Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Afrique

Migrants africains : des passeurs sans pitié

Migrant dont le visage a été brûlé par des passeurs en Libye (Rosamaria Vitale)

Le long voyage des migrants vers l’Europe tourne rapidement au calvaire. Ces exilés volontaires ont recours à des réseaux et des trafiquants qui profitent de leur soif d’un avenir meilleur pour abuser d’eux et leur soutirer un maximum d’argent. Avec violence et cruauté. Qui sont ces esclavagistes des temps modernes ? Reportage de l’envoyé spécial de VOA Afrique en Italie, Nicolas Pinault

D’Asmara à Tripoli en passant par Khartoum ou Agadez, les passeurs sont partout sur le continent. Même de l’autre côté de la Méditerranée, ils ne sont jamais bien loin des migrants, qui croient avoir fait le plus dur en posant un pied sur le continent européen.

Impossible d’atteindre la Libye et espérer prendre un bateau sans passer par ces filières. Localement, moyennant quelques centaines de dollars, elles se limitent à faciliter la sortie du pays, pour gagner discrètement la frontière. Un jeune Erythréen raconte à VOA Afrique avoir été arrêté par les douaniers de son pays lors de sa première tentative. Il a été envoyé deux mois dans les prisons souterraines du régime avant de s’échapper.

Abdallah Arku est parti de Khartoum en payant 1.000 dollars pour se rendre en Libye. Ce Soudanais a traversé la frontière avec un groupe de 172 migrants, en majorité des Erythréens, à bord de sept camions conduits par des passeurs libyens. Ils étaient entassés par trente dans chaque véhicule, attachés à l'aide de cordes, comme des animaux. Sept migrants sont morts de soif dans le désert.

Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:49 0:00
Télécharger

Durant ces semaines aux mains des geôliers en Libye, il a décrit avoir vu des passeurs soudanais, tchadiens ou nigérians. Des ressortissants d’Erythréens confirment, eux, avoir vu des compatriotes parmi les trafiquants à Tripoli ou dans le Sahara.

D’autres migrants rencontrés à Milan affirment avoir été détenus en Libye par des hommes en armes se réclamant du groupe Etat islamique.

L’appât financier est évident. Ce trafic génère des milliards de dollars de profits chaque année et l’intérêt des organisations criminelles est croissant. Chaque candidat au voyage paie plusieurs milliers de dollars pour se rendre en Europe. Ce trafic "représente beaucoup de profits pour peu de risques" confirme à VOA Afrique, Nicole, policière allemande pour Europol en Sicile.

Tous ceux qui ont pu arriver de l'autre côté de la Méditerranée livrent des témoignages accablants. Outre la privation de liberté, les passeurs leur font aussi subir les pires supplices. De nombreux migrants sont notamment brulés sur les mains, le visage, le torse par les trafiquants dans le Sahara. Des tortures décrites partout, de la Libye jusqu'au Tchad en passant par le Soudan et l'Egypte.

Un homme a ainsi eu son visage brûlé lorsque les passeurs ont mis le feu à un conteneur dans lequel s’entassait plusieurs dizaines d’entre eux.

VOA Afrique a obtenu des images auprès d'un médecin italien de Milan qui soigne les migrants dans un centre d'accueil. Elle a souhaité partager ces clichés afin que le monde sache ce que ces personnes endurent tout au long de leur voyage. Les femmes sont aussi souvent victimes d'abus sexuels.

Même en Italie, les passeurs poursuivent leurs opérations. Des Erythréens expliquent à VOA Afrique que des individus les ont convaincu qu’il ne fallait pas s’enregistrer auprès des autorités italiennes pour poursuivre leur voyage. Au contraire que, moyennant paiement, ils se chargeraient de leur faire gagner la Suède ou l’Allemagne au plus vite. De fausses informations destinées à leur soustraire encore un peu plus d'argent.

Les polices européennes sont donc vigilantes à la descente des bateaux pour repérer les possibles victimes de trafic.

Giovanni Abbate de l’Organisation internationale pour les migrations en Sicile explique, par exemple, le fonctionnement des trafiquants nigérians. “Les filles pensent venir travailler ici normalement et envoyer de l’argent à leurs familles restées au pays. En fait, elles sont victimes de trafic d’êtres humains. Elles sont conditionnées depuis le Nigeria à ne pas fuir et à obéir en Europe à leur proxénète. Il s’agit souvent d’une “madame” qui exploite ces futures prostituées sur les trottoirs de France, Italie, Allemagne ou Espagne“, décrit-il à VOA Afrique.

A des milliers de kilomètres de la Sicile, dans le Nord de la France, les passeurs s’activent aussi. A Calais, dans la “jungle” où plus de 4.000 migrants s’entassent en attendant de se rendre en Angleterre, ils sont présents. Ils monnaient leurs « services » aux Afghans ou Soudanais qui espèrent passer outre-Manche. Plus discrète, la mafia albanaise rode aussi autour du camp.

Le citoyen ordinaire peut aussi rapidement se retrouver complice des passeurs. Un élu local confie à VOA Afrique que le transport d’un migrant de Lille à Calais peut rapporter jusqu'à 100 euros au chauffeur. Difficile de résister pour certains dont les fins de mois sont difficiles.

Lisez le prochain récit de Nicolas Pinault depuis la Sicile.

Toutes les actualités

Soudan: formation du Conseil souverain censé mener la transition

Des graffitis qui signifient en arabe "Liberté, Paix, Justice et Civils" dans le district de Burri à Khartoum, Khartoum, Soudan, le 10 juillet 2019.

La transition du Soudan vers un pouvoir civil s'est mise en route, avec deux jours de retard, avec l'annonce mardi soir de la formation du Conseil souverain qui doit la piloter pendant un peu plus de trois ans.

Le Conseil sera présidé pendant 21 mois par l'actuel chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane, qui sera investi mercredi à 09H00 GMT, a indiqué un porte-parole des généraux au pouvoir.

Cet organe, qui compte une majorité de six civils et cinq militaires, doit superviser la période devant permettre au Soudan de tourner la page de trois décennies de règne du général Omar el-Béchir, l'ex-président destitué le 11 avril à l'issue de mois de manifestations dans tout le pays.

La liste des 11 membres du Conseil a été annoncée dans une allocution télévisée par Chamseddine Kabbachi, un porte-parole du Conseil militaire de transition, au pouvoir depuis l'éviction de M. Béchir.

Promise pour dimanche en vertu d'un accord historique de transition entre les généraux et la contestation, l'annonce de la composition du Conseil avait été retardée.

Ce report a été demandé par les Forces pour la liberté et le changement (FLC), issues de la principale organisation du mouvement de protestation, ont indiqué les militaires au pouvoir, en raison de désaccords au sein de la contestation.

Un civil prendra le relai du général Burhane à la tête du Conseil souverain pour les 18 mois de transition restants.

Selon les termes initiaux de l'accord de transition, le Conseil devait indiquer mardi s'il valide comme Premier ministre le candidat présenté par la contestation, l'économiste et ancien collaborateur de l'ONU Abdallah Hamdok. Sa confirmation devrait être annoncée mercredi.

Il devra ensuite former un gouvernement dont la composition doit être annoncée le 28 août et qui s'attellera à la tâche, ardue, de redresser une économie exsangue et de pacifier un pays marqué par plusieurs conflits internes, notamment au Darfour (ouest).

Un Parlement de transition sera également constitué.

- Malaise -

Malgré l'euphorie engendrée par la signature officielle de l'accord de transition samedi, un malaise est palpable dans le camp des protestataires en raison notamment de l'omniprésence de Mohamed Hamdan Daglo, le chef d'une redoutée force paramilitaire accusée d'être impliquée dans la répression de la contestation.

Ce dernier est également numéro deux du Conseil militaire de transition qui avait pris la succession de M. Béchir et a été nommé mardi au Conseil souverain.

Plus de 250 personnes sont mortes depuis le début des manifestations du 19 décembre au Soudan, dont 127 le 3 juin lors de la dispersion d'un sit-in devant le siège de l'armée, selon un comité de médecins proche de la contestation.

D'abord organisées pour protester contre la hausse des prix du pain, les manifestations se sont transformées en contestation du président Béchir puis des généraux, les manifestants réclamant un pouvoir civil au Soudan.

Des Soudanaises, très impliquées dans les manifestations au cours des derniers mois, ont aussi exprimé leur déception face à la faible présence des femmes dans le processus de transition alors qu'elles étaient en première ligne des manifestations.

Deux femmes figurent parmi les civils nommés au Conseil souverain, dont l'une est issue de la minorité chrétienne du pays.

- "Ne pas oublier" -

"La faim, le manque d'éducation, ce que (Béchir) a fait au Darfour et tant d'autres chose. C'est pour ça que nous sommes descendues dans les rues et que nous avons fait face aux gaz lacrymogènes et au harcèlement", rappelle Fatma Abdallah Hussein.

Lundi, M. Béchir est apparu devant un tribunal où il doit répondre d'accusations de corruption, un événement inimaginable pour les deux tiers des 40 millions de Soudanais qui n'avaient connu que lui au pouvoir depuis leur naissance.

"Il a tant fait contre nous en 30 ans", se désole cette étudiante en médecine qui a pris part aux manifestations dès le début de l'année, en référence à M. Béchir, dont le procès faisait la une de tous les journaux mardi.

Selon Alhaj Adam, un résident de Khartoum, le procès pour corruption de l'ancien président ne devrait toutefois pas faire oublier au pays le besoin de ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI).

L'ONG Amnesty International a également averti que son procès pour corruption ne devait pas détourner l'attention des accusations plus lourdes qui pèsent contre M. Béchir pour son rôle présumé dans le conflit au Darfour (ouest).

Il fait l'objet de mandats d'arrêt internationaux de la CPI, pour répondre de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, dans ce conflit qui a éclaté en 2003.

Avec AFP

Liberia: des sénateurs s'alarment d'un climat rappelant les prémices de la guerre civile

Le président libérien, George Weah, le dimanche 28 janvier 2018.

Des sénateurs libériens se sont alarmés mardi de la montée des violences politiques dans ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest, dressant un parallèle avec celles qui avaient fini par plonger le Liberia dans une guerre civile particulièrement atroce de 1989 à 2003.

Samedi, des partisans du président libérien, l'ex-star du football George Weah, ont encerclé un bâtiment où Tellia Urey, candidate de l'opposition à une élection législative partielle, tenait une réunion, dans la banlieue de la capitale Monrovia.

Pendant plus d'une heure, ils ont jeté des projectiles sur le bâtiment, brisé des fenêtres et détruit son véhicule. L'un des assaillants a essayé de donner un coup de couteau à Mme Urey, a-t-elle expliqué lundi, dénonçant une tentative d'assassinat.

Les autorités ont qualifié lundi ces violences d'"épouvantables" et promis des sanctions sévères.

Lors d'un débat au Sénat mardi, la plupart des élus ont exprimé leur consternation, 16 ans après la fin d'une guerre civile qui a fait quelque 250.000 morts et des centaines de milliers de déplacés dans un pays qui comptait alors moins de 4 millions d'habitants, a constaté un correspondant de l'AFP.

"Ce pays va mal et il faut que cela cesse. Souvenons-nous de notre histoire. La guerre qui a débuté en 1989 faisait suite aux violences qui ont suivi les élections de 1985", a souligné le sénateur d'opposition Conmany Wesseh, proche de l'ancienne présidente Ellen Johnson Sirleaf (2006-2018).

"Les gens n'étaient pas contents et petit à petit ils ont décidé de résoudre leurs problèmes par la violence. Puis la police et l'armée ont été perçues comme les forces du régime et d'autres ont décidé de prendre en main leur propre sécurité", a raconté le sénateur, avant de s'interroger: "Va-t-on rester assis et laisser les choses se reproduire?".

"Nous avons pris part au précédent conflit en raison de la mauvaise gouvernance. Et quand vous critiquez le régime actuel, ils vous traitent de tous les noms", a dénoncé un autre sénateur, le prédicateur et ancien chef de guerre Prince Johnson, qui avait soutenu George Weah lors du second tour de la présidentielle de décembre 2017.

Ni Ellen Johnson Sirleaf, lauréate du prix Nobel de la paix en 2011, ni son successeur George Weah n'ont fait juger les auteurs de crimes commis pendant cette période. Un très grand nombre de personnalités directement impliquées occupent toujours des positions importantes dans les sphères du pouvoir politique et économique au Liberia.

L'un des principaux acteurs du conflit, l'ex-chef de guerre devenu président (1997-2003), Charles Taylor, a été condamné en 2012 pour des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre perpétrés en Sierra Leone voisine, mais n'a pas été inquiété pour les atrocités commises dans son propre pays.

Elu sur un programme de lutte contre la pauvreté, George Weah est confronté depuis plusieurs mois à une opposition croissante en raison de la dégradation alarmante de la situation économique.

Avec AFP

Foire internationale des arts et de la créativité à Bukavu

Foire internationale des arts et de la créativité à Bukavu
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:22 0:00

Durban, le premier port d’Afrique en rénovation

Durban, le premier port d’Afrique en rénovation
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:43 0:00

Manchester United prend la défense de Paul Pogba

Manchester United prend la défense de Paul Pogba
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:14 0:00

Voir plus

XS
SM
MD
LG