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Mali

Transition malienne: le doute grandit sur les intentions de la junte

Le président par intérim du Mali Assimi Goita (au centre) alors qu'il salue ses partisans après les prières de l'Aïd al-Adha à la Grande Mosquée de Bamako, le 20 juillet 2021.

Les colonels maliens assurent invariablement qu'ils rendront le pouvoir aux civils début 2022, mais le doute grandit sur le respect du calendrier à six mois des élections promises et après une année de transition jugée peu productive.

Les militaires au pouvoir depuis le putsch d'août 2020 et le second gouvernement transitoire installé par eux en juin à la suite d'un nouveau coup de force, ont répété jusqu'alors s'en tenir à l'échéancier de transition annoncé en avril.

Ce calendrier ambitieux prévoit un référendum constitutionnel le 31 octobre, des élections régionales et locales le 26 décembre, puis le premier tour de la présidentielle et des législatives le 27 février 2022.

La communauté internationale juge un rétablissement de l'ordre constitutionnel indispensable pour sortir de la profonde crise sécuritaire, sociale et économique dans laquelle s'enfonce depuis des années ce pays crucial pour la stabilité du Sahel.

Or, à deux mois du premier rendez-vous prévu, le référendum, la transition a déjà manqué plusieurs échéances. Aucun projet de Constitution n'a été soumis au Conseil national de transition installé par les militaires pour tenir lieu d'organe législatif. Cela aurait dû être fait en juillet, selon le calendrier rendu public en avril.

Les listes électorales aurait dû être également révisées en juillet, et auditées en août. Les autorités n'ont donné aucun signe que cela avait été fait.

Le décret convoquant le corps électoral est censé être pris le 15 septembre. Rien ne dit à ce stade s'il le sera ou non.

Faute d'avancées, les esprits paraissent se résigner à l'éventualité d'un report des élections de février, en contradiction avec les engagements initiaux des colonels, mais aussi avec les attentes constamment réitérées des principaux partenaires étrangers qui soutiennent le Mali face aux groupes jihadistes.

La mise aux arrêts le 24 mai du président de transition et son remplacement par le colonel Assimi Goïta ont déjà entamé la crédibilité des militaires auprès de la communauté internationale.

"Passage au forceps"

La classe politique et la société civile pestent contre l'immobilisme et le manque d'inclusivité de la transition.

"Pas grand-chose n'avance hormis l'organisation de grandes réunions incantatoires", résume un expert des questions électorales à Bamako.

"Ce qu'il manque à la transition, ce n'est pas du temps, c'est une volonté de passer à l'action!", a estimé Adam Dicko, membre de la société civile et organisatrice d'un Café citoyen dans la capitale.

L'ancien Premier ministre Moussa Mara, lors du même débat, a martelé qu'il "faut être pragmatique": rien ne sert de critiquer la transition qu'il qualifie lui-même de "clivante et non inclusive", il faut l'aider à "aller aux élections prévues".

"Ça reste possible si l'on décide de garder les scrutins 'secondaires' pour plus tard. La présidentielle, c'est possible!", pense-t-il. En tout état de cause, "il est temps que le gouvernement nous dise ce qu'il en est".

Pour l'heure, dans l'attente d'Assises nationales de refondation (ANR), annoncées pour les semaines à venir, la classe politique s'écharpe sur les modalités du scrutin.

Le débat porte notamment sur la création d'un organe unique pour gérer les élections, à la place d'instances diverses.

Affaire Soumeylou Boubeye Maïga: pour certains, un problème de timing
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Une majorité des partis s'est élevée contre cette réforme, promise par le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga lors de l'annonce fin juillet de son Plan d'action gouvernemental, dénonçant un "passage au forceps" et jugeant sa mise en place irréalisable. Beaucoup ont appelé à son abandon.

Seul consensus qui se dessine: la nécessité de publier un nouveau calendrier électoral, qui devra être "clair, précis et réaliste", selon les mots d'Ibrahim Sangho, leader de plusieurs plateformes d'observation électorale au Mali.

Des diplomates redoutent que la transition ne se prolonge inéluctablement. Ils prennent pour preuve quelques récentes manifestations sporadiques à Bamako et Nioro du Sahel (nord-ouest) demandant une "prolongation". Ces manifestations n'ont pour l'heure pas réuni la grande foule.

Pour l'enseignant-chercheur Boubacar Haidara, "se prévaloir d'un soutien populaire fort" serait pour les militaires le seul moyen de légitimer une prolongation de la transition "face à une classe politique unie et à une communauté internationale qui ne veut pas entendre parler de prolongation".

Et d'ajouter que "la lutte contre la corruption lancée il y a quelques jours", avec l'arrestation et l'incarcération de l'ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, pourrait s'inscrire dans cette logique.

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Opération de désobéissance civile dans une localité malienne

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Au moins 31 morts dans une attaque au centre du Mali

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Nouveau massacre de civils au Mali: au moins 30 morts

Une voiture incendiée par des groupes de militants à Bandiagara, au Mali (photo d'archives).

Au moins 30 personnes ont été tuées vendredi dans l'attaque par des jihadistes présumés d'un véhicule de transport près de Bandiagara dans la région de Mopti, dans le centre du pays, ont indiqué à l'AFP des responsables locaux.

"Au moins 30 civils maliens ont été tués par des terroristes près de Bandiagara vendredi. Les civils étaient dans un véhicule de transport. Les passagers ont été mitraillés et le véhicule a été brûlé. L’Etat a envoyé des forces de sécurité sur place", ont déclaré à l'AFP des autorités locales de Mopti qui ont requis l'anonymat.

Un élu de la localité de Bandiagara a confirmé ce bilan et précisé que parmi les victimes, il y a "des enfants et des femmes et des disparus".

Les forces de sécurité ont été envoyées sur place, selon les mêmes sources.

L'attaque n'a été revendiquée par aucun des nombreux groupes armés qui sévissent dans le pays.

Le Mali est livré depuis 2012 aux agissements de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, ainsi qu'aux violences de toutes sortes perpétrées par des milices autoproclamées d'autodéfense et des bandits. Les forces régulières sont elles-mêmes accusées d'exactions.

Les violences parties du nord en 2012 se sont propagées au centre, au Burkina Faso et au Niger voisins. Elles ont fait des milliers de morts civils et militaires, et des centaines de milliers de déplacés, malgré le déploiement de forces onusiennes, françaises et africaines.

La prise du pouvoir à Bamako par des militaires à la faveur d'un putsch en 2020 n'a pas enrayé la spirale de violences.

L'imam Dicko mobilise à nouveau des foules à Bamako

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Dans l'est malien, les groupes armés occupent le vide laissé par l'Etat

Un soldat britannique de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fait une ronde sur une tour de guet à Ménaka, au Mali, le 22 octobre 2021.

Sur une colline de sable surplombant Ménaka dans le nord-est du Mali, un officier de l'ONU s'approche d'un pick-up garé à l'ombre d'un arbre. Cinq hommes assis sur une natte font du thé, leurs armes à côté d'eux.

"Capitaine Charlie", du contingent britannique de la force de l'ONU au Mali (Minusma), entame la conversation, leur demande leur permis de port d'armes et à quel groupe armé ils appartiennent. Il veut "comprendre qui ils sont et quelles sont les dynamiques".

Dans cette zone désertique, entre Sahel et Sahara, les hommes en armes se ressemblent beaucoup, qu'ils se déplacent en pick-up, à moto ou en blindé. La région est la seule du Sahel où opèrent quasiment tous les acteurs du conflit, à l'exception des milices autoproclamées d'autodéfense du Burkina Faso et du centre du Mali.

Il y a là les groupes jihadistes qui ont prêté allégeance à Al-Qaïda ou à l'organisation Etat islamique, les ex-rebelles touaregs et arabes et les groupes armés pro-gouvernementaux également à dominante touarègue, les Français de l'opération Barkhane, les Européens de la force Takuba, des Nigériens, des Togolais et des Britanniques de la Minusma, et des soldats de l'armée nationale malienne.

Aucune statistique fiable n'est disponible sur les effectifs de chaque entité. Mais, du haut de la colline de sable, nul besoin de froncer les sourcils pour apercevoir au loin un pick-up armé ou un blindé.

Le chef du contingent anglais, le lieutenant-colonel Will Meddings, parle de "puzzle". Les hommes en armes sont partout présents, ce qui n'est pas sans risques. Début novembre, des soldats d'élite estoniens de Takuba ont par erreur ouvert le feu sur des Casques bleus britanniques.

Les hommes en armes sous l'arbre au-dessus de Ménaka racontent au "Capitaine Charlie" qu'ils tiennent un check-point et font partie d'un groupe armé assurant la sécurité de la ville, pour "éviter que des jihadistes ne viennent".

"Double casquette"

Les Britanniques de l'ONU "sécurisent" eux aussi, mais autre chose: en ville se tient la réunion hebdomadaire mettant en présence tous les acteurs "légaux" de la sécurité. Ils ont laissé leurs blindés et leurs pick-ups surmontés de mitrailleuses lourdes devant l'entrée du gouvernorat où ils discutent.

Cette réunion est le seul moment où les acteurs "partagent des informations", explique le gouverneur, Mohamed Maïga. Sinon, chacun opère sur le terrain sans partager l'information, ou si peu, disent plusieurs acteurs.

Certains acteurs ont "une double casquette", explique le chef régional de l'ONU Francesco Osler De Almeida. Les frontières entre certains groupes armés légaux et jihadistes sont poreuses.

Chacun tente de comprendre qui contrôle quel territoire dans une région immense de moins de 60.000 habitants (deux par km2), qui a prêté allégeance à quel groupe ou qui fricote avec les jihadistes.

En ville, groupes armés et soldats patrouillent conjointement dans le cadre de l'opération "Ménaka sans armes"; les brousses sont "contrôlées par les groupes armés et les jihadistes, principalement de l'EI", note le gouverneur.

Après l'attaque de ses deux camps dans les brousses de la région, l'armée malienne s'est repliée sur Ménaka début 2020 et y est toujours.

Aucun fonctionnaire n'est déployé hors de Ménaka, et les troupes de l'ONU n'ont jamais mis le pied dans une grande partie de la région. "En brousse, il n'y a plus que les jihadistes", assure Oumar, originaire d'un village avoisinant Ménaka mais qui a trouvé refuge en ville et s'exprime sous le couvert de l'anonymat.

Une première depuis 1960

Les civils sont livrés à eux-mêmes. Sur la frontière Mali-Niger, sous emprise de l'EI, ils paient la zakat, l'impôt islamique. S'ils refusent ou résistent, les villages sont rasés. Les morts se comptent par centaines.

Début novembre, 69 civils ont été tués du côté nigérien de la frontière, à Banibangou.

Dans une région aussi reculée et négligée, des incidents sécuritaires passent inaperçus.

"Il y a tellement de choses que nous ne voyons pas", reconnaît un haut représentant de la Minusma sous couvert d'anonymat. "Le vide a toujours été là, dans les brousses, il n'y a jamais eu d'Etat", dit-il.

L'ONU tente d'aider l'Etat à prendre pied. Dernièrement, elle a permis au gouverneur de se rendre dans un village à 28 km de Ménaka qui n'avait jamais vu d'autorité légale depuis l'indépendance en 1960.

Nul ne sait quand il pourra y retourner, ni s'il pourra aller un jour dans les dizaines d'autres villages totalement à l'écart du regard de l'Etat.

"Plus l'Etat mettra de temps à s'implanter", prévient M. Osler De Almeida, "plus les problèmes seront difficiles à résoudre".

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