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Le roi du Maroc limoge trois ministres sur fond de contestation dans le nord

  • VOA Afrique

Mohammed VI, le roi du Maroc, à l'Élysée, le 2 mai 2017.

Le roi du Maroc a limogé mardi trois ministres pour des dysfonctionnement dans la région du Rif, le jour même où s'ouvrait le procès de Nasser Zefzafi, leader du mouvement de contestation qui a agité le nord du pays pendant plusieurs mois.

Le roi Mohammed VI a démis de leur fonction ces trois ministres en raison de leurs responsabilités dans le précédent gouvernement, après remise d'un rapport faisant état de "dysfonctionnements" dans un programme de développement destiné à la ville d'Al-Hoceïma, a annoncé un communiqué du Palais.

Un secrétaire d'Etat et un haut responsable administratif ont également été limogés, selon le communiqué, en lien avec les défaillances ce programme intitulé "Al-Hoceïma, phare de la Méditerranée", lancé en 2015 avec une enveloppe de 600 millions d'euros.

Ces décisions ont été prises conformément aux "prérogatives constitutionnelles" du roi en tant que "garant des droits des citoyens et protecteur de leurs intérêts", et selon le principe de la "corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes", a ajouté le cabinet royal.

La presse locale évoque un "séisme marocain", en référence à un récent discours du souverain qui appelait à une meilleure gouvernance.

Ces sanctions coïncident avec l'ouverture, mardi, du procès du leader du mouvement de contestation populaire, né il y a presque un an dans le nord du Maroc. Il a comparu dans une ambiance houleuse devant la cour d'appel de Casablanca, avec une trentaine de militants arrêtés en mai-juin, à l'époque des grandes manifestations à Al-Hoceïma et dans la région. Le procès a été ajourné au 31 octobre.

Poursuivi notamment pour "atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat", Nasser Zefzafi avait été arrêté le 30 mai pour avoir interrompu le prêche d'un imam dans cette ville de 56.000 habitants accrochée aux montagnes du Rif.Le poing levé, souriant, il a profité de sa première apparition publique depuis son arrestation pour affirmer que "l'approche sécuritaire dans le Rif a échoué".

Néanmoins, les limogeages sont le résultat d'"un processus qui a muri" depuis le mois de juin, "les décisions n'ont pas été prises dans le feu des événements et s'inscrivent dans une logique de meilleure gouvernance, de transparence et de rigueur", a assuré à l'AFP une source gouvernementale haut placée.

"La séquence a été lancée en juin, et a donné lieu à trois rapports administratifs de l'administration territoriale, de l'inspection générale des finances et de la cour des comptes" à la demande du roi, selon la même source.

-'Mouvance'-

Le Hirak -la "mouvance" en arabe, nom donné localement au mouvement de contestation, est né après la mort tragique d'un vendeur de poissons, broyé dans une benne à ordures il y a un an.

Au fil des mois, la contestation menée par un petit groupe de militants locaux autour de Zefzafi a pris une tournure plus sociale et politique, pour exiger le développement du Rif, - marginalisé selon eux - dans un discours identitaire teinté de conservatisme et de références islamiques.

En réponse, l'Etat avait relancé ces derniers mois plusieurs projets de développement pour Al-Hoceïma. Mohammed VI avait pour sa part évoqué la nécessité d'améliorer la gestion publique dans ses deux derniers grands discours, en juillet et en octobre.

Les conclusions de l'audit qui lui a été remis mardi démontrent qu'il "n'existe ni malversations ni détournements" mais fustige un "grand retard dans le lancement des projets" et énumère les différentes responsabilités, selon le texte parvenu à l'AFP.

Les ministres sanctionnés sont Mohamed Hassad, actuel ministre de l'Education qui était à l'Intérieur lors de la signature de la convention de ce programme en octobre 2015, ainsi que les ministres de la Santé Houcine El Ouardi et de l'Habitat Nabil Benabdellah.

Le roi Mohammed VI a également décidé de priver de toute future fonction officielle quatre anciens ministres (Tourisme, Education, Culture et Jeunesse) et une ex-secrétaire d'Etat du précédent gouvernement.

A Al-Hoceïma, la libération des 200 à 300 manifestants incarcérés, en attente de leur procès, reste la principale revendication de ce qui reste du mouvement.

Avec AFP

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