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Guinée

Nouvelle grande mobilisation contre un 3e mandat d'Alpha Condé

Le leader de l'opposition guinéenne Cellou Dalein Diallo le 7 novembre 2019 à Conakry

L'opposition guinéenne a maintenu lundi la pression contre la volonté prêtée au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat au cours de manifestations à travers le pays, pendant que le chef de l'Etat promettait des lendemains radieux à ses partisans en effectuant une visite en province.

"Non à une nouvelle Constitution", "Non à un 3e mandat pour Alpha Condé", pouvait-on lire sur des banderoles déployées dans un cortège de milliers de manifestants vêtus de rouge, en signe de colère, qui a défilé dans Conakry.

Les principaux opposants guinéens, dont les ex-Premiers ministres Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, ont pris part à cette marche organisée par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC).

Réunissant des organisations de la société civile et des partis d'opposition, le FNDC mène une contestation qui a fait descendre les Guinéens par dizaines ou centaines de milliers dans la rue quasiment toutes les semaines depuis octobre.

"La marche d'aujourd'hui s'inscrit sous le signe de l'ultimatum", a déclaré lundi à l'AFP le responsable national du FNDC, Abdourahmane Sanoh. Dès le 13 janvier, l'opposition compte multiplier les protestations quartier par quartier à travers le pays, a-t-il précisé.

Pendant ce temps, le président a effectué une visite dans la ville de Kindia (ouest), où la population lui a réservé un "accueil chaleureux", a-t-il affirmé sur Twitter. Pour éviter des incidents pendant ce déplacement, une marche de l'opposition a été reportée après l'intervention de responsables locaux, notamment religieux, selon des sources concordantes.

"Je vous promets que ce que vous n'avez pas pu avoir, vos enfants l'auront. La Guinée va avancer, le soleil de la Guinée s'est levé", a promis Alpha Condé à ses partisans, qui portaient des pancartes réclamant une nouvelle Constitution pour assurer le "développement de la Guinée".

Dans ses voeux de nouvel an, le chef de l'Etat guinéen, élu en 2010 et réélu en 2015, a réitéré son projet d'organiser des législatives le 16 février, malgré les appels au boycott de l'opposition, et confirmé sa volonté de soumettre à la population un projet de réforme de la Constitution qui ouvrirait la voie à une candidature pour un troisième mandat.

Des manifestations ont également eu lieu lundi dans plusieurs villes du pays, dont Labé, Pita, Dalaba, Mamou Boké, Dabola, Télimélé, Fria ou Bofa, selon des témoins interrogés par l'AFP et le ministère de la Sécurité.

Dans l'est du pays, la situation a dégénéré à Kankan, où des affrontements entre partisans du pouvoir et opposants ont fait "au moins 12 blessés", selon des sources sécuritaire et médicale. Dans un communiqué, le ministère de la Sécurité a fait état d'un blessé.

"Des maisons et des commerces appartenant à des peuls, ainsi que le siège du parti ont été vandalisés par des militants du Rassemblement pour le peuple de Guinée" (RPG, au pouvoir), a déclaré à l'AFP Cheick Mohamed Kaba, un responsable de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), parti d'opposition dont les membres sont majoritairement issus de la communauté peule.

A Kamsar (nord-ouest), les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, selon un responsable local du FNDC, Alpha Diallo.

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Trois civils tués dans de nouveaux affrontements

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Guinée: trois civils tués dans de nouveaux affrontements

Des policiers et des manifestants lors d'une manifestation à Conakry, en Guinée, le 22 mars 2018. (VOA/Zakaria Camara)

Trois civils ont été tués jeudi au cours d'affrontements entre habitants et forces de sécurité à Labé (centre), l'un des foyers de la protestation en cours depuis trois mois en Guinée, a indiqué le maire de la ville.

Le collectif qui mène le mouvement n'avait pas appelé à la mobilisation jeudi. Mais les tensions sont demeurées fortes à Labé, livrée aux affrontements selon son maire.

"La ville est en ébullition depuis ce matin, les populations se sont révoltées", a déclaré Mamadou Aliou Laly Diallo, joint au téléphone par l'AFP.

"Il y a deux morts par balle", a-t-il ajouté, estimant le nombre des blessés à au moins une dizaine et imputant les tirs aux forces de sécurité. Aucun commentaire n'a été obtenu de ces dernières.

Une troisième personne a ensuite été tuée par balle, selon la même source. Les forces de l'ordre ont tiré sur une ambulance et tué son conducteur qui partait dans une mosquée de Labé pour transporter le corps d'une des deux précédentes victimes, a précisé le maire Diallo.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent un usage excessif de la force de leur part et une impunité quasiment totale.

La personne d'Alpha Condé est au coeur de l'agitation. Opposant historique qui connut l'exil et la prison, il a été le premier président démocratiquement élu en 2010, réélu en 2015. Son avènement a marqué l'instauration d'un gouvernement civil après des décennies de régimes autoritaires et militaires.

Mais, depuis mi-octobre, un collectif de partis d'opposition, de syndicats et de membres de la société civile a fait descendre à plusieurs reprises des dizaines ou des centaines de milliers de personnes dans la rue.

Il réclame que M. Condé renonce au projet qu'elle lui attribue de se représenter fin 2020 alors que la Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

M. Condé, 81 ans, se garde depuis des mois de se prononcer clairement.

L'opposition proclame que le mouvement est pacifique. Mais il a donné lieu à des heurts à plusieurs reprises. Les tensions sont montées d'un cran mi-janvier avec l'appel du collectif à une mobilisation "illimitée".

Les protestataires ont depuis attaqué des gendarmeries, des postes de police et des bâtiments publics. Des scènes de saccage ont été rapportées, et des officiels évacués pour échapper aux violences.

La situation est suivie attentivement par la communauté internationale, inquiète de l'évolution tant la Guinée est coutumière des protestations et des répressions violentes.

Ce petit pays de 13 millions d'habitants, pauvre malgré d'importantes ressources minières, est en proie depuis mi-octobre à une vive contestation contre le projet prêté au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat fin 2020. Avant jeudi, au moins 23 civils et un gendarme avaient trouvé la mort dans les violences.

Procès du massacre de Conakry: la CPI presse la Guinée d'accélérer le mouvement

Le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir, le 2 octobre 2009 à Conakry. CRÉDITS : REUTERS

La Cour pénale internationale a salué jeudi le début des travaux du tribunal censé juger les auteurs présumés du massacre de 2009 à Conakry, et pressé la Guinée d'accélérer le mouvement pour que ce procès tant attendu ait bien lieu en juin.

Le 28 septembre 2009, des militaires avaient tué au moins 157 personnes et violé 109 femmes dans le stade de Conakry où étaient rassemblés des milliers d'opposants à la candidature à la présidentielle du chef de la junte de l'époque, Moussa Dadis Camara, selon une commission internationale d'enquête de l'ONU.

L'instruction judiciaire est close depuis fin 2017. Treize militaires et un civil sont inculpés, selon un avocat des victimes, Me Alpha Amadou Bah. Mais plus de dix ans après, le procès se fait toujours attendre au grand dam des proches et des défenseurs des droits humains.

Le gouvernement guinéen se dit résolu à juger les responsables. Il a jusqu'alors invoqué les procédures en cours et les arrangements matériels nécessaires à la tenue du procès. Mais il a posé le 13 janvier la première pierre de la future salle d'audience à Conakry.

Le ministre de la Justice, Mohamed Lamine Fofana, avait indiqué en octobre à des représentants de la Cour pénale internationale que le procès "devrait s'ouvrir au plus tard en juin 2020", avait rapporté la CPI. Il a redit cette semaine, devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU qui examinait la situation en Guinée, que le procès était "estimé pour se tenir en juin", selon le texte de son intervention.

Dans un communiqué, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, rappelle que le massacre de 2009 est au cœur de l'examen préliminaire mené par ses services sur la situation en Guinée.

Elle qualifie de "pas important" la pose de la première pierre de la salle d'audience. Mais l'échéance de juin "approchant rapidement, il est crucial que les autorités locales et toutes les autres parties prenantes mènent promptement les préparatifs nécessaires restants et accélèrent les efforts pour que le procès commence dans les délais impartis", dit-elle.

"La Guinée peut et doit faire la démonstration de sa volonté et de sa capacité à mener à bien les efforts pour que les horribles évènements de septembre 2009 ne restent pas impunis", dit-elle.

L'ONG Human Rights Watch a elle aussi salué dans un communiqué la pose de cette première pierre. Mais la tenue du procès pourrait rencontrer de "nouveaux obstacles", dit-elle en invoquant l'intense contestation en cours en Guinée contre le projet prêté au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat, et la répression à laquelle elle donne lieu.

"Par le passé, des épisodes d'instabilité politique ont significativement ralenti l'enquête" sur le massacre, souligne-t-elle.

Nouvelles manifestations à l'appel du FNDC

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Les législatives prévues le 16 février

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