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Nigeria

Les déplacés de Boko Haram renvoyés "dans la gueule du loup"

Un camion rempli de bergers a été arrêté avant d'arriver à Lagos à l'Ojodu-Berger à Lagos, le 4 mai 2020, en provenance de Zamfara et de l'État de Kano, l'épicentre du coronavirus au nord du Nigeria.

Les autorités de l'Etat du Borno, région du nord-est du Nigeria qui compte à elle seule deux millions de déplacés du conflit contre les jihadistes de Boko Haram, souhaitent les renvoyer chez eux, mais l'insécurité permanente après plus de dix ans d'insurrection rend ce retour toujours impossible.

Fin septembre des centaines de résidents de Baga, grande ville sur les rives du lac Tchad, ont été invités à rentrer chez eux, six ans après une attaque particulièrement sanglante et la prise de la ville par les insurgés.

Ce rapatriement de population, tant attendu par les déplacés eux-mêmes, qui vivent depuis 2014 entassés dans des camps insalubres, sans eau potable et avec peu de distributions alimentaires, devait être un moment important et solennel.

Le gouverneur de l'Etat du Borno, Babagana Umara Zulum, avait d'ailleurs fait le déplacement pour les accueillir dans la ville, qu'il assurait sécurisée par l'armée nigériane.

La journée a fini en bain de sang: les combattants du groupe Etat Islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), branche de Boko Haram affiliée à l'EI, ont mené une embuscade sur le convoi du gouverneur, faisant au moins 30 morts parmi les membres de sa sécurité et les civils. C'était la troisième embuscade menée contre lui depuis son arrivée au pouvoir l'année dernière.

Fin août, les insurgés avaient pris en otages des centaines de civils à Kukawa, dans la région du lac Tchad, alors qu'ils venaient d'être relogés chez eux, deux ans après avoir fui les violences.

Ces "rapatriements" des populations civiles sont une priorité des autorités de l'Etat du Borno depuis plusieurs années.

"Juste un camp plus grand"

Le gouverneur Zulum, comme son prédécesseur, assure qu'accueillir et nourrir les 1,6 million de déplacés qui se sont réfugiés dans la capitale de Maiduguri est tout simplement impossible pour des raisons financières et sanitaires.

Ils doivent rentrer chez eux pour retrouver une vie "digne", a-t-il récemment déclaré, malgré les nombreuses mises en garde et objections des ONG basées dans la région, qui dénoncent les violences qui n'ont pas disparu malgré les déclarations victorieuses de l'armée.

En effet, pour la grande majorité des "déplacés", ces "rapatriements" dans les villes "sécurisées" par l'armée nigériane sont juste des transferts vers d'autres camps, encore plus reculés.

"On a quitté Maiduguri dans l'idée de vivre une vie normale, comme avant la guerre, mais en réalité, on est juste retournés dans un camp encore plus grand, où notre survie dépend des mêmes distributions alimentaires", raconte à l'AFP Gana Ibrahim, un habitant de Baga.

"On ne peut toujours pas cultiver nos champs, ni aller chercher du bois de chauffe dans la forêt, au risque d'être tué ou kidnappé", se désole-t-il.

L'Iswap utilise les pourtours marécageux du lac Tchad et ses îles peu accessibles comme bases de repli ou camps d'entraînement et a fait de cette région son bastion.

Selon des témoignages de pêcheurs, les combattants islamistes ont d'ailleurs interdit l'accès à certains villages aux "retournés" de Maiduguri, les menaçant de mort s'ils revenaient chez eux.

"Pire moment"

Ses combattants font payer des taxes aux populations sur la pêche, ou sur certains axes routiers, en échange de leur "protection": un manque à gagner extrêmement important pour les autorités dans cette zone frontalière très empruntée, carrefour entre le Nigeria, le Tchad et le Cameroun.

Les pourtours du lac sont devenus ces derniers mois l'épicentre des violences, et pour Shehu Sani, ancien sénateur et ancien négociateur dans les processus de paix, même si "le gouverneur du Borno est courageux et veut le meilleur pour son peuple, renvoyer les déplacés là-bas, c'est les jeter dans la gueule du loup".

Ces dernières semaines, l'armée nigériane a mené de nombreux raids aériens contre les bases des insurgés, tuant de nombreux combattants et trois importants commandants.

L’extrême-Nord camerounais vit dans la peur après l'attaque de Boko Haram
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"Le renvoi des populations civiles n'auraient pas pu arriver à un pire moment", explique une source sécuritaire sous couvert d'anonymat.

"Les insurgés ont été particulièrement affectés par ces pertes, et vont se venger d'une manière brutale", a mis en garde un autre spécialiste du conflit dans une interview avec l'AFP.

Le gouverneur Zulum a répété à de nombreuses reprises qu'il reprendrait contrôle des territoires occupés par les jihadistes, et réussirait à faire évacuer les camps de déplacés à Maiduguri, de plus en plus impopulaires au sein de la population locale: promesses politiques que son prédécesseur, Kashim Shettima, n'avait jamais réussi à tenir.

Les insurgés, de leur côté, paraissent déterminés à s'opposer à sa personne, en le visant directement dans des attaques organisées.

"Les civils déplacés sont pris en étau dans une guerre d'égo", déplore cette même source sécuritaire. "Et ce seront eux, à la fin, qui en payeront le prix".

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Acculés par la crise, les Nigérians pillent les entrepôts étatiques pour se nourrir

Des scènes de pillages du bureau des douanes dans le nord-est du Nigeria, le 27 octobre 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

Les pillages de masse se multiplient au Nigeria​ malgré la répression et les appels au calme, après deux semaines de soulèvement populaire.

Le président Muhammadu Buhari demande aux parents de ne pas accepter dans leurs maisons des articles pillés et le chef d’état major de l’armée appelle ses hommes à sévir sur les pillards.

Ignorant les couvre-feux imposés par de nombreux gouverneurs des Etats de la fédération, des foules ont envahi plusieurs entrepôts de stockage de nourriture appartenant au gouvernement pour emporter avec eux des vivres destinés à être distribués.

Neuf Etats de la fédération nigériane ont été pillés ces derniers jours, comme à Kubwa dans la banlieue d’Abuja. Mardi matin, les forces de sécurité ont dispersé les foules de pillards qui ont tenté de dévaliser le centre d’hébergement des jeunes stagiaires sortant des universités.

Les pillards dispersés par les forces de sécurité dans la banlieue d'Abuja, le 27 octobre 2020. (VOA/Gilbert Tamba)
Les pillards dispersés par les forces de sécurité dans la banlieue d'Abuja, le 27 octobre 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

Le directeur général de l’agence, Shaibu Ibrahim, était sur place au moment de l’attaque: "Nous avons été surpris de les voir venir ici. Ils étaient armés de bois et des machettes pour attaquer le centre. C'est n’est pas un point de stockage de nourriture. Il ne faut pas qu’ils attaquent notre centre".

A Kaduna, c’est le centre de stockage de produits pharmaceutiques appartenant à l’Agence nationale pour l'administration et le contrôle des aliments et des médicaments a été entièrement saccagé et vidé.

Dans d’autres Etats les autorités sont à la chasse des pilleurs comme à Jos dans l’Etat de Plateau plus de 300 cents personnes sont arrêtées et seront jugées selon le secrétaire à la Justice de l’Etat Chrysantus Ahmad.

"Nous avions déjà commencé le processus pour le jugement rapide de ces personnes. Dès demain, vous allez voir que le procès va débuter. Les coupables feront face à la loi", a-t-il déclaré.

Des Nigérians saccagent un entrepôt alimentaire gouvernemental
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Les produits pillés proviennent de dons estimés à 64 millions de dollars remis aux autorités par la coalition des membres du secteur privé pour aider le gouvernement dans sa lutte contre le coronavirus. Mais de nombreuses autorités étatiques avaient interrompu la distribution de l’aide aux populations depuis la fin du confinement.

Les autorités sont accusées d'avoir gardé de la nourriture alors que des millions de personnes ont souffert durant toute la période de confinement.

Pour Mukhtar Halilu Modibo, "il n’y a aucune justification pour ce qui concerne le pillage. Du côté du gouvernement, oui il y a un problème. Parce que si le gouvernement a reçu un don pour les populations je pense qu’il doit le remettre aux populations auxquelles le don est destiné".

Le Nigeria est le pays le plus peuplé du contient africain, avec le plus grand nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté. Quelque 83 millions de personnes, selon le bureau des statistiques du Nigeria, sont concernées. La pandémie de coronavirus a exacerbé la situation de nombreux foyers pauvres du pays.​

Les pillages se multiplient malgré la répression et les appels au calme
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Les pillages se multiplient malgré la répression et les appels au calme

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Manifestation à Londres en soutien au mouvement nigérian "End SARS"

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Des Nigérians saccagent un entrepôt alimentaire gouvernemental

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