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Nicaragua: l'opposition retourne aux négociations, mais sans les étudiants


Les étudiants, fers de lance des manifestations antigouvernementales en 2018, n'ont pas encore rejoint la table des négociations.

L'opposition au Nicaragua a accepté de reprendre jeudi les négociations avec le gouvernement après la promesse par le régime du président Daniel Ortega de libérer des opposants, mais sans le représentant des étudiants, ces derniers réclamant "des faits".

Après trois jours de blocage, les cinq délégués du monde de l'entreprise et de la société civile ont retrouvé la délégation des six représentants du gouvernement.

A son arrivée sur le campus universitaire où ont lieu les pourparlers, au nord de Managua, le chef de la délégation d'opposition, Carlos Tünnerman, a indiqué qu'ils avaient reçu l'assurance de la libération dès vendredi d'un nombre "appréciable de prisonniers politiques".

"Les prisonniers politiques sont notre priorité. L'accord dit qu'ils ne peuvent pas tous sortir en même temps, qu'ils devront sortir selon un calendrier", a précisé M. Tünnermann.

Plus de 600 opposants sont derrière les barreaux, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

La plateforme de l'opposition, l'Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD), réunissant entreprises, société civile, paysans et étudiants, avaient suspendu dimanche soir sa participation aux pourparlers.

Elle réclamait des "preuves indiscutables" de la volonté du gouvernement de négocier: libération inconditionnelle des centaines de prisonniers politiques, arrêt de la répression contre les opposants et rétablissement des libertés de la presse et de manifestation.

Le nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) à Managua, Mgr Waldemar Stanislaw Sommertag, en sa qualité de "témoin" des discussions, et l'envoyé spécial de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Angel Rosadilla, se sont joints jeudi aux négociateurs, a constaté l'AFP.

En revanche, Max Jerez, le délégué des étudiants, qui ont été à la pointe des manifestations antigouvernementales en 2018, n'a pas rejoint la table des négociations. Les étudiants "ne participeront pas à une négociation où il n'y a que des promesses", ont indiqué leurs représentants.

"L'Alliance (civique) reste unie", a cependant assuré l'ancien vice-ministre des Affaires étrangères, José Pallais, membre de la délégation de l'opposition. Mais "les étudiants veulent voir des faits", a-t-il ajouté.

La libération puis l'assignation à domicile d'une centaine de prisonniers au premier jour des pourparlers n'avait pas satisfait l'opposition, qui réclamait la libération inconditionnelle de tous les détenus politiques.

- Appel à manifester -

Le mouvement d'opposition Unité nationale bleue et blanche (UNAB), formé pendant la vague de protestations contre le gouvernement en 2018, a appelé à des manifestations samedi dans la capitale, bravant l'interdiction de défiler dans le rues.

"Mobilisons-nous pour la libération inconditionnelle et absolue de tous les prisonniers politiques", a-t-elle clamé dans un communiqué.

Les pourparlers entamés le 27 février visent à trouver une issue à la crise politique qui a fait plus de 325 morts.

Le principal conseiller du Département d'Etat américain sur l'Amérique centrale, Todd Robinson, a demandé jeudi l'organisation d'élections anticipées avant le terme prévu de 2021.

"Nous adjurons le régime d'Ortega de négocier de bonne foi et de prendre des mesures concrètes pour rétablir la démocratie en mettant un terme à la répression, en libérant les personnes détenues de manière arbitraire et en acceptant des élections anticipées, libres et équitables", a-t-il déclaré à la presse.

De son côté, le Parlement européen a demandé à l'Union européenne de mettre en oeuvre des sanctions contre le gouvernement nicaraguayen jusqu'au "rétablissement des droits de l'Homme et des libertés fondamentales".

A une écrasante majorité, les parlementaires européens ont demandé la "libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers politiques, l'arrêt de toute forme de répression (...) et le retour des organisations internationales" chassées du pays par le régime.

Une grave crise politique secoue le Nicaragua depuis près de onze mois. Outre les plus de 325 morts, pour la plupart dans les rangs des opposants, des centaines de personnes ont été incarcérées depuis le déclenchement de la crise, le 18 avril 2018. Plus de 50.000 Nicaraguayens ont pris le chemin de l'exil.

L'ancien guérillero Daniel Ortega, âgé de 73 ans, est au pouvoir depuis 2007. Il est accusé par ses opposants d'avoir mis en place avec son épouse et vice-présidente Rosario Murillo une dictature corrompue et népotique.

Avec AFP

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