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Tunisie

Les Tunisiens confient un mandat clair à Saied pour revitaliser la jeune démocratie

Un débat télévisé entre les candidats à la présidence, Kais Saied, à gauche, et Nabil Karoui, le dernier jour de la campagne précédant le deuxième tour de l'élection présidentielle, à Tunis, en Tunisie, le 11 octobre 2019.

Les Tunisiens, en particulier les jeunes électeurs, ont confié un mandat présidentiel clair à Kais Saied, en élisant avec 72,71% des voix cet enseignant de droit à la retraite, quasi inconnu jusque-là sur la scène politique, pour revitaliser la jeune démocratie.

L'instance chargée d'organiser les élections a confirmé lundi soir que M. Saied, 61 ans, avait été élu avec 2,8 millions de voix, soit 72,71% des suffrages, et une participation en nette hausse à 55%. Une victoire "éclatante", titrait dès le matin le quotidien arabophone Chourouk.

Qui l'eut cru il y a encore deux mois, quand ce néophyte en politique, sans structure partisane, menait une campagne de terrain low-cost peu visible et sous-estimée ?

"Il a été élu très confortablement", constate le politologue Selim Kharrat, notant qu'il a obtenu un nombre de voix comparable à la totalité des suffrages engrangés par l'ensemble des députés aux législatives.

Ce score "est un message au Parlement", poursuit M. Kharrat, qui dirige l'ONG de suivi du Parlement Al Bawsala : "les électeurs ont opté pour un projet de moralisation de la vie politique, de lutte contre la corruption et qui donne plus de pouvoir aux entités locales".

Pour lui, la principale différence entre les deux finalistes repose sur leurs "socles moraux": "Nabil Karoui représente la classe politique dirigeante qui verse dans la compromission, et qui utilise argent et pouvoir pour un intérêt personnel".

L'homme d'affaires, fondateur de la principale chaîne privée tunisienne Nessma TV, qui avait fait de la lutte contre la pauvreté son cheval de bataille, est associé en affaires à l'ex-Premier ministre italien Silvio Berlusconi et reste poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment d'argent.

Nabil Karoui, qui a attribué son échec à son incarcération durant 49 jours, en pleine campagne, a félicité son rival, lui promettant l'appui de son parti Qalb Tounes, arrivé deuxième aux législatives du 6 octobre.

- "Changer la règle", un président élu par les jeunes -

M. Saied "a réussi à gagner la confiance de cette jeunesse dans les quartiers et les régions de l'intérieur, non pas à travers les promesses mais en apportant des réponses à l'échec de la démocratie représentative", a dit Mme Lamloum.

Si l'universitaire assume des positions conservatrices concernant les libertés individuelles pourtant chères à de nombreux jeunes, ceux-ci voient avant tout l'homme qui n'a cessé de les appeler à trouver par eux-mêmes des solutions.

"Les jeunes bricolent entre ces éléments, modernités, traditions, il n'y a plus ce clivage", estime le sociologue Mohamed Jouili.

Kais Saied a promis de "remettre en cause la verticalité du pouvoir et de changer la règle du jeu politique qui est à l'origine de l'exclusion et de la marginalisation des jeunes", a souligné Mme Lamloum.

Il incarne pour eux "une promesse de démocratie réelle, de dignité, de rupture avec une classe politique déconnectée du peuple, obsédée par le pouvoir et par ses privilèges", estime-t-elle.

- "Ceinture de jeunes" -

Pour M. Jouili, le futur président "a su ces dernières années établir une relation de confiance forte avec les jeunes en les rencontrant partout dans le pays, ce qui lui a permis de construire autour de lui une ceinture de jeunes ayant mené sa campagne".

Le quotidien francophone La Presse se réjouit de voir "du nord au sud du pays, un regain d'intérêt chez les jeunes en faveur de la participation au vote, ce qui a dopé l'affluence en direction des urnes et c'est tant mieux!".

La participation a été dans l'ensemble plus élevée dimanche, soit 55%, alors que seul un électeur sur deux s'était déplacé au premier tour, et encore moins au législatives du 6 octobre.

Une vigoureuse campagne d'inscriptions sur les listes électorales a significativement rajeuni le corps électoral: les 18-35 ans représentent désormais 63% des électeurs selon les chiffres officiels.

Les résultats officiels ne permettent pas encore de savoir quelle a été la participation des jeunes, mais tout indique qu'elle a augmenté.

Le jour de l'élection, des milliers de jeunes se sont organisés, plus ou moins spontanément, pour faire du covoiturage afin d'aller voter.

- "Refaire vivre l'espoir" -

Au-delà du vote sanction du premier tour qui avait chassé tous les dirigeants sortants, les scores enregistrés par Kais Saied, notamment chez les jeunes plus de 90% chez les 18-25 ans selon un institut de sondage, témoignent d'une adhésion à son projet.

Celui-ci se revendique dans la lignée de la révolution de 2011 qui chassa du pouvoir Zine el Abidine Ben Ali et le premier cercle de son clan corrompu.

Le conservatisme sociétal assumé du futur président a été un sujet de débat durant la campagne. Mais son positionnement globalement hors normes a fait voler en éclat les clivages traditionnels entre progressistes et islamistes.

Derrière son discours souverainiste et ses appels à une réforme radicale du régime politique se sont rangés des formations de gauche, nationaliste arabe tout comme le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, principal bloc au Parlement (52 sièges).

Après des messages de félicitations venus de plusieurs pays arabes, le président français Emmanuel Macron a salué la "mobilisation démocratique" et fait part à son homologue tunisien de sa "volonté" d'"amplifier le partenariat" entre les deux pays.

- "Incertitude" -

Ce mandat clair lui donne désormais une forte légitimité et une lourde responsabilité pour répondre à une population aux attentes aiguisées, après avoir vu les espoirs de la révolution déçus.

Reste à savoir s'il parviendra à faire passer ses propositions sans parti pour les relayer au Parlement, où se situe l'essentiel du pouvoir en vertu de la Constitution de 2014.

La nouvelle assemblée sera composée d'une multitude de partis divergents, ce qui augure de négociations ardues pour former un gouvernement cette tâche doit être confiée à Ennahdha courant novembre alors que s'accumulent les urgences socio-économiques.

"La Tunisie est désormais face à l'incertitude", souligne Michael Ayari, analyste pour le centre de résolution de conflits Crisis Group. "Personne ne sait comment comment M. Saied va utiliser sa forte légitimité, qui incarne une volonté populaire de changement."

Vu la difficulté de faire passer les réformes qu'il prône via un Parlement fragmenté, il pourrait se retrouver isolé au palais de Carthage. Ou encore se saisir des textes qu'il connait parfaitement pour prendre les initiatives législatives que lui accorde la Constitution.

M. Saied devrait prêter serment d'ici fin octobre, selon la présidence. Il doit prendre la relève du chef de l'Etat par intérim Mohammed Ennaceur, nommé pour 90 jours après le décès en juillet du premier président élu démocratiquement au suffrage universel, Béji Caïd Essebsi.

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Tunisie: le chef d'Ennahdha entendu par un juge d'instruction antiterroriste

Tunisie: le chef d'Ennahdha entendu par un juge d'instruction antiterroriste
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Le chef du parti tunisien d'inspiration islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, salue ses partisans après avoir été entendu par un juge d'instruction antiterroriste en lien avec l'envoi présumé de djihadistes en Syrie et en Irak, une affaire qualifiée par son mouvement de politiquement motivée.

Le chef d'Ennahdha de nouveau devant les enquêteurs tunisiens

Le parti Ennahdha de Rached Ghannouchi est soupçonné par ses détracteurs d'avoir facilité le départ de jihadistes vers les zones de conflit.

Le chef du parti d'inspiration islamiste Ennahdha en Tunisie s'est présenté mardi devant l'unité antiterroriste de la police pour être interrogé dans une affaire d'envoi présumé de jihadistes en Syrie et en Irak, après y avoir été convoqué la veille sans être entendu.

Rached Ghannouchi, 81 ans, est arrivé en fin d'après-midi au siège de cette unité devant lequel des dizaines de ses partisans s'étaient rassemblés pour le soutenir, selon un journaliste de l'AFP sur place.

M. Ghannouchi, qui dirigeait le Parlement dissous par le président Kais Saied en juillet 2021, devait initialement être interrogé lundi mais il a attendu pendant douze heures dans les locaux de cette unité policière sans être entendu avant que son audition ne soit reportée à mardi, selon son mouvement qui a dénoncé "une forme de torture".

Après la chute de la dictature de Zine el Abidine Ben Ali en 2011, des milliers de Tunisiens avaient rejoint les rangs d'organisations jihadistes, notamment le groupe Etat islamique (EI), en Irak, en Syrie et en Libye.

Le parti Ennahdha, pilier des gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis 2011, est soupçonné par ses détracteurs et une partie de la classe politique d'avoir facilité le départ de ces jihadistes vers les zones de conflit, ce que le mouvement dément catégoriquement.

L'affaire dite de "l'expédition de jihadistes", qui fut au coeur du débat politique pendant des années, a refait surface ces dernières semaines en Tunisie Kais Saied, dont Ennahdha est la bête noire, a considérablement renforcé sa tutelle sur la Justice après s'être arrogé les pleins pouvoirs en 2021.

Un autre dirigeant d'Ennahdha, l'ancien Premier ministre Ali Laarayedh a été interrogé lundi dans le cadre de la même affaire et maintenu en détention pour être déféré mercredi devant un juge au pôle judiciaire antiterroriste.

Ennahdha ne cesse de dénoncer des accusations "fabriquées" et accuse le pouvoir de chercher à détourner l'opinion publique des "préoccupations économiques et sociales et de la dégradation des conditions de vie".

M. Ghannouchi avait déjà été interrogé en juillet dans le cadre d'une enquête pour des soupçons de corruption et blanchiment d'argent liés à des transferts depuis l'étranger vers une organisation caritative affiliée à Ennahdha.

Trois Tunisiens arrêtés pour le meurtre présumé d'un Français

Selon des médias locaux, la fiancée, âgée d'une vingtaine d'années, a avoué le meurtre avec la complicité des deux autres suspects arrêtés.

Trois Tunisiens ont été arrêtés pour le meurtre présumé d'un Français retrouvé mort ce weekend dans la piscine d'une maison sur l'île tunisienne de Djerba, a indiqué mardi un porte-parole judiciaire.

Les trois suspects, parmi lesquels figure "la fiancée" de la victime, sont soupçonnés d'"homicide volontaire avec préméditation", a affirmé à l'AFP Arafat al-Mabsout, porte-parole du tribunal de Médenine (sud-est), dont dépend l'île de Djerba.

Selon des médias locaux, la fiancée, âgée d'une vingtaine d'années, a avoué le meurtre avec la complicité des deux autres suspects arrêtés.

Le porte-parole du tribunal n'a pas révélé l'identité de la victime mais selon le journal français la Provence, il s'agit de Romain Pizzato, un entraîneur de ski de 42 ans originaire des Alpes-de-Haute-Provence.

Deux opposants tunisiens interrogés par la police anti-terrorisme

Rached  Ghannouchi, chef du parti d'inspiration islamiste Ennahdha, qui dirigeait le Parlement dissous par le président Kais Saied.

Le chef du parti d'inspiration islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, et l'un de ses adjoints, l'ex-Premier ministre Ali Laarayedh, sont convoqués pour interrogatoire lundi par le pôle antiterroriste en Tunisie en lien avec l'envoi de jihadistes en Syrie et en Irak.

M. Laarayedh, qui a brièvement occupé le poste de Premier ministre en 2014, s'est présenté dans la matinée dans les locaux du pôle antiterroriste, selon un correspondant de l'AFP sur place. M. Ghannouchi y est attendu à la mi-journée.

Après la chute de la dictature de Zine el Abidine Ben Ali en 2011, des milliers de Tunisiens avaient rejoint les rangs d'organisations jihadistes, notamment le groupe Etat islamique (EI), en Irak, en Syrie et en Libye.

Le parti Ennahdha, pilier des gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis 2011, est soupçonné par ses détracteurs et une partie de la classe politique d'avoir facilité le départ de ces jihadistes vers les zones de conflit, ce que le mouvement dément catégoriquement.

L'affaire dite de "l'expédition de jihadistes", qui fut au coeur du débat politique pendant des années, a refait surface ces dernières semaines en Tunisie où le président Kais Saied, dont Ennahdha est la bête noire, a considérablement renforcé sa tutelle sur la Justice après s'être arrogé les pleins pouvoirs en 2021.

M. Saied avait alors limogé le gouvernement et dissous le Parlement dominé par Ennahdha avant de faire adopter en juillet dernier lors d'un référendum largement boycotté par la population une nouvelle Constitution instaurant un système hyperprésidentiel qualifié d'autocratique par l'opposition.

M. Ghannouchi, 81 ans, qui dirigeait le Parlement dissous par M. Saied, avait déjà été interrogé en juillet par le pôle antiterroriste dans le cadre d'une enquête pour des soupçons de corruption et blanchiment d'argent liés à des transferts depuis l'étranger vers une organisation caritative affiliée à Ennahdha.

Ennahdha a mis en garde dans un communiqué publié dimanche contre les "tentatives du pouvoir putschiste d'instrumentaliser la justice pour ternir ses opposants et les impliquer dans des affaires fabriquées".

Il a affirmé que l'audition de ses dirigeants était "une diversion visant à détourner l'opinion publique des préoccupations économiques et sociales et de la dégradation des conditions de vie".

Migrations irrégulières: plus de 13.000 Tunisiens arrivés en Italie en 2022

Les migrants à bord d'un navire militaire de la Guradia di Finanza et de la marine sont transférés de l'installation de traitement opérationnel dite "Hotspot" des migrants sur l'île méridionale italienne de Lampedusa, au sud de la Sicile, vers un autre centre, le 11 juillet 2022.

Plus de 13.000 migrants tunisiens ont atteint illégalement les côtes italiennes depuis le début de l'année 2022, a indiqué mardi le Forum des droits économiques et sociaux (FTDES).

Quelques 13.742 migrants tunisiens ont réussi à rallier illégalement les côtes italiennes, contre 11.042 durant la même période en 2021, a précisé le FTDES qui s'intéresse de près à la migration clandestine.

Selon la même source, 624 femmes et 2.635 mineurs, dont 1.822 non-accompagnés, figurent parmi ces migrants.

Le pic des arrivages clandestins a été enregistré en juin avec 1.408 migrants parvenus jusqu'aux côtes italiennes.

Plus de 500 migrants illégaux sont morts ou portés disparus au large de la Tunisie durant la même période, a ajouté encore le FTDES.

"La crise migratoire continue sous le silence des institutions et des ministères, ce dont la présidence de la République porte la responsabilité", a déploré lors d'une conférence de presse le porte-parole du FTDES, Romdane Ben Amor.

Les tentatives de traversées illégales vers l'Europe depuis la Tunisie se sont intensifiées ces derniers jours, les autorités annonçant régulièrement d'importantes interceptions ou des décès de migrants après le naufrage de leur embarcation.

Dans un communiqué publié mardi, la garde maritime a ainsi annoncé avoir déjoué 34 opérations migratoires illégales et secouru 554 migrants rien que dans la nuit du lundi à mardi.

Au printemps et en été, à la faveur d'une météo plus clémente, les tentatives d'émigration clandestine depuis la Tunisie vers l'Europe ont tendance à augmenter.

La semaine dernière, 12 migrants sont morts noyés après le naufrage de leur embarcation de fortune au large de Mahdia, dans le centre-est de la Tunisie.

L'Italie, dont certaines côtes sont à seulement 200 km du littoral tunisien, est l'un des principaux points d'entrée pour les migrants en provenance d'Afrique du Nord.

Selon l'agence européenne Frontex, la route de la Méditerranée centrale a été empruntée par plus de 42.500 migrants de janvier à juillet, soit une hausse de 44% par rapport aux sept premiers mois de 2021.

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