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Quand la télévision fait état des excuses de 2 ex-présidents à Condé

Des policiers et des manifestants lors d'une manifestation à Conakry, en Guinée, le 22 mars 2018. (VOA/Zakaria Camara)

Deux anciens présidents africains menant une mission en Guinée agitée par la contestation ont-ils présenté des excuses au président Alpha Condé ? L'une des organisations qui les a envoyés s'est inscrite en faux lundi contre des affirmations en ce sens de la télévision nationale.

Les anciens présidents du Nigeria Goodluck Jonathan (2010-2015) et du Bénin Nicéphore Soglo (1991-1996) ont conduit la semaine passée une mission d'évaluation en vue des élections législatives prévues en février 2020.

La Guinée est en proie depuis mi-octobre à l'agitation et aux manifestations contre le projet prêté au président Condé, élu en 2010 et réélu en 2015, de briguer sa propre succession fin 2020 et de réviser à cette fin la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

La mission commandée par le National Democratic Institute (NDI), ONG basée à Washington et œuvrant aux pratiques démocratiques, et la fondation Kofi Annan établie à Genève avait pour objet d'évaluer la situation et de formuler des recommandations pour éviter des violences électorales, selon ses organisateurs.

La communauté internationale s'inquiète du risque d'escalade dans un pays à l'histoire tourmentée, coutumier des protestations et des répressions brutales. Les protestations en cours depuis octobre ont été brutalement réprimées à plusieurs reprises. Au moins 20 civils ont été tués, ainsi qu'un gendarme. Des dizaines de personnes ont été arrêtées.

La mission a rencontré les responsables du gouvernement, dont le président, de l'opposition, des partis et de la société civile.

Contre toute attente, la Radio Télévision Guinéenne a affirmé dans son journal samedi soir que le président Condé avait reçu ses deux ex-homologues avant leur départ et avait "exprimé sa surprise" de les voir en Guinée "sans aucune information officielle".

Les deux hommes ont formulé "leurs regrets et ont reconnu avoir été manipulés par NDI et la fondation Kofi Annan. Des excuses ont été présentées sur la démarche", a dit la télévision nationale, proche du pouvoir.

Christopher Fomunyoh, un responsable du NDI et membre de la délégation joint par l'AFP, a refusé de commenter ces affirmations en invoquant son refus de détourner l'attention d'enjeux importants. Mais il assuré que la mission avait été conduite de "manière transparente, en coordination avec les autorités guinéennes".

La mission avait publié ses recommandations vendredi. La première préconisait que le gouvernement clarifie ses positions sur la Constitution.

A 81 ans, M. Condé, ancien opposant historique qui fut le premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires et militaires, entretient le flou sur ses intentions, mais a lancé en septembre des consultations sur la Constitution.

La fondation Kofi Annan n'a pas répondu aux questions de l'AFP.

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L'opposition guinéenne publie une liste de gens à exclure de la transition

Des soldats de la junte traversent un hôtel lors d'une réunion avec des représentants de haut niveau de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), à Conakry, en Guinée, le 17 septembre 2021.

"On les considère comme étant des présumés auteurs ou co-auteurs du putsch constitutionnel".

La coalition qui a animé la mobilisation contre le troisième mandat du président guinéen désormais déchu Alpha Condé a publié vendredi une liste d'une centaine de personnes dont elle réclame l'exclusion des affaires publiques et de la transition.

Sur cette liste figurent beaucoup de membres de l'ancien gouvernement - dont l'ex-Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et l'ex-ministre de la Défense Mohamed Diané - des commandants de police et de gendarmerie, des juges - dont le président de la Cour constitutionnelle - des procureurs, des gouverneurs et préfets.

Tous sont accusés par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), coalition de mouvements politiques et de la société civile, d'avoir permis à M. Condé d'obtenir un troisième mandat controversé en octobre 2020 à la tête de ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Ils sont passibles de poursuites "devant une juridiction compétente de l'Union africaine" (UA), a déclaré un des dirigeants du FNDC, Ibrahima Diallo, lors d'une conférence de presse.

"Pour le moment, on les considère comme étant des présumés auteurs ou co-auteurs du 'putsch constitutionnel', des personnes à extirper de tout processus de retour à l'ordre constitutionnel, en attendant que la justice se prononce", a-t-il précisé.

La liste, précédée d'un texte appelant à ce que toutes les personnes citées soient "bannies de la transition", devait ensuite être remise au colonel Mamady Doumbouya, chef de la junte, le "Comité national du rassemblement et du développement" (CNRD).

Avant le coup d'Etat du 5 septembre contre M. Condé, le colonel Doumbouya et le commandant de la gendarmerie pour la région de Conakry, le colonel Balla Samoura, tous deux membres de la junte, figuraient sur des listes similaires du FNDC en tant que responsables de la répression du régime Condé.

"Au début de notre combat, nous avions appelé l'armée à prendre ses responsabilités et se ranger derrière les aspirations du peuple de Guinée. C'est ce que les deux ont fait et sur la base de cela, nous avons décidé de les rayer de la liste", a expliqué M. Diallo.

M. Condé a fait adopter par referendum en mars 2020 une nouvelle Constitution et a invoqué ce changement de loi fondamentale pour se représenter après deux mandats, malgré des mois de contestation réprimée dans le sang. Sa réélection vigoureusement contestée par l'opposition avait été précédée et suivie par de nombreuses arrestations.

La junte guinéenne continue d'affirmer son autorité

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Pas d'exil en perspective pour l'ancien président guinéen Alpha Condé

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La junte guinéenne s'affirme face aux exigences de la CEDEAO

Des soldats de la junte traversent un hôtel lors d'une réunion avec des représentants de haut niveau de la Cédéao, à Conakry, en Guinée, le 17 septembre 2021.

La junte en Guinée affirmait son autorité samedi, presque deux semaines après le putsch, repoussant pour le moment les demandes de libération de l'ex-président Alpha Condé et les exigences d'élections dans les six mois, au nom de la "volonté du peuple".

Depuis vendredi soir, la junte formée lors du putsch du 5 septembre, le "Comité national du rassemblement et du développement" (CNRD), désigne son chef, le colonel Mamady Doumbouya, comme "président de la République et chef de l'Etat".

Le CNRD a détaillé samedi lors de sa toute première conférence de presse la réponse du colonel Doumbouya aux exigences de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) qu'étaient venus lui exposer la veille les présidents ghanéen Nana Akufo-Addo et ivoirien Alassane Ouattara.

"Il a été rappelé par le président de la République à ses hôtes qu'il était important que la Cédéao écoute les aspirations légitimes du peuple de Guinée", a déclaré un porte-parole du CNRD, le colonel Amara Camara, au sujet de l'organisation d'élections dans les six mois, réclamée par l'organisation régionale.

Le colonel Doumbouya a souligné la nécessité de ne pas rééditer les "erreurs du passé", rappelant qu'une concertation nationale pour tracer les grandes lignes de la transition que conduira un futur "gouvernement d'union nationale" avait débuté mardi et que "seul le peuple souverain de Guinée décidera de son destin", a ajouté le colonel Camara.

"Il est aussi clair pour toutes les parties que l'ancien président demeurera en Guinée au lieu du choix du CNRD", a précisé le porte-parole.

Dès vendredi soir, le CNRD affirmait "que l'ancien président de la République, le professeur Alpha Condé, est et demeurera en Guinée", dans un communiqué lu à la télévision publique.

"Nous ne céderons à aucune pression", assurait la junte, expliquant vouloir balayer des "rumeurs" de négociations avec la Cédéao pour une sortie du pays de M. Condé, dont la communauté internationale réclame la libération depuis le putsch.

La visite de la délégation de la Cédéao faisait suite à un sommet extraordinaire de l'organisation jeudi au Ghana, qui en assure la présidence tournante, au terme duquel les dirigeants ouest-africains ont exigé "la tenue, dans un délai de six mois, des élections présidentielle et législatives".

- "Sentinelle de la démocratie" -

Le CNRD a par ailleurs annoncé que la concertation nationale continuerait la semaine prochaine, notamment lundi avec des rencontres avec les acteurs culturels, les associations de presse et celles du secteur informel.

La junte a encore gagné en popularité samedi à l'occasion du retour d'exil de quatre figures de la mobilisation contre un troisième mandat de M. Condé.

L'arrivée à l'aéroport de ces quatre militants du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), coalition de mouvements politiques et de la société civile qui a mené la contestation contre le troisième mandat a été saluée par des cris de "liberté! liberté!", mais aussi "merci au colonel Doumbouya !".

Dans la transition à venir, "le FNDC sera là comme sentinelle de la démocratie", a assuré l'un d'entre eux, Ibrahima Diallo.

De leur côté, des organisations de défense des droits humains se disant "préoccupées pour le respect des principes démocratiques et de l'Etat de droit" ont appelé le CNRD à "communiquer dans les meilleurs délais une feuille de route de la transition qui tient compte de toutes les propositions issues des concertations".

Dans un communiqué elles "exhortent la junte à inscrire la lutte contre l'impunité des crimes de sang et économiques parmi les priorités du prochain gouvernement de la transition".

Le colonel Doumbouya n'a encore donné aucune indication sur le possible contenu de la transition, sa durée, quel rôle les militaires y joueraient, ni comment seraient organisées des élections. Mais il a affiché sa volonté d'une "refondation" de l'Etat, entreprise difficilement conciliable avec un délai de six mois.

La Cédéao hausse le ton contre les militaires au Mali et en Guinée

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