Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Nigeria

Des applications mobiles de taxi-moto pour échapper aux embouteillages de Lagos

Des chauffeurs de taxi garés en moto pour assister à une réunion au siège de la société, Ikeja à Lagos, le 19 août 2019.

Les créateurs de Gokada (Okada signifie taxi-moto en créole nigérian) sont les premiers à avoir flairé la bonne affaire dans ce pays de 190 millions d'habitants et ont lancé le mouvement début 2018.

Yemi Adegbola avait beau se lever chaque jour à 4h du matin pour tenter d'être à l'heure au bureau, dans une banque à l'autre bout de Lagos, la tentaculaire mégalopole économique du Nigeria, rien n'y faisait. Les embouteillages finissaient toujours par le coincer.

Le banquier a finalement "abandonné sa voiture" et opté pour l'une des nombreuses applications de téléphonie qui ont vu le jour ces derniers mois: ORide, Gokada ou encore MaxOkada proposent un service de taxis-motos en ligne, sur le modèle d'Uber, avec prix encadrés, chauffeurs qualifiés et casque obligatoire.

Un geste sur son smartphone, et votre conducteur de moto vous attendra en bas de chez vous, prêt à remonter les files interminables de voitures immobiles qui rôtissent sous le soleil de Lagos.

Un pilote sous le dossard et le casque aux couleurs de la société traverse les embouteillages de Lagos le 30 août 2019.
Un pilote sous le dossard et le casque aux couleurs de la société traverse les embouteillages de Lagos le 30 août 2019.

Rien de nouveau sous les tropiques, direz-vous? Demandez donc aux 20 millions d'habitants de Lagos.

Certes ces applications ne proposent pas encore la téléportation et existent dans de nombreuses mégalopoles à travers le monde.

Mais elles sont une petite révolution dans une ville où les bouchons, communément appelés "go-slows" (va-doucement), empoisonnent la vie et l'économie de tous et où, jusqu'à présent, le taxi-moto était davantage considéré par la classe moyenne comme une tentative de suicide plutôt qu'un moyen de transport.

Ils ont rapidement été suivis par d'autres opérateurs tels que Maxokada et ORide, qui rivalisent en promettant de meilleures technologies, des prix toujours plus bas et des chauffeurs mieux formés.

"Un marché ouvert"

Car le plus grand défi de ces applications est avant tout de changer l'image des "okadas". Leurs chauffeurs sont habituellement craints pour leur propension à zigzaguer dangereusement entre les voitures, à prendre les routes à contre-sens, rouler sur les trottoirs ou brûler les feux rouges.

Ils sont aussi régulièrement accusés d'utiliser leurs motos pour commettre des vols ou des crimes plus graves.

Ce sont en tout cas les raisons qu'ont avancées les autorités en 2012 pour interdire les 100 cm3 sur 475 voies de l'agglomération. Cette année, quelque 3.000 motos ont été verbalisées pour n'avoir pas respecté ces restrictions.

Les chauffeurs de taxis-motos contactés via des applications "smart-phones", qui se distinguent par leurs casques et dossards aux couleurs flashy de leur entreprises, conduisent, eux, des motos plus puissantes autorisées de fait à circuler sur toutes les routes. La course coûte entre 50 nairas (12 centimes d'euro) et quelques centaines de nairas, selon la distance.

Lancé par la société panafricaine de paiement Mobile OPay, le service ORide, petit dernier arrivé en mai sur le marché, a déjà formé plus de 3.000 chauffeurs, qui travaillent à Lagos et dans six autres villes du pays.

Le directeur national d'OPay, Iniabasi Akpan, parle de sa marque au siège de la société à Lagos, le 30 août 2019.
Le directeur national d'OPay, Iniabasi Akpan, parle de sa marque au siège de la société à Lagos, le 30 août 2019.

La filière nigériane d'Opay, l'une des startups qui montent au Nigeria, espère développer ses activités grâce à une levée de fonds record de 50 millions de dollars en juillet dernier.

"C'est un marché ouvert dans lequel tout le monde a quelque chose à offrir. Il y a tellement d'opportunités au Nigeria", explique à l'AFP Iniabasi Akpan, responsable d'OPay dans ce pays.

La différence majeure avec les autres applications est que les clients d'ORide paient avec leur compte OPay et bénéficient d'une assurance tout risque. Les conducteurs cotisent également à une assurance, extrêmement rare pour ces emplois habituellement informels, et peuvent devenir propriétaires de leur moto grâce à un prêt sur 18 mois.

Secteur informel

Gokada, un autre concurrent, a lui annoncé fin mai un nouveau financement de plus de 5 millions de dollars pour développer d'autres modes de transports urbains et veut lancer son application dans d'autres pays que le Nigeria.

Mais "formaliser" ce secteur qui n'a prospéré que sur l'informel et la débrouille depuis que les moteurs existent n'est pas chose facile.

De nombreux utilisateurs se plaignent régulièrement que leur conducteur empruntent des itinéraires plus longs pour augmenter les tarifs des courses.

Le pilote du pilote MaxOkada arbore bavoirs et casque aux couleurs de la société lorsqu'il vérifie les informations relatives aux applications, le 4 septembre 2019 à Lagos.
Le pilote du pilote MaxOkada arbore bavoirs et casque aux couleurs de la société lorsqu'il vérifie les informations relatives aux applications, le 4 septembre 2019 à Lagos.

Après avoir testé personnellement ses chauffeurs, Fahim Saleh, le directeur de Gokada, a décidé de suspendre l'application pendant quinze jours, de renforcer la formation des conducteurs et de les obliger à utiliser leur GPS.

ORide a développé une unité de surveillance pour suivre ses conducteurs.

Mais pour Johnson Onipede, chauffeur de taxi-moto reconverti en conducteur ORide, le vrai problème est ailleurs: ce sont les "Agberos" (membres de gangs) ou les "Area Boys", ces groupes qui terrorisent les quartiers en réclamant des droits de passage sur ce qu'ils considèrent être leur territoire, qui "rendent la vie des chauffeurs insupportable".

Mais, pour l'instant, personne n'a développé d'application pour venir à bout de cet autre fléau de la vie des Lagossiens.

Toutes les actualités

Vers une féminisation de la migration clandestine?

Cette migrante africaine a été interceptée par un bateau de sauvetage alors qu'elle était à bord d'un petit canot gonflable pour enfant (jouet) dans le détroit de Gibraltar, Tarifa, Espagne, 23 juillet 2018.

Les hommes restent majoritaires dans l'immigration clandestine mais le nombre de femmes augmente, et alors qu'elles migraient accompagnées, elles sont désormais plus nombreuses à entreprendre le voyage seules et de manière totalement indépendante.

L'impact socio-économique du coronavirus a poussé un plus grand nombre de personnes à tenter la traversée de la Méditerranée, l'une des routes migratoires les plus meurtrières du monde. Plus de 1.200 migrants ont péri l'an dernier en mer, et la tendance persiste au premier trimestre 2021.

Selon l'agence européenne Frontex, une femme et un enfant sur dix migrants irréguliers quittent les côtes de l'Afrique. Plus de 70.000 personnes sont partis en 2020 de Libye, d'Algérie et de Tunisie, soit 140% de plus que l'année précédente. Les départs de jeunes qui tentent de joindre l'Espagne en pirogue se sont aussi multipliés sur les côtes ouest africaines. L'an dernier, plus de 23.000 migrants sont arrivés aux Canaries, soit huit fois plus qu'en 2019.

Les migrants illégaux se trouvent dans des situations plus périlleuses qu'auparavant, indique Interpol, précisant qu'ils sont à la merci de passeurs qui demandent des sommes plus élevées et empruntent de nouvelles routes pour éviter les mesures frontalières anti-covid.

Les femmes sont de plus en plus nombreuse à tenter ce voyage, souligne la police internationale, estimant que "des routes maritimes alternatives et potentiellement plus dangereuses continueront d'être explorées."

En septembre 2016, la gardienne de but de l'équipe gambienne de football féminin des moins de 17 ans s'est noyée en Méditerranée. Après avoir traversé le désert du Sahara pour aller en Libye, Fatim Jawara a perdu la vie dans le naufrage d'un bateau navigant vers l'Europe. Jawara voulait devenir footballeuse professionnelle en Italie pour envoyer de l'argent à sa mère. Son souhait le plus cher, qui lui aura coûté la vie.

Graffitis de l'artiste de rue italien Eron sur la coque d'un bateau brisé montrant les visages d'une femme migrante et d'enfants, Rome, 14 avril 2016.
Graffitis de l'artiste de rue italien Eron sur la coque d'un bateau brisé montrant les visages d'une femme migrante et d'enfants, Rome, 14 avril 2016.

Le prix à payer pour les migrante irrégulières

Les Nigérianes constituent 30% des femmes arrivées en Europe via la Méditerranée, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Benin City dans le sud du Nigeria est la plaque-tournante du recrutement des femmes transportées par les réseaux criminels. Celles-ci sont livrées à la prostitution via un trafic d'être humains qui fait miroiter une vie meilleure aux potentielles victimes en promettant un emploi décent.

l'OIM estime que chaque année, 10 000 Nigérianes victimes de la traite arrivent en Europe. D'autres sont recrutées ou incitées à partir notamment au Libéria, en Sierra Leone et au Ghana. Certaines, dont des filles de 15 ans, sont attirées avec la promesse de travailler comme mannequin, en entreprise ou comme employée de maison avec la possibilité d'étudier.

Lorsqu'elles arrivent à destination, les ravisseurs confisquent leur passeport. La plupart sont forcées à la prostitution pour "rembourser la dette" du voyage. Interpol a démantelé plusieurs réseaux nigérians de la traite des filles et femmes, généralement sous l'emprise de compatriotes en Europe, ces fameuses "mamas" à l'apparence trompeuse.

Les potentielles victimes n'arrivent pas toutes à destination.

En novembre 2017, 26 adolescentes Nigérianes avaient été retrouvées noyées au large des côtes libyennes. Deux d'entre elles étaient enceintes. L'Italie avaient organisé une cérémonie à Salerne en leur mémoire, en déposant une rose blanche sur chaque cercueil.

Des femmes pleurent lors d'un service funèbre pour 24 migrants noyés alors qu'ils tentaient d'atteindre les côtes sud de l'Italie, Msida, Malte, 23 avril 2015.
Des femmes pleurent lors d'un service funèbre pour 24 migrants noyés alors qu'ils tentaient d'atteindre les côtes sud de l'Italie, Msida, Malte, 23 avril 2015.

Des passeurs cupides

Il ne se passe pas une semaine sans l'annonce d'un naufrage meurtrier; la mort d'enfants, de femmes et d'hommes, noyés par dizaines, au large de la Libye, du Sénégal ou en plein coeur de la Méditerranée, voire tout près des côtes italiennes, si près de la terre promise.

Le 3 mars dernier, au moins 20 migrants sont morts après que des passeurs ont jetés des dizaines de personnes à la mer dans le Golfe d'Aden, entre Djibouti et le Yémen, selon l'OIM.

Le 24 février, la police espagnole a annoncé l'arrestation aux Canaries de 14 passeurs ayant transporté des centaines de migrants vers l'archipel, dont trois sont morts dans la traversée, y compris un enfant, dont le corps fut jeté par-dessus bord. Sa mère, en état de choc, a essayé de mettre fin à ses jours une fois sauvée. Les passeurs interpellés sont de nationalité guinéenne, malienne, mauritanienne, marocaine et gambienne, ce qui montre l'ampleur du phénomène dans la région.

Bien qu'ils sauvent des vies, certains navires d'ONG sont accusés de faire le jeu des passeurs au large de la Libye qui se contentent ainsi de bateaux sommaires surchargés de migrants, sachant que ces derniers ont la possibilité d'être secourus par des organisations humanitaires en envoyant une alerte par téléphone cellulaire avant le potentiel naufrage.

L'une des plus grave tragédies est notamment celle du 18 avril 2015, lorsqu'un bateau surchargé, transportant plus de 800 migrants dont 200 Sénégalais à partir de la Libye vers l'Italie, a coulé en Méditerranée.

Des migrantes africaines reçoivent des secours après avoir débarqué à Palerme en Italie le 15 avril 2015.
Des migrantes africaines reçoivent des secours après avoir débarqué à Palerme en Italie le 15 avril 2015.

Le retour au pays après avoir vécu l'enfer

En Afrique, un migrant irrégulier peut voyager des jours, voire des semaines durant, avant d'arriver dans un pays côtier ouvert sur la Méditerranée. Pendant tout ce temps de vie clandestine, de nombreuses femmes sont exposées à la violence sexuelle.

Les femmes victimes de réseaux mafieux du continent ne se retrouvent pas seulement sur le trottoir en Europe, mais également dans plusieurs pays africains, comme le Bénin, la Côte d'Ivoire et notamment la Libye, où beaucoup de candidats à l'immigration restent bloqués.

Depuis 2017, plus de 10.000 femmes d'Afrique de l'Ouest et du Centre ont été assistées pour leur retour volontaire dans leur pays d'origine dans le cadre d'une Initiative de l'OIM pour la réintégration des migrants. Ces femmes représentent 13% du nombre total de migrants qui ont bénéficié d’une assistance.

La cinéaste guinéenne engagée Isabelle Kolkol Loua, jointe par VOA Afrique, a rencontré plusieurs femmes à leur retour de ce voyage éprouvant semé d'embuches.

"Nous avons eu des témoignages de jeunes femmes qui étaient emprisonnées pendant le voyage dans le désert. Des femmes qui sont obligées de payer leur voyage par leur corps, où qui sont échangées par les passeurs qui les exploitent, qui les vendent comme des jouets sexuels", a-t-elle déclaré, ajoutant que certaines "ont eu des bébés et on leur arrache ces bébés et on les vend".

La plupart des jeunes femmes à Conakry qui suivent un programme de retour volontaire sont passées par la Libye au cours de leur périple. Il existe en Guinée des mécanismes de réinsertion sociale, dont un Office national de formation et de perfectionnement professionnel qui organise des ateliers pour contrer le phénomène des candidats à l’immigration irrégulière.

Augmentation des femmes candidates à l'immigration clandestine
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:03:20 0:00

Des mères qui nourrissent le désir de partir

Les ONG et experts en migration s'accordent à dire que la plupart de ces initiatives pour quitter le pays par des moyens illégaux sont soutenues et parrainées par des parents, qui n'hésitent pas à vendre tous leurs biens ou autres ressources pour couvrir le montant nécessaire à la périlleuse aventure.

De nombreuses mères soutiennent un enfant qui veut partir, et certaines sont même à l'origine de l'idée, comme l'illustre la réalisatrice et productrice guinéenne Isabelle Kolkol Loua dans son film "The way", qui aborde l’angle préventif de l’immigration.

Ce moyen métrage bouscule toute idée préconçue sur les motivations des voyageurs illégaux, en exposant l'histoire d'un jeune homme, poussé à partir par sa propre mère, alors qu'il veut rester dans son pays pour y monter son entreprise.

"J'ai mis sur scène un jeune homme, qui, après plusieurs stages n'obtient pas de travail et qui décide d'investir dans la restauration, donc d’être son propre patron", relate-t-elle. "Il se trouve que la mère du personnage principal est déjà très intéressée par le projet de voyage et elle est prête à donner tout ce qu’elle a pour que son fils puisse faire ce voyage", ajoute Isabelle Kolkol Loua.

"En réalité, il n’est allé nulle part. Il a juste pris les moyens qu’avait sa mère pour financer le voyage et les a mis à la disposition de son projet d’entreprise", poursuit la cinéaste. Après quatre ans de silence, le jeune homme décide de réapparaître pour tout avouer à sa mère le croyant en Europe.

Le phénomène des mères qui nourrissent le désir de partir de leurs enfants est une réalité partagée avec la réalisatrice sénégalaise Khadidiatou Sow qui a enquêté avant de réaliser son court métrage "Une place dans l’avion", une comédie exposant le même type de comportement d'une mère vis-à-vis de son enfant.

Émigration clandestine: Isabelle Loua sensibilise par le cinéma
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:05:56 0:00

Prévenir un départ hasardeux à l'arrivée incertaine

"Il faut avoir au moins 5.000 euros pour pouvoir entamer ce genre d’aventure", selon Isabelle Kolkol Loua. Elle explique que bon nombre de candidats à l'émigration clandestine viennent de contrées reculées ou ont reçu très peu d'éducation formelle. "Ils viennent, ils font un peu de taxi-moto ici pendant un an ou deux, ce qui leur permet de pouvoir partir", détaille-t-elle.

Un grand nombre de jeunes femmes se retrouvent domestiques dans des pays du Golf où elles sont exploitées par des familles aisées. "Il y a des pays comme le Koweit où il y a une forte représentation de femmes guinéennes qui partent, et il y a des gens qui leur disent: on finance le voyage pour vous. Et quand elles sont là-bas, c'est l'enfer. Donc après, elles reviennent et les témoignages sont très pathétique", précise la cinéaste.

Yayi Bayam Diouf, Présidente du Collectif des Femmes pour la Lutte Contre l’Immigration Clandestine au Sénégal (COFLEC), première femme à pratiquer l’activité de pêche à Thiaroue-sur-Mer, a créé un centre pour l’entrepreneuriat des femmes. L'objectif, souligne-t-elle, est qu'elles prennent en charge leur famille afin qu'aucun membre ne soit tenté par l’émigration irrégulière sur des embarcations de fortune.

Mme Diouf a elle même perdu son fils unique en Méditerranée. La mort de son fils, qui voulait joindre l'Espagne à partir de la côte sénégalaise, a été le déclencheur de son combat, a-t-elle dit à VOA Afrique, pour "montrer qu'il y a des possibilité de rester au pays et d'y travailler".

"Nous ciblons particulièrement les associations de jeunes, nous ciblons aussi les notables, les religieux", poursuit-elle, soulignant les "possibilités d'être formé mais aussi d'être orienté au niveau des structures d'employabilité et de financement".

Dans son plaidoyer contre la migration illégale, le COFLEC va jusqu'à associer les potentiels passeurs -principalement des pêcheurs- "dans la prise de décision par rapport à la migration irrégulière", souligne sa présidente, assurant qu'ils sont "conscientisés sur les impacts et les dangers de cette migration clandestine".

"En Europe, la vie n'est pas aussi rose"

Selon l'OIM, la plupart des candidats à l'immigration clandestine ont généralement une activité formelle ou informelle et utilisent leur revenu pour financer le voyage.

A partir de ce constat, Mme Loua renvoie la responsabilité en haut lieu: "Il faut que les autorités concernées par la situation s’impliquent dans la gestion de cette crise en donnant plus de possibilités à ces jeunes, qui investissent dans plusieurs secteurs tertiaires pour la plupart. Ils ont des petits commerces, des petites et moyenne entreprises."

Selon la Sénégalaise Yayi Bayam Diouf, les structures pour l'employabilité et le financement des jeunes existent, mais elles ne sont pas connues des populations ciblées. "Il y a un problème de communication entre les politiques publiques et les populations", conclut-elle.

Nicole Bicaise, jeune Guinéenne qui a bénéficié du programme de retour volontaire de l'OIM, sensibilise aujourd'hui des femmes et des filles contre la tentation de vouloir se lancer dans la traversée périlleuse. Jointe par VOA Afrique, elle explique aller vers les communautés pour informer, dire qu'en Europe "la vie n'est pas aussi rose. Il y a beaucoup d'étapes à passer, tu peux tomber sur des proxénètes, des personnes qui font la traite des être humains, des dealers... Il y a des témoignages choquants. Il y a plein d'histoires comme ça."

L'émigration clandestine en Afrique de l'ouest est aussi une résultante de l’instabilité qui règne dans la région du Sahel.

En 2011, l'intervention de l'OTAN en Libye a provoqué un chaos sans précédent dans la région, faisant resurgir le phénomène qui enregistrait une baisse depuis 2009. Dix ans plus tard, les migrants arrivent toujours dans les centres de contrebande Sahéliens et les tentatives de migration vers l'Europe se poursuivent à un rythme soutenu.

"Le fait que les réfugiés et migrants poursuivent leurs tentatives désespérées de rejoindre l'Europe en passant par la Méditerranée centrale représente la preuve de la nécessité d'un effort international immédiat pour offrir à ces derniers une alternative valable", estiment dans un communiqué commun l'OIM et le HCR.

En attendant des solutions adaptées, les routes impitoyables de la migration irrégulière continuent d'anéantir le simple rêve d'une vie meilleure. Les navires humanitaires et des garde-côtes interviennent en dernier recours, exposant à la face du monde l'échec manifeste des multiples accords, dispositifs et moyens mis en oeuvre dans l'objectif d'éviter ces voyages meurtriers, qui font plus de victimes que le terrorisme en Afrique.

Début de la vaccination contre le covid au Nigeria

Début de la vaccination contre le covid au Nigeria
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:18 0:00

Qui sont ces bandits qui enlèvent les gens et terrorisent dans le Nord du Nigeria?

Des membres d'un gang de "bandits" avec des armes dans leur cachette dans la forêt du nord-ouest de l'État de Zamfara, au Nigéria, le 22 février 2021.

Dans le Nord-Ouest du Nigeria, 279 adolescentes ont été libérées le 2 mars, après quatre jours de captivité, suite à leur rapt par des hommes armés qui avaient attaqué leur école à Jangebe dans l'Etat de Zamfara. Qui sont ces bandits qui multiplient les enlèvements et sèment la terreur dans le pays?

L'attaque du pensionnat de Jangebe, dans l'Etat de Zamfara et le rapt des écolières n'était que le dernier en date d’une vague d’enlèvements dans le nord du pays.

En décembre, plus de 300 garçons ont été enlevés dans une école de Kankara, dans l’État natal du président Buhari.

On se rappelle encore le rapt des filles de Chibok en 2014, lorsque le groupe jihadiste Boko Haram avait enlevé 276 lycéennes. Pus d'une centaines d'entre elles sont encore portées disparues et personne ne sait combien sont toujours vivantes.

L'armée nigériane s'est déployée dans la région du Nord en 2016 mais les attaques se sont poursuivies. Des groupes criminels, appelés "bandits", multiplient les vols de bétails à grande échelle et pratiquent les enlèvements contre rançon depuis plus de dix ans.

Ces enlèvements se multiplient de plus en plus sont devenus un problème largement répandu dans le pays qui touche et vise tout le monde: hommes d’affaires, fonctionnaires et citoyens ordinaires. Tous sont arrachés dans les rues par des criminels à la recherche d’une rançon.

Celui de vendredi 26 février était le quatrième enlèvement de masse d'écoliers en moins de trois mois dans le nord du Nigeria.

Besoin de survivre

On ne sait pas encore qui est responsable de ce rapt. Deux journalistes, dont un du service haoussa de la VOA, ont rencontré les membres d'un gang armé dans leur repaire de la forêt Sububu à Zamfara, il y a quelques jours.

Ces bandits ont affirmé qu'ils - et d'autres comme eux - se sont tournés vers la prise d'otages et d'autres crimes parce qu'ils n'ont guère le choix pour survivre.

D'après les journalistes, ces "bandits" sont pour la plupart de la tribu ethnique des Fulani, des éleveurs traditionnellement nomades. Les pâturages publics où ils paissaient leur bétail a considérablement diminué. Leurs bovins et leurs moutons ont été pris par des soldats et des voleurs. Ils ont tout perdu. Ils ont déclaré que divers gouvernements les avaient négligés et même harcelés - et n'avaient pas réussi à protéger leur mode de vie.

"Tout le monde sait que nous sommes des éleveurs. Ce pays a la chance de disposer de pétrole et d’autres ressources naturelles, mais cette prime ne filtre pas", a déclaré Shehu Rekep, le chef du groupe, pour justifier ses actes criminels. "Nous n'avons pas été scolarisés, nous n'avons pas de sécurité et le gouvernement ne fait rien pour nous. Nous sommes tués, mais nous sommes toujours signalés comme les tueurs", a-t-il ajouté.

Ces éleveurs traditionnels soutiennent avoir pris les armes par désespoir.

Ils ont déclaré que les gouvernements centraux et étatiques au cours des 20 dernières années ont abandonné les communautés d'éleveurs, ne fournissant aucune éducation académique ou religieuse ou d'autres services sociaux, avec des limitations sur les droits de pâturage - en particulier dans le sud du Nigeria. Résultat: ils se retrouvent analphabètes, sans emploi et sans espoir.

Ils ont également déclaré que les éleveurs étaient confrontés à des taxes excessives lorsqu'ils tentaient de vendre leur bétail au marché et qu'ils étaient parfois victimes d'extorsion ou de brutalité de la part du personnel militaire et policier.

Les chefs de bandits ont déclaré à VOA que nombre de leurs membres avaient perdu des proches lors d'affrontements avec des agents de sécurité et des groupes rivaux.

"Les forces de sécurité et les justiciers nous tuent. Nous tuons aussi tous les jours", a avoué Rekep.

Il a également déclaré que les captifs sont libérés lorsque la rançon est payée - mais que les bandits tireront sur quiconque leur résiste. Il n'a pas révélé combien de personnes avaient été tuées parce que les demandes de rançon n'avaient pas été satisfaites.

Amnesty International a rapporté en août 2020 que des bandits mènent des "attaques terrifiantes contre des communautés rurales" dans le nord du Nigeria depuis des années. Selon l'ONG, les attaques dans les régions du nord-ouest et du centre-nord du pays s'étaient intensifiées depuis janvier 2020, avec "des hommes armés déchaînés… [tuant] au moins 1 126 personnes" début août.

Le camp des bandits

Des hommes armés à motocyclette sont allés chercher les journalistes à un lieu de réunion désigné pour visiter la cachette forestière du gang dans l'extrême nord de l'État de Zamfara pour une interview le 1er mars.

Quelqu'un a tiré dans l'air pour annoncer leur arrivée. Une trentaine d'hommes se déplaçaient autour de la clairière. Ils ont été rejoints par au moins 20 autres, dont plusieurs femmes. La plupart portaient des foulards qui couvraient leur visage. Ils portaient des fusils d'assaut. Certains avaient des fusils équipés de lance-grenades.

Ils se sont rassemblés près d'un homme assis sur un tapis sous un arbre. Shehu Rekep l'a présenté comme étant "Kachalla Halilu Sububu Seno, chef de tous les terroristes". M. Rekep a utilisé un titre de courtoisie. Kachalla signifie chef de gang en Fulani.

Halilu Sububu commande un réseau d'environ 1000 bandits dans l'État de Zamfara, a déclaré son adjoint. Le chef prétend également contrôler certains gangs dans le sud du Nigeria. Rekep exerce également une influence au-delà des frontières nigérianes. Il cite des liens avec des bandits dans les pays francophones comme le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, le Cameroun et la République centrafricaine.

Dans un accord de paix négocié il y a deux ans entre son gang et les communautés de la zone de Shinkafi, le gang fournit une protection en échange d'une base d'opérations relativement non perturbée, affirme Rekep.

Des médiateurs autoproclamés

Consterné par l'insécurité croissante, un religieux islamique, Ahmad Gumi, basé à Kaduna a commencé, en février, à visiter des camps de bandits dans les États du nord-ouest dans une tentative de médiation autoproclamée. Ahmad Gumi, qui était auparavant capitaine de l'armée nigériane, a transmis ses doléances à certains gouverneurs de la région.

Les bandits "ont de nombreux problèmes. Il n’ya pas de présence du gouvernement dans la brousse où ils vivent. Ils n'ont pas de commodités sociales, telles que des écoles ou des hôpitaux. Malheureusement", a déclaré M. Gumi à VOA dans une interview à la mi-février. Et d'ajouter: "Ils n’ont pas de dirigeants éclairés et éduqués".

D'après Ahmad Gumi, "Ces nomades sont confrontés à de multiples défis de la part des responsables locaux, y compris la police et la justice qui les brutalisent souvent".

Comme M. Gumi, Samuel Aruwan, commissaire à la sécurité intérieure dans l'État voisin de Kaduna, a déclaré à VOA que les gouvernements du passé avaient négligé les éleveurs peuls. Les autorités n'avaient pas fait grand-chose pour arrêter le vol de leur bétail, mettant ainsi les éleveurs à la faillite.

Les plaidoyers de M. Gumi en faveur des bandits ne plaisent pas à tous.

Un groupe appelé Northern Elders Forum (Forum des anciens du Nord) a publié la semaine dernière une déclaration exhortant le religieux à arrêter sa tournée des camps de bandits; estimant que ses remarques publiques "encourageaient les terroristes" et "mettaient la vie de soldats non musulmans en grave danger".

Les vidéos de réunions entre le médiateur autoproclamé et des bandits armés ont également soulevé des questions sur sa capacité à accéder à leurs cachettes, alors que les agences de sécurité - qui prétendent chasser les criminels - ne l'ont pas fait.​

Le gouvernement dit résister au chantage

Le président nigérian Muhammadu Buhari avait dénoncé l’enlèvement du 26 février à l’école secondaire gouvernementale pour filles de la ville de Jangebe, à Zamfara. Il avait affirmé que son administration "ne succomberait pas au chantage des bandits" qui demandaient le paiement d’une rançon.

"Entre 2011 et 2020, les Nigérians ont payé plus de 18 millions de dollars pour se libérer ou se libérer leurs proches", a rapporté le Washington Post cette semaine, citant des données du cabinet de conseil SB Morgen.

Les autorités fédérales et les gouvernements des États avaient été critiqués auparavant pour avoir payé d'importantes rançons.

Dissuader les rapts

Pour dissuader les enlèvements, au moins deux États du nord-ouest - Kebbi et Jigawa - ont adopté des lois prescrivant des condamnations à mort pour les ravisseurs.

Reportage initial du service haoussa de la VOA.

Le phénomène des enlèvements contre rançon perdure au Nigeria

Un des dortoirs de l'Ecole de Zangebe où les ecolières ont ete enlevées au Nigéria, le 3 mars 2021. (VOA/Gilbert Tamba)

Les enlèvements contre le paiement de rançon sont devenus une activité courante. En quelques années, cette pratique a pris de l’importance.

La multiplication récente des attaques a suscité des inquiétudes face à la montée de la violence des gangs et groupes armés qui visent des écoles. Ces attaques et enlèvements contre le versement de rançon sont surtout présents dans les États du Nord.

Hawa Abdul Salam, avocate, a été déjà enlevée. Elle raconte son expérience entre les mains de ses ravisseurs : "C’était une terrible expérience ce jour-là. On ne s’attendait pas à une telle situation. Nous revenions d’une cérémonie de mariage de la cousine de notre sœur pour rejoindre Minna dans un mini Bus. En route juste au niveau d’un village appelé Toungou, nous avions vu des hommes armés inconnus. Ils ont commencé à tirer vers nous et finalement ils ont obligé notre chauffeur à arrêter le véhicule".

Dans plusieurs autres États du Nord, les autorités locales sont conscientes de la gravité de la situation. Le président Muhammadu Buhari a récemment remplacé ses chefs militaires de longue date dans un contexte d'aggravation de la violence au Nigeria.

Ahmed Ibrahim Matane, secrétaire général du gouvernorat de l’Etat de Niger, l’un des Etats ayant de vastes étendues de territoire où les criminels profitent des grandes forêts pour mener leurs activités. "Nous avons des problèmes de sécurité dans notre Etat et cela s’explique notamment par le fait que notre État représente 10% du territoire national. Une grande partie des endroits de notre territoire est constituée de forêts. Donc les criminels résident dans ces forêts comme leurs sanctuaires et opèrent à partir de là".

Au sein de la population on se pose beaucoup de questions sur l’incapacité du gouvernement du président Buhari, un ancien militaire, à endiguer le phénomène des enlèvements.

L’expert en sécurité Kabiru Adamu pense que "c’est un phénomène international". Partout dans le monde où vous avez un conflit et la détérioration des conditions d’insécurité comme c’est le cas au Nigeria, les écoles sont ciblées", explique-t-il.

La violence et l’insécurité ont aggravé les défis économiques auxquels sont confrontés les citoyens du premier pays exportateur de pétrole d’Afrique, qui peine à faire face à une baisse des revenus due à une chute des prix du brut en plus de l’effet de la pandémie COVID-19.

"Payer une rançon est une forme de détournement des fonds"

"Payer une rançon est une forme de détournement des fonds"
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:29 0:00

Voir plus

XS
SM
MD
LG