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Tchad

Macron et Déby "très inquiets" sur Boko Haram

Idriss Deby et Emmanuel Macron à N'Djamena le 23 décembre 2018.

Les présidents français et tchadien, Emmanuel Macron et Idriss Déby, se sont déclarés dimanche "très inquiets" par l'activité du groupe jihadiste Boko Haram dans la région du lac Tchad.

"Sur Boko Haram, nous sommes très inquiets" a déclaré M. Macron, venu réveillonner la veille avec les soldats français de la force Barkhane à N'Djamena.

Il a réaffirmé "l'engagement de la France pour renforcer la coopération régionale" sous toutes ses formes contre le groupe jihadiste, lors d'une conférence de presse avec M. Déby.

"Nous serons en particulier présents pour accélérer le soutien de l'Union européenne : 55 millions d'euros doivent être débloqués. La France fera en sorte que ce soit rapide", a-t-il dit.

"Et comme je l'avais annoncé au Nigeria, nous sommes en train d'accompagner plusieurs projets en faveur des populations du lac Tchad, des projets concrets à hauteur de 20 millions d'euros, qui sont indispensables si on veut éviter la déstabilisation des populations dans la région, éviter que les jihadistes ne gagnent du terrain", a-t-il poursuivi.

Idriss Déby a précisé pour sa part que la force antijihadiste du G5 Sahel, qui déjà reçu environ 150 millions d'euros sur les 400 millions promis par la communauté internationale, commencera "en janvier" des "opérations ponctuelles" avec le matériel disponible.

"Mais si la crise libyenne n'est pas réglée nous aurons encore longtemps à lutter contre le terrorisme", a averti le président tchadien, avant de remercier la France : "Imaginez dans quelle situation nous serions si la France n'était pas intervenue au Mali et en Centrafrique".

Les dirigeants des pays de la région du lac Tchad se sont retrouvés samedi dernier au Nigeria pour donner une nouvelle impulsion à la lutte contre Boko Haram.

Lutter contre ce groupe fort d'environ 4.000 personnes, basé au Nigeria à la frontière du Tchad, ne fait pas partie des missions de la force française Barkhane, qui cherche à éliminer les groupes jihadistes dans les cinq pays du Sahel, en particulier au Mali.

C'est la Force multinationale mixte (MNJTF), regroupant des militaires du Nigeria, du Niger, du Tchad, du Bénin et du Cameroun, qui est le fer de lance des pays de la région contre Boko Haram.

Depuis juillet, les attaques de Boko Haram contre les bases militaires de la région du lac Tchad se sont multipliées.

En novembre, des jihadistes ont attaqué une base dans le village nigérian de Metele, près de la frontière avec le Niger, tuant au moins 44 soldats. Les soldats survivants ont cependant évalué à plus de 100 le nombre de tués.

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Arrestation du général Nouri chef rebelle tchadien en France

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Le général Nouri arrêté en France pour crimes contre l'humanité

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La condamnation de trois officiers de police fait réagir au Tchad

Mahamat Abali Sala, ministre en Charge de la sécurité publique en grand boubou, à Yaoundé, 17 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Au Tchad, un commissaire de police et deux de ces agents ont été condamnés à 5 ans d’emprisonnement ferme et une amende d’un million de FCFA le week-end dernier par le parquet de grande instance de N’Djamena pour avoir torturé à mort un prévenu dans un commissariat.

Une autre amende a été fixée : 10 millions de FCFA de dommage et intérêts opposable à l’Etat tchadien qui est civilement responsable. Le commissaire premier adjoint du CSP 7 Abdelkerim Haroun Nassour a été inculpé au même titre que ces deux agents par la justice tchadienne pour complicité des coups et blessures volontaire mortels.

Le tribunal a estimé que c’est sur son instruction que Yaya Daoud un jeune en détention préventive a subi des sévices corporels et acte de torture ayant entraîné sa mort au commissariat de la sécurité publique dont il était l’un des responsables.

Pour l’avocat de la défense, Mbailassem Laoubatnan Franklin, le droit n’a pas été dit dans cette affaire :"Ni le parquet, et encore moins la partie civile n’ont rapporté la preuve d’une quelconque complicité. Le parquet n’a même pas requis la complicité mais le tribunal est passé outre pour retenir mon client le commissaire Abelkerim dans le lien de l’infraction".

En revanche, le président de l’association nationale d’aide aux détenus Mahamat Kader Mahamat se dit satisfait de ce verdict. Toutefois, il est réservé quant à l’exécution de cette décision.

"C’est un acte salvateur parce que ça peut servir d’école pour les autres cas pour qu’à l’avenir de tels actes ne se reproduisent", explique-t-il. "Mais connaissant les méandres de la justice tchadienne je prends ça avec beaucoup de réserve. Etant donné qu’on a condamné les gens et deux mois après on les retrouve dans la rue sans avoir purgé leur peine".

Le climat de méfiance entre la population et la police nationale a obligé le ministre en charge de la Sécurité publique a visiter quelques commissariats de la ville de N’Djamena.

Mahamat Abali Salah a déploré que la plupart de ces commissariats sont gérés par des commissaires qui ne savent ni lire, ni écrire : "C’est bizarre d’avoir un commissaire qui est sensé d’appliquer la loi qui ne sait pas lire. Donc ces mesures seront appliquées au début de la semaine pour qu’on est des gens capables en plus qui savent lire et appliquer la justice".

Mahamat Kader Mahamat président de l'association nationale d'aide aux détenus, à N’Djamena, 17 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)
Mahamat Kader Mahamat président de l'association nationale d'aide aux détenus, à N’Djamena, 17 juin 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Pour Mahamat Kader Mahamat, président de l’association nationale d’aide aux détenus, la déclaration du ministre en charge de la Sécurité publique est un aveu d’échec.

"C’est déplorable venant d’un ministre qui dit que se sont des illettrés qui gèrent ces commissariats. Il faudrait qu’il y ait au moins une police des polices, une structure qui relèverait de la police judiciaire qui doit être au-dessus des autres qui peut sillonner les commissariats et d’autres centres de détention pour surveiller la situation".

Pour certains observateurs, la condamnation du commissaire 1er adjoint du CSP 7 et ces agents ainsi que la promesse du ministre en charge de la Sécurité publique de relever tous les commissaires analphabètes peuvent, réinstaurer une confiance entre civils et policiers. Une confiance qui a été mise à rude épreuve suite aux décès répétitifs des jeunes en détention préventive dans les commissariats.

Prison ferme pour trois officiers de police nationale

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Des victimes du bourreau Hissène Habré attendent toujours réparation

Des Sénégalais marchent devant le palais de Justice à Dakar, le 21 septembre 2015.

Halimé Tahir a 35 ans lorsque le régime d'un des pires dictateurs africains, Hissène Habré, fait d'elle une veuve. Depuis la mort de son mari "froidement assassiné" en 1986 par la redoutable police politique du régime tchadien, elle se bat pour obtenir réparation.

Enlevé à son domicile par plusieurs policiers, son mari, un militaire qui travaillait à l'aéroport de N'Djamena, est jeté dans une cellule surpeuplée d'une prison mouroir de la capitale tchadienne. Sans explication. Cinq jours après son arrestation, alors qu'Halimé vient lui apporter des vivres à la prison, un maton lui intime l'ordre de partir car son mari a été emmené pour être exécuté.

"J'ai beaucoup pleuré", raconte cette femme qui dit n'avoir jamais retrouvé la dépouille de son mari. Munie juste de la pièce d'identité de son époux, elle l'a longtemps cherché dans plusieurs centres de détention. En vain.

"Trente ans après la fin" du régime Habré, les victimes de cette sombre période "continuent de souffrir", confie cette femme, âgée aujourd'hui de 67 ans, mère de cinq enfants.

Comme figée dans un silence déconcertant, Halimé est entourée de plusieurs dizaines de femmes assises sur de petites briques blanches. Elles aussi ont perdu un mari, un frère ou un père dans les geôles du régime d'Hissène Habré, qui a été condamné en 2017 à la prison à vie pour crimes contre l'humanité.

Mais trente ans après la fin de son régime sanguinaire, toutes ces victimes attendent toujours d'être indemnisées.

A N'Djamena, des femmes aux traits tirés brandissent des pancartes sur lesquelles elles ont écrit: "Ne continuez pas à nous tuer" ou "Absence de réparation, la torture continue".

Arrivé au pouvoir par les armes en 1982, Hissène Habré a dirigé le Tchad jusqu'en 1990. Huit années marquées par une terrible répression: des milliers d'opposants - réels ou supposés - sont arrêtés par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS, police politique), torturés, souvent exécutés. Une commission d'enquête estimera à plus de 40.000 le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées.

Renversé en 1990, Habré trouve refuge à Dakar pour un exil paisible pendant plus de vingt ans.

En mars 2015, la justice tchadienne condamne 24 anciens agents de la DDS à des peines de prison, ainsi qu'au versement de 114 millions d'euros de dommages et intérêts aux quelque 7.000 victimes recensées. L’État tchadien devant prendre en charge la moitié de cette somme.

Ce n'est finalement qu'en 2017, que l'implacable bourreau Habré est définitivement condamné à la perpétuité pour crimes contre l'humanité par un tribunal spécial africain à Dakar. Le tribunal ordonne aussi le versement de plus de 125 millions d'euros aux victimes.

"Forcé de creuser des charniers"

Mais les victimes n'ont toujours pas reçu un centime.

Venus des quatre coins du pays, des dizaines d'hommes et de femmes, de tous âge, manifestent depuis trois mois devant le siège de l'Association de Victimes des crimes du régime de Hissène Habré (AVCRHH) à N'Djamena pour obtenir réparation pour la perte de leurs proches.

Moborombi Ouaidou, 35 ans, fait partie de ces victimes.

"Mon père, dit-il, a été arbitrairement arrêté, torturé puis tué par le régime de l'ancien président (...) il se peut que je meure à mon tour" avant d'être indemnisé.

Perpétuité pour Habré : "message aux dictateurs et tournant pour l'Afrique" déclare Jacqueline Moudeina (vidéo)
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A l'ombre d'un hangar où des nattes traînent sur le sol, des dizaines d'autres victimes sont réunies. Parmi elles, le représentant de l'AVCRHH, Clément Abaïfouta, qui a passé quatre ans derrière les barreaux des prisons de l'ex-dirigeant tchadien.

Clément a été notamment forcé de creuser des charniers pour enterrer de "nombreux codétenus".

"Le gouvernement, selon lui, ne donne aucune importance à ce dossier (...) certains condamnés (de l'ex-police politique) ont été libérés sans purger leur peine pendant que les victimes continuent de mourir".

Côté gouvernement, on tempère: "On est en train de mettre sur pied un comité chargé de régulariser cette situation", explique le directeur général qui dirige la section des droits humains au sein du ministère de la Justice tchadienne, Masrangué Trahogra. "Il faut que les gens patientent un peu et puis tout va entrer dans l'ordre".

Mais Clément Abaïfouta, lui, se dit déterminé à organiser des rassemblements jusqu'à ce que les victimes obtiennent gain de cause. "Le Tchad doit être un pays démocratique alors il ne peut pas cautionner l’impunité".

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