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Côte d'Ivoire

Opération de com' pour le roi de Grand Bassam contesté

Awoulae Tanoe Amon, roi du Grand Bassam et président de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels au Palais Royal de Grand Bassam le 4 novembre 2017.

Au son des tambours, le roi Amon Tanoé de Grand Bassam entre dans la salle de réception de son palais remplie de monde et s'assoit sur son spectaculaire trône sculpté dans une mâchoire de baleine. A l'extérieur, la police veille.

Drapé dans un boubou de riche tissu blanc veiné de gris, entouré de ses conseillers, sa majesté Amon Tanoé, roi des N'Zima, recevait mercredi un témoignage de "soutien et de solidarité" des autres chefs traditionnels de la ville, cité balnéaire réputée de Côte d'Ivoire, à 30 km d'Abidjan.

Le roi est contesté par son peuple pour avoir pris position en faveur du candidat du pouvoir à l'élection municipale il y a trois semaines, sortant de son rôle traditionnellement apolitique.

Cité historique de Côte d'Ivoire, dont elle fut la première capitale pendant la période coloniale, Grand Bassam, 100.000 habitants, est le théâtre d'une bataille politique entre les deux principaux partis politiques du pays, qui revendiquent chacun la victoire.

Dans la grande salle du palais royal et sur les terrasses qui la bordent, des centaines de personnes habillées de blanc, couleur de paix, assistent à la cérémonie.

Dimanche, des manifestants habillés de rouge, couleur de colère, avaient hué le roi.

Par crainte de nouveaux troubles, plusieurs centaines d'hommes des forces de l'ordre quadrillaient la vieille ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Un dispositif impressionnant, donnant à la cité bâtie sur une langue de sable entre lagune et océan des airs d'état de siège, contrastant avec l'atmosphère alanguie qui y règne d'ordinaire.

Discours, danses, remise de présents se succèdent pendant deux heures. Visage grave, regard perçant, Amon Tanoé reste silencieux, car la tradition veut que le roi ne s'exprime pas en public. Son porte-parole remercie en son nom.

Ancien diplomate, Amon Tanoé est aussi le président de la Chambre des rois et chefs traditionnels de Côte d'Ivoire, un poste officiel où il a été nommé par le président Alassane Ouattara. Ce qui renforce l'enjeu politique de sa contestation.

Devant le roi, un homme de haute stature, le "porte-canne", tient un sceptre, symbole de pouvoir : un grand bâton sculpté orné d'une tête de lion, surmonté d'un canari (récipient en terre cuite) rempli des symboles des sept familles de l'ethnie N'Zima de Grand-Bassam.

Grand Bassam, épicentre des contestations post-électorales en Côte d'Ivoire
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'Y avait quoi là-bas ?'

A trois cents mètres du palais, sur la place de l'Abissa, un groupe d'hommes N'Zima qui jouent au dames considèrent avec ironie la cérémonie.

"Y avait quoi là-bas (au palais) ? On n'est pas au courant, on n'était pas convoqué", dit l'un.

"C'est avec son peuple qu'il doit régler le conflit, pas avec des soutiens venus de l'extérieur", juge un autre.

Tous estiment qu'il n'y avait pas de N'Zima dans la salle, mais seulement des Dioulas du nord de la ville. Les Dioulas sont originaires du nord de la Côte d'Ivoire, la région du président Ouattara.

"Au lieu d'appeler son peuple pour parler avec lui, le Roi vient avec des policiers et des militaires qui nous envoient du piment dans les yeux (gaz lacrymogène)", s'indigne une vieille dame.

Un autre homme note l'absence, au côté du roi, de la reine mère, détentrice de l'essence du pouvoir chez ce peuple à la culture matrilinéaire.

En raison du conflit, la grande fête annuelle de l'Abissa, une des principales attractions touristiques de Côte d'Ivoire, qui devait se dérouler début novembre, n'aura pas lieu, chacun en est convaincu. Et tant pis pour les pertes économiques.

"On n'est pas content de l'annulation de l'Abissa, mais on mène une lutte", explique le tenancier d'un bar de la place.

Les N'Zima sont majoritairement favorables au maire sortant Georges Ezaley, du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, opposition), qui ne reconnaît pas sa défaite annoncée par la commission électorale face à Jean-Louis Moulot, candidat du parti au pouvoir, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Les deux camps s'accusent mutuellement de fraude, dans cette ville qui fut longtemps un fief du PDCI, et d'où est originaire le vice-président de la République Daniel Kablan Duncan, officiellement membre du PDCI mais en pratique très proche du président Alassane Ouattara.

Des violences avaient eu lieu au moment de la proclamation des résultats et depuis, des escarmouches quasi-quotidiennes opposent des jeunes N'Zima à la police.

Avec AFP

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Le représentant de l'ONU appelle a une présidentielle ivoirienne "pacifique et inclusive"

Le représentant de l'ONU appelle a une présidentielle ivoirienne "pacifique et inclusive"
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Laurent Gbagbo doit être candidat à la présidentielle ivoirienne, tranche un tribunal

Le président ivoirien Laurent Gbagbo (à g.) et le général Philippe Mangou, chef des armées, lors du 49e anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, à Abidjan le 7 août 2009. (Photo REUTERS/Luc Gnago)

La Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples a tranché vendredi contre l'exclusion de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo de l'élection présidentielle ivoirienne du 31 octobre.

La Cour, qui est basée à Arusha (Tanzanie), ordonne à l'Etat ivoirien de "prendre toutes mesures nécessaires en vue de lever immédiatement tous les obstacles" empêchant M. Gbagbo de participer au scrutin.

L'ancien chef d'Etat (2000-2010) ne figure pas sur les listes électorales révisées cette année, il ne peut donc ni voter, ni être candidat.

Selon les autorités ivoiriennes, cette décision fait suite à la condamnation de M. Gbagbo par contumace en 2018 par la justice ivoirienne, à 20 ans de prison, liée aux événements de la crise post-électorale de 2010-2011.

Pour Ouattara, les candidatures de Gbagbo et Soro sont des "provocations".
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Le Conseil constitutionnel ivoirien a rejeté sa candidature à la présidentielle déposée par ses partisans, lui-même ne s'étant pas exprimé sur le sujet.

La Cour africaine ordonne également à l'Etat ivoirien de "suspendre la mention de la condamnation pénale du casier judiciaire" de M. Gbagbo.

Acquitté en première instance de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale, M. Gbagbo, 75 ans, ne peut pas rentrer en Côte d'Ivoire, les autorités ivoiriennes refusant, selon ses avocats, de lui délivrer un passeport.

La Cour africaine des droits de l'Homme a déjà prononcé un jugement similaire condamnant l'Etat ivoirien pour un autre opposant, l'ex-chef rebelle et ancien Premier ministre Guillaume Soro, dont la candidature avait aussi été rejetée par le Conseil constitutionnel après une condamnation par la justice.

La CADHP est un tribunal créé par l'Union africaine. Elle est composée de 11 juges. La Côte d'Ivoire ne reconnait pas son autorité.

Le CNDH s'inquiète des "graves menaces sur la paix sociale"

Des soutiens de Laurent Gbagbo à Abidjan, le 1er septembre 2020.

Le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), organisme public de Côte d'Ivoire, s'est inquiété jeudi de "graves menaces sur la paix sociale" à l'approche de l'élection présidentielle fin octobre et a appelé à un "dialogue inclusif", dans un communiqué.

Précisant avoir rencontré ces derniers jours les responsables des principaux partis d'opposition ainsi que du parti au pouvoir, le CNDH exprime sa "vive préoccupation" face à une situation socio-politique "qui crée assurément les conditions de graves violations des droits de l'Homme et fait peser de graves menaces sur la paix sociale" en Côte d'Ivoire.

Alors que de nombreux militants d'opposition et d'ONG ont été arrêtés ces derniers mois, le CNDH, qui est un organe consultatif pour le gouvernement, demande des "mesures pour garantir (...) l'exercice des libertés publiques par l'ensemble des forces politiques de la Nation" et appelle à "l'ouverture d'un dialogue pressant et inclusif" pour "trouver des solutions consensuelles durables".

Le CNDH demande aussi "l'ouverture d'enquêtes sur les allégations de violences constitutives de violations des droits de l'Homme".

La crainte de violences meurtrières est forte dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, dix ans après la crise post-électorale née de la présidentielle de 2010 qui avait fait 3.000 morts.

Des violences, dans le sillage de l'annonce de la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat controversé, ont fait une quinzaine de morts en août dans le pays.

Une figure de la société civile ivoirienne, Pulcherie Gbalet, qui avait appelé en août à des manifestations contre un troisième mandat du président Ouattara, est incarcérée depuis un mois.

Justin Koua, président de la jeunesse de l'opposition FPI-pro Gbagbo a été arrêté, il y a une semaine sur son lieu de travail à Korhogo (Nord) et transféré quelques jours après dans une prison à Bouaké (centre), a déploré son parti.

Mercredi, une dizaine de proches de l'ancien chef rebelle et ex-Premier ministre Guillaume Soro, dont la candidature à la présidentielle du 31 octobre n'a pas été retenue par le Conseil constitutionnel, ont été libérés après neuf mois de prison.

Pour Ouattara, les candidatures de Gbagbo et Soro sont des "provocations".

Pour Ouattara, les candidatures de Gbagbo et Soro sont des "provocations".
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ADO: "La place de Guillaume Soro n’est pas dans la campagne électorale, mais en prison"

Le président ivoirien Alassane Ouattara descend de l’avion à son retour d’Accra, accueilli au bas de l’échelle par Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, à Abidjan, Côte d’Ivoire, 7 janvier 2017. Crédit : Présidence de la Côte d’Ivoire/Twitte

Le président ivoirien Alassane Ouattara, candidat à un troisième mandat controversé, a estimé que les candidatures de son prédécesseur Laurent Gbagbo et de l'ex-Premier ministre Guillaume Soro à la présidentielle du 31 octobre étaient des "provocations". 

"Soro, comme Gbagbo, a été écarté car son casier judiciaire n’est pas vierge. Tous deux le savaient parfaitement: leurs candidatures relèvent de la provocation", a affirmé le président Ouattara dans entretien publié jeudi par l'hebdomadaire français Paris Match.​ "La place de Guillaume Soro n’est pas dans la campagne électorale, mais en prison", a-t-il ajouté.

"Ce jeune homme, enivré par l’argent et le pouvoir, a simplement perdu la tête", a-t-il même lancé, en parlant de M. Soro, âgé de 47 ans.

Le Conseil constitutionnel a rejeté le 14 septembre les candidatures de MM. Soro et Gbagbo à la présidentielle (ainsi que 38 autres des 44 candidatures) parce que les deux hommes avaient été condamnés à des peines de prison par la justice ivoirienne.

M. Soro, qui est en France, a été condamné à 20 ans de prison pour recel de détournement de deniers publics et fait l'objet d'une procédure pour tentative d'insurrection.

L'ancien président Gbagbo, acquitté en première instance par la Cour pénale internationale (CPI) et dans l'attente d'un éventuel procès en appel, a lui été condamné à 20 ans de prison dans l'affaire dite du "braquage de la BCEAO", la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest, lors de la crise de 2010-2011.

Au grand dam des opposants qui estiment que sa candidature est une "forfaiture", le Conseil constitutionnel a validé celle de M. Ouattara. La Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels, mais le Conseil constitutionnel a estimé que l'entrée en vigueur d'une nouvelle Constitution en 2016 a remis le compteur à zéro pour le chef de l'Etat.

"C’est un sacrifice. Et ce dernier mandat – si, comme je l’espère, je suis réélu – sera un sacerdoce", assure-t-il.

Le président a balayé toute idée de reporter le scrutin malgré les menaces de boycott de l’opposition, qui a appelé à la désobéissance civile: "Seuls des candidats qui savent qu’ils seront battus peuvent avoir envie de se retirer".

La crainte de violences meurtrières est forte dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, dix ans après la crise post-électorale née de la présidentielle de 2010 qui avait fait 3.000 morts, après le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara.

Des violences, dans le sillage de l'annonce de la candidature du président Ouattara, ont fait une quinzaine de morts en août dans le pays.

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