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La sécurité des Nigériens, premier défi de la future administration Bazoum

Des habitants de Zibane-Koira Zéno, un village de la région de Tillabéri (ouest du Niger proche du Mali) assistent à une réunion le 12 mai 2020, après une attaque d'hommes armés le 8 mai 2020.

"A 60 km, 100 km de la capitale, on peut tuer des dizaines et des dizaines de civils sans que nos forces ne puissent réagir", s'insurge un ancien militaire.

Eviter de nouveaux massacres et enrayer le caractère ethnique du conflit: le Niger, qui menace de sombrer dans le chaos après une série d'attaques parmi les plus meurtrières au Sahel, fait face au défi immense de devoir intensifier plus encore son effort dans la lutte anti-jihadiste.

Les attaques contre des civils se sont multipliées depuis le début de l'année: plus de 300 personnes ont été tuées dans trois séries d'attaques contre des villages et des campements de l'ouest du pays, frontalier du Mali. Aucune n'a été revendiquée.

Mais l'organisation Etat islamique (EI) est montrée du doigt: ses membres sont implantés dans les zones attaquées, et les représailles sont un de leurs modes opératoires.

Dans la région de Tahoua, où 137 civils ont été tués dimanche dans des campements nomades, comme dans celle de Tillabéri - toutes deux proches du Mali -, il y a des "embryons de constitution de milices de résistance", explique Ibrahim Yahaya Ibrahim, chercheur à International Crisis Group (ICG).

"Il faut voir ces attaques comme une forme de punition collective contre ces communautés où une résistance s'organise", estime-t-il.

Dans ces régions rurales et pauvres, les populations subissent la pression des jihadistes de l'EI par le prélèvement de l'impôt islamique - la zakat -, l' enrôlement et la radicalisation des moeurs.

"Les menaces de mort à l'endroit de ceux qui ne paient pas (la zakat) créent la psychose au sein des communautés", explique un récent rapport humanitaire. Certains se défendent en prenant les armes, suivant une logique souvent communautaire.

"Je ne suis pas du tout rassuré", admet Adamou Oumarou Mamar, coordonnateur d'un Collectif de la société civile de Tillabéri, car le conflit est en train de prendre "une autre tournure où des ethnies sont visées".

Dimanche, la totalité des 137 victimes étaient des Touareg.

Comme au Mali voisin, le maillage sécuritaire d'un territoire immense est un défi herculéen. Le Niger a annoncé fin 2020 vouloir doubler ses effectifs militaires en cinq ans, de 25.000 à 50.000 soldats.

"Echec total"

Aujourd'hui, "la sécurité, c'est l'échec total, les gens ont dilapidé les fonds de la défense", estime Amadou Bounty Diallo, un ancien militaire nigérien, en référence à un scandale de surfacturations au ministère de la Défense.

"A 60 km, 100 km de la capitale, on peut tuer des dizaines et des dizaines de civils sans que nos forces ne puissent réagir", constate-il.

Niamey a annoncé avoir déployé des renforts dans les deux régions ciblées.

Mais le "tout-sécuritaire" n'est pas non plus une solution et l'arrivée récente au Niger de 1.200 soldats tchadiens, sous étendard de la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger et Tchad), inquiète. Ces soldats sont réputés ne pas faire dans la dentelle.

Niamey valorise le dialogue avec les communautés locales visées et refuse toute négociation avec les groupes jihadistes. Objectif, rassurer sur une présence de l'Etat, souvent vu comme prédateur notamment à cause de nombreuses exactions, et faire sortir les jeunes du giron jihadiste.

Suite à ces initiatives menées par la Haute autorité à la consolidation de la paix (HACP), son président, le général Amadou Abou Tarka, s'est targué mardi soir à la télévision publique d'avoir eu "quelques succès". "Nous sommes en dialogue permanent avec les communautés au sein desquelles les groupes terroristes recrutent", a-t-il expliqué, en ajoutant avoir convaincu une "trentaine de repentis".

Ces initiatives doivent s'articuler avec l'effort militaire, érigé attaque après attaque comme "priorité absolue" sans pour autant que la situation s'améliore.

"Il y a des acquis en matière de sécurité et le gouvernement de Mohamed Bazoum va les consolider en corrigeant les lacunes constatées", veut rassurer un de ses proches, Abderahmane Ben Hamaye.

Mais, estime-t-il aussi, "le problème du Niger vient d'ailleurs, il faut avant tout régler impérativement les épineuses questions malienne et libyenne d'abord".

Comme au Burkina Faso, beaucoup au Niger réfutent la présence sur le territoire national de jihadistes et préférent détourner le regard vers le turbulent voisin malien.

Selon un observateur de l'ONU, "peut-être est-il temps que les politiques se rendent compte que les groupes jihadistes recrutent désormais autant du côté nigérien de la frontière qu'au Mali".

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Mohamed Bazoum à Tillabéry: une lueur d'espoir pour les populations

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Les habitants d'Anzourou pris entre la faim et les attaques djihadistes

Des réfugiés marchent près des bâtiments de l'UNHCR à Niamey, après avoir été évacué de la Libye, le 17 novembre 2017.

Dans l'ouest du Niger, le quotidien de nombreux habitants de l'Anzourou est rythmé par des attaques jihadistes meurtrières qui font désormais planer la menace d'une crise alimentaire.

"Les terroristes ont tué nos maris, ils ont brûlé nos vivres, ils ont emporté notre bétai. Nous n'avons plus de vie", soupire, drapée dans un grand voile blanc, Maïmouna Moukaïla, une habitante d'Anzourou.

Ces derniers mois, les attaques, souvent perpétrées par des assaillants à moto, se sont intensifiées contre les civils de cette zone aux vallées très boisées située aux trois frontières (Niger, Burkina Faso et Mali).

"Nous dormons la peur au ventre et main sur le coeur, au moindre bruit de moteur on sursaute", confie à l'AFP Abdou Oumarou, natif de Gadabo, un autre village ciblé.

Selon Maïmouna Moukaïla, "craignant pour leur vie, infirmiers et enseignants ne veulent plus rester" et "beaucoup de femmes ont perdu des nouveaux-nés faute d'assistance sanitaire".

"Les vols, pillages, incendies de greniers à céréales, assassinats ciblés persistent. Les terroristes tirent sur tout ce qui bougent y compris sur des enfants", confirme Halidou Zibo, le maire d'Anzourou, arborant une écharpe aux couleurs du Niger.

L'Anzourou, composée d'une cinquantaine de villages et hameaux fait partie de l'immense et instable région de Tillabéri (100.000 km2), théâtre depuis des années d'actions sanglantes de groupes jihadistes liés à Al Qaïda et à l'Etat islamique.

- "Maudits terroristes" -

En mars, les autorités ont réinstallé 12.000 habitants qui avaient fui à Tillabéri, la capitale régionale, après une série d'attaques et d'ultimatums lancés par des groupes jihadistes.

Des soldats lourdement armés ont depuis été déployés pour veiller sur les habitants.

Mais la vie est loin d'avoir repris son cours normal. Le dernier massacre de civils dans l'Anzourou remonte au 21 août, dans le village de Theim, où des individus armés "venus à pieds" ont tué 19 personnes dans une mosquée.

L'attaque, assortie d'un ultimatum des assaillants pour vider les lieux, a poussé près de 2.000 personnes de plusieurs villages situés plus au Nord et échappant au contrôle de l'armée à se réfugier à Sara-Koira, selon les autorités.

"Ceux qui ont osé aller au champ ont été tués, ils (les assaillants) nous traquent dans les cases et jusque dans les mosquées", détaille Hadjia Sibti, la présidente de l'Association des femmes d'Anzourou, hijab bleu sur la tête.

"Nos champs sont lointains, nous n'avons pas pu les cultiver, par peur, nous nous sommes tous repliés dans les villages sécurisés par l'armée", crie Mamoudou Sabo, courte barbe blanche et boubou jaune délavé.

Originaire d'un village voisin, il s'est réfugié à Sara-Koira pour bénéficier de la protection de l'armée.

Il appelle les autorités à "vite renforcer la sécurité" et "nettoyer la zone de ces maudits terroristes".

- Combattre le problème "à la racine" -

Si l'agriculteur se félicite de la solidarité des résidents de Sara-Koira qui ont offert des lopins des terres aux paysans démunis afin qu'ils puissent produire du mil, du maïs et du haricot, il déplore la grande précarité dans laquelle il se retrouve.

"Je cultivais dix hectares de terre, alors dites-moi comment je vais faire pour nourrir mes onze enfants ?", demande-t-il.

"Une crise alimentaire se profile", s'alarme le maire Halidou Zibo.

Des députés de la région de Tillabéri qui affirment que les assaillants opèrent désormais "à dos de chameau et à vélo" ont réclamé un renforcement des mesures de sécurité.

Samedi, pour sa première visite dans cette zone enclavée depuis son élection fin février, le président nigérien, Mohamed Bazoum a promis de poursuivre l'assistance alimentaire ainsi que la mise en place d'un dispositif sécuritaire plus musclé.

Devant des ressortissants de Sara-Koira , le chef de l'Etat a annoncé vouloir combattre "le problème à la racine" en "fermant la porte d'Inates", la commune la plus proche du Mali "par laquelle les terroristes viennent", selon lui.

Le 10 décembre 2019, 71 soldats nigériens avaient été tués dans une attaque jihadiste à Inates.

A Tondikiwindi, une commune proche d'Inates, 100 civils avaient été tués en janvier dernier par des hommes armés venus à moto qui avaient ensuite fui vers le Mali voisin. Dans ce même secteur, quatre soldats américains des forces spéciales et cinq militaires nigériens avaient été tués en 2017 dans une embuscade du groupe Etat islamique.

Depuis, "le rapport de force a considérablement changé" en faveur de l'armée face aux groupes jihadistes, a assuré Mohamed Bazoum.

C'est la raison pour laquelle, "les terroristes" se "rabattent sur des populations (civiles) désarmées innocentes" et "se livrent à un massacre à grande échelle" dans les villages reculés, a-t-il justifié.

Le journaliste Moussa Aksar de nouveau devant la justice nigérienne

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Le chef de l'ONU craint que le scénario afghan ne fasse des émules au Sahel

Des soldats de la force conjointe du G5 Sahel assistent à l'inauguration du nouveau quartier général à Bamako le 3 juin 2020. (Photo MICHELE CATTANI / AFP)

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a affirmé jeudi dans un entretien à l'AFP craindre que l'exemple afghan ne donne des idées à des groupes armés jihadistes au Sahel, en réclamant un renforcement des "mécanismes de sécurité" dans cette région.

Au Sahel, "je crains l'impact psychologique et réel de ce qui s'est passé en Afghanistan", avec la prise du pouvoir par les talibans, a-t-il dit. "Il y a un vrai danger. Ces groupes terroristes (au Sahel) peuvent se sentir enthousiasmés avec ce qui s'est passé (en Afghanistan) et avoir des ambitions au-delà de ce qu'ils pensaient il y a quelques mois", a ajouté le chef de l'ONU.

Il y a "une chose nouvelle dans le monde qui est très dangereuse", a aussi relevé le secrétaire général. Même pas très nombreux, "il y a des groupes fanatisés, avec une idéologie où la mort par exemple est désirable, des groupes disponibles pour tout faire. Et on voit des armées qui se désintègrent face à eux", a-t-il ajouté.

"On a vu cela à Mossoul en Irak, au Mali lors de la première poussée vers Bamako, on a vu cela au Mozambique (...). Ce danger est réel et il faut penser sérieusement à ses implications sur la menace terroriste et à la façon dont la communauté internationale doit s'organiser face à cette menace", a précisé Antonio Guterres.

Selon lui, il est "essentiel de renforcer les mécanismes de sécurité au Sahel". Car "le Sahel est le point faible le plus important, qu'il faut soigner. Ce n'est pas seulement le Mali, le Burkina ou le Niger, maintenant on a des infiltrations en Côte d'Ivoire, au Ghana", a-t-il précisé.

Au Sahel, "la France va diminuer sa présence, il y a des nouvelles sur le Tchad qui veut retirer quelques troupes de la zone frontalière des trois pays, Burkina, Niger, Mali. C'est la raison pour laquelle je me bats pour qu'il y ait une force africaine de lutte antiterroriste, avec un mandat sous chapitre sept (prévoyant le recours à la force) du Conseil de sécurité et avec des fonds affectés, qui puissent garantir une réponse au niveau de la menace", a ajouté Antonio Guterres.

Mais "je crains aujourd'hui que la capacité de réponse de la communauté internationale et des pays de la région ne soit pas suffisante face à la menace", a-t-il déploré.

Le chef de l'ONU essaye depuis plusieurs années de conférer à la force G5 Sahel, formée par le Tchad, la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, un mandat fort de l'ONU accompagné d'un financement collectif de l'Organisation.

Premier contributeur financier à l'ONU et craignant que la force de Casques bleus déployée au Mali ne perde sa neutralité, les Etats-Unis, lui préférant une coopération bilatérale, refusent jusqu'à présent cette approche ardemment défendue aussi par la France.

"Il faut que ce blocage se termine. C'est absolument essentiel", a toutefois demandé Antonio Guterres.

Une épidémie de choléra fait plus de 100 morts au Niger

Un médecin est au près d'une femme atteinte de la choléra à Ganjuwa, au Nigeria, le 6 septembre 2010.

Une épidémie de choléra a fait 104 morts au Niger parmi 2.874 malades recensés dans six régions du pays, dont la capitale Niamey, a annoncé vendredi le ministère de la Santé.

Le 19 août, le ministère avait fait état de 845 cas et 35 décès à Niamey et quatre régions, Maradi (sud-est), Zinder (centre-sud), Dosso (sud-ouest) et Tahoua (sud-ouest), toutes frontalières du Nigeria, également touché par la maladie.

La région de Tillabéri (ouest), dans la zone des "trois frontières" entre Niger, Burkina et Mali, théâtre d'attaques jihadistes régulières, est également touchée, selon le ministère.

Au 1er septembre, le bilan est passé à 104 décès sur 2.874 malades et "un taux de létalité de 4%", indiquent les chiffres publiés vendredi par la direction de la surveillance et de la riposte aux épidémies du ministère de la Santé.

La tranche d'âge comprise entre 15 et 37 ans est la plus touchée par l'épidémie précise le ministère, qui annonce "l'extinction" d'une dizaine de "foyers" sur les 28 "actifs" à travers le pays.

Avec l'appui de Médecins sans frontières (MSF), l'ONU et l'Union européenne, le Niger tente de juguler l'épidémie en multipliant les campagnes de sensibilisation, en distribuant des produits pour traiter l’eau et en désinfectant des lieux publics, les transports en commun et les puits dans les villages infectés.

Des stocks de médicaments et des tests de dépistage rapides ont été envoyés dans les régions affectées où les malades sont pris en charge gratuitement sur des sites d’isolement, assure le gouvernement nigérien.

Les autorités sanitaires appellent la population "à se présenter d'urgence dans un centre de soin" dès "l'apparition de signes" suspects de choléra dont "les diarrhées et les vomissements".

En raison des inondations liées à de fortes pluies qui s'abattent depuis juin sur le Niger, les experts redoutent une flambée de cette maladie diarrhéique très contagieuse causée par l'ingestion d'aliments ou d'eau contaminés.

En 2018, une précédente épidémie de choléra avait fait 78 décès sur 3.824 cas recensés au Niger, principalement dans des zones proches du Nigeria, selon l'OMS.

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