Election présidentielle tunisienne ce dimanche

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