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Mort de Droukdal: "la fin du règne" des jihadistes algériens au Sahel

Trois groupes jihadistes opérant dans le Sahel, dont ceux du Malien Iyag Ag Ghaly et de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, ont annoncé leur fusion dans une vidéo, a rapporté jeudi l'agence privée mauritanienne ANI, 3 février, 2017.

La mort du chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, Abdelmalek Droukdal, tué par les forces françaises au Mali marque "la fin du règne des Algériens" au sein de la nébuleuse jihadiste au Sahel, estime Akram Kharief, directeur du site menadefense.net, spécialiste des questions de défense et de sécurité.

Vétéran du jihad africain, Abdelmalek Droukdal a longtemps sévi en Algérie, en particulier durant la "décennie noire" (1992-2002) de la guerre civile (200.000 morts).

Dans la première réaction officielle à son élimination, Alger a estimé mardi que "la lutte antiterroriste est de la responsabilité de la communauté internationale".

QUESTION: Comment expliquer la longévité de Droukdal, le fait qu'il ait pu se cacher si longtemps apparemment en Algérie?

REPONSE: "La longévité de Droukdal s'explique surtout par le fait que, depuis plus de dix ans, Aqmi a énormément réduit sa voilure en Algérie. La plupart de ses membres ont préféré s'installer en Tunisie, en Libye ou au Sahel, plus propices à l'action ou même pour faire le coup de feu au Moyen-Orient.

La baisse d'intensité de l'activité terroriste a préservé la vie des +irréductibles+ qui sont restés en Algérie. En ne s'exposant pas au combat, ils ont réussi à durer dans le temps, Droukdal en premier.

Je n'ai pas une idée précise de l'endroit où il se trouvait. Les derniers signalements de la Katiba (compagnie) "El Khadra", qui lui servait de garde prétorienne, datent de 2017-2018 dans une région très boisée à la frontière avec la Tunisie.

De là, il est facile d'imaginer que Droukdal ait pris le chemin le plus long, donc via la Tunisie, la Libye et le Niger pour rejoindre les Ifoghas (nord-est du Mali), ce chemin étant (...) le moins sécurisé.

Après, il est possible qu'il ait fait des sauts de puce de part et d'autre de la frontière algéro-malienne, comme tendent à le confirmer les récits français et américains."

Q: Qu'est-ce que sa mort va changer dans la "BSS" (bande sahélo-saharienne)? Et quels enjeux pour son remplaçant?

R: "Sa disparition est importante car elle marque la fin du règne des Algériens du Sahel, ce qui peut fragiliser Aqmi au sein du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, également appelé JNIM), principale alliance jihadiste du Sahel affiliée à Al-Qaïda).

Droukdal était proche des émirs du Sahara, surtout des Algériens qui étaient ses compagnons d'armes. Ce ne sera pas le cas de son remplaçant qui viendra probablement du Nord, Abou Obeida Youcef El Annabi ou Abou Hassan Rachid el Boulaidi (tous deux Algériens), et qui aura peu d'attaches et donc d'emprise sur les groupes du Sud.

Cela pourrait donc affaiblir Aqmi à l'intérieur du GSIM/JNIM et raviver les tensions entre factions jihadistes, surtout au Mali."

Q: Quelle est la stratégie de l'Algérie aujourd'hui au Sahel?

R: "L'Algérie a toujours été pour un accord politique de réconciliation au Sahel, et en particulier au Mali. Il en naîtra les accords d'Alger (NDLR: Alger, inquiète des risques d’instabilité sur son flanc sud, a servi de médiateur en 2014-2015 entre le gouvernement de Bamako et des groupes rebelles armés du nord du Mali).

Pour l'Algérie, la force est le dernier recours pour régler les problèmes de la BSS qui sont en premier lieu des problématiques de gouvernance ou d'absence de gouvernance des capitales --Nouakchott, Bamako et Niamey-- envers leurs zones Nord, et de développement.

Tant que ces problématiques ne sont pas résolues, une partie de la population vivant dans le dénuement le plus total sera obligée de migrer ou de verser dans la contrebande, l'orpaillage ou le terrorisme.

La volonté de l'Algérie a été en premier lieu de réconcilier les populations et d'aller vers la désescalade, ensuite de coordonner les efforts sécuritaires des pays à travers le Cemoc (Comité opérationnel conjoint entre l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger) pour enfin aider au développement des régions frontalières et les régions enclavées, afin de fixer les populations."

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Entre religion et politique, l'imam Mahmoud Dicko au centre de l'échiquier malien

Imam Mahamoud Dicko, avant une conférence de presse.

L'imam Mahmoud Dicko, principale figure de la contestation qui secoue le pouvoir malien, a fait dans la crise en cours la démonstration spectaculaire de sa stature d'incontournable à la croisée de la religion et de la politique.

Voilà un homme auquel le Premier ministre Boubou Cissé, dans la tourmente des derniers jours, vient rendre visite pour parlementer à 1H00 du matin dans son fief de Badalabougou, quartier de Bamako au bord du fleuve Niger.

Voilà un homme aussi dont les fidèles avaient, la nuit précédente, transformé la mosquée et ses alentours en camp retranché, inquiets qu'il ne soit arrêté à son tour et prêts à en découdre.

L'imam Dicko était déjà un des hommes les plus influents, sinon puissants du Mali. La crise a renforcé l'ascendant de ce leader musulman radical et patriote.

Dimanche, il a lancé un appel au calme. "Nous pouvons vraiment trouver et obtenir tout ce que nous cherchons (par) la patience (et par) les bonnes manières", a-t-il assuré à l'AFP. Le calme est effectivement revenu à Badalabougou, foyer de violences.

"C'est ici que tout se joue, plus à Koulouba", le palais présidentiel, veut croire, un large sourire aux lèvres, Moussa Doumbia devant la mosquée où l'imam prêche depuis les années 80.

Moussa Doumbia, un jeune partisan d'une trentaine d'années, est convaincu que l'imam Dicko est en train de venir à bout du président Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK, cet homme dont le mouvement de contestation réclame la démission, cet homme aussi que l'imam a beaucoup soutenu par le passé et avec lequel il a, à sa manière, participé à l'exercice du pouvoir.

- Imam "malin" -

L'imam Dicko, 66 ans, figure ronde en boubou à petite barbichette, "c'est un malin, peut-être le plus malin", sourit Moussa Doumbia.

Il n'avait jamais cessé de tirer des ficelles, au nom des valeurs traditionnelles et de la Nation qu'il dit défendre contre la corruption, la trahison ou l'indécence. Il est devenu une sorte d'autorité politico-spirituelle du plus large mouvement de contestation anti-pouvoir que le Mali ait connu depuis le coup d'Etat de 2012.

Ce chantre d'une "refondation" sur les bases sociétales et religieuses qui sont celles du Mali n'a pas forcément grand-chose en commun avec les leaders du Mouvement dit du 5-Juin qui s'est agrégé autour de son nom et son aura quand la parole politique est largement discréditée, conviennent les analystes.

Que cherche-t-il, le Tombouctien de naissance qui s'est éduqué à l'islam tendance wahhabite notamment en Arabie saoudite ? Veut-il la démission du président, comme le M5 dont il ne fait pas partie officiellement ?

Il a œuvré pour que le mouvement renonce à une telle revendication, selon son entourage. Lui-même, bien qu'ardent contempteur du pouvoir, ne demande pas publiquement le départ du président.

"L'imam cherche ce qu'il a toujours cherché: influer sur la politique et la gouvernance", répond Ibrahim Maïga, chercheur à l'Institut d'études de sécurité à Bamako.

Quitte à assumer des responsabilités politiques ? "Faire de la politique politicienne ne m'intéresse pas", disait-il en 2019 à l'AFP.

- Imam "constant" -

"Il a toujours flirté avec les questions politiques sans mettre officiellement le pied dedans", explique le chercheur. Il se fait représenter au sein du M5 par un proche, Issa Kaou Djim.

Il a par le passé pesé de tout son poids de président du Haut conseil islamique (HCIM, de 2008 à 2019), principale organisation islamique dans un pays à 90% musulman, pour mener des batailles idéologiques: en 2009 en faisant réviser un nouveau Code de la famille qui accordait davantage de droits aux femmes, en 2018 en obtenant l'abandon d'un projet de manuel scolaire d'éducation sexuelle.

En 2015, après l'attentat à l'hôtel Radisson Blu de Bamako (20 morts), il évoquait une "punition divine".

En avril 2019, il participait au rassemblement de dizaines de milliers de Maliens contre les violences dans le centre du pays. Le Premier ministre avait alors été poussé à la démission.

C'est aussi un homme de l'ombre, qui avait été chargé par Bamako d'une mission de médiation avec les jihadistes. Il veut "la paix", dit-il, et prône le dialogue, y compris avec ces jihadistes avec certains desquels lui est prêtée une relation privilégiée. Les divergences sur ce sujet passent pour une des causes de la rupture avec IBK.

L'imam est "constant dans son discours", souligne Brema Ely Dicko, sociologue à l'Université de Bamako. Le sociologue ne voit personne "d'autre que Dicko qui puisse créer un cadre de dialogue" entre le pouvoir et la contestation.

"Peu importe l'issue de ce bras de fer avec IBK, l'imam Dicko jouera un rôle clé dans le Mali de demain", tranche l'expert Maïga.

Le fils du président malien, une cible de la contestation, quitte un poste clé

Karim Keita lors de la campagne électorale à la commune II de Bamako, au Mali.

Le fils du président malien, l'une des personnalités publiques sur lesquelles se concentre la contestation en cours dans le pays, a annoncé lundi démissionner de l'importante présidence de la commission parlementaire de la Défense.

Le nom de Karim Keïta, le fils d'Ibrahim Boubacar Keïta, a été de ceux désignés à la vindicte dans les manifestations qui ont réuni des milliers de Maliens contre le pouvoir à plusieurs reprises depuis juin et qui ont dégénéré vendredi en situation quasiment insurrectionnelle dans la capitale Bamako.

Des manifestants y ont utilisé sous forme de posters des images le montrant lors de joyeuses fêtes à l'étranger avec des amis et en compagnie de jeunes femmes peu vêtues, pour le présenter comme un personnage aux moeurs légères pouvant se payer du bon temps alors que son pays souffre.

Karim Keïta avait assuré qu'il n'avait pas été chargé de la liste des invités et que ce déplacement privé n'avait rien coûté au contribuable.

Dans une déclaration publiée lundi, Karim Keïta dit que, dans le contexte de contestation actuelle, "certains ont fait de ma modeste personne un fonds de commerce politique, d'autres un déversoir de leurs ambitions inassouvies. Rien ne m'aura été épargné".

Karim Keïta, élu député en 2013, réélu en 2020, dénonce un "délit de patronyme" pour signifier qu'à travers lui, c'est son père qui est visé.

Il dit mettre "le Mali au-dessus de tout", mais ne veut "plus être un argument pour des personnes en mal de programme" et démissionne donc de la présidence de la commission de la Défense. Il reste parlementaire.

Les leaders de la contestation relâchés

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La situation demeure volatile et la pression reste sur le président Keïta

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Retour au calme précaire à Bamako

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