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Niger

Niamey désemparée face à la montée des eaux

Des habitants évacuent leurs habitations suite à des inondations à Niamey au Niger, le 19 août 2012.

"Rien à faire: il est temps de vider les lieux !", juge Mamoudou Barkiré, un retraité en béquilles, impuissant devant l'avancée inexorable des eaux vers sa maison de terre dans le quartier Kirkissoye de Niamey.

Maisons effondrées, rizières et jardins envahis par les eaux... Plusieurs quartiers de la capitale nigérienne sont dévastés par les inondations provoquées par la crue exceptionnelle du fleuve Niger qui affectent l'ensemble du pays depuis juin.

Ces deux derniers jours, Mamoudou Barkiré a vainement tenté de combattre le fleuve en construisant des digues d'argile, en empilant des sacs de sable. La plupart de ses voisins ont déjà déserté les lieux depuis longtemps.

"Ma maigre pension de retraite me suffit à peine pour nourrir ma famille et voilà que je risque de perdre ma maison dans ces inondations", se lamente le vieil homme à la barbe blanche bien taillée et vêtu d'un djellaba. Des vieux matelas, des chaises, des vêtements, quelque vaisselle attendent dans un coin sec de la cour l'arrivée d'une charrette qui les transportera "vers un lieu plus sûr".

"Kirkissoye est subitement devenu un véritable marécage et la nuit c'est une cité fantôme", décrit Saouda Abdoulaye, une sinistrée de ce quartier, l'un plus touchés, reconnaissant avoir sous-estimé "les mises en garde des autorités".

Quelques enfants barbotent dans les eaux boueuses des ruelles. Des femmes téméraires font le ménage dans des cours de maisons aux murs déchirés et gorgées d'eau.

Une équipe de pompiers sillonne les zones affectées pour recenser les victimes et évaluer les dégâts. Ces crues sont provoquées par "les abondantes pluies" qui s'abattent sur le Niger et le Burkina Faso et par la rupture d'un barrage au Mali, a expliqué le gouverneur de Niamey, Assane Issaka Karanta.

Dès avant les inondations, il avait invité les habitants exposés "à ranger leurs bagages, à faire des réserves d'eau potable et de nourriture".

Mercredi, il a annoncé le "maintien" de "l'alerte rouge" lancée en début de semaine, au moment où les eaux ont atteint une hauteur de "638 centimètres", un seuil "jamais vu en plus de 50 ans".

- Nuit blanche -

La quasi-totalité du million et demi d'habitants de Niamey vivent sur les rives du fleuve et certains ont même construit leur maison dans son lit. Pour le moment "le pire est évité": les digues qui protègent la capitale sur une dizaine de km "tiennent bon", assure le maire de Niamey, Mouctar Mamoudou.

Par prudence, il a demandé aux résidents des zones inondées de gagner les sites gouvernementaux "aménagés".

Pourtant certains sont bien décidés à y rester pour défier les eaux.

"Dans tous les cas, on ne dort plus, si les eaux montent encore, on avisera", tranche Ali, membre d'une "brigade" qui "veille" sur les rivages où il vient de passer sa deuxième nuit blanche.

"Nous avons creusé des canaux pour évacuer les eaux de la maison et nous avons dressé des remparts de sacs de sable pour protéger les murs qui risquent de tomber", explique un étudiant d'une vingtaine d'années résident à Saga, autre quartier touché.

Selon le ministre nigérien chargé de l'Action humanitaire, Lawan Magadji, les fortes pluies ont fait depuis juin 42 morts et 70.000 sinistrés, dont plus de 2.000 à Niamey.

Un paradoxe dans ce pays pauvre désertique et régulièrement confronté à des crises alimentaires en raison de la sécheresse. Même la très désertique région d'Agadez (nord) n'est pas épargnée: les intempéries y ont fait trois morts et 17.000 sinistrés, selon son gouverneur Sadou Soloké.

Seuls 25.000 sinistrés ont pu être assistés, a noté le ministre Magadji qui invite les humanitaires "à accroître leur aide".

Alors que la météorologie prévoit de nouvelles fortes précipitations jusqu'à la "mi-octobre", l'Organisation mondiale de la santé (OMS) craint "une épidémie de choléra". Cette maladie avait fait 73 morts en 2018 principalement dans la région de Maradi (sud-est), actuellement la plus touchée par les inondations.

En 2018, les fortes pluies avaient causé la mort de 52 personnes, fait plus de 200.000 sinistrés et détruit 170.000 maisons, selon l'ONU.

En 2012 elles avaient tué une centaine de personnes et fait quelque 500.000 sinistrés, provoquant des dégâts estimés à environ 148 millions d'euros, selon un bilan officiel.

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L'Ivoirien François Zahoui n'est plus le sélectionneur du Niger

François Zahoui lors d'un match entre le Niger le Sénégal, Dakar, le 26 mars 2016.

L'Ivoirien François Zahoui n'est plus le sélectionneur du Niger, poste qu'il occupait depuis 2015, a annoncé mardi la Fenifoot, la Fédération nigérienne de football.

"François Zahoui a décidé de quitter son poste de sélectionneur de l'équipe nationale du Niger, c'est une séparation à l'amiable", a indiqué à l'AFP Ibrahim Tikiré, porte-parole de la Fédération.

"François Zahoui n'a aucun contrat (ndlr: en bonne et due forme) avec la Fenifoot, il a donc décidé d'aller chercher un horizon prometteur", a-t-il expliqué.

Le technicien ivoirien de 58 ans n'était pas parvenu à qualifier le Niger pour la Coupe d'Afrique des Nations 2019 et était la cible de critiques acerbes depuis une défaite 6-0 face à l'Egypte en septembre 2018.

François Zahoui avait succédé au Franco-Allemand Gernot Rohr qui avait démissionné en octobre 2014 pour cause de mauvais résultats, après avoir échoué à qualifier le "Mena", surnom de l'équipe du Niger, pour sa troisième CAN consécutive.

Deux véhicules du CICR braqués dans l'Ouest

Distribution d'eau potable et de vivres par le CICR à Bosso le 25 mai 2015.

Deux véhicules de la Croix rouge ont été volés par des hommes armés dans la région de Tillabéri, dans l'ouest du Niger, une zone instable frontalière du Mali et théâtre de nombreuses incursions de groupes jihadistes, a annoncé vendredi à l'AFP le CICR.

"Deux véhicules du Comité international de la Croix rouge (CICR) ont été emportés mercredi dernier par des hommes armés, mais leurs occupants étaient rentrés saints et saufs chez eux", a indiqué à l'AFP un membre de la Croix rouge nigérienne à Niamey.

Le braquage a eu lieu vers Tongo Tongo, une zone frontalière du Mali où 28 soldats nigériens avaient été tués en mai 2019, alors qu'une attaque, en octobre 2017, y avait coûté la vie à quatre soldats américains et cinq militaires nigériens.

Dans cette même région de Tillabéri, des hommes armés avaient emporté le 2 mai deux véhicules de Médecins sans frontières (MSF) alors qu'une équipe mixte de MSF et du ministère nigérien travaillait dans un centre de santé de la localité de Weita Bangou.

Selon le ministère nigérien de l'Intérieur, un des véhicules de MSF avait été utilisé le 14 mai par des "terroristes" qui avaient tenté de prendre la prison de haute sécurité près de Niamey où sont écroués des jihadistes.

En outre, le 7 mai, six personnes armées venues à moto avaient fait irruption dans un camp onusien de réfugiés Maliens de Tabarey Barey (Tillabéri) et étaient repartis avec deux véhicules humanitaires, sans faire de victimes.

Les sinistrés des inondations se réfugient sur les hauteurs de Niamey

Des enfants transportent de la latérite sur un chariot pour construire des barrages afin d'arrêter les eaux du fleuve Niger à Niamey le 3 septembre 2019.

"Enfin, nous sommes arrivées !" se réjouissent Amina et Halima, deux habitantes de Niamey, en descendant de la camionnette qui les a conduites sur le site aménagé de Saguia, en périphérie de Niamey, où sont relogés des sinistrés des inondations provoquées par une crue exceptionnelle du fleuve Niger.

Il y a deux semaines, les autorités nigériennes ont décrété l'"alerte rouge", après que le niveau des eaux du troisième grand fleuve d'Afrique a atteint un seuil "jamais vu en plus de 50 ans".

Selon le dernier bilan officiel publié mardi, les inondations qui affectent tout le Niger depuis le début de la saison des pluies en juin ont fait 57 morts et plus de 130.000 sinistrés.

A Niamey même, les inondations ont déjà fait plus de 6.300 personnes sinistrées. A pied, à moto, sur des charrettes, en taxi ou à bord de véhicules affrétés par les autorités, les victimes des inondations ont afflué vers Saguia.

D'habitude interdit au public, ce terrain vague de l'armée nigérienne surplombe le fleuve. En 2012, il avait abrité 400 soldats maliens qui avaient fui une offensive de rebelles touareg dans le nord du Mali.

Depuis ces hauteurs, on aperçoit des habitations avalées par les eaux et des rizières englouties. Pour accéder au site, il faut être détenteur d'un "ticket" délivré dans les écoles qui ont servi de site de transit aux sinistrés, expliquent à l'AFP des gendarmes qui filtrent les arrivants, l'arme au poing.

A l'intérieur de l'immense camp, sapeurs-pompiers et ouvriers municipaux ont dressé des dizaines de tentes blanches offertes par les agences des Nations Unies et la Croix Rouge.

"Les gens une fois arrivés ici sont installés dans des tentes (...) et nous avons suffisamment de vivres pour eux", a affirmé à l'AFP le gouverneur de Niamey, Issaka Assane Karanta, rencontré sur le site.

Le groupe électrogène et le forage d'eau potable "ont été remis en état", des lampadaires seront bientôt installés et un cabinet médical est opérationnel "pour les soins d'urgence", assure-t-il. Quelque 122 ménages, soit 854 personnes, ont été installés et le site pourra à terme accueillir 1.200 sinistrés, selon lui.

"On nous a donné du riz, du mil, des moustiquaires, des couvertures et de l'eau potable", énumère Aïssa Salifou, qui se maquille sous sa tente, tête et épaules recouvertes d'un grand voile. "Les eaux nous ont surpris en plein sommeil, on a dû démolir des murs des maisons voisines pour nous exfiltrer", raconte cette résidente de Kirkissoye, un des quartiers les plus affectés.

- 'J'ai été chanceuse' -

Tout en surveillant sa marmite sur le feu, Fatouma Boubacar, une autre sinistrée de Kirkissoye, se dit soulagée : "Nous vivons dans les bas-fonds où nous avons été piégés par les eaux, ici c'est spacieux, bien aéré et surtout bien sécurisé". Arrivée il y a deux jours, Fatouma a repris son commerce de légumes, qu'elle exerçait avant la catastrophe.

"J'ai été chanceuse : à peine sortie de ma maison, le toit s'est effondré", raconte Ramatou Abdou, allongée dans un fauteuil, un cure-dent coincé entre les dents. "J'attends mon premier bébé dans un mois, je vais le prénommer +Saguia".

A l'ombre d'un arbre géant, une dizaine de nouveaux arrivants attendent l'achèvement de nouveaux abris pour les occuper. Loin des menaces du fleuve, des enfants ont reconstitué leur équipe de foot du quartier et courent derrière un ballon en chiffon, pieds et torse nus sous un soleil de plomb. A l'autre bout du camp, un gendarme, l'arme en bandoulière, met de l'ordre dans une file de gamins, qui attendent, assiettes à la main, de recevoir un repas chaud servi par une ONG.

"Nous tentons de vivre ici en attendant de voir ce que Allah nous réserve", résume, fataliste, Fatouma Boubacar.

Le niveau du fleuve a certes un peu baissé mais le gouverneur Karanta conseille aux riverains "la vigilance" et surtout "de s'éloigner du lit du fleuve".

La météo prévoit de nouvelles fortes précipitations jusqu'à la "mi-octobre".

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